‹ Mécanique physique ou traité expérimental et raisonné du mouvement et de l'équilibre considérés dans les corps solidesChapitre 1 sur 130 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

Chez Seguin aîné, Imprimeur-Libraire.

PRÉFACÉ.

Nous possédons tant de bons Ouvrages sur la Mécanique , qu’un nouveau livre sur cette matière paraît d’abord superflu. En effet que peut-on désirer de mieux que le Traité de l’abbé Marie , ou ceux plus modernes de MM.

Francœur et Poisson ? Mais si ces Ouvrages sont parfaits dans leur genre , il faut convenir aussi qu’ils ne sont accessibles qu’à peu de lecteurs. Une connaissance profonde de la Géométrie et de la Science du calcul est nécessaire pour leur intelligence ; et ils ne sauraient par conséquent convenir qu’au petit nombre de ceux qui ont pu acquérir cette instruction préliminaire. Cependant il importe que les principes de la Mécanique soient répandus le plus qu’il se peut. U y a une foule de personnes qui ont besoin de les connaître : les manufacturiers , les architectes , ceux qui exploitent des mines , des carrières , qui conduisent des ateliers, qui exercent enfin quelque art mécanique, ne sauraient s’en passer , et s’il n’existait sur cette matière que des Ouvrages aussi profonds que ceux que je viens de citer , toute cette classe nombreuse , et qui rend à la société de si grands services , serait privée d’une connaissance qui lui est extrêmement nécessaire.

vj PREFACE.

Il était donc à désirer qu’il existât aussi sur la Mécanique un Ouvrage plus facile et moins abstrait , un Ouvrage où les principes de cette Science fussent mis à la portée du commun des lecteurs , et rendus en quelque sorte plus vulgaires. C’est ce que j’ai essayé de faire dans le Traité que je publie aujourd'hui. J'ai cherché à présenter les choses sous une forme plus simple, et à les mettre dans un jour plus facile à saisir. J’ai voulu apprendre à tout le monde les règles de la Mécanique , et les répandre surtout parmi la classe nombreuse qui a besoin de les connaître , et qui doit en faire l’application. Mon ambition a été d’être utile : ma gloire serait d’y avoir réussi. Je sais bien que les Mathématiciens verront avec indifférence un Ouvrage dont on a écarté , autant qu’il se pouvait , les formes des Mathématiques. Mais les amis des Sciences physiques ne liront peutêtre pas sans iutérèt un livre , où l’on s’efforce d’exposer avec clarté et simplicité une Science difficile et abstraite , et où l’on appelle souvent l’expérience au secours de la théorie.

Dans tous les Traités de Physique publiés pendant le dernier siècle , la Mécanique occupait une place considérable. On ne pensait point alors qu’il fallut laisser aux seuls Mathématiciens l’enseignement de cette Science importante : on sentait que la connaissance en aurait été ainsi concentrée entre un trop petit

PRÉFACE. vij

ïiombre de personnes. Les Physiciens se chargeaient donc aussi d’en démontrer les principes jsoit par le simple raisonnement , soit par le moyen de l’expérience. CesTraités de Mécanique vulgaire et expérimentale auraient peut-être paru suffisans. Mais d’abord ils font partie d’Ouvrages assez considérables , et qui sont coûteux. En second lieu on peut dire qu’ils sont généralement incomplets , parce que leurs auteurs n’ont traité cette matière que d’une manière partielle , et pour ainsi dire, accessoire. Un nouveau livre sur ce sujet fait dans le même esprit , mais plus étendu et plus complet que ceux dont on vient de parler , m’a donc paru devoir être encore de quelque utilité ; et je l’offre avec confiance aux amis des connaissances pratiques , et à tous ceux qui aiment ou professent les arts mécaniques.

Ce que je viens de dire explique suffisamment le motif du titre donné à mon Livre. En effet puisqu’il y a une Astronomie physique , cest-à-dire une Astronomie qui enseigne les lois des phénomènes célestes dépouillées des épines du calcul , pourquoi n’y aurait-il pas aussi Une Mécanique physique , où seraient exposées les lois de l’équilibre et du mouvement , sans tout ce! appareil de démonstrations et de formules , qui rebutent la plupart des lecteurs. Cependant je n’ai pas voulu supprimer «nlièreraent les expressions algébriques , dont

viij PREFACE,

la brièveté et la précision sont si avantageuses y mais je ne les ai employées qu’avec la plus grande sobriété , et presque toujours dans des Notes , qu’on est le maître de lire ou de laisser. Par ce moyen j’ai cru pouvoir satisfaire tous les goûts , et donner à mon Ouvrage un mérite de plus , qui ne sera pas dédaigné de ceux qui ont quelques notions des Mathématiques , et qui aiment les démonstrations rigoureuses.

La Mécanique physique jointe à l’Ouvrage que j’ai publié , il y a quelques années , et auquel j’ai donné le titre d 'Hydraulique physique , forme un Traité complet de l’équilibre et du mouvement considérés dans les solides et dans les fluides- Si à ces deux Ouvrages l’on ajoute mon Étude du Ciel , qui est véritablement une Astronomie physique , on aura un cours de Physique générale , qui pourra servir de complément au Cours de Physique de M. r Haüy. En parlant ainsi , je ne prétends point me mettre en parallèle avec cet illustre savant. Je reconnais que son Ouvrage est d’un mérite supérieur.

Mais comme l’auteur s’est en quelque sorte borné à la Physique spèciale , et qu’il a cru devoir écarter de son plan toute la partie physico-mathématique , c’est à celle-ci que je me suis uniquement attaché , dans la persuasion où je suis , quelle doit entrer comme part ie intégrante dans l’enseignement général de la Physique.

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