Nature et cause de la pesanteur
Là pesanteufr étant la même dans tous les corps terrestres , les entraînant tous , lorsqu’ils sont libres , avec une égale vitesse , et suivant des directions constantes qui concourent au centre de la terre , on peut dire que cette tendance eSt moins une propriété générale des corps , que l’effet d’une puissance extérieure , qui s’exerce Sur tous de la même manière , et avec la même intensité. Nul corps ne pouvant se mettre en mouvement de lui-même , si nous voyons tomber tout-à-coup un corps pesant qui mahque d’appui , nous devons en conclure aussitôt , que ce n’est point ce corps , mais une puissance qui lui est étrangère, qui est la cause de ce mouvement, et qui l’entraîne en bas avec la vitesse dont il est animé. Mais quelle est cette puissance , et où réside-t-elle ?
Tous les sa van s qui ont médité sur les grands phénomènes de la nature , ont cherché à expliquer la pesanteur des corps terrestres , et ont imaginé pour cela différentes hypothèses. Mais la plupart de ces hypothèses n’ont pu résister à un examen attentif, et sont à peine préférables au raisonnement ridicule du Vulgaire , qui prétend que les corps tombent , parce qu’ils sont pesans , et qui prouve qu’ils sont pesans, parce qu'ils tombent. M. de V arignon expliquait la pesanteur des corps par la pression de l’air supérieur. Comment l’air peut-il presser de haut en bas , s’il n’est pesant ? et si l’air est pesant , quelle est donc la cause de sa pesanteur ? Cette explication était insuffisante, outre quelle est fausse et ridicule.
Dèscartes avait placé la cause de la pesanteur dans
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un tourbillon de malien s subtile qui circulant avec? beaucoup (le rapidité autour du globe terrestre d'Orient en Occident , poussait vers la terre tous les çorps qu’il pouvait saisir dans son mouvement et qui manquaient d’appui. Mais dans cette hypothèse les corps devraient tomber par des lignes perpendiculaires q. l’axe de la terre , et en général obliques à sa surface, puisque les différentes tranches du tourbillon supposé ont toutes leurs centres situés sur cet axe. Ce ne serait qu’à l’équateur que la chute des corps se ferait perpendiculairement à la surface terrestre. Ce tourbillon de matière subtile tel que Descartes l’avait imaginé , ne pouvait donc expliquer la pesanteur.
Bulfinger en adoptant le système du philosophe fiançais , chercha à le concilier avec les faits , et supposa que la matière subtile tournait à la fois dans deux sens perpendiculaires l’un à l’autre , de manière que , suivant l’auteur de cette idée , il devait en résulter une pression unique dirigée vers le centiede la terre. Mais la difliculté était de prouver la possibilité de ce double mouvement dans un meme fluide. Bulfmger vint bien à bout de faire prendre à un globe plein d’eau deux mouvemens perpendiculaires entre eux : mais il ne put en résulter ce qu’il désirait , et chaque point de la surface du globe , comme aussi les petits corps qui étaient mêlés avec l’eau, décrivaient dans leur mouvement une figure semblable au chiffra 8 ; de façon qu’il ne put y trouver cette pression unique dirigée vers le centre , nécessaire pour expliquer la direction que prennent les corps terrestres , lorsqu il» obéissent librement à la pesanteur.
X tous ces systèmes aujourd’hui presque entièrement;
Delà pesanteur. i3r
oubliés , a succédé depuis long-temps une hypothèse plus grande , plus belle , plus simple , et plus propre à rendre raison de toutes les circonstances du phénomène que nous considérons ici. JYeuton dont le vaste génie a embrassé l’univers entier , après avoir reconnu que les planètes ne pouvaient être retenues dans leurs révolutions autpur du soleil , que par une force émanée de cet astre , ou dirigée vers lui : après s’être convaincu que la lune qui tourne autour de nous, ne peut nous demeurer lidelle qu’en vertu d'une force semblable dirigée vers la terre ; le grand Neuton ne vit dans la pesanteur des corps terrestres qu'un- cas particulier de cette loi générale qui veut , que toutes les parties du monde materiel exercent les unes sur les autres une attraction mutuelle , et que les corps les plus petits soient assujétis à ceux qui ont plus de masse et de grosseur.
Tout se passe dans le ciel astronomique , comme si les corps célestes s’attiraient mutuellement en raison directe des masses , et en raison inverse du tjuarré des distances. Le soleil attire à lui les planètes principales : celles-ci attirent de même leurs Satellites, ou planètes secondaires. C’est cette attraction combinée avec une impulsion primitive , qui produit comme on verra plus bas , leur mouvement circulaire autour du centre d'attraction. Mais cette puissance que le globe terrestre exerce sur la lune , son satellite , qui est si éloigné de nous , croit-on quelle ne se fera pas également sentir aux corps qui dépendent de la terre , et qui sont si près de sa surface ? JVeuton a fait voir , que la force qui retient la lune dans son orbite autour de la terre , .était justement égale à la force de la pesanteur
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diminuée comme l’exige la loi du quarré de la tance.
La cause de la pesanteur est donc dans l’attraction; que la terre exerce sur tous les corps qui sont dans sa sphère d’activité. C’est en les attirant à elle , quelle les force de descendre , dès qu’ils cessent d'être soutenus , et quelle les ramène vers sa surface , lorsque par l’impulsion d’une force quelconque ils tendaient à s’en éloigner. La propriété attractive appartenant à toutes, les parties de la matière , la pesanteur doit être la résultante de toutes les attractions partielles, que les molécules composant le globe terrestre exercent sur les corps; et cette résultante doit évidemment être diri-, gée vers le centre de la terre , puisque c’est le point autour duquel toutes ces attractions se font mutuellement équilibre. V oilà donc pour quelle raison tous les corps dans leur chute libre suivent des droites qui tendent à se réunir à ce centre.
L’on a dit que la pesanteur était la même dans tou* les corps que nous eonnoissons , et la même dans tous les temps : c’est ce qui résulte nécessairement de ce qu’elle est produite par une cause invariable , et qui est indépendante de la nature de ces corps. Cette cause est dans notre globe : on peut la considérer comme ayant son siège au centre de la terre. La pesanteur d’un corps ne pourrait varier , qu’autant qu’il s’approcherait , ou s’éloignerait du foyer où résidé la force qui le maîtriser C’est en partie pour cette raison que la pesanteur est plus petite à l’équateur , et plus grande vers les pôles , la terre , d’après les mesures des Astronomes , étant renflée à son équateur , et aplatie vers ses pôles, louant aux hauteurs où l'homme peut parvenir , et aux
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profondeurs où il peut descendre , elles sont trop peu de chose comparées au rayon du globe , pour quelles puissent avoir quelque influence sensible sur l’intensité dé la pesanteur.
Le système qu’on vient d’exposer suffit donc pour rendre raison de toutes les circonstances du phénomène de la pesanteur. Cependant il a éprouvé pendant long-temps d’assez fortes contradictions , comme étant fondé sur une vertu occulte : c’est ainsi que l’on qualifiait cette propriété d'attraction qu’on suppose dans toute la matière. Mais l’inutilité de tous les efforts qua l'on a tentés, pour expliquer la pesanteur d’une manière plus mécanique , et le parfait accord de toutes les parties du système , l’o'nt fait admettre à la fin par tous les savans. Il est donc reconnu aujourd’hui que la pesanteur ou tendance des corps vers la terre , est produite par une force qui est hors d’eux , qui paraît résider au centre du globe , et qui les tire impérieusement vers ce point , sans leur permettre de s’en éloigner, jamais au-delà d’une certaine limite. C’est une loi établie pour que rien de ce qui appartient à notre globe, puisse jamais lui échapper. Au reste , cette force existp également sur tous les autres globes célestes.
$. Lois de la pesanteur .
Après toutes ces considérations physiques sur la nature de la pesanteur , voyons actuellement quelle est sa manière d’agir sur les corps qui lui obéissent eu toute liberté. Le premier fait qui se présente ici , et qui est connu de tout le monde , c’est que la vitessq corps qui est entraîné par la pesanteur, augmeatu
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à chaque instant et de plus en plus. On sait qua# corps en tombant fait d’autant plus de mal , qu’il tombe de plus haut. Or comme la force d’un corps en mouvement se compose de sa masse et de sa vitesse , et que la masse est ici la même , il faut bien que l'accroissement de force qu’il acquiert en tombant de plus haut , vienne d’un accroissement de vitesse. Mais comme il faut plus de temps à un corps pour descendre d’une plus grande hauteur , il suit qu’un corps acquiert plus de vitesse , à mesure que la pesanteur agit plus long-temps sur lui.
L’action de la pesanteur ne peut donc pas être comparée à une force d'impulsion. Une impulsion quelle qu elle soit , ne peut communiquer qu'un degré de vitesse déterminé , lequel doit être constant et uniforme lorsqu’on lait abstraction des résistances , et qui va réellement en diminuant peu à peu et s’éteint bientôt tout-à-fait , à cause des obstacles que nous avons fait connaître. Ces obstacles s’opposent aussi aux corps que la pesanteur entraîne ; et cependant leur vitesse au lieu de diminuer , va au contraire en augmentant de plus en plus , et s’accroît avec le temps. 11 faut donc que celte force , si l’on veut la comparer à une impulsion , renouvelle de temps en temps son action sur les corps qui lui obéissent. La pesanteur est l’effet d'une puissance qui réside dans le globe terrestre. L’idée la plus simple que l’on puisse se faire de sa manière dagir, est de la considérer comme agissant continuellement et sans relâche ; de soite que ses impulsions au lieu d’être intermittentes , sont continues et sans interruption. Un corps qui obéit à une force impulsive , échappa par cela meme à son action ; celui qui obéit à la
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pesanteur , ne cesse pas pour cela d'être en prise à cette force , qui continue d’agir sur lui avec le menus empire , et sans éprouver aucun affaiblissement.
Pour démontrer par un effet physique l’accroissement de vitesse que les corps acquièrent en tombant de plus haut , on prend une balle de plomb qu'on fait tomber de hauteurs différentes sur un lit de terre molle. L’enfoncement est d’autant plus grand , que la balle est tombée d’une plus grande hauteur. Quelques-uns eu comparantla grandeur tle l’enfoncement avec la hauteur de la chute , et trouvant que ces deux, choses étaient en proportion , en avaient conclu que les vitesses communiquées par la pesanteur étaient aussi en raison de ces hauteurs : mais cette conséquence est erronnée. Si la vitesse acquise était double lorsque la hauteur de la chute est double , il faudrait que l’effet fut quadruple y comme il a été expliqué en parlant des forces vives. Or l’expérience ne donnant pour ce cas qu’un effet double 1 jl suit que la vitesse qui augmente bien quand la hauteur devient plus grande , croît cependant en moindre raison que cette hauteur.
Galilée , illustre savant qui vivait en Italie au commencement du dix-septième siècle , est le premier qui ait eu des idées justes sur la pesanteur , et c’est à lui que nous devons la connaissance des lois du mouvement des corps pesans. En mesurant les espaces qu'un corps qui tombe librement parcourt en des temps égaux , il reconnut le premier que ces espaces croissaient comme les nombres impairs , f , 3 , 5 , y , etc. c’est-à-dire qu’en désignant par l'unité l’espace vertical qu’un corps parcourt dans le premier instant de sa chute, l’espace parcouru dans le deuxième instant sera
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le triple de celui-là ; celui décrit dans le troisièmé instant en sera le quintuple ; et ainsi de suite.
Galilée avait été conduit à ce meme résultat , en considérant la pesanteur comme une force continuellement agissante , et qui faisait a chaque instant passer des degrés égaux de vitesse dans les corps qui lui obéissent. .Voici la démonstration qu'il imagina pour prouver cette loi des espaces croissans en temps égaux.
Sur la verticale AX ( fig. n ) on prend les parties 'égales , AB , BC , etc. pour représenter des portions de temps toutes égales entre elles ; et l’on conçoit chacune de ces portions divisée en un même nombre d'instans égaux. Si l’on suppose que la vitesse à chaque instant croisse d’une même q uantité , les vitesses du mobile à la fin de chacun de ces instans pourront être représentées par les droites horizontales aa , bb , cc, etc. qui croissent uniformément comme ces instans. Ainsi la vitesse initiale étant zéro , ou infiniment petite , la vitesse à la fin de la première unité AB sera exprimée par BD , et elle aura acquis toute cette grandeur , par l’addition répétée de quantités égales à aa , qui est ce que la pesanteur communique dans le premier instant. Maintenant comme dans chaque petit intervalle de temps la vitesse peut être censée uniforme , les espaces décrits durant ces temps infiniment courts devant être proportionnels aux vitesses , ces espaces pourront aussi être représentés par les mêmes droites , aa , bb , etc. Par conséquent l'espace total parcouru pendant la première unité de temps , sera exprimé par la somme de toutes ces lignes, qui composent l'aire du triangle ABD , lorsque AB est partagé en une infinité de parties.
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La vitesse à la fin de la première unité étant donc égale à BD, si l’on conçoit quelle persévère uniformément pendant l'unité suivante , il est facile de voir en partageant cette unité de la même façon que la première , que les vitesses à chaque instant seraient représentées par des droites égales à BD ; et que l’espace total décrit dans cette seconde unité , serait exprimé par la somme de toutes ces lignes , c’est-à-dire, pqr Y aire du rectangle BCDE , laquelle est visiblement double de celle du triangle ABD. Ainsi la vitesse seule acquise par l’action de la pesanteur pendant la première unité de temps, et en supp!ÿ>ant que cette force cessât alors d’agir , serait capable de faire parcourir au mobile un espace double de celui qu’il a décrit dans la première imité. Mais si la pesanteur continue d’agir sur lui, alors pendant cette deuxième unité il parcourra déplus un espace égal au premier ; de façon que l’espace total qui répond à la seconde unité sera triple de celui qui appartient à la première. En raisonnant de même , on prouvera que l’espace décrit dans la troisième unité est le (juintuple du premier, et ainsi des unités suivantes.
On a dit que Galilée s’était assuré par l’expérience de la justesse de son raisonnement. On peut aisément obtenir la même conviction , en faisant usage de la machine dite d ' Atwood du nom de son inventeur. Mais à cette machine qui est d’un prix considérable , on peut en substituer une beaucoup plus simple , et qui n’est guère moins exacte. Celle-ci consiste dans une grande règle verticale de sept à huit pieds de hauteur , au sommet de laquelle , et parallèlement à son plan , est fixée une poulie très-mobile sur son axe. On fait passer sur cette poulie un long cordon , qui ti,ent suspendus
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deux poids cylindriques parfaitement égaux. Lorsqu'on Veut rendre l’un des deux poids prépondérant , on le surcharge d’une petite plaque de métal ; et alors celui» ci est entraîné en bas par la pesanteur , tandis que l’autre est forcé de se mouvoir de bas en haut avec une égale vitesse. L’action efficace de la pesanteur sur le poids additionnel , devant se distribuer également à cette masse et à celle des deux poids égaux , il en résulte que la vitesse communiquée dans ce cas par cette force , est d’ autant plus petite , que la somme des masses est plus grande que la masse du poids additionnel ; de sorte que si celle-ci n’est , par exemple , que la trentième partie de la somme des masses , l’action do la pesanteur , ou la vitesse quelle communiquera , no sera que la trentième partie de ce quelle est naturellement. Mais cela n’empêchera point que la vitesse ainsi diminuée, ne suive les mêmes lois d'accroissement , puisque la pesanteur ne cessera point d’agir avec une égale intensité sur la masse quelle entraîne. On a recours à l’artifice qu’on vient de faire connaître , afin que les espaces parcourus par l’effet de la pesanteur étant plus petits , on puisse les observer avec plus de facilité , et reconnaître ainsi plus sûrement la loi qu ils suivent.
Sur la hauteur de la règle doivent être marqués , d’abord l’espacequeparcourtlc poids descendant pendant la première unité de temps, ensuite et immédiatement au-dessous un espace triple de celui-là , et après une autre espace qui soit cinq fois aussi grand que le premier. Pour pouvoir saisir avec plus de précision le moi ment de l’arrivée du poids à chacune de ces divisions i on y fixe successivement un anueau de cuivre j dont lu
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■ plan est horizontal , et dont la largeur est telle , que le poids cylindrique peut bien passer librement au travers , tandis que la plaque métallique dont il est surchargé , y est arrêtée. Le choc de cette plaque contre 1 anneau avertit ainsi parle bruit du moment que le poids arrive à la division où l’anneau est fixé ; et comme elle s’y arrête, et que 1 équilibre est alors rétabli entre les deux poids , il suit que la pesanteur cesse d’agir dès-ce moment , et que le mouvement ne continue qu’en vertu de la vitesse acquise.
Maintenant si l’anneau étant placé à la première division , il faut une seconde de temps pour que le poids additionnel vienne le heurter , étant parti du point le plus élevé ; on trouvera en plaçant cet anneau d’abord à la seconde division , et ensuite à la troisième , et en faisant toujours partir le poids du même point , qu’il lui faut deux secondes dans le premier cas , et trois dans le dernier. On a donc ainsi la preuve expérimentale que le mobile dans la première seconde a parcouru un espace ; qu’il en a décrit trois égaux à celui-là dans la deuxième seconde , et cinq dans la troisième : ce qu’il fallait prouver.
Il résuite de cette expérience fondamentale , que la pesanteur est vraiment une force accélératrice constante , qui agit d’une manière continue et sans interruption sur les corps qu’elle entraîne , et qui fait à chaque instant passer en eux un nouveau degré de vitesse. Les lois de la chute des corps sont donc renfermées dans celles établies ci-dessus sur le mouvement unifor- * méinent accéléré. Ce qu’il y a de particulier à connaître ici , c’est la vitesse a bsolue que la pesanteur en gendre dans les corps qui lui obéissent librement , par l’action quelle
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exerce sur eux durant la première unité de temps : on a choisi pour cela la seconde , qui est la soixantième partie de la minute. Or c’est l’expérience seule qui pouvait faire connaître cette vitesse.
Dans la démonstration géométrique apportée plus haut , on a vu qu’un corps entraîné par la force de la pesanteur , que l’on supposait agir d’une manière continue , acquérait dans la première unité de temps , une vitesse capable de lui faire décrire tout seul , et sans aucune nouvelle action de cette force , un espace double de celui qu’il avait parcouru dans 'cette unité. On aura donc la vitesse demandée , en mesurant avec soin la hauteur dont un corps grave descend , lorsqu’il est libre , pendant la première seconde de sa chute. Le double de cette hauteur exprime la vitesse acquise pendant ce temps , et est employé pour mesurer la' force de la pesanteur , ou la gravité.
L'expérience et l’observation ont appris qu’en faisant abstraction de tout obstacle , un corps pesant tombait dans une seconde d’une hauteur de i 5 pieds et 98 millièmes de pied ancienne mesure (1) , ou de i5 p ,i à très-peu près. Donc la vitesse demandée , ou la gra-i vite est de 3 o p ,a , ou en mètres , de 9^809. C’est là la vitesse que la pesanteur fait passer à chaque seconde de temps dans les corps qui lui obéissent librement. C’est avec cette connaissance qu’on parviendra facilement à résoudre toutes les questions relatives à la chute des corps , en se rappelant d’ailleurs que dans le mouvement uniformément accéléré ,
(1) Nous emploirons ici les mesures anciennes pour l| simplicité du calcul.
De la pesanteur.
ht vïtessè croît comme le temps , et que les espaces parcourus depuis le commencement sont comme les quarrés des temps écoulési Cette dernière proposition se tirerait encore de ce qu’on vient de voir , que les espaces parcourus successivement dans des temps égaux , suivaient la loi des nombres impairs , i , 3 , 5 , 7 , etc ; car en ajoutant ensemble les deux premiers de ces nombres , on a 4 , qui est le quarré de 2 ; si l’on additionne les trois premiers , il vient 9 , quarré de 3 ; les quatre premiers donnent 16 , quarré de 4 ; et ainsi de suite.
Première question. Un corps obéissant librement à la pesanteur,, on demande quel est l’espace qu’il parcourrait pendant la dixième seconde de sa chute.
Réponse. Cherchez le dixième terme de la suite 1 , 3,5, etc. , lequel est 19 : multipliez-le par t5 , qui est , en supprimant la fraction , le nombre de pieds anciens dont un corps descend dans la première seconde : il viendra a 85. C'est là la quantité exprimée en pieds , dont le corps descendra dans la dixième seconde , en faisant abstraction de la résistance de l’air. La mémo supposition aura lieu dans les questions suivantes.
Comme l’espace paroouru daBS chaque seconde ,• «ugmente de 3o pieds à chaque fois , on trouverait encore la réponse à la question proposée , en prenant 9 fois 3o pieds , et y ajoutant les 1 5 pieds qui appartiennent à la première seconde.
Deuxième question. La chute d’un corps a duré cinq secondes ; on demande quelle est la hauteur d’où il est tombé.
Réponse. On aura 3y5 pieds pour la hauteur demandée , en additionnant les cinq premiers nombres impairs , et multipliant par i5. Mais ainsi qu’on vient de l’observer } cette somme demie le quarré de 5 5 donc;
*4* Première Section. Chapitre VIT.
en général on trouvera la réponse à cette question , eîi formant le quarré du temps donné , et multipliant par Jt!>. Un puits au fond duquel une pierre n'arrive qu’au bout de deux secondes et trois quarts , a 1 1 3 pieds et demi de profondeur.
Troisième question. Un corps est tombé d’une hauteur de 4oo pieds : on demande quel temps il a fallu pour cela.
Réponse. Les espaces étant proportionnels aux quarrés des temps , réciproquement les temps sont comme les racines quarrées des espaces. On divisera donc 4oo par i 5 ; ce qui donne 26 f ; et prenant la racine quarrée de ce dernier nombre, laquelle est 5 à peu de chose près , il suit que cinq secondes et unsixième sont le temps demandé.
Quatrième question. Un corps est tombé pendant dix secondes : on demande quelle est la vitesse dont il est animé à la fin de cette dixième seconde.
Réponse. Les principes établis nous apprennent qu’on aura la vitesse demandée en multipliant par dix les 3 o pieds qui sont, comme on a vu , 1 a valeur de la gravité dans une seconde de tems. C’est donc 3 oo pieds : c’està-dire que ce corps frappera dans ce moment , comme étant animé d’une vitesse uniforme de 3 oo pieds par seconde.
Cinquième question. Un corps est tombé d’une hauteur de cent pieds : 011 demande quelle était sa vitesso au ternie de sa chute. 1
Réponse. On cherchera d’abord quel est le temps qu’il lui a fallu pour tomber de cette hauteur ; après quoi l’on tro uvera comme dans la question précédente la vitesse demandée. Mais pour avoir le temps de la chute, il faut observer , que si ce temps était connu, ou trouverait comme dans la deuxième question , l’es-
t)e la pesanteur. 143
pace parcouru , en multipliant le temps par lui-même, et ensuite par i 5 . Divisons donc d’abord 100 par l 5 ; ce qui donne 6 7. Ce nombre est le quarrè du temps cherché. En le convertissant en neuvièmes , on a 12 . Le
temps de la chute a donc été de 7 de seconde environ , ou d’un peu moins de deux secondes et deux tiers; et la vitesse du corps au moment de son arrivée , est par conséquent de près de 80 pieds.
Sixième question. On demande quelle est la hauteur d’où il faudrait laisser tomber un corps , pour qu’il eût au point le plus bas une vitesse donnée , de 100 pieds par seconde par exemple.
Béponse. Cherchez d'abord le temps nécessaire pour acquérir cette vitesse ; et ensuite l’espace qui répond à ce temps ; et la question sera résolue. Or , on trouve par la quatrième question , que le temps pour acquérir une vitesse de 100 pieds, est de trois secondes et un «ers; et par la deuxième , que l’espace décrit pendant ce temps, est de 166 pieds et deux tiers. Il est donc nécessaire qu’un corps tombe de toute cette hauteur, pour acquérir la vitesse supposée de 100 pieds par seconde, (a)
(2) Tous les problèmes relatifs à la chute libre des corps pesans trouvent leur solution dans les formules du mouvement uniformément accéléré , où nous mettons g initiale de gravité , à la place de u. Ainsi les formules , v = gt , et e =: ’ gt* , où g égale 3 o,a pieds , ou bien 9"',8og , contiennent la réponse à toutes les questions ci-dessus. On en déduit facilement celles-ci :
: |/age. On en tire encore : t — - ,
« ss —, et par suite , v :
et t = VE ; et enfin si g était inconnu , on aurait pour le
déterminer : g —
j 44 Première Section. Chapitre VÈf.
Dans tous les résultats que nous venons d’obtenir , l on n’a eu aucun égard à la résistance de l’air. Ce-* pendant cet obstacle inévitable , en ralentissant la vitesse des corps qui tombent, doit prolonger la durée de leur chute, diminuer les espaces parcourus dans un temps donné , et altérer les vitesses acquises. On affaiblit l’influence de cet obstacle , en choisissant des corps qui aient beaucoup de niasse et peu de volume: maison ne saurait l’anéatitir; et cette résitance , comme on a dit , augmentant avec le quarré de la vitesse , il suit quelle peut devenir très-considérable , et donner lieu à des résultats fort éloignés de ceux que promettaient la théorie et le calcul.