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CHAPITRE lîl

62, Conditions générales de la rentrée de V air extérieur. — Dans les habitations privées la rentrée de l'air se fait tout naturellement par les joints des portes et des fenêtres, ainsi que par leur ouverture momentanée, et, au lieu d'avoir à se préoccuper de l'assurer, l'on est, surtout en hiver, obligé de s'en garantir, de l'empêcher ou de la restreindre. L'action aspiratrice des cheminées étant d'ailleurs très-suffisanle dans les cas ordinaires pour assurer l'évacuation de l'air vicié, toutes les conditions d'une ventilation convenable se trouvent à peu près remplies.

Mais dès qu'un nombre inaccoutumé de personnes sont réunies dans un même local, les circonstances changent, et quand on a, en suivant les préceptes généraux que nous avons indiqués précédemment, assuré l'évacuation de l'air vicié, il faut aussi songer à le remplacer par de l'air pur.

La nature y pourvoirait bien d'elle-même, dans une certaine proportion, car la diminution de la pression intérieure que produit l'aspiration, si faible qu'elle soit et tout insensible qu'elle reste à nos moyens de mesure, déterminerait des rentrées d'air équivalentes aux sorties; mais cette équivalence ne suffit pas ; il faut encore que cet air nouveau afflue, sans être incommode, soit par sa température, soit par sa vitesse, qu'il se répartisse dans toute l'étendue des locaux à ventiler d'une manière suffisamment réguhère, et sans pouvoir passer directement de l'orifice d'arrivée à l'orifice d'appel, ce qui ne conduirait nullement au but que l'on se propose d'atteindre.

11 faut donc, tout en utilisant l'action naturelle, recourir à l'art, pour assurer convenablement l'arrivée de l'air nouveau.

C5, Des moyens à employer. Deux moyens principaux se présentent à l'esprit et ont été employés, l'un simple, indiqué par la nature elle-même, et conséquence logique de l'extraction : c'est l'introduction par appel, qui, presque toujours, peut suffire aux ventilations les plus abondantes; l'autre, plus compliqué, mais en apparence, infaillible et efficace : c'est l'emploi des appareils mécaniques, au premier rang desquels on place les ventilateurs, et plus particulièrement, depuis quelques années, ceux qui refoulent l'air.

J'ai déjà fait connaître mon opinion sur ce dernier procédé*. J'y reviendrai plus loin, lorsque je discuterai, à l'aide de nombreux résultats d'expériences, les avantages relatifs des divers systèmes employés. Pour le moment, je ne m'occuperai que de l'introduction de l'air par l'effet subsidiaire de l'aspiration qui a déterminé l'évacuation de l'air vicié.

64. Rentrée de Vair par Veffet de l'appel. — L'on sait que, quand deux vases ou deux réservoirs contenant un même liquide sont mis en communication par un orifice ou par un tuyau, si les niveaux sont à la même hauteur de part et d'autre, il ne se produit ni mou\*ement ni écoulement d'un réservoir dans l'autre. Mais dès que, par une circonstance quelconque, le niveau vient à baisser dans l'un des réservoirs, ou à s'élever dans l'autre, les pressions exercées sur les extrémités du tuyau ou sur l'orifice de communication, et qui sont dues au poids du liquide, cessant d'être égales, l'écoulement commence à partir du côté où la pression est la plus grande, vers celui où elle est la plus faible, et la théorie ainsi que l'expérience nous apprennent qu'à l'orifice d'échappement du liquide, la vitesse de sortie serait pour un orifice en mince paroi égale à celle qui correspondrait à la différence des hauteurs des niveaux au-dessus de cet orifice, différence qui est aussi la mesure des pressions exercées.

" Rapport sur les projets de chauffage et de ventilation des salles d'assises du Palais de Justice et Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, avril 1861.

Celle règle élémenlaire est due, comme on le sait, à Torricelli, disciple de Galilée, et elle est exprimée par la formule connue :

dans laquelle 2g =: 19"', 62 est le double de la vitesse communiquée aux graves par la pesanteur dans la première seconde de leur chute, et H la hauteur d'une colonne du liquide ou du fluide que l'on considère.

Il résulte aussi de celle règle que le volume Q du fluide qui s'écoule en 1" par un orifice en mince paroi est exprimé par la relation :

Q = wAv/'2^H,

dans laquelle A est l'aire de l'orifice exprimée en mètres carrés, et m le coefficient de la dépense relatif à l'orifice.

Lorsque, au lieu d'un orifice en mince paroi, il s'agit d'un orifice précédé ou .suivi de longs conduits présentant des coudes, des étranglements, et d'autres causes qui tendent à ralentir le mouvement, la vitesse, et par suite, le volume d'air écoulé, doivent être réduits dans une proporfion qui dépend des dispositions et que nous apprendrons plus loin à calculer. Pour le moment, nous supposerons que cette réduction soit

exprimée par une fracfion ^^ du produit précédent, et que le

volume réellement écoulé soit alors représenté par l'expression :

Lorsqu'il s'agit, comme c'est ici le cas, du mouvement de l'air atmosphérique, il importe de ne pas perdre de vue que H représente la hauteur d'une colonne d'air, à la densité de celui du réservoir, susceptible de produire, par unilé de surface, une pression égale à la différence de celles qui existent d'un réservoir à l'autre. Nous reviendrons plus loin sur la manière de déterminer cette hauteur. Pour le moment, nous nous

contenterons de rappeler que, d'après celte expression fondamentale, le volume d'air qui passe en 1" d'une capacité dans une autre est proportionnel :

1° A l'aire de l'orifice;

2,° A la racine carrée de la hauteur d'une colonne d'air capable de produire, par son poids, une pression égale à la différence de celles qui ont lieu dans ces capacités.

3° A un facteur -^ qui dépend de la contraction qui se

produit à l'orifice et des divers obstacles que la conduite parcourue par le fluide présente à son mouvement.

Nous verrons plus tard comment, dans le cas qui nous occupe, la hauteur H est elle-même proportionnelle à la différence des températures qui existent dans les deux capacités, dont l'une est ici l'espace extérieur et indéfini occupé par l'air atmosphérique et l'autre la salle qu'il s'agit d'alimenter d'air pur. Bornons-nous à dire que si l'hiver cette différence de température est assez élevée pour que la vitesse acquière une valeur telle que, par un orifice d'une section donnée A, il s'écoule un volume d'air suffisant, et que si, dans les nuits d'été, il en est encore à peu près de même quand cet orifice est bien proportionné, il peut en être tout autrement à certains jours de l'été, où la différence des températures étant faible, le facteur V=v/%H devient très-petit; mais qu'alors c'est en augmentant l'autre facteur A ou l'aire de l'orifice, ce qui est presque toujours facile, que l'on pourra élever le volume d'air introduit à la quantité voulue.

Ainsi les températures extérieures et intérieures étant données, pour peu que la seconde l'emporte sur la première, il sera presque toujours possible, par une proportion convenable des orifices d'admission de faire affluer dans un local donné, tel volume d'air qu'il sera jugé nécessaire, sans autre sujétion que l'ouverture d'orifices de grandeur et en nombre suffisants.

Il suit de là, que pour la plupart des cas et par de trèspetites différences de températures, pourvu que l'on se ménage des orifices d'admission assez grands, il n'y aura aucune difficulté à faire entrer dans les salles à ventiler le volume d'air jugé nécessaire, sans que l'on soit obligé de recourir à l'intervention d'aucun appareil mécanique.

(>3. dispositions à prendre pour V arrivée de Vair. — Mais il y a néanmoins quelques précautions, quelques dispositions à prendre pour que l'arrivée de cet air pur ne soit jamais incommode et pour qu'il se répartisse convenablement dans les locaux à ventiler.

Et d'abord il convient d'éviter que cet air cliaud ou froid, selon les saisons, afflue en nappes assez larges ou avec une vitesse assez grande pour causer une sensation désagréable. Il faut qu'en tout temps il se répande dans l'espace d'une manière aussi peu sensible que possible.

S'il s'agit de l'air chaud que, dans la saiîon d'hiver, bien des appareils fournissent à une température de 40° à 50" environ et même à 60" ou à 80", il faut qu'il débouche à une hauteur supérieure aux organes de la respiration, ou du moins sans pouvoir les rencontrer. Sa légèreté spécifique le forcera à s'élever dans l'espace, dont il entretiendra la température au degré convenable , avant d'être entraîné dans le mouvement général de l'appel, comme nous l'avons indiqué plus haut.

Mais lorsque, tomme à l'hôpital Necker, à l'hospice du Vésinet et ailleurs, on s'écarte de cette disposition , si bien indiquée par les plus simples notions d'bygiène, il arrive que l'air chaud, qui débouche à hauteur du sol, environne, de bas en haut, les personnes qui sont près des orifices et les maintient ainsi dans un courant d'air à 40", 50" et plus; cela est intolérable et donne lieu à des plaintes très- fondées, que nous avons recueillies à diverses reprises.

Je ferai connaître plus loin, lorsque je parlerai des salles d'assemblée , les inconvénients analogues que présente la

disposition admise pour la salle du Sénat au Luxembourg, et au Parlement d'Angleterre.

Il y a d'ailleurs lieu de faire remarquer que l'air chaud qui afflue dans un local quelconque, tendant toujours à se diriger vers les parties supérieures du local, on ne changera rien à l'ordre naturel du phénomène en l'y conduisant immédiatement par des canaux convenables, et en évitant ainsi aux individus le désagrément qu'ils éprouvent de se trouver dans un semblable courant.

Dans le cas, au contraire, où l'air affluent doit être frais, il ne convient pas davantage de le faire entrer dans les salles par le sol ou en des points rapprochés des personnes qui se trouvent dans le local à ventiler. Il en résulterait d'abord, comme au Sénat, ainsi que l'ont signalé plusieurs auteurs, et MM. les officiers du génie militaire dans leurs expériences sur la ventilation des casernes , des courants d'air frais qui, même l'été, venant des parties inférieures de l'édifice, avec une température notablement plus basse que celle de l'intérieur, causeraient une sensation très-désagréable.

Aussi, je ne saurais admettre, avec M. Péclet *, que la meilleure disposition à adopter consiste, par exemple pour les amphithéâtres, à amener l'air au-dessous de l'amphithéâtre, à le distribuer uniformément par un très-grand nombre d'orifices, à le recueillir au sommet de la salle pour le conduire à une cheminée d'appel partant des combles, etc.

En proposant cette disposition, le savant physicien ne s'est pas assez préoccupé du désagrément qu'occasionne tout courant d'air frais ou chaud, arrivant sur les organes avec une différence de température un peu notable et avec une vitesse de 0'",40 à 0'",50 seulement. Cet effet est extrêmement sensible dans la salle des séances de l'Institut, où l'air nouveau afflue, en partie par une grille et par des orifices placés au niveau du sol, et en partie par des colonnes ouvertes à 2 mètres

* 3^ édition, 3= volume, page 152, n° 2291.

OU 2'", 30 au-dessus du sol. L'air vicié étant appelé aussi en partie à hauteur du sol et en partie par un orifice d'évacuation situé à 4 mètres ou 4"%50 au-dessus, il se produit dans la longueur de la salle un courant d'air qui fait incliner à 45" environ la flamme de la plupart des bougies, ce qui est l'indice d'une vitesse de 0"',40 à 0™,50 environ, et bien que ce courant d'air soit toujours à une température voisine de celle de la salle et n'en diffère en plus ou en moins que de deux à trois degrés, il rencontre la tête de presque tous les membres de l'Académie et leur cause une sensation fort peu agréable. Mais ceux d'entre eux qui sont placés le plus près des orifices d'arrivée à hauteur du sol sont encore plus particulièrement gênés par le courant d'air, dont ils ressentent l'impression dans les reins et dans les membres inférieurs. Nous verrons d'ailleurs plus loin d'autres exemples de ces inconvénients. Si, de plus, ainsi que cela doit avoir lieu pour utiliser la plus grande hauteur possible des conduits d'évacuation, les orifices de ces conduits sont ouverts près du sol , l'air frais qui arrive par des orifices placés au même niveau, comme cela est pratiqué à f hôpital Necker, à l'asile du Vésinet et ailleurs, se dirige presque immédiatement vers les orifices d'appel sans se répandre dans les salles, et par conséquent sans profit pour la venfilation, soit au point de vue de l'admission de l'air au niveau, soit à celui de l'extraction de l'air vicié.

Sous tous les rapports, il ne semble donc pas convenable de faire arriver l'air nouveau par des orifices placés au niveau du sol, même quand il est chaud et à plus forte raison lorsqu'il est froid. Tel est aussi, comme on a pu le voir dans l'Introduction, l'avis de tous les savants ou ingénieurs anglais qui se sont occupés de la question.

Il y a plus, si, comme nous l'a montré l'observation du mouvement des ballons remplis de gaz hydrogène, l'air chaud, qui arrive par les poêles, s'élève avec une certaine vitesse vers le plafond, en vertu de sa légèreté spécifique, bien plutôt que par l'effet de la vitesse avec laquelle il débouche,

et si en suite cet air, après avoir circulé et remplacé l'air vicié, vient gagner à son tour les orifices d'évacuation placés au niveau du sol, ce qui constitue un renouvellement régulier de l'air, les choses ne se passent pas tout à fait de même ou d'une manière aussi complète quand les poêles cessant d'être chauffés, l'air freid qui afflue par leurs tuyaux intérieurs n'a plus ni la même vitesse ni la même densité que dans le cas précédent.

La différence est surtout sensible avec les appareils de ventilation par appel. Alors une partie de cet air, plus froid et par conséquent plus lourd que celui de la salle, peut, après avoir perdu sa vitesse verticale d'arrivée et avant de s'être échauffée, s'abaisser vers le sol et gagner directement les orifices d'appel sans produire une circulation ou un renouvellement suffisant de l'air. Cet effet a été signalé par M. Grassi, qui, je crois, s'en est un peu exagéré les conséquences. Je l'ai observé moi-même, sans pouvoir le constater par aucune mesure, en juillet (1861), en me plaçant entre l'un des poêles du pavillon n° 3 de l'hôpital Lariboisière et l'un des orifices d'appel correspondants. L'air, relativement frais, qui affluait par ces poêles dans la salle se dirigeait à partir de la hauteur de l^^SO à l°%60 au-dessus du sol vers ces orifices d'appel.

C'est donc surtout pour la ventilation d'été qu'il convient de tenir compte de ces circonstances, mais il n'y a point de difficulté à faire affluer, même en toute saison , l'air nouveau, chaud ou froid assez haut dans les locaux à ventiler pour qu'après son débouché il soit toujours, avant de gagner les orifices d'appel, obligé de circuler dans toute l'étendue du local, en y opérant ainsi un véritable et complet renouvellement de l'air. Ainsi, par exemple, pour la ventilafion de nuit pendant l'été, si, comme cela doit arriver dans les cas où la ventilation se fait par aspiration, le volume d'air nouveau affluent la nuit par les poêles seuls, qui n'auraient été proportionnés à tort que pour le chauffage et la ventilation d'hiver, était trouvé insuffisant, rien

Fig. 27.

ne serait plus facile que de ménager dans les trumeaux des conduits d'inlroduclion de l'air, ayant leur ouverture extérieure d'admission à hauteur du plancher et leur orifice de débouché dans les salles près du plafond. En ayant en outre l'attention de garnir ces orifices de grillages assez grands , mais à petites mailles, ou mieux encore en les ^—l ^ faisant déboucher dans une corniche

f-AiT ^ creuse n'offrant à sa partie supérieure qu'une longue ouverture très-étroite, on pourrait introduire la nappe d'air affluente sous la forme de filets très-minces et l'on assurerait ainsi , sans dépense , la rentrée d'un volume d'air aussi grand qu'on le voudrait.

Cet air, débouchant dans toute l'étendue de la salle par des orifices trèsétroits, mais d'un grand développement, s'abaisserait graduellement vers les orifices inférieurs d'appel, entraînant avec lui l'air vicié, léger ou lourd, qu'il rencontrerait dans sa marche.

La division du courant d'air affluent à hauteur du plafond en lames minces et étroites est indispensable pour empêcher son arrivée en nappes trop considérables dans certaines parties des appartements et surtout vers les cheminées et autres orifices d'appel. Aussi doit-on éviter d'employer une disposition analogue à celle qui est indiquée (n° 2168) pour les cheminées par M. Péclet, et qui est représentée dans la figure (26), parce que l'arrivée d'air extérieur y est trop voisin de la cheminée.

Une cheminée ainsi aérée existait il y a quelques années dans le salon de la direction du Conservatoire, et, quand on était devant la cheminée, l'on éprouvait la sensafion fort désagréable d'un courant d'air froid venant du plafond et se dirigeant vers le foyer. Si le débouché supérieur de l'air

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affluent avait été plus étendu, plus étroit et surtout plus éloigné du foyer, l'inconvénient aurait été beaucoup moins sensible.

On a vu dans l'Introduction que la Commission anglaise chargée d'étudier les moyens d'améliorer l'élat des casernes a adopté une disposition analogue à celle que je viens d'indiquer. Elle a même poussé la précaution plus loin en ne ménageant les orifices d'accès de l'air qu'au-dessus de la corniche, en dessous du plafond, à travers des trous percés dans des plaques de zinc qui recouvrent cette corniche de manière que l'air afflue en filets minces dirigés de bas en haut et perpendiculairement au plafond, contre lequel ils perdent leur vitesse.

Les Anglais font aussi usage, dans beaucoup de cas, d'une disposition analogue, mais moins efficace, et qui consiste dans l'emploi de petites persiennes mobiles disposées devant des orifices d'accès de l'air ménagés dans la partie supérieure et simplement pratiqués dans les murs.

Ces orifices, de môme que ceux qui ont été adoptés pour les casernes d'Angleterre, peuvent en eff'et fournir de l'air nouveau en quantité suffisante quand l'appel de l'évacuation est assez énergique, ainsi que cela arrive ordinairement dans la saison froide, où l'on a recours au chauffage. Mais lorsque la température est plus douce, l'appel diminue, l'air intérieur des salles et celui des cheminées peut devenir aussi et même plus froid que l'air extérieur, et alors les mouvements d'entrée et d'évacuation se produisent parfois en sens con* traire.

C'est pour mettre obstacle à cette inversion que je crois utile de faire arriver l'air aux orifices ménagés près du plafond par une portion de conduit vertical d'une certaine Fig.29. hauteur. Quand on ne pourra pas le IJ^Pl pratiquer dans les trumeaux, on se con- ■ — -^ tentera de l'ouvrir dans la partie extérieure du bandeau ou de la plate-bande des fenêtres, ce qui permettra d'en masquer la vue de l'extérieur.

Un dispositif, du genre de celui que nous avons décrit ci-dessus, est en ce moment en cours d'essai dans le nouvel hôpital militaire de Vincennes, dont les travaux sont confiés à M, le commandant du génie Benoît, qui a bien voulu l'y „^^ appliquer sur ma proposition.

En attendant que des expériences aient fait connaître le résultats obtenus avec ce dispositif dans cet hôpital , je puis citer ceux qui ont été observés sur une installation analogue dans un local dépendant du Conservatoire des arts et métiers en janvier 1860.

Deux tuyaux d'introduction, présentant ensemble une section de 0'""i,097 et disposés d'une manière analogue à ce qui vient d'être indiqué, ont permis de faire affluer, dans une salle dont la température était de 23°, jusqu'à 252 mètres cubes d'air frais, à 6" par heure, ce qui revient à près de 2600 mètres cubes d'air introduit par heure et par mètre carré de surface de passage.

Or, dans des pavillons comme ceux de l'hôpital Lariboisière, dont les salles ont 39 mètres de long et par conséquent 78 mètres de murs de façade, rien ne serait plus facile que d'ouvrir dans tous les trumeaux des conduits de G'", 30 sur 0"\20j offrant ensemble 1 mètre carré de superficie et même plus, et si l'on obtenait par ces conduits l'introduction de 2600 mètres cubes d'air par heure dans chaque salle conte-

D\i\S LES LIEUX HABITÉS. 129

nant 32 lits, ces orifices seuls fourniraient — — := 81 mètres

cubes d'air nouveau par heure et par lit, sans aucune dépense.

Cette introduction, qui ne serait due qu'à l'action de l'appel et à la différence des températures pourrait, il est vrai, varier beaucoup selon les saisons; mais en maintenant à l'appel en tout temps la même énergie, comme on verra plus loin que cela est facile, on pourrait cependant la régulariser suffisamment

Quoi qu'il en soit, on sent qu'il y a dans le dispositif que nous venons d'indiquer un moyen auxiliaire qui, d'après les observations faites en Angleterre et les expériences directes de M. le commandant Benoît, peut êlre d'une grande utilité pour la ventilation d'été.

On voit donc qu'il est possible de proportionner les appareils de ventilation par appel, de manière à obtenir, pour ainsi dire, en tout temps, non-seulement l'évacuation, mais encore l'introduction des volumes d'air nécessaires, et que si ceux qui existent ne satisfont pas à cette condition, cela ne tient nullement au principe sur lequel ils sont fondés, mais simplement à un défaut de proportions.

66. Insuffisance des proportions adoptées par les constructeurs. — A ce aujet, nous ferons remarquer qu'en général et même l'hiver, dans les appareils de ventilation par aspiration les mieux construits jusqu'ici, la différence de température entre l'air extérieur et celui qui doit affluer dans les salles est souvent très-faible et toujours notablement inférieure à celle que l'on peut établir entre l'air qui sort de la cheminée générale d'évacuation et l'air extérieur. Et comme la vitesse d'écoulement de l'air est proportionnelle à la racine carrée de celte différence de température, il s'ensuit, comme le prouve du reste l'observation, que les vitesses d'introdiiclioii de l'air dans les salles sont alors très-inférieures aux vitesses d'évacuation par les cheminées d'appel, et surtout à celles

qui s'établissent dans la cheminée générale. Ainsi, à l'hôpital Lariboisière, dans les pavillons ventilés par aspiration dans les circonstances favorables où nous avons opéré pendant l'hiver de 1860, la vitesse d'introduction de l'air par les poêles dans les salles étant de 0'",72 à l"',15 et suffisante pour assurer l'arrivée de 62'"-'=,58 d'air par heure et par lit, la vitesse dans la cheminée générale d'évacuation était de l'",24k 1°\39*.

Dans une autre expérience faite le 2 août 1861, à quatre heures et demie du matin, à l'hôpital Lariboisière, au pavillon n° 3, ventilé par appel, la température extérieure au rczde-chauss:^e était de 18°, celle des salles était de 25°,45, et celle de la cheminée de 28 à 30" seulement, ce qui provenait de négligence de la part du chauffeur et de l'absence d'un contrôle efficace. Malgré ce faible échauffement de la cheminée d'appel, la vitesse moyenne y était de 0"',771, et le volume d'air vicié évacué par heure de 6548 mètres cubes ou de 68"''%2 par lit et par heure. Mais la vitesse d'arrivée de l'air par les poêles n'était que de 0"',393 en l" sur l'un des poêles observés; sur un autre, elle était insensible; ce qui devait encore tenir à l'absence de surveillance ou d'entretien des conduits.

Si donc on voulait qu'il arrivât par les poêles un volume d'air égal à celui que l'on veut extraire par les cheminées, il faudrait que les sections de passage par chacune de ces deux séries de conduits fassent en raison inverse des vitesses que les différences de température peuvent engendrer. Ces différences étan très-variables, même pendant la saison du chauffage, il serait indispensable de se réserver les moyens de faire aussi varier les passages en conséquence. C'est ce que les constructeurs font quelquefois en employant des vénielles, plus ou moins mobiles, qui , lorsqu'il fait froid et que par conséquent la vitesse de passage est plus grande, peuvent

"^ Voy. chapitre VI.

être en partie fermées pour augmenter réchauffement de l'air, et que l'on ouvre, au contraire, quand le temps est plus doux pour obtenir, avec une moindre vitesse, à peu près le même volume d'air.

Mais si ces variations d'effet peuvent être praticables pendant la saison du chauffage, il n'en est plus de même l'été, et il faut pour cette saison se ménager d'autres orifices d'admission de l'air.

Il convient d'ailleurs de dire que ce n'est pas par défaut de réflexion ou de connaissance des circonstances qu'on vient de signaler que les constructeurs ont adopté des proportions qui ne permettent pas l'arrivée par les poêles d'un volume d'air égal à celui qui est évacué. Leurs observations les avaient amenés à constater ce fait général d'expérience que dans le système de l'appel, avec les proportions qu'ils avaient adoptées, le volume d'air admis par les poêles, était moyennement les deux tiers, et parfois seulement la moitié de celui de l'air extrait des salles, et comme on ne leur demandait que d'extraire un volume correspondant à 60 mètres cubes par heure et par lit, ils se contentaient d'assurer la température voulue et en temps ordinaire l'admission de 40 à 50 mètres cubes d'air nouveau, certains alors de satisfaire à ce qui leur était demandé pour l'extraction.

67. Inconvénients des prises cV air communes à plusieurs étages. Dispositions à prendre. — Lorsque plusieurs étages superposés, ou même plusieurs salles à un même étage, doivent être alimentés d'air par un conduit unique, il importe de diviser ce conduit par des languettes en autant de conduits partiels qu'il y a de locaux ou d'étages. Sans cela, il peut arriver fréquemment que, par suite d'inégalités permanentes ou accidentelles de l'appel, la répartition de l'air se fasse d'une manière toute différente de celle que l'on se propose d'obtenir.

Un exemple remarquable de l'utilité de la division en plusieurs conduits des cheminées qui doivent recevoir ou

débiter de l'air par des ouvertures distinctes, surtout quand ces ouvertures sont placées à des hauteurs différentes , a été fourni par la répartition de l'air aux divers étages d'un bâtiment de l'hôpital militaire de Vincennes ventilé dans le système d'appel par en bas.

Dans ce pavillon, l'air nouveau s'élève par aspiration dans des cheminées ou gaines verticales ménagées dans les murs de refend, et qui en laissent à chaque étage pénétrer une partie dans des carneaux horizontaux ménagés sous les planchers.

Ces cheminées n'étaient pas suffisamment subdivisées par des languettes, et la répartition de l'air ne se faisait que par l'appel exercé de l'intérieur des salles; aussi présentait-t-elie les plus grandes différences d'un étage à l'autre. Ainsi, d'après des expériences faites en avril 1860, le volume d'air (jui arrivait par heure et par lit était :

Au 1" étage 14"-'=

Au 2^ étage 219

Aux combles o.. 165.

Si ces cheminées avaient été subdivisées en autant de canaux distincts qu'il y a d'étages, et si chacun de ces canaux avait été muni dans le bas d'un registre ou d'une vénielle particulière, il eût été facile d'en régler le débit d'une manière convenable. — Depuis l'on a disposé des registres qui répartissent l'air plus également, mais en occasionnant des pertes de vitesse, par suite des rétrécissements qu'ils produisent dans les passages.

(38. Conséquences de ce qui précède. — Il résulte de ce qui précède que les moyens de faire entrer dans les locaux à ventiler les quantités d'air jugées nécessaires par le seul emploi des ressources que nous fournissent la nature et les lois auxquelles elle a soumis les mouvements des fluides sont nombreux et d'une appUcation aussi simple qu'assurée. Il n'y

a de limites à leurs effels que celles que l'économie et les besoins peuvent indiquer.

C9. De l\illlité des chambres de mélange de Vair. — Mais s'il est assez facile d'assurer l'entrée de l'air nouveau en volume suffisant, et même à une vitesse qui ne soit pas gênante, il n'en est pas de même quant au règlement de la température à laquelle il doit affluei", selon les saisons.

L'été il est assez difficile de se procurer de l'air relativement frais, et les prises d'air en communication avec des caves ou des galeries souterraines ne sont pas toujours sans inconvénients; mais c'est surtout l'hiver que les variations fréquentes et considérables de température exigent des dispositions particulières.

S'il est vrai que l'air froid arrivant par des orifices assez nombreux, avec une faible vitesse, vers ou à travers le plafond d'une salle ventilée à la partie inférieure par aspiration tende à descendre assez lentement vers les orifices d'appel, il peut arriver cependant que ce courant descendant d'air froid soit fort désagréable. C'est ce qui a lieu malheureusement presque toujours dans les amphithéâtres, tels qu'ils sont aujourd'hui disposés, ainsi que je le dirai en parlant de ces locaux.

Si, pour diminuer l'inconvénient , on restreignait les orifices d'arrivée de l'air, sans diminuer l'énergie de l'appel, la vitesse d'entrée augmenterait et le désagrément serait encore plus grand pour la partie du public la plus voisine de ces orifices. C'est l'effet que produisent les ouvertures beaucoup trop restreintes de certains amphithéâlres, de la salle des séances de l'Institut, des salons de l'Hôtel de Ville, et presque tous les couloirs des théâtres, etc., etc.

Il faut donc à la fois offrir à l'air de grandes superficies de passage et en même temps se ménager des moyens de modérer, de régler la température de cet air affluent, de manière que la différence de sa température et de celle de

la salle qu'il doit régler ne soit pas assez sensible pour gêner.

Le moyen le plus sûr, c'est démêler cetair nouveau et l'air chaud avant leur arrivée dans la salle, en les introduisant dans une chambre de mélange assez spacieuse et munie d'appareils convenables pour proportionner le mélange selon les températures. C'est le dispositif qui a été adopté dans la rédaction du programme des projets de chauffage et de ventilation des nouveaux théâtres de la place du Châtelet, et que nous venons d'appliquer avec succès au petit amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers.

L'usage de ces chambres de mélange d'air, qui doivent d'ailleurs être spacieuses, s'applique à tous les modes de chauffage de l'air, mais plus spécialement à l'emploi des calorifères à air chaud, dont il diminuerait beaucoup les inconvénients, en donnant la facilité de régler la température de l'air affluent, tout en n'employant que des appareils de proportions modérées. Il est clair d'ailleurs que ces chambres devront être disposées de manière que l'air froid, directement appelé de l'extérieur, et l'air chaud fourni par le calorifère, soient obligés par des chicanes convenablement disposées de ne sortir qu'après un mélange complet qui assure l'uniformité de température, et que des registres ou ventelles d'une manœuvre facile seront établis en des points d'un accès commode pour permettre de varier les aires des passages selon les besoins.

70. De la température comicnahle aux lieux habités. — Des observations récentes et déjà assez multipliées m'ont amené à reconnaître que la température convenable soit pour les appartements particuliers, soit pour les lieux de réunion, dépend de plusieurs circonstances très-diverses, dont il est nécessaire de tenir compte.

En première ligne est le tempérament des individus qui, selon qu'ils sont plus ou moins sanguins, exigent des températures plus basses ou plus élevées. Mais cette circonstance

ne peut être prise en considération que pour les appartements privés, attendu que pour les lieux de réunion l'on ne peut se régler que sur des données moyennes.

Le mode de chauffage adopté et les conséquences qui en résultent pour la ventilation ont une influence beaucoup plus considérable. Ainsi, dans un appartement chauffé par une cheminée qui produit un renouvellement d'air d'autant plus grand que le feu est plus actif, on peut supporter sans en être incommodé, et il convient d'entretenir une température notablement plus élevée que dans des pièces chauffées par des poêles ou par des calorifères, de quelque genre qu'ils soient, s'ils ne sont pas accompagnés d'appareils de ventilation. Lorsqu'au contraire c» ces derniers appareils sont joints des moyens énergiques d'extraction et de renouvellement d'air, il convient de maintenir une température plus élevée. On supporte alors facilement et l'on trouve même généralement agréables des températures de 20 à 22".

71. Disposition à employer pour le mélange de Vair chaud et de Vair froid. — A ce sujet je crois utile d'indiquer une disposition très-simple qui assure à peu près complètement le mélange de l'air chaud et de l'air froid dans les chambres et surtout dans les conduits. Il consiste à obliger l'air chaud à affluer à peu près parallèlement au courant d'air froid au moyen de languettes en métal ou en maçonnerie , en ayant soin que celui de l'air chaud soit en dessous jusqu'à l'extrémité de ces languettes. Plus loin, l'air chaud, plus léger, se mêlera nécessairement à l'air froid en s' élevant, et le courant commun aura une température moyenne, que l'on pourra d'ailleurs faire varier en proportionnant selon les besoins les volumes affluents d'air chaud ou d'air froid à l'aide de registres faciles à manœuvrer.

Ce dispositif, appliqué au Conservatoire des arts et métiers, Y a fort bien réussi.

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