CHAPITRE IV
Personne, assurément, ne contestera la nouveauté des fails qui ressortent de mes expériences électro-physiologiques sur l'expression de la physionomie. Je vais essayer d'en démontrer aussi brièvement que possible l'utilité, au point de vue anatomique, physiologique et psychologique, et indiquer les heureuses applications que l'on peut en faire à l'étude des beaux-arts.
AU POINT FiE VUE DE L'APPLICATION A L'ANATOJUE ET A LA PHYSIOLOGIE.
A. La plupart des muscles de la face semblent se continuer les uns dans les autres, surtout lorsqu'on les étudie par leur face interne. M. le professeur Cruveilhier a eu l'obligeance de me montrer des figures dessinées d'après des préparations analomiqncs qu'il avait faites dans le but d'étudier les muscles par leur face postérieure, après avoir détaché des os, en masse, les parties molles du visage. On
voit, dans ces préparations, que toutes les libres musculaires semblent se continuer les unes dans les autres, à tel point qu'on ne saurait assigner les limites exactes du plus grand nombre des muscles de la face.
Si cette continuité fibrillaire des muscles de la face était réelle, leur indépendance serait très compromise, sinon annulée. Comment concevoir, en effet, qu'un muscle puisse se contracter dans une portion de sa longueur ou de sa continuité? Et, dans ce cas, où placerait on le point fixe? En un mot, avec cette doctrine de la continuité fibrillaire (1) qui convertit, pour ainsi dire, en un masque tous les muscles de la face, on ne peut s'expliquer le mécanisme de cette foule de petits mouvements indépendants, qui écrivent sur la figure les impressions si nombreuses de l'âme en caractères toujours identiques.
L'anatomie morte, dont la principale mission est de nous guider dans nos lecherches sur les mystères de la vie, en nous aidant à connaître les fonctions des organes, semblait au contraire s'attacher ici à nous égarer. Il était réservé à l'exploration électro-musculaire, véritable anatomie vivante, de démontrer que cette continuité fibrillaire n'est qu'une illusion.
Sans anticiper sur ce que j'ai à exposer par la suite, je puis dire déjà que par ce moyen, j'ai découvert les limites
1 1 ) Cette doctrine Je la continuité fibrillaire reconnaît pour chef Bellingeri, célèbre anatomiste italien.
de quelques muscles que Ton croyait se continuer les uns dans les autres, ce qui, depuis lors, a été confirmé pour un muscle (le pyramidal du nez) à l'aide du scalpel.
B. L'électro-physiologie démontre l'existence, à la face, de muscles qui ne sont ni classés ni dénommés. J'en vais citer plusieurs exemples.
Un rhéophore, placé sur l'aile du nez, dilate la narine comme le fait la nature dans les grandes émotions. L'anatomie morte en est encore à trouver un muscle qui puisse expliquer ce mouvement : elle va même jusqu'il nier l'existence de libres musculaires dans l'aile du nez (1). J'espère pouvoir montrer que ce muscle a été confondu avec un autre muscle connu sous le nom de myrtiforme, composé lui-môme de plusieurs muscles dont les fonctions sont opposées.
L'analomie morte a confondu dans une même dénomination des muscles qui possèdent une action indépendante, sous l'influence de l'excitation électrique, comme pour les mouvements volontaires et instinctifs, des muscles enfin qui sont destinés à des fonctions essentiellement différentes.
Dans le muscle dit sphincter des paupières, par exemple, dont on a fait un seul muscle, on trouve quatre muscles indépendants qui président à des expressions diverses.
Il est évident pour tout le monde que la physiologie doit
(I) Voy. Sappey, Traité d'anatomie descriptive, p. C>27.
commander l'anatomie, et que, sous prétexte de simplifier les études classiques, on aurait tort de continuer à embrouiller ainsi la science de la vie, et surtout l'étude de l'expression de la physionomie.
Mes recherches expérimentales redresseront aussi les erreurs physiologiques que l'on avait commises en attribuant à des muscles des mouvements auxquels ils étaient étrangers, et en méconnaissant ceux qui leur appartenaient. 11 en était résulté qu'on s'était également trompé sur le rôle qu'ils jouent dans l'expression.
(l'est ainsi que l'on Taisait concourir le petit zygomatique au mouvement de la joie, tandis que l'expérimentation fait voir qu'il est le seul représentant du chagrin, du pleurer modéré.
C'est ainsi que le peaucier, qui jusqu'ici a été oublié ou mal étudié comme muscle expressif, concourt spécialement à peindre a\cc une vérité saisissante les mouvements les plus violents de l'âme : la terreur, la colère, la torture, etc.
.l'en pourrais dire autant de quelques autres muscles presque méconnus, de ceux principalement qui meuvent le sourcil, el qui jouent le rôle le plus important dans l'expression de la physionomie en mouvement, comme on le verra bientôt.