‹ Mécanique physique ou traité expérimental et raisonné du mouvement et de l'équilibre considérés dans les corps solidesChapitre 92 sur 130 · De la Romaine · texte numérisé non relu

De la Romaine

La romaine ou peson ( fig. 67. ) est une balance consistant en un lévier AB de fer , partagé en deux parties fort inégales par le point d’appui C. Au bout du bras le plus court est fixé un crochet , ou suspendu un bassin , où l’on met les corps qu’on veut peser. Sur le bras le plus long peut glisser un poids qui sert a contre-balancer ces corps, en le plaçant à une distance convenable du point d’appui. Le fléau porte en C une chasse , et une espèce d'index , qui doit être renfermé dans la chasse , lorsque le fléau est bien horizontal , et que l’équilibre est établi. Sur le long bras BC sont faites des divisions , qui font connaître de suite et par la seule inspection , quel est le poids du corps suspendu en A.

' Pour bien concevoir l’usage de cette balance , il faut savoir que les poids des deux bras du fléau ont d’abord été mis en équilibre entre eux ; de façon que celui qui est le plus court , soit par l’excès de son épaisseur, soit

De la Balance , de la Romaine , etc. 357 par le poids des crochets qui lui sont ajoutés , se trouve «le même pesanteur que le bras le plus long. Les choses étant donc ainsi, si l’on suppose que la masse M pèse une livre , en suspendant en A un poids d'une livre , et plaçant ia masse mobile M à une distance de l’axe, égale à AC , il y aura évidemment équilibre. Si l’on pousse ensuite ce contre-poids à une distance double , il est également clair qu’il pourra faire équilibre à un poids double , et ainsi de suite ; de façon que si le bras BC est divisé en parties égales à AC , on pourra de suite et sans calcul, connaître en livres le poids des corps suspendus en A , par la division oh il faudra placer la masse M pour l’équilibre. Les fractions de la livre seront données par des divisions intermédiaires.

La romaine est continuellement employée pour peser les choses qui ne sont pas très-précieuses. Elle est plus commode que la balance ordinaire , et son service est plus prompt. Elle exige moins de tâtonnemens et donne plus vite l’équilibre cherché : mais aussi elle est un peu moins exacte , à cause que le mouvement de la masse mobile se fait comme par sauts , et en passant d’une coche à la coche suivante , sans pouvoir l’arrêter dans l’intervalle. Cependant on assure que les Chinois font usage de cette espèce de balance pour peser l’or et les autres matières précieuses. Mais leur peson pour cet objet est fait d'un petit cylindre d’ivoire suspendu par un fil de soie , et sur lequel ils font glisser la petite masse qui sert de contre-poids. Ils pèsent avec cet instrument d’une manière aussi précise , qu’avec la balance la plus délicate.

358 Deüxième Sectiox. Chapitre VII.

4f. Du Peson à ressort.

Donnons ici par occasion la description d'une autre espèce de peson , qui est d’une très-grande commodité , lorsqu’on n’a pas besoin de beaucoup d’exactitude , et qu’il s’agit de peser des poids un peu considérables , Comme d’un ou deux quintaux. Cet instrument est composé d’une forte lame d’acier courbée en forme de C , à la partie inférieure de laquelle est adapté un crochet , où l’on suspend les corps que l’on veut peser. Le poids de ces corps oblige le ressort demi-circulaire de s’ouvrir d’autant plus qu’ils sont plus pesans. A mesure que la partie inférieure du ressort descend , une pièce verticale qui en dépend , et qui est taillée en rateau , descend aussi et frit mouvoir une aiguille , qui, s’arrêtant lorsque le poids a produit tout son effet , indique sur un cercle de métal divisé convenablement, la pesanteur du corps mis en expérience. L’effet de cette machine est fondé , comme on voit , sur les propriétés des corps élastiques , propriétés sujettes à s’affaiblir par l'usage : mais quand le ressort n’est pas forcé par des poids trop considérables , son élasticité se conserve, et cette espèce de peson peut servir long-temps.

On a imaginé encore plusieurs autres instrumens ou méthodes, pour rendre l'opération de peser plus prompte et plus commode. Mais aucune de ces inventions ne peut mériter la préférence sur la romaine pour la généralité , ni sur la balance pour la précision. Celle-ci est toujours employée pour les matières précieuses , depuis les gros ballots de soie pesant plusieurs quintaux, jusques aux pièces d’or qui ne pèsent

De la Balance , de la Romaine , etc. 35g que quelques grammes. Lorsqu’on s'en sert pour ce dernier usage , on lui donne le nom de trébucher. La pharmacie se sert aussi de balances communes fort délicates. Voyez à la Note ( h ) la description de deux autres espèces de balance.

^vvvvvv\^vv\ i vvv'v\vvxv , vv\\ , vvvvvvvvvvv

Page 1