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Autres conditions spéciales. Outre ces conditions

générales des lieux, il en est d'autres qui sont spéciales aux individus qui les occupent. Selon que ces individus seront sains, jeunes ou vieux, malades ou blessés, les volumes d'air qu'il convient de leur allouer devront varier dans des limites parfois très-étendues.

Les saisons et surtout les températures ont aussi une grande influence sur le volume d'air qu'il importe d'extraire des lieux habités et subsidiairement sur celui qui y rentre.

413. Conséquences des conditions précédentes. — Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas possible de fixer des bases générales d'après lesquelles on puisse déterminer d'une manière absolue le volume d'air qu'il convient d'allouer par individu et qu'il faut pour chaque cas se régler, d'après les résultats de l'observation. La science est tout à fait impuissante à déterminer cette proportion et elle n'en a jamais fourni que des estimations très-inférieures aux nécessités réelles.

416. Indications fournies par M. Pèclet et par divers auteurs. — Ce physicien, qui s'est particulièrement occupé de cette question, n'est pas parvenu à donner, pour les différents cas des appréciations suffisamment nettes, relatives aux diverses applications à faire.

Ainsi, après avoir indiqué* que dans une salle d'école une ventilation de 6 mètres cubes par heure et par lit pour chaque enfant, ne laissait qu'une faible odeur dans la salle, il admet cependant ce faible volume comme ** limite « inférieure

3e édition, n° 2814, page 29.

*■ 3* édition, n° 2007, page 26.

quand l'air de la pièce est mêlé avec l'air de ventilation et qu'il n'existe aucune cause particulière d'insalubrité, et que quand la ventilation a lieu de bas en haut, par tous les points du sol ou par des orifices très-nombreux et très-rapprochés, une ventilation de 7 à 1 1 mètres cubes d'air par personne et par heure fournit à chacun de l'air suffisamment pur. »

Les observations qui ont conduit M. Péciet à ces conclusions étaient relatives à l'ancienne Chambre des députés, où l'on ne siégeait que quelques heures et dans laquelle l'évacuation d'air s'élevait parfois, d'après les expériences de M. Leblanc, à 18 mètres cubes par heure et par personne.

Le même auteur (n° 2010) rapporte que dans cette salle, dont la capacité était de 4000 mètres cubes, l'air était vicié au bout d'une demi-heure, quand il n'y avait pas de ventilation. Cette salle pouvait contenir 1000 personnes, il s'ensuit qu'un individu sain viciait au moins par heure 8 mètres cubes, malgré le renouvellement que pouvaient produire l'ouverture fréquente des portes et l'échappement naturel qui avait lieu par les tribunes et les ouvertures supérieures.

En 1843, une Commission présidée par M. Arago concluait de ses recherches, au sujet de la prison Mazas, que le chiffre de la ventilation devait être porté à 10 mètres cubes.

Les Commissions d'hygiène ont aussi, pendant longtemps, admis qu'un volume de 10 mètres cubes d'air par heure et par malade était suffisant pour les hôpitaux, et lorsqu'en 1852 l'administration municipale mit au concours la question du chauffage et la ventilation de l'hôpital Lariboisière, elle se bornait à demander :

1° Une ventilation continue d'air chaud pendant l'hiver et d'air froid pendant la saison chaude à raison de 20 mètres cubes par lit et par heure dans les salles des malades ;

2° Une ventilation pendant le jour seulement dans les chauffoirs, à raison de 10 mètres cubes par lit du pavillon correspondant. Cette dernière proportion était évidemment bien

plus large que la première, attendu qu'une partie seulement des malades se promènent.

L'on remarquera que ces conditions étaient cependant relatives à des locaux destinés à des prisonniers ou à des malades, et que déjà l'on avait l'expérience qu'à l'hôpital Beaujon, dont un pavillon était ventilé par aspiration, un volume de 60 mètres cubes d'air par heure et par lit était à peine suffisant pour les salles ordinaires et que le directeur de cet

hôpital en demandait davantage pour les salles de blessés.

417. Résultats de diverses observations. — D'une autre part, des expériences faites en 1852 au Conservatoire des arts et métiers, dans le grand amphithéâtre, avaient montré qu'une ventilation de 15 mètres cubes d'air par heure et par auditeur est à peine suffisante l'hiver, et les observations plus récentes que nous avons faites en 1862 nous prouvent que, quand le temps est doux, cette ventilation ne suffit pas même l'hiver, pour empêcher la température de s'élever à 22° et au delà dans cet amphithéâtre, ni pour y maintenir une salubrité satisfaisante. Nous avons été conduit par ces dernières recherches à regarder le volume de 25 à 30 mètres cubes d'air par heure et par auditeur comme un minimum.

D'autres expériences faites la même année sur la ventilation de la salle des séances de l'Académie des sciences ont fait voir qu'une extraction d'air de 28 à 29 mètres cubes par heure et par personne était parfois insuffisante, et que d'une autre part elle donnait lieu à des courants d'air fort gênants, quand elle n'est pas bien répartie.

Des observations plus récentes, dues à M. Grassi, à MM. Trélat et Péligot, à MM. Thomas et Laurens, et d'autres trèsnombreuses que j'ai fait exécuter en 1860-61, à l'hôpital Lariboisière, ont montré qu'une évacuation de 60 à 70 mètres cubes d'air par heure et par lit n'empêche pas toujours l'air des salles de cet hôpital d'avoir une odeur désagréable.

M. Péclet lui-même dit (n° 2014) que l'on a reconnu * que dans les hôpitaux, les salles de chirurgie ne pouvaient être

assainies et dépouillées de toute mauvaise odeur, qu'avec une ventilation de près de 100 mètres cubes d'air par individu et par heure. *

J'ai rapporté, au Chap. V de ces études*, des expériences relatives au parti que l'on peut, en cas de besoin, tirer temporairement de la chaleur développée par le gaz d'éclairage pour les effets de ventilation ; pour le moment, je me contenterai de rappeler le fait suivant, qui se rattache directement à la question que je traite ici.

Les observations que j'ai rapportées au n°255, chap. V, en montrant l'utilité d'un certain nombre de becs de gaz, pour les cas où l'on a accidentellement besoin de donner à la ventilation par appel une énergie plus grande qu'à l'ordinaire, ont montré qu'un volume d'air de 45 mètres cubes par heure et par lit n'était pas suffisant pour un hôpital.

A l'hôpital militaire de Vincennes, dans l'un des pavillons duquel l'on a établi' le système de ventilation d'aspiration par en bas et où l'on obtient facilement une évacuation de 80 à 120 mètres cubes et plus par heure et par lit**, les arrivées d'air nouveau n'étant pas partout également bien disposées, les médecins militaires avaient demandé*** que le volume d'air évacué fût réduit à 30 mètres cubes. L'on a été, après trois mois d'expériences, obligé, surtout pour les salles des fiévreux, de rétablir la ventilation à raison de 60 mètres cubes d'air par heure et par lit.

Dans les locaux qui ne sont occupés que temporairement et où le nombre des individus présents est parfois très-considérable, par rapport à leur capacité, les difficultés de la ventilation peuvent devenir parfois d'autant plus grandes, qu'outre les causes d'altération de l'air inhérentes aux personnes se

* 3e édition, page 29.

** Rapports de MM. les commandants du génie Calop et Lacoste, et Rapport du comité des fortifications au ministre de la guerre. *** Rapport de M. le commandant Lacoste.

joignent celles qui proviennent des appareils d'éclairage, dont on n'a pas su jusqu'ici diminuer les inconvénients.

J'ai rapporté plus haut le résultat des observations faites dans le grand amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers et au palais de l'Institut, et desquelles il semble résulter que le volume d'air à extraire de ces locaux devrait être d'environ 40 mètres cubes par heure et par personne, si cela était possible.

Quant aux salles de spectacle, on est loin d'être fixé à ce sujet, et si la Commission chargée d'étudier la question pour les nouveaux théâtres de la place du Châtelet s'est arrêtée au chiffre de 30 mètres cubes d'air par heure et par spectateur, elle n'a pas eu pour cette fixation des données d'expériences et d'observations qui lui permissent de la regarder comme suffisamment exacte. Elle a été limitée dans ses appréciations par la crainte de créer à la solution cherchée des difficultés trop grandes ou de conduire à des dépenses exagérées. Les expériences, qui ont été faites par mes soins dans ces théâtres, depuis qu'ils sont achevés, paraissent cependant montrer que ce chiffre, calculé pour la totalité des places, serait à peu près suffisant, attendu qu'elles ne sont presque jamais toutes occupées.

Il convient toutefois de faire remarquer, que dans les théâtres comme dans les amphithéâtres et dans tous les lieux de grandes réunions, l'air est à la fois vicié par la respiration et par les émanations, et qu'en outre il est échauffé par la présence des individus, et souvent aussi, par le grand nombre de becs d'éclairage qui y sont allumés. La ventilation doit donc non-seulement assainir ces locaux par l'enlèvement de l'air vicié, mais encore y empêcher l'élévation de la température, par l'introduction d'air relativement frais.

Or, cette dernière condition crée à la solution du problème une grande difficulté de plus, car non-seulement cet air nouveau ne doit affluer qu'avec une faible vitesse et loin des personnes, mais en outre il y a des inconvénients graves à ce que sa température soit de beaucoup inférieure à celle

des lieux à ventiler; car alors il causerait une sensation de froid fort désagréable. Cette dernière condition oblige à se réserver en tous temps les moyens de modérer, de régler à peu près la température de l'air affluent, et à en augmenter le volume dans des proportions considérables, nécessaires pour certaines circonstances et surabondantes pour d'autres.

De là résulte la nécessité d'appareils de réglementation et surtout celle d'un service de surveillance intelligente, qui manque à peu près dans tous les lieux où l'on a établi, souvent à grands frais, des appareils de ventilation, et dont l'absence rend infructueuses et inefficaces les meilleures dispositions.

Pour les casernes, qui, ainsi que l'ajustement fait remarquer la Commission anglaise dont j'ai analysé le travail dans l'Introduction, ne sont guère occupées par les soldats que pendant buit heures sur vingt-quatre. La ventilation de jour se fait presque toujours par l'ouverture des fenêtres, mais pour celle de nuit où les hommes n'ont en général qu'un espace libre de 16 mètres cubes chacun, le chiffre qui paraît adopté par le service anglais, ne s'élève qu'à 34m °,6 par heure et par homme, et en France le service du Génie paraîtrait assez disposé à admettre le même volume d'air pour la ventilation des chambres de soldats.

Ce chiffre me semble trop faible, et je crois qu'il serait convenable de le porter au moins à 40 mètres cubes par heure et par homme, en se réservant les moyens de l'accroître encore en certaines circonstances. Ce qui pourrait probablement se faire assez facilement, si on combinait convenablement les dispositions de la ventilation avec les appareils de chauffage des cuisines.

Quoique je ne me sois jusqu'ici occupé que des lieux habités par des hommes, il ne sera pas hors de propos d'ajouter que des expériences toutes récentes, faites par mes soins dans les écuries de la Compagnie générale des omnibus, ont montré qu'au printemps un renouvellement d'air de 160 à 190 mètres cubes par heure et par cheval est à peu près sut-

fisant pour empêcher la température et l'état hygrométrique de l'air de s'élever trop haut.

418. Conséquences de cette discussion. — En résumé, l'examen précédent des proportions diverses qui ont été proposées ou admises, et celui des observations recueillies jusqu'à ce jour, nous conduisent à maintenir, à très-peu près, pour le volume d'air à extraire des locaux à ventiler, les proportions que nous avions indiquées en 1860, dans un rapport relatif au chauffage et à la ventilation des bâtiments du palais de justice de Paris et qui sont les suivantes :

Par heure et par individu.

Hôpitaux : Malades ordinaires 70 mètres cubes.

Blessés et femmes en couches 80 à 100 »

En temps d'épidémie. . 150 »

Prisons 50 »

Ateliers ordinaires 60 »

Ateliers insalubres 100 »

( de jour . 30 »

Casernes {

{ de nuit 40 à 50 »

Salles de spectacles, théâtres 40 à 50 »

Salles d'assemblées prolongées. . . 60 »

Écoles d'enfants 15 à 20 »

Écoles d'adultes 30 à 40 »

Écuries 0 180 à 200 »

Toutes ces données sont relatives au volume d'air vicié qui doit être évacué, et elles supposent implicitement, que, par des dispositions convenables, on assurera la rentrée de l'air en quantité suffisante et de la manière la mieux appropriée à chaque cas particulier.

A ce sujet, il est bon de faire remarquer que toutes les observations sont d'accord pour montrer que, quand l'aspi-

ration de l'air vicié est produite d'une manière assez énergique, le volume d'air évacué est toujours supérieur à celui dont on a ménagé la rentrée par des appareils de chauffage dans une proportion qui est le plus souvent de 3 à 2, ce qui ne doit pas empêcher de disposer avec soin les orifices d'admission de l'air nouveau, comme nous l'avons expliqué précédemment.

Il y a d'ailleurs des cas, comme celui des salles de spectacle, où l'existence d'un grand nombre de portes exige, que des précautions soient prises contre les rentrées incommodes d'air extérieur par les ouvertures.

419. Observation sur l'infection de l'air. — Les nombres qu'on vient d'indiquer paraîtront peut-être bien considérables et hors de proportion avec les besoins, mais à mesure que je me suis davantage occupé de cette question, j'ai été de plus en plus confirmé dans ces appréciations.

On ne se fait pas une idée exacte, et il est, en effet, trèsdifficile de se rendre compte de l'infection que produisent dans l'air la respiration et les émanations cutanées, lorsqu'un certain nombre d'individus sont réunis dans un même lieu. Quand l'air, chargé de ces miasmes, s'échappe par des orifices d'évacuation ou par des cheminées d'appel, il est littéralement empoisonné, non-seulement impropre à la respiration, mais tout à fait susceptible de produire l'asphyxie. On en a vu des exemples, et un jeune ingénieur que j'employais en 1847 à des expériences à l'hospice Beaujon, a couru risque de la vie, pour avoir pendant quelques instants, engagé la partie supérieure du corps dans la cheminée d'appel ; il était presque asphyxié. Pareil accident a failli arriver en 1860 au palais de justice, à un autre ingénieur, dans des circonstances analogues, en faisant des observations pendant une audience.

Cette infection de l'air de la cheminée d'appel et d'évacuation générale, se manifeste même lorsque les salles d'où provient cet air paraissent être parfaitement ventilées et sa-

lubres. Elle a été éprouvée à un degré très-sensible par M.Pelouze et par moi, à l'hôpital Necker, le 16 juin 1860, alors qu'une grande partie des fenêtres du pavillon des femmes étaient ouvertes, et que les salles de ce pavillon ne nous avaient laissé soupçonner rien de pareil.

M. Péclet (n° 2009)* signale le même fait en ces termes, au sujet de la ventilation de l'ancienne Chambre des députés :

« L'odeur dans les cheminées d'appel était extrêmement désagréable et cependant l'air de la salle était sans odeur et les cheminées très-propres. »

Il paraît de plus que les parois des conduits s'emprègnent d'émanations plus ou moins fétides, dont l'effet se fait sentir lors même que les locaux auxquels ils sont destinés ont cessé pendant quelque temps d'être occupés. #

3e édition du Traité de la chaleur, 3e vol., page 28.

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