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Palais du Sénat. — La salle actuelle des séances du

* Voir les expériences sur les effets de ventilation produits par les appareils d'éclairage.

Sénat est celle de l'ancienne Chambre des Pairs, et les dispositions prises, il y a quelques années, pour la ventilation subsistent encore, mais elles ne sont plus en usage. Les inconvénients, que j'ai signalés à diverses reprises, de l'arrivée de l'air par les gradins en arrière des fauteuils des membres de l'assemblée, se sont fait sentir de telle sorte que la ventilation ne fonctionne plus.

Fig. 51.

£i^ ^2SSSS2

L'air affluait par des ouvertures allongées, disposées concentriquement et de 0m,015 seulement de hauteur moyenne. Le développement total de ces ouvertures est d'environ 140 mètres, ce qui donne une surface libre de2m-*,l0. Le volume d'air que le dernier entrepreneur du chauffage et de la ventilation devait fournir étant de 8000 mètres cubes au plus, cela correspondait à une vitesse moyenne d'arrivée de l'air égale à lm,01 environ.

Quoique cette vitesse fut fort modérée et que les orifices fussent à la distance de 0m,70 au moins des jambes des membres de l'assemblée, un grand nombre d'entre eux se sont plaints, tantôt que le courant d'air était trop chaud, tantôt qu'il était trop froid ; ce qui pouvait être alternativement vrai, si cet air était dans le premier cas à 40 ou 50° au-dessus de zéro, et dans le second à 5 ou 6° au-dessous de celui de la salle.

Par suite de ces critiques, qui justifient ce que j'ai dit déjà des inconvénients des arrivées d'air voisines des personnes, on a supprimé l'action de ces orifices d'accès.

Quant à l'extraction de l'air vicié, elle se faisait par deux

orifices d'un mètre carré chacun, placés dans la salle devant les deux portes latérales d'entrée. Or, outre l'inconvénient de n'avoir que deux orifices d'évacuation, ce qui tendait à faire converger vers ces deux points tout l'air vicié de la salle, la proximité des portes, incessamment ouvertes, devait troubler l'évacuation de cet air, parce que l'appel était alimenté par celui que les portes fournissaient.

Au surplus, ces orifices d'appel ont été fermés, ainsi que ceux d'arrivée de l'air, et actuellement la salle des séances du Sénat n'est nullement ventilée, aussi la température y estelle souvent supérieure à 20° sans renouvellement de l'air. La grande capacité, par rapport au nombre des membres, les ouvertures continuelles des portes diminuent les inconvénients de celte absence totale de ventilation.

Les dispositions générales indiquées précédemment pour la ventilation des amphithéâtres me paraissent les plus convenables à appliquer dans le cas actuel. L'appel de l'air vicié par les orifices percés dans les gradins, sous la tribune et sous le bureau du président, l'arrivée de l'air nouveau, chaud ou frais, par les parties supérieures de la salle, en filets minces, par des orifices offrant la plus grande surface totale possible, telles sont les indications que je crois les plus sûres à donner.

Des églises.

48o. La grande capacité des églises, l'ouverture incessante des portes, l'étendue des fenêtres en vitraux, toujours assez mal closes, les ouvertures pratiquées dans les voûtes pour la suspension des lustres, des draperies, et pour le mouvement des cloches, paraissent, en général, rendre superflue l'adoption de dispositions spéciales pour l'admission et l'évacuation de l'air, et réduisent la question à celle du chauffage.

Tel est aussi l'avis de M. Péclet (page 178, 3e édition). Cependant il admet, avec raison, je crois, que les appareils doivent être disposés de manière que l'air qui vient se chauffer

dans le calorifère puisse à volonté être pris dans l'église ou en dehors. Mais dans le service habituel de tous les appareils de chauffage et de ventilation, il y a presque toujours tant de négligence, que, la plupart du temps, je préférerais assurer l'arrivée de l'air nouveau, en le faisant affluer d'une îîianière permanente de l'extérieur par les appareils de chauffage.

Le chauffage par. circulation d'eau chaude ou à l'aide de calorifères à air chaud, sont les deux moyens admis par M.Peclet; mais il faut qu'ils soient accompagnés de la chambre de mélange de l'air, indispensable pour modérer la température. Quant aux appareils à vapeur, cet auteur reconnaît (p. 178, 3e édition, 3e volume) qu'ils exigent une surveillance particulière de la part du chauffeur. Aussi, dit-il, ils ne sont jamais employés.

Je partage son opinion quant à ces derniers, mais tout en reconnaissant qu'on peut employer utilement dans beaucoup de cas les calorifères à air chaud, moyennant l'addition d'une chambre à air, il me semble, d'après les observations faites par la commission chargée de recevoir les appareils de chauffage et de ventilation établis à Saint-Roch par M. Grouvelle, qu'il y a lieu de préférer pour les églises l'emploi des appareils de circulation d'eau chaude, réduits d'ailleurs presque partout à de simples tuyaux.

En effet, le principal motif qui peut faire préférer l'emploi des calorifères à air chaud, c'est la facilité qu'ils présentent pour faire varier et pour activer rapidement au besoin les effets calorifiques; tandis que les appareils de circulation d'eau chaude, par suite de la grande densité du liquide qui sert de véhicule à la chaleur, se prêtent moins, d'après ce que l'on sait généralement, à de semblables variations et conservent, après les heures du service, une quantité considérable de chaleur qui, à ce que pensent quelques ingénieurs, se dissipe en pure perte d'un jour à l'autre.

Cette objection que M. Péclet paraît admettre (p. 72, 3e volume, 3e édition) en disant « que la permanence d'effet des calorifères à eau chaude, que nombre de personnes ont re-

gardés comme un avantage, n'est réellement qu'un inconvénient qui existe dans tous les cas » n'est cependant pas aussi sérieuse qu'on pourrait le croire.

En effet, c'est principalement au chauffage des églises où le service divin n'a lieu qu'à certaines heures et presque jamais la nuit qu'elle s'appliquerait ; or il résulte des observations de la Commission, que nous avons citées plus haut, et qui sont rapportées par M. Péclet lui-même, qu'en chauffant d'abord avec continuité jour et nuit, pour amener la température intérieure à un degré convenable et en soutenant ensuite la température par un chauffage intermittent, conduit de manière à l'empêcher de s'abaisser de plus de 2 à 3°, on obtient avec économie une régularité suffisante dans les températures.

Les résultats obtenus depuis près de 20 ans à l'église de la Madeleine, dont la capacité est d'environ 50 000 mètres cubes, sont constatés par M. Péclet en ces termes (p. 161, 3e édition, 3e volume) : « Le chauffage a lieu à l'eau chaude sous une pression limitée à 2 atmosphères par une soupape de sûreté. M. Duvoir Leblanc s'est engagé à maintenir une température de 12°, 5 dans l'église et de 18° dans quelques pièces, moyennant une somme de 15 francs par jour de chauffage (à une époque où la houille valait 4 fr. 30 cent, les 100 kilog.) y compris le salaire du chauffeur. Sous le rapport de la température à maintenir dans l'église, les conditions du marché paraissent être remplies; je m'en suis assuré dans une visite que j'y ai faite et j'ai constaté ce fait important que la température était sensiblement la même dans toutes les parties basses de l'église et que dans les tribunes élevées la température dépasse à peine de 1° celle du niveau du sol. »

Depuis l'époque où M. Péclet écrivait, le marché de M. L. Duvoir a été renouvelé dans des conditions à peu près analogues, eu égard à l'augmentation du prix de la houille; ce qui prouve qu'il est également avantageux pour les deux parties.

Sans avoir encore à ma disposition des renseignements

assez complets pour me former une opinion bien arrêtée, je crois que le chauffage des grandes églises à l'eau chaude doit être au moins aussi économique que celui que l'on peut obtenir avec des calorifères à air chaud. J'en ai donné les motifs dans le chapitre particulier relatif aux appareils de chauffage.

Quant à la disposition générale des conduits d'arrivée et de répartition de l'air dans les églises, celles qui ont été adoptées à la Madeleine par M. Duvoir-Leblanc, à Saint-Roch par M. Grouvelle, me semblent également convenables.

Un conduit central selon l'axe de l'église, dans lequel circulent le tuyau incliné d'ascension de l'eau chaude et le tuyau de retour, ou un double conduit latéral, où se produit une circulation analogue, servent à amener et à échauffer l'air extérieur. Sur les tuyaux d'eau chaude, des renflements placés de distance en distance et au-dessus desquels sont des grilles pour permettre à l'air échauffé de se répandre dans l'église suffisent. Mais, afin de régulariser la répartition de l'air chaud, il importe d'établir dans les conduits parcourus par l'eau chaude des cloisons au delà de chaque grille d'issue et de faire arriver l'air nouveau à échauffer dans chacune des parties des conduits principaux par d'autres conduits latéraux spéciaux.

Au moyen de ces indications générales et avec de bonnes proportions , on peut chauffer convenablement les églises et y renouveler l'air d'une manière suffisante. L'ouverture si fréquente des portes et les nombreux orifices que présentent les fenêtres et les voûtes y assureront la circulation de l'air.

Pour les cathédrales où, lors des grandes cérémonies publiques, il se réunit parfois un nombre considérable de personnes, il importe de prévoir le cas où il serait nécessaire d'assurer l'entrée et l'évacuation de volumes d'air exceptionnels. L'ouverture d'un grand nombre de fenêtres dans les parties basses et surtout dans les parties hautes, et l'attention de ne pas gêner la circulation de l'air par de trop nombreuses draperies, suffiront presque toujours pour ces cas anormaux.

Du chauffage et de la ventilation des salles de spectacle.

486. La ventilation des salles de spectacle présente des difficultés particulières et nombreuses qui tiennent non-seulement à la disposition générale des lieux, mais surtout aux conditions si variables des saisons et de l'affluence du public.

Le savant Darcet, à qui la science et l'hygiène publique doivent tant de travaux utiles, et dont le dévouement persévérant méritait, même pour ses tentatives parfois infructueuses, plus de reconnaissance qu'il ne lui en a été accordé, avait le premier entrevu une solution de la question. Il avait proposé d'utiliser la chaleur, jusqu'alors seulement incommode, du lustre, pour produire l'évacuation de l'air vicié, et subsidiairement des rentrées d'air nouveau, qu'il faisait affluer par des doubles fonds ménagés sous le plancher de chaque étage de loges.

Mais cette solution, rationnelle quant à son principe, n'avait pas réussi, tant par suite d'une évaluation trop restreinte des volumes d'air nécessaires à une ventilation suffisamment salubre que par un emploi trop direct et trop immédiat de la chaleur du lustre.

Il était donc nécessaire de reprendre la question dans son entier et de la poser dans toute sa généralité. C'est ce qu'a fait en 1861 une commission * présidée par M. Dumas et dont j'ai eu l'honneur d'être le rapporteur.

Les discussions et les expériences faites pour élucider certains points de la question pouvant, malgré les conséquences négatives auxquelles elles ont souvent conduit, jeter du jour sur la question, je reproduirai ici à peu près dans son entier le travail de la commission, en y ajoutant des indications sur les proportions à suivre dans l'établissement des appareils et quelques dispositions que l'observation, ainsi que de nou-

* Cette commission était composée de MM. Dumas, membre de l'Institut, président; Chaix d'Est-Ange, procureur-général près la Cour d'appel; Pelouze. Rayer, Gilbert, Caristie, membres de l'Institut; Baltard, architecte; Grassi, pharmacien; général Morin, membre de l'Institut, rapporteur.

velles études m'ont fait regarder comme préférables à celles que nous avions admises pour les deux théâtres alors et déjà en construction sur la place du Châtelet.

Je ferai ensuite connaître les résultats des expériences que j'ai pu exécuter dans ces théâtres, ainsi que l'effet des : modifications que l'on a fait subir aux projets d'abord approuvés.

487. Indépendance et solidarité du chauffage et de la ventilation.— Le chauffage et la ventilation d'une salle de spectacle sont deux effets distincts, mais également importants à obtenir, dont il est essentiel de bien établir les rapports, afin de coordonner convenablement les appareils à l'aide desquels on veut les produire. Il doit, en effet, exister entre ces deux parties d'une question si intéressante pour le public qui fréquente les théâtres, des relations variables avec les saisons et la température, sur lesquelles il est nécessaire de fixer les idées, avant d'entrer dans l'examen des conditions spéciales à chacune d'elles.

488. Le chauffage précède la ventilation. — Il est d'abord évident que les appareils de chauffage doivent être mis en activité avant que le public ne soit introduit dans la salle, afin qu'en entrant il la trouve à une température convenable ; et, d'une autre part, il n'est pas moins clair que, tant que la salle est vide, il serait complètement inutile d'y produire une circulation, un renouvellement de l'air qu'elle contient, ce qui occasionnerait, sans aucun avantage, une déperdition de chaleur.

Dès lors, dans cette première période, les appareils de chauffage ne devant avoir à produire d'autre effet que d'amener la température intérieure de la salle au degré qu'il convient de lui faire acquérir avant l'entrée du public, il y a lieu de les proportionner principalement pour que ce résultat soit obtenu aussi promptement et aussi économiquement que possible ; ce qui permet :

1° D'élever alors la température de l'air qu'ils versent dans

la salle à un degré qui serait inadmissible, ou tout au moins incommode, quand le public y serait entré ;

2° D'amener le plus directement possible, et sans le faire circuler inutilement par les conduits de ventilation, cet air chauffé dans l'intérieur du théâtre et de la salle, sauf à fermer ces orifices spéciaux de chauffage un peu avant l'ouverture de cette salle .

Cette dernière disposition, qui accélérerait beaucoup le chauffage de la salle, aurait en outre l'avantage de ne pas échauffer inutilement les conduits de ventilation, dont il importe au contraire de modérer la température, afin de ne pas transformer les loges en étuves inhabitables.

Nous reviendrons sur les dispositions à prendre à ce sujet, quand nous parlerons des appareils mêmes de chauffage.

Il convient d'ailleurs de faire remarquer que la scène étant occupée pendant une partie de la journée pour les répétitions, il importe beaucoup alors de s'opposer au refroidissement de la salle, et qu'il est même nécessaire de chauffer la scène et ses dépendances.

489. Chauffage pendant la présence du public. — A partir du moment où le public a été introduit dans la salle, le chauffage doit être immédiatement modifié et la ventilation doit commencer à agir ; mais ces changements ne peuvent se faire que graduellement.

Dans la saison d'hiver et s'il fait très-froid, l'air de ventilation devant être à une température beaucoup plus basse que celui qui a servi au chauffage de la salle, et, d'une autre parts la température des appareils de chauffage ne pouvant être abaissée aussi rapidement qu'il serait nécessaire pour diminuer convenablement celle de l'air qui les traverse, il pourra convenir, dès que la ventilation doit commencer, de faire de l'air chaud fourni par les calorifères deux parts distinctes. La première continuera de déboucher dans la chambre à air et se mêlera avec de l'air extérieur, selon les variations de la

température, en proportions telles que l'air nouveau de ventilation arrive au volume et à la température convenables dans la salle.

Des ouvertures devront, en conséquence, être ménagées dans les prises d'air extérieures pour introduire directement à volonté, dans la chambre à air ou de mélange, la quantité d'air frais que ies circonstances rendront nécessaires. Ces mêmes ouvertures serviront, l'été, à fournir une partie de l'air de ventilation qui, dans cette saison, ne devra jamais traverser les calorifères, dans lesquels il éprouverait des résistances inutiles et occasionnerait des altérations.

Pendant l'hiver, on devra prendre des dispositions telles que la seconde partie de l'air chaud devenue surabondante pour la ventilation, et dont il importe de tirer cependant parti, puisse, au moyen de registres convenablement disposés, être conduite dans les cheminées principales d'appel, dont elle activera le tirage en élevant la température de l'air que ces cheminées servent à évacuer. Mais il est bon, dès à présent, de faire remarquer que ce qu'il importe de faire arriver à cet effet dans la cheminée d'appel, c'est de la chaleur et non de l'air, qui y occuperait un volume qu'il convient de réserver à l'air appelé. Par conséquent, les passages de l'air chaud, livrés par le calorifère à la cheminée d'appel, devront être aussi restreints que possible, afin d'augmenter sa température en diminuant son volume. Enfin, on devra se réserver le moyen de faire, dans certains cas, qu'il est bon de prévoir, évacuer une partie de cet air chaud au dehors ou dans les vestibules intérieurs, escaliers, etc,

490. Introduction de l'air pendant l'été. — Pendant l'été, où la température élevée de l'air extérieur exigera, pour maintenir celle de l'intérieur à un degré convenable, un volume d'air de ventilation beaucoup plus grand que l'hiver, il conviendra, d'une part, de ménager à l'air des orifices d'introduction auxiliaires, prenant l'air à chaque étage et le

versant par l'action de l'appel dans les conduits principaux d'affluence destinés au service d'hiver. Ces orifices auxiliaires devront être disposés de manière à avoir des communications aussi directes que possible avec les doubles fonds d'introduction de l'air dans les salles ; d'autre part, c'est dans la saison d'été qu'il faudra utiliser, pour activer l'appel de l'air, tous les moyens dont on pourra disposer.

491. Du volume d'air nécessaire à la ventilation des salles de spectacle.— Le nombre considérable de personnes qui peuvent être réunies dans une salle de spectacle s'oppose à ce que la quantité d'air qu'il est possible d'affecter à la ventilation soit aussi élevée qu'on pourrait le désirer. 30 à 40 mètres cubes d'air par heure et par auditeur conduisaient déjà à un chiffre total de 51000 à 68000 mètres cubes pour le Théâtre-Lyrique, et à 90000 et 120000 mètres cubes pour le théâtre du Cirque, et l'on conçoit de suite la difficulté d'assurer le renouvellement régulier d'un aussi grand volume d'air; aussi, dès l'origine de ses discussions, la Commission a-t-elle admis qu'elle se regardait comme forcée à limiter le volume d'air à introduire par heure et par individu à 30 mètres cubes ; mais elle n'en a pas moins exprimé l'opinion qu'un volume beaucoup plus considérable serait nécessaire pour obtenir une bonne ventilation. Pour ma part, je pense que ce volume ne devrait pas être inférieur à 60 mètres cubes par heure et par spectateur et je crois possible de l'obtenir par les moyens que j'indiquerai, sans qu'il en résulte des courants d'air gênants.

L'expérience a, en effet, montré qu'au Théâtre- Lyrique, alors qu'il y avait un peu plus de 1000 spectateurs, une ventilation de 68 mètres cubes par heure et par spectateur n'avait rien d'exagéré.

492. Observations sur l'influence des spectateurs sur la température.— Avant d'aller plus loin, il est utile d'appeler l'attention sur les résultats des observations faites par un grand nombre de chimistes, sur la chaleur développée par l'homme dans l'acte de la respiration.

M. Thénard (4e volume, page 563 et suivantes), après avoir relaté les résultats généraux des expériences de Lavoisier et de Laplace, et analysé celle de M. Despretz sur les sources de la chaleur dans l'économie animale, dit que « dans les poumons d'un homme il se produit chaque jour, par le seul effet de de la respiration, une quantité de calorique capahle de faire passer 38kil, 118 d'eau de 0° à 75 degrés, soit 2858, 85 calories en 24 heures, ou 119, 13 calories par heure. »

Or, la capacité de l'air pour la chaleur étant les 0,237 de

celle de l'eau, et un mètre cube d'air à 0° pesant lkil,299 sous

la pression de 0m,76 de mercure, il s'ensuit que, pour s'élever

d'un degré, un mètre cube d'air absorbe 0,237 X 1,299=0,308

calories ; donc , puisqu'un homme développe par heure

119,13 calories, il en résulte aussi que, par le seul effet de la

119 13 respiration, il pourrait élever de 1 degré ' 0- — 38 7mc d'air

ou 38mc,7 de 10 degrés.

Des expériences plus récentes, et dont les résultats concordent à peu près avec les précédents, portent à admettre que, dans l'acte de la respiration, l'homme expire 38 grammes d'acide carbonique et aspire 33 grammes d'oxygène.

Or il suffit de 28 grammes d'oxygène pour brûler les 10gr,37 de carbone que contiennent les 38 grammes d'acide carbonique, et on admet que les 5 grammes restant se combinent avec 0sr,6 d'hydrogène que dégagerait le poumon.

Il s'ensuivrait donc que, dans 24 heures, il est brûlé dans le poumon de l'homme 240 grammes de carbone et 15 grammes d'hydrogène.

Les 240 grammes de carbone développent en brûlant 1940 calories.

Les 15 grammes d'hydrogène. . 518 —

2458 calories.

Total des unités de chaleur développées par un homme en 24 heures : 2458 calories, ou par heure 102 calories.

Mais, puisque dans celle estimation l'on admet qu'il y a de l'hydrogène brûlé ou de l'eau formée qui s'échappe à l'état de vapeur, et emporte ainsi une quantité notable de chaleur, on voit que les deux estimations se rapprochent beaucoup.

Il est vrai de faire remarquer avec M. Péclet que, par la combustion de l'hydrogène, il se produit de la vapeur d'eau qui absorbe une portion de la chaleur développée. Mais cette vapeur, qui s'échappe des poumons à 38 degrés environ et qui passe ensuite à la température du milieu ambiant se condense en partie et restitue une portion de la chaleur qu'elle avait absorbée.

Enfin, une note que je dois à l'obligeance de M. Ed. Becquerel estime, d'après les expériences les plus récentes, la quantité de chaleur développée en moyenne par l'homme et par la femme à 104 unités ou calories.

Quoiqu'il en soit, et comme il est prudent d'admettre les

circonstances les plus défavorables à la solution du problème,

nous conserverons la première estimation qui revient à

1 19*31,! 8 développées par heure dans l'acte de la respiration,

il s'ensuit qu'un homme dégage par heure une quantité de

119 12 chaleur capable d'élever 1 degré ' ■ =38,7 mètres cubes

d'air, comme nous l'avons dit^plus haut.

Par conséquent, si cet homme est dans un milieu dont la température soit à 20 degrés et dont il soit extrait par heure 38mc,7 en même temps qu'on y introduit aussi 38ma,7 d'air à 10 degrés au-dessus de zéro, la température du milieu sera maintenue à 20 degrés par le seul effet de la respiration de cet individu, abstraction faite du refroidissement occasionné par les parois, et qui est toujours assez faible dans les salles de spectacle. Si, au contraire, l'air affluent était à une température inférieure à -j- 10 degrés, celle du milieu tendrait à s'abaisser, et il serait nécessaire de chauffer l'air de ventilation.

A l'inverse, si l'air de ventilation était à plus de 10 degrés au-dessus de zéro, le volume de 38me,7 d'air à cette tempéra-

ture ne serait pas suffisant pour empêcher la température du milieu de s'élever.

Il suit de ces résultats qu'une ventilation d'été fixée à 30 mètres cubes dans une salle enveloppée de corridors qui la préservent du refroidissement, et pour laquelle on ne peut se flatter d'avoir toujours, môme le soir pendant l'été, de l'air à la température de 10 degrés seulement au-dessus de zéro, serait insuffisante. Dans cette hypothèse même, favorable à la ventilation, le volume d'air à admettre ne devrait pas être inférieur à 60 mètres cubes par heure et par spectateur. C'est le chiffre que l'on doit, je crois, prendre pour point de départ des projet».

Au contraire, l'hiver, si l'on introduit 38mc,7 d'air dans la salle par heure et par spectateur, pour que cet air n'acquière pas une température de plus de 20 degrés, il faudrait probablement qu'il ne fût point chauffé beaucoup au-delà de 10 degrés.

Par conséquent, pendant les représentations, si, le feu étant couvert, les appareils de chauffage fournissaient seulement de l'air à 30 degrés, l'on pourrait le mêler avec le double de son volume d'air à zéro, pour obtenir le mélange à 10 degrés. L'air chaud à fournir alors par le calorifère ne serait donc que le tiers du volume total de l'air de ventilation.

Si l'air extérieur était à— 10 degrés, pour que le mélange d'air chaud G à 30 degrés et d'air froid F à — 10 degrés fût à -f- 10 degrés, il faudrait satisfaire à la relation

30 G— 10F=(C+F)10; d'où G=F,

c'est-à-dire qu'alors le calorifère devrait pouvoir fournir un volume d'air chaud à 30 degrés, égal au volume d'air froid à — 10 degrés que l'on pourrait introduire dans la chambre à air.

Donc, dans le premier cas, les calorifères ne devraient fournir en air à 30 degrés que le tiers du volume total de l'air nécessaire à la ventilation, et dans le second cas, que l'on doit regarder en France comme une limite extrême de

froid, le volume d'air que le calorifère devrait fournir à 30 degrés ne serait au plus que la moitié du volume total d'air à fournir à la salle.

On doit d'ailleurs remarquer que les calorifères, de quelque genre qu'ils soient, peuvent fournir et fournissent en effet de l'air à plus de 30 degrés. Sans prétendre que, dans la pratique, les aperçus précédents soient complètement réalisés, nous croyons cependant pouvoir conclure de ce que nous venons de dire, que les calorifères ne doivent pas être construits et disposés pour fournir beaucoup plus de la moitié de l'air de ventilation pendant l'hiver, et qu'avec cette proportion la facilité qu'ils donnent d'avoir de l'air à 60 degrés et plus assurera toujours le chauffage de la salle, soit avant, soit pendant la représentation.

Enfin, des calorifères des proportions adoptées par de bons constructeurs pouvant facilement, par la seule action de la chaleur, débiter de 8000 à 10000 mètres cubes d'air par heure, ils seront bien suffisants pour fournir le volume d'air chaud nécessaire, sans recourir à l'action d'aucun ventilateur.

495. Résultats de l'observation. — Les proportions qui auraient été basées d'après les considérations précédentes seraient suffisantes; toutefois, je crois devoir faire remarquer que l'expérience nous a appris depuis, que l'air nouveau pouvait sans inconvénient arriver à une température supérieure à 10 degrés dans beaucoup de cas, pendant l'hiver et quand la salle n'est pas pleine. Il est donc prudent de donner un certain excès de puissance aux calorifères.

494. Des conditions générales du chauffage des salles de spectacle. — Il faut distinguer dans le service du chauffage des salles de spectacle ce quiconcerne les vestibules, les escaliers, les foyers, la scène et ses dépendances, les foyers et les loges d'artistes, etc., etc., de ce qui est relatif au service de la salle proprement dite, occupée par les spectateurs.

Les premiers locaux, et surtout les vestibules inférieurs et

les escaliers, doivent évidemment être chauffés pendant l'hiver avec continuité à un degré assez élevé, parce que l'air extérieur y pénètre sans cesse, par l'effet de la circulation du public, et qu'ils sont en partie occupés par le personnel de service.

Il en est à peu près de même du foyer et des loges d'artistes.

Quant à la scène proprement dite, comme elle est en communication pendant la représentation avec l'intérieur de la salle, il suffit, mais il est nécessaire d'y faire affluer de l'air à la température qui convient à l'ensemble de la salle, et il est d'ailleurs indispensable de la maintenir convenablement chauffée dans le jour pour les. répétitions.

Enfin, l'espace occupé par les spectateurs, outre la chaleur que développe chacun de ceux-ci, reçoit encore, soit directement, soit indirectement, une partie de celle que produisent les appareils d'éclairage, et l'on a vu précédemment combien il importe de se réserver les moyens de modérer la température de l'air affluent.

Il est donc indispensable de distinguer et de séparer le service des calorifères destinés à chauffer tous les locaux qui constituent les dépendances extérieures et celles de la scène, de celui des calorifères affectés au service propre de la salle.

Il doit être toutefois bien entendu que le chauffage des escaliers, des couloirs et des corridors devra être réglé de manière que la température n'y soit jamais au-dessous de 18°, afin que l'ouverture des portes ou le passage des spectateurs de l'intérieur des loges dans ces locaux, n'occasionne jamais une transition désagréable d'une température à une autre.

Il est d'ailleurs encore plus nécessaire pour les salles de spectacle largement ventilées que pour celles qui le sont peu, que tous les vestibules, couloirs et abords soient munis de doubles ou de triples portes battantes, dont les intervalles soient convenablement chauffés par des bouches de chaleur, afin d'éviter, ou au moins d'atténuer, les courants d'air que l'énergie de l'appel tend à déterminer.

La condition de n'introduire dans la salle que de l'air à une température très-modérée, oblige à n'emprunter, pendant les représentations, aux calorifères du reste des théâtres qu'une très-faible quantité d'air, et par conséquent à ne compter pour le service de la salle, pendant cette période, que sur les appareils qui lui seront spécialement affectés.

Mais, avant l'entrée du public, il en est autrement, et pour cette période, l'on peut profiter de toute la chaleur utilisable de l'ensemble des appareils pour échauffer la salle au degré convenable ; et, à cet effet, comme il est évident que plus l'air chaud fourni par les calorifères arrivera directement dans la salle, moins il y aura de pertes de chaleur, il convient d'établir des orifices d'accès aussi directs que possible, pour l'air qui doit passer de la chambre à air dans la salle.

On trouvera à cette disposition, comme on l'a déjà indiqué, l'avantage subsidiaire que les conduits de ventilation, qui, pendant la représentation, doivent amener l'air de la chambre à air dans la salle, n'étant pas préalablement échauffés, il sera plus facile de modérer et de régler selon les besoins la température de cet air de ventilation; ce qui serait au contraire fort difficile, si le chauffage préalable avait élevé la température de ces conduits à un degré qui ne saurait ensuite être abaissé que lentement.

Il est d'ailleurs évident, et il est inutile peut-être de répéter que, pendant toute la période du chauffage préalable de la salle vide, la ventilation ne devra pas agir, et que tous les orifices d'introduction de l'air dans les cheminées d'appel ainsi que ces cheminées elles-mêmes devront être aussi hermétiquement fermés que possible.

49S. Marche à suivre après Ventrée du public. — A partir du moment où le public est admis dans les salles, les circonstances changent, et, comme nous l'avons dit plus haut, la présence des spectateurs contribuant beaucoup à réchauffement de l'air, il devient nécessaire de n'introduire que de l'air à

une température modérée selon leur nombre, et en même temps qu'il faut en augmenter le volume.

Mais comme les calorifères, fortement échauffés pour le chauffage préalable de la salle, produiraient de l'air trop chaud, quelque soin que l'on prît d'en couvrir les feux, il faut d'une part se débarrasser de l'air chaud surabondant, et de l'autre introduire dans la chambre à air un volume convenable d'air frais, pour obtenir à la fois la quantité et la température voulues de l'air de ventilation. Il est donc indispensable de se ménager :

1° Le moyen de diriger ailleurs que dans la salle l'air chaud surabondant fourni par les calorifères;

2° Des orifices d'admission de l'air extérieur dans la chambre à air, pour y obtenir un mélange d'air suffisant et à la température convenable dans toutes les saisons.

Au lieu de perdre et de verser au dehors l'air chaud surabondant, il est d'ailleurs évident qu'il convient, comme on l'a déjà dit, de le faire évacuer parles cheminées d'appel, dont il élèvera la température intérieure et augmentera l'action. On aura ainsi un moyen auxiliaire, dont on pourra disposer dans des proportions variables, selon les saisons, et que nous aurons à mettre plus tard au nombre de ceux qu'il convient d'employer, quand nous parlerons de la ventilation.

496. Nécessité de faire cesser la ventilation après la sortie du public pendant l'hiver. — Le chauffage préalable de la salle et le développement de chaleur qu'il faut produire pour déterminer à la fois une température convenable et un renouvellement d'air suffisant ne peuvent s'obtenir que par une dépense de combustible qu'il importe de limiter le plus possible.

Il faut donc pendant l'hiver éviter que, dans l'intervalle des représentations, la salle et tous les conduits de circulation de l'air se refroidissent; par conséquent, des dispositions doivent être prises pour que tous les conduits d'arrivée de l'air exté-

rieur et ceux d'évacuation de l'air intérieur soient aussi complètement fermés que possible. A cet effet, il conviendra d'y multiplier les registres et d'en régler le service avec soin.

Faute de cette précaution, il arrive fréquemment l'hiver que l'air extérieur étant plus froid que ceux de la salle et de la scène, et celle-ci par sa hauteur et par l'ouverlure de certaines issues, formant une sorte de vaste cheminée, il se fait des rentrées d'air froid, qui afflue par toutes les bouches destinées au contraire à servir à l'aspiration; de sorte que l'intérieur de la salle se trouve considérablement refroidi pendant la nuit et la journée, ce qui, outre l'inconvénient très-grand qui en résulte pour les artistes pendant les répétitions, présente celui d'exiger une consommation considérable de combustible pour rétablir la température intérieure au degré convenable et établir la ventilation dans le sens voulu.

Il pourrait même arriver, et je crois que le cas s'est présenté récemment, qu'un directeur de spectacle plus soucieux de l'économie que du bien-être du public, négligeant de faire chauffer les foyers d'appel de l'air vicié du parterre, de semblables rentrées d'air fussent continues sous les jambes des spectateurs. A l'inverse, dans la saison d'été, il ne peut qu'être avantageux de laisser la ventilation se continuer pendant la nuit,puisque la circulation de l'air frais abaissera la température de la salle et en rendra le séjour plus agréable. Mais il sera aussi convenable d'interrompre, dans le jour, l'arrivée de l'air à partir de l'heure où la chaleur commence à se faire sentir à l'extérieur.

497. Du choix des appareils de chauffage. — Les conditions particulières du chauffage des théâtres peuvent et doivent exercer une grande influence sur le choix qu'il convient de faire des appareils à employer.

En effet, ce chauffage, qui ne doit avoir lieu que pendant une partie de la journée pour une portion des locaux d'un théâtre, est en outre, pour le principal d'entre eux, la salle,

partagé, comme nous l'avons dit, en deux périodes distinctes; il importe donc de l'obtenir à peu près partout aussi rapidement que possible, et de pouvoir le modifier, le modérer, le faire cesser aussi à volonté.

Il convient cependant de remarquer que, dans beaucoup de cas, non pas tout à fait analogues, mais où des interruptions sont aussi indiquées par les conditions du service, on a trouvé avantage et économie à continuer dans une certaine proportion le chauffage, même pendant la nuit, afin d'éviter les refroidissements qu'elle occasionne.

En ayant égard à ces conditions générales, si l'on examine les divers systèmes de chauffage employés pour les établissements publics, on voit qu'ils se réduisent à trois :

49tf. 1° Chauffage par circulation d'eau ou par remploi combiné de la vapeur et de l'eau. — Ce système ou ces deux systèmes sont décrits au chapitre rx, et nous examinerons seulement ici leurs avantages et leurs inconvénients au point de vue des théâtres.

La densité de l'eau et sa capacité pour la chaleur, en procurant à la température des récipients et des poêles qui la contiennent une plus grande stabilité, constituent un avantage précieux dans beaucoup de cas, mais qui l'est peut-être moins pour les théâtres.

La répartition de la chaleur dans les diverses parties d'un semblable appareil n'est pas aussi longue à effectuer qu'on le croit généralement, et d'une autre part ce système, par la modération de la température à laquelle l'eau peut s'élever, limite celle de l'air qu'échauffent les poêles, s'oppose à ce qu'elle dépasse et même atteigne 50°, et par cela seul assure à l'air de ventilation une température et surtout une salubrité toujours convenables.

On reproche à la circulation de l'eau chaude les chances et les inconvénients des fuites ; mais l'exemple des nombreux établissements chauffés depuis près de trente ans par ce procédé, et dans lesquels bien peu de dégradations dues à cette

cause se sont produites, prouve que l'inconvénient n'a rien de grave.

Il est vrai que l'établissement d'un réservoir placé dans les parties supérieures d'un bâtiment, et quelquefois à 15 mètres de hauteur, produit dans les parties inférieures une pression qui pourrait avoir ses dangers ; mais l'accident survenu à Saint- Sulpice, qui a été trop exploité par les adversaires de ce système, et qui a été dû, comme on le sait, à des circonstances particulières de construction, est le seul de ce genre que l'on puisse citer. D'ailleurs l'usage de semblables réservoirs n'est pas indispensable, et il y a des appareils de chauffage à l'eau chaude dans lesquels l'inconvénient signalé est pour ainsi dire annulé.

Quant à la circulation de vapeur dans le système mixte des poêles à eau chauffée par la vapeur, nous reviendrons sur les inconvénients qu'on peut lui reprocher en parlant du chauffage à la vapeur.

499. 2° Chauffage à la vapeur. — Les avantages de ce système bien connu peuvent se résumer en peu de mots : facilité et rapidité du transport de la chaleur; latitude pour la modération de la température de l'air, et pour la cessation du chauffage dans les diverses parties du théâtre.

Les inconvénients sont : l'instabilité de la température, par suite de négligence dans le service ; les condensations de la vapeur ; la difficulté d'assurer le retour de l'eau de condensation; les interruptions qui peuvent en résulter dans la circulation, et la nécessité d'une double canalisation et de moyens multipliés de purger les tuyaux de l'air de condensation.

La difficulté de donner aux conduits de vapeur une pente suffisante pour le retour de l'eau de condensation est d'ailleurs encore plus grande pour les théâtres que pour les autres bâtiments, attendu que l'épaisseur des planches y est très-limitée : l'on serait donc plus exposé à l'effet parfois dangereux et toujours fâcheux des coups de bélier.

Mais le plus grave des inconvénients de l'emploi de la vapeur dans de longues et nombreuses ramifications de tuyaux, ce sont les chances, pour ainsi dire inévitables, de fuites que les plus habiles constructeurs ne peuvent parvenir à éviter, et qui sont bien plus difficiles à prévenir que celles de l'eau seule.

Enfin, quoique dans les poêles et les tuyaux de circulation la vapeur ne soit pas à une pression élevée, il n'en faut pas moins, pour la fournir, des chaudières à haute pression, dont l'emploi n'est pas sans quelque danger dans les parties inférieures d'un théâtre, et donne lieu à de nombreuses dégradations, quand ces chaudières ne sont pas renfermées sous des voûtes imperméables à la vapeur, ce qui oblige presque toujours à les isoler du bâtiment principal, et ne serait presque jamais praticable pour un théâtre.

500. 3° Calorifères à air chaud. — On sait que ces calorifères, quand ils sont faits par de bons constructeurs et bien proportionnés, offrent l'avantage d'une grande facilité d'échauffement et de suspension dans le service, joint à l'économie d'installation.

Mais, d'une autre part, on leur reproche réchauffement excessif et l'altération de l'air au contact de surfaces métalliques soumises à l'action directe du feu, la température presque toujours trop élevée de l'air qu'ils fournissent, et surtout les variations considérables que des négligences peuvent occasionner dans le service; enfin, les chances d'incendie, dont trop d'exemples ont été donnés pour qu'on puisse en faire abstraction.

Malgré ces défauts, que la commission n'a pas méconnus, les grandes facilités qu'offrent ces appareils pour le service des théâtres, le concours qu'ils peuvent prêter à la ventilation et l'économie de leur installation l'ont engagée à leur donner la préférence pour les deux théâtres en construction.

Il convient d'ailleurs de rappeler que, pendant la présence

du public dans la salle, l'air à introduire ne doit être, même en hiver, qu'à une.température très-peu élevée, et qu'on est obligé de mêler celui qui a traversé les calorifères avec un volume considérable d'air extérieur, ce qui atténue beaucoup les effets de l'altération que l'on reproche dans les cas ordinaires à ces appareils. Mais il convient d'appeler l'attention des constructeurs sur la nécessité d'établir une chambre où l'air froid et l'air chaud puissent se mélanger dans la proportion nécessaire selon les circonstances.

Les considérations exposées plus haut, sur la part proportionnelle de l'air chaud dans le volume total de l'air de ventilation, ont d'ailleurs conduit, la Commission à penser que, pour le Théâtre - Lyrique, deux calorifères pouvant fournir facilement de l'air à 50° seulement, et susceptibles de l'élever à 60° et même à 70°, suffiraient largement à ce théâtre.

En effet, si nous admettions que tout l'air nouveau qui doit remplacer l'air vicié extrait dût être fourni par les conduits d'appel et par les chambres de mélange, ce qui est trèsexagéré, l'on verrait que pour le Théâtre-Lyrique, pendant l'hiver, par une température extérieure de — 10°, pour que l'air de ventilation arrivât à -f- 10° dans la salle, il faudrait que l'on eût la relation

CX50 — FXI0 = (C+F) 10;

d'où G=P'

et par suite si G-J- F = 51 000m-c,

Quant au théâtre du Cirque, pour lequel la Commission a admis une ventilation de 90 000 mètres cubes, on aurait pu tolérer que l'air sortant des calorifères débouchant dans la chambre à air y arrivât avec une température de 70°, et alors il aurait suffi que les deux calorifères fournissent ensemble 22 500 mètres cubes d'air environ. En effet, si, dans ce cas,

on suppose que les calorifères fournissent de l'air à 70° dans la chambre à air, on aurait

CX70— FXl0 = (C-f-F)10;

d'où F=£G,

et pour C+F=90 000ra,c,

C = 22 500mc.

Ces calculs, que l'on ne peut regarder que comme approximatifs, montrent encore que des calorifères de proportions modérées, tels que l'art peut facilement en obtenir, fourniront, sans le secours de moyens mécaniques directs, le volume d'air chaud nécessaire au service des salles pendant les représentations.

VENTILATION

Modes divers d'admission de l'air dans la salle.

501. Prises d'air extérieur. — Les conditions dans lesquelles la commission des théâtres de la place du Châtelet s'est trouvée appelée à examiner la question du chauffage et de la ventilation des édifices, ainsi que l'état d'avancement des travaux approuvés, l'ont naturellement et presque forcément obligée à accepter pour l'introduction de l'air des conduits souterrains, tout en indiquant qu'il conviendrait aussi d'en ouvrir dans certaines cours adjacentes aux bâtiments.

J'ai signalé au chapitre n, n° 64 et suivants, les inconvénients que peut présenter ce mode, et malgré les avantages qu'on lui a attribués de fournir en été de l'air frais et en hiver de l'air moins froid que celui de l'extérieur, je ne crois pas qu'il soit le plus convenable.

Il me paraît préférable, pour la marche habituelle des appareils, de faire arriver l'air à la chambre des calorifères et à celle de mélange par une large gaîne ou cheminée verticale, formant dans l'intérieur du bâtiment une espèce de cour, sur laquelle ne s'ouvrirait aucune fenêtre et qui serait recouverte d'un toit formant lanterne. On ne pénétrerait dans cette

cheminée d'arrivée de l'air que par le bas, pour la nettoyer au besoin et la tenir dans un état parfait de propreté.

Cependant des orifices de prise d'air aussi larges que possible devraient y être ménagés à diverses hauteurs, pour former dans la saison d'été des entrées auxiliaires d'un accès facile à l'air appelé dans la salle, afin de diminuer l'énergie des appels qui s'exerceraient par les portes des loges dès qu'on les ouvrirait.

Pendant la saison d'hiver, presque tout l'air nouveau à introduire dans la salle descendrait vers les calorifères' et vers la chambre de mélange par cette cheminée. Il y arriverait ainsi pur de toute émanation du sol. De la chambre de mélange cet air se répartirait dans les différents conduits qui lui seraient destinés, jusques et y compris la chambre à air du tympan, dont nous parlerons plus loin, dans laquelle cependant on pourrait aussi introduire directement de l'air extérieur que l'on mêlerait au besoin à l'air chaud venu du calorifère.

Dans l'été, cette cheminée servirait encore à alimenter d'air nouveau les étages inférieurs; mais des prises d'air latérales, à hauteur des différents étages, devraient aussi y être ménagées, comme il sera dit plus loin.

L'on ne saurait d'ailleurs apporter, dans le cas actuel, trop d'attention aux dispositions à prendre dans la chambre de mélange pour o*btenir une grande uniformité de température dans les divers conduits, qui, de cette chambre, amèneront l'air dans la salle, et sur la bonne organisation des moyens à employer pour varier, selon les besoins, les proportions d'air chaud et d'air froid, afin de maintenir la température intérieure à un degré convenable.

502. Admission de Vair par la scène. — Dans l'état actuel de la plupart des salles de spectacle, l'air nouveau qui y pénètre pendant les représentations afflue, lorsque la toile est levée, de l'intérieur du théâtre. Pendant les entr' actes, une partie des portes de loges, celles de presque tous les couloirs

sont ouvertes, et permettent à l'air un accès violent fort incommode pour les spectateurs.

L'arrivée de l'air de l'intérieur de la scène combiné avec l'appel que produit le lustre détermine, ainsi que l'a justement remarqué M. Trélat, la formation dîme énorme nappe iluide, dont la base est l'immense rectangle de l'ouverture de la scène, et qui va en se rétrécissant en même temps que le mouvement s'y accélère, à mesure qu'elle se rapproche du lustre et de la cheminée d'évacuation qui le surmonte.

Quoique la vitesse de propagation des ondes sonores soit indépendante de celle du milieu dans lequel elles se meuvent, et malgré la propriété qu'ont les ondes de se pénétrer et de coexister, l'observation des phénomènes les plus ordinaires montre, quoi qu'en ait dit un ingénieur appelé devant la commission, que le mouvement général de transport du milieu aérien que ces ondes traversent en accroît l'intensité, ainsi que la distance à laquelle elles sont perçues par l'oreille. Aussi, constate-t-on très-facilement que l'on entend beaucoup plus distinctement la voix des acteurs dans les combles au-dessus de la cheminée du lustre, qu'en d'autres endroits de la salle plus rapprochés de la scène.

Les distances souvent très-considérables auxquelles on entend le bruit d'un marteau, celui du canon, selon la direction du vent, sont des effets tellement connus, qu'il est inutile d'insister sur leur existence. Je citerai cependant le fait suivant, qui peut donner une idée de leur intensité. En 1836, à Metz, en faisant des expériences de tir au polygone avec quatre pièces de 24, par un vent de sud- ouest très-violent, qui était dirigé vers le coteau de Saint-Julien, les vibrations de l'air ont été tellement fortes, qu'elles ont occasionné dans les habitations du village des dégradations et la rupture d'un certain nombre de vitres à une distance d'au moins 2000 mètres.

Il paraît donc naturel d'utiliser cette propriété, tout en évitant les inconvénients que présente l'existence de ce grand courant d'air, qui, sans produire une ventilation réelle de la

salle, est déterminé par l'appel du lustre. Il y a lieu par conséquent d'examiner si l'on peut, dans une certaine proportion, faire arriver l'air neuf par l'intérieur du théâtre.

Mais on reconnaît tout d'abord que la nécessité d'emprunter, pendant l'hiver, la plus grande partie de cet air à la chambre des calorifères, et de conserver aux dessous de la scène toute la liberté nécessaire aux manœuvres des décorations, conduirait à établir sur l'avant-scène et dans les murs latéraux de grands orifices qui, versant des nappes d'air animées parfois de vitesses assez grandes, pourraient gêner les musiciens, les spectateurs de l'orchestre et ceux des loges voisines de la scène.

L'été, l'inconvénient pourrait être encore plus grave, par le contraste des températures de l'air extérieur et de l'air intérieur.

Il ne me semble donc pas possible de se borner à ce moyen pour faire affluer dans la salle tout l'air nécessaire à la ventilation, et il serait en outre très-difficile de l'appeler vers tous les rangs de loges, pour obtenir un renouvellement réel de l'air dans ces parties occupées de la salle.

Par ces motifs, nous avions pensé qu'il y avait lieu de se borner à emprunter à la scène une portion seulement de l'air nécessaire, d'une part, au moyen d'ouvertures grillées, ménagées concentriquement à la rampe, et de l'autre, par des ouvertures et des conduits pratiqués dans les parois verticales des murs latéraux communiquant, l'hiver, avec la chambre des calorifères, l'été, avec des conduits réservés à chaque étage dans les planchers, pour permettre l'admission de l'air extérieur.

Tous ces conduits devaient d'ailleurs être garnis de registres qui, selon les saisons et les moments convenables, permettraient d'en régler le jeu de manière à obtenir les effets voulus, ce qui exigeait impérieusement l'organisation d'un service spécial de contrôle de l'ensemble des appareils.'

Ainsi restreinte et modérée, nous pensions que l'arrivée

de l'air de la scène pourrait être d'un utile secours à la ventilation.

Mais l'expérience n'a pas tardé à nous montrer que l'arrivée de l'air par l'ouverture du plancher de la scène, concentriquement à la rampe, présentait pour les acteurs et surtout pour les musiciens des inconvénients graves, dès que cet air était à une température un peu inférieure à celle de la salle. Des plaintes fondées, quoiqu'un peu exagérées peut-être, ont conduit à renoncer à ce dispositif.

Quant aux ouvertures pratiquées dans le mur de refend pourvu qu'elles se trouvent à 5 ou 6 mètres au-dessus du plancher et que l'air affluent soit à une température convenable, elles ne présentent pas le même inconvénient, tandis que quand elles sont pratiquées, comme on l'a fait au théâtre du Cirque, trop près des spectateurs, l'arrivée d'air peut être gênante pour ceux qui sont aux places les plus voisines.

ë05. Arrivée de l'air frais par le plafond de la salle. — M. le docteur Tripier, auteur d'une note sur la ventilation des théâtres, publiée en 1859, a proposé un dispositif dans lequel l'air neuf pris a à la partie supérieure de la façade du théâtre serait amené dans la salle, au-devant et au-dessus du rideau, par un large conduit circulaire posé sur le plancher du grenier. »

Quoique cette disposition satisfasse, à la condition que nous avons posée, comme règle générale à suivre, de faire affluer l'air nouveau le plus loin possible des spectateurs, elle ne nous semble pas réalisable avec sécurité comme elle a été indiquée par l'auteur. Sans doute, si tous les appels étaient assez énergiques, ils suffiraient pour assurer l'introduction de l'air extérieur, plus dense le soir que celui de l'intérieur vers le dedans de la salle ; mais il pourrait cependant arriver parfois que la grande hauteur de l'intérieur de la salle, qui serait remplie d'air chaud à 20 ou 22°, déterminât au contraire la sortie de l'air intérieur par cette ouverture et n'apportât un trouble complet dans la ventilation.

D'une autre part, cette arrivée d'air frais, quoiqu'elle ne soit, d'après l'auteur, destinée qu'à la saison d'été, pouvant avoir lieu à 10 ou 12°, tandis que celui de la salle serait à 20 ou 22°, la différence de température et le volume du courant pourraient en rendre l'effet très-désagréable. Au printemps ou à l'automne, l'inconvénient serait sans doute intolérable.

Mais il y aurait moyen d'appliquer l'idée d'une manière que je crois plus sûre, pour toutes les saisons, ce serait de former dans le tympan, qui sépare la salle de la scène à hauteur et au-dessous du plafond une vaste chambre à air, qui ferait arriver l'air neuf par de nombreux orifices, tant à travers le tympan vertical proprement dit, qu'à travers la partie en voûte surbaissée ou en plate-bande.

Cette chambre pourrait être mise en communication selon les besoins de la saison, directement avec l'extérieur ou avec la chambre à air des calorifères, en prenant des précautions analogues à celles que nous avons indiquées en parlant des amphithéâtres, pour éviter la sortie de l'air chaud.

On aurait ainsi, en toute saison, le moyen de faire entrer dans la salle l'air nouveau à une température convenable et assez loin des spectateurs pour qu'il ne fût pas incommode.

Une semblable disposition me paraît donc devoir être recommandée à l'attention des ingénieurs, mais elle ne saurait suffire pour assurer l'arrivée d'un volume d'air assez grand; car dans la salle du cirque, où elle a été introduite par M. Guérin, ingénieur, c'est à peine si elle fournirait une surface libre de passage de 15 à 18 mètres carrés, tandis qu'il serait à désirer que pour une semblable salle on pût disposer de 50 mètres carrés, comme je le ferai voir plus loin.

Il est d'ailleurs indispensable pour la ventilation d'été que les conduits verticaux et la capacité du tympan soient, à différentes hauteurs, mis en communication directe et facile avec l'air extérieur, parce que, dans cette saison, il convient d'éviter tout parcours de l'air donnant lieu à des résistances qui favoriseraient l'arrivée de l'air par les portes des loges. ■

504. Admission de l'air par les planchers du parterre et des loges. — On a essayé, il y a déjà longtemps, et en particulier à l'ancien théâtre du Cirque-Impérial, de faire arriver l'air par des orifices de petites dimensions, en grand nombre, ménagés dans le plancher de l'orchestre et du parterre; mais ce mode présente l'inconvénient, que j'ai signalé dans le chapitre m, de produire, entre les jambes des spectateurs, des courants d'air presque toujours trop chauds l'hiver et trop frais l'été, et celui de charger, dès son arrivée, cet air des miasmes émanés de cette partie des spectateurs.

Aussi, quoiqu'il ait été reproduit dans quelques-uns des projets présentés, ce procédé n'a pas paru à la Commission susceptible d'être accepté, et il a été écarté de prime abord.

50o. Admission de V air par le fond des loges. — Mais un autre moyen qui offrait quelque analogie, et qui aurait eu au moins l'avantage de faire arriver l'air nouveau directement dans les lieux occupés par les spectateurs, consistait à lui ménager des accès dans toutes les loges par des orifices de grandeur suffisante pratiqués en avant des portes, et dans les galeries et amphithéâtres par des ouvertures analogues convenablement disposées.

J'ai de suite objecté que l'hiver, l'air chaud affluant dans les loges les transformerait en étuves, où les spectateurs auraient au moins la tête et les épaules plongées dans de l'air chaud ; et que l'été, l'air frais, arrivant parfois à une température très-inférieure à celle de la salle, causerait aux spectateurs une sensation de froid peu agréable. L'exemple de l'ancien théâtre du Cirque venait à l'appui de cette objection.

Pour mettre en évidence la valeur de la proposition et celle des objections, nous nous sommes livrés aux expériences suivantes :

506. Admission de Vair chaud par le fond des loges. — Un modèle en planches, aux dimensions exactes des loges projetées pour le Théâtre-Lyrique, a été établi dans la bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers et placé au-

dessus de l'une des bouches d'introduction de l'air chaud, de manière que cet air pénétrât dans le fond de la loge par une ouverture de grandeur variable à volonté, pratiquée dans le plancher.

On a cherché aussi à faire varier, autant qu'il a été possible, la température intérieure de la salle et celle de l'air affluent, afin de se rapprocher des circonstances ordinaires, et si l'on n'y est pas parvenu plus exactement, c'est que les conditions locales s'y refusaient.

Fig. 52.

L'air, en débouchant au-dessous du plancher, à côté de l'orifice d'entrée qui lui était réservé dans la loge, prenait une direction un peu oblique à la verticale, et venait en s'élevant rencontrer la paroi gauche de cette loge, sous une légère inclinaison. Parvenu, en vertu de sa vitesse d'entrée et de sa légèreté relative, vers le plafond, il s'étendait en une nappe dont l'épaisseur était plus grande du côté droit que du côté gauche, et s'échappait par la partie supérieure du devant de la loge.

En même temps, ce courant supérieur sortant, d'air chaud, déterminait un remous et une rentrée d'air de la salle dans la loge, lequel y arrivait avec une température notablement plus basse que celle de l'air sortant.

En observant, à l'aide d'une bougie, la direction. et la marche du courant d'air chaud, il a été facile de déterminer sur les deux parois latérales verticales le profil qui limitait l'intersection de ces deux plans avec la nappe d'air chaud. Ces profils ont été tracés par points sur les parois, et ils sont reproduits à l'échelle de 0m,015 pour mètre dans la figure précédente, en lignes pleines pour le côté droit, en lignes ponctuées pour le côté gauche.

Les trois courbes du côté droit sont numérotées 1, 2 et 3, et se rapportent aux observations indiquées par les mêmes chiffres dans le tableau suivant.

SECTION de

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