EXPRESSIONS PRIMORDIALES
Délire sensuel. . .
Mêmes muscles que ci-dessus, regard
tourné en haut et latéralement, et
spasme des paupières, dont la supé-
rieure recouvre une partie de l'iris.
Même combinaison musculaire que dans
le délire lubrique, mais sans trans-
verse du nez.
Grande douleur avec
larmes, affliction. .
Sourcilier et petit zygomatique.
Dooledb avec abatte-
ment, désespoir. . .
Sourciller et triangulaire des lèvres.
On remarque, dans le tableau précédent, qu'en général plus les muscles de la face sont situés supérieurement, plus leur pouvoir expressif «est grand, complet, lorsqu'ils se contractent partiellement.
On voit aussi que ces muscles ne sont pas seulement destinés à représenter l'image des passions, des sentiments et des affections ; que certains actes de l'entendement peuvent même se réfléchir sur la face : c'est ainsi, par exemple, que s'écrivent avec la plus grande facilité sur la physionomie de l'homme, — et cela seulement par la contraction partielle de l'un des muscles moteurs du sourcil! — la réflexion, le plus important, le plus noble état de l'esprit, celui qui parait le plus abstrait, et la méditation, qui est la mère des
grandes conceptions, qui, chez certains hommes, est, [tour ainsi dire, la passion dominante.
Je n'ai classé dans le tableau ci-dessus que les expressions qui ont pu être obtenues artificiellement, et fixées, pour la plupart, à l'aide de la photographie. J'en pourrai certainement augmenter le nombre par la suite, en produisant les nuances ou les degrés de ces expressions principales.
Quoi qu'il en soit, on trouvera sans doute que les expressions qu'il m'a été possible d'analyser par l'expérimentation électro-physique sont déjà assez nombreuses.
Il n'est pas donné à l'homme d'exprimer toutes ses passions sur sa physionomie, surtout si l'on considère comme autant de passions différentes toutes celles qui ont été dénommées et classées arbitrairement par les philosophes (1).
(I) Rien de plus varié, selon M. Lélut, de plus multiple, de plus complexe, de plus difficile à saisir sous la diversité des désignations, que les passions. « Qu'on se reporte, dit-il, à cet égard, à la liste suivante, dont les éléments, nous n'avons pas besoin de le dire, sont empruntés aux meilleures sources, à Platon, à Aristote, à Cicéron, à Descartes, à Hobbes, etc., liste qui eût pu être encore plus longue, et que nous avons laissée tout d'abord dans le pêle-mêle de l'ordre alphabétique.
Admiration (la première Abjection, des passions, d'après bassesse.
Descartes).
Amour-propre.
Amour.
Avidité.
Angoisse.
Avarice.
Allégresse.
Audace.
Colère.
Cupidité.
Chagrin.
Crainte.
Courage.
Curiosité.
Charité.
Conliance.
Désespoir.
Deuil.
Défiance.
Dureté (agression).
Discorde.
Douleur.
Désir.
Dédain.
Désolation.
Dégoût.
UTILITÉ UE CES KECHEliCIIES. V.)
Ou ne m'accusera pas de 1rs avoir dénombrées arbitrairement, car elles sont la reproduction de celles que l'âme ellemême peint sur la face de l'homme. Un jour peut-être ces études électro-physiologiques sur les différents inodes d'expression de la physionomie humaine serviront a la formation d'une bonne classi beat ion fondée sur l'observation de lu nature.
l»li>Moiiomir en iiimivciiaciil.
L'élude de la physionomie en mouvement est cette partie de la psychologie qui traite des différentes manières dont l'homme manifeste ses émotions par les mouvements de sa face.
Estime.
Hardiesse.
Remords.
Espérance.
Honte.
Repentir.
Émulation.
Indignation.
Reconnaissance.
Enthousiasme.
Irrésolution.
Regret.
Épouvante.
Inimitié.
Rire.
Envie.
Ivrognerie.
Sécurité.
Emportement.
Jalousie.
Satisfaction de soi-
Effroi.
Joie.
même.
Ennui.
Lâcheté.
Saisissement.
Faveur.
Luxure.
Souci.
Fureur.
Lamentation.
Sensualité.
Générosité.
Mépris.
Témérité.
Gloire.
Moquerie.
Tristesse.
Grandeur d'âme.
Malignité.
Timidité.
Gourmandise.
Orgueil.
Vénération.
Gloutonnerie.
Pitié.
Vanité.
Humilité.
['leurs.
Vengeance.
Haine.
Pusillanimité.
Si l'homme possède le don de révéler ses passions par celle sorte de transfiguration de l'âme, ne doit-il pas également jouir de la faculté de comprendre les expressions extrêmement variées qui viennent se peindre successivement sur la face de ses semblables? Quelle sérail donc l'utilité d'un langage qui ne serait pas compris? Exprimer et sentir les signes de la physionomie en mouvement me semblent des facultés inséparables que l'homme doit posséder en naissant. L'éducation et la civilisation ne font que les développer ou les modérer.
(l'est la réunion de ces deux facultés qui fait du jeu de la physionomie un langage universel. Pour être universel, ce langage devait se composer toujours des mêmes signes, ou, en d'autres termes, devait être placé sous la dépendance de contractions musculaires toujours identiques.
Ce que le raisonnement seul avait fait pressentir, ressort clairement de mes recherches. J'ai en effet constaté, dans toutes mes expériences, ainsi que je l'ai déjà démontré, que c'est toujours un seul muscle qui exécute le mouvement fondamental, représentant un mouvement donné de l'âme. Celte lui est tellement rigoureuse, que l'homme a été privé du pouvoir de la changer et même de la modifier. On prévoit ce qui serait Infailliblement arrivé s'il en eût été autrement; le langage de la physionomie aurait eu le sort du langage parlé, créé par l'homme : chaque contrée, chaque province, aurait eu sa manière de peindre les passions sur la ligure ; peut-être aussi le caprice aurait-il fait varier à l'infini
l'expression physionomique dans chaque ville, chez chaque individu.
Il fallait que ce langage de la physionomie fût immuable, condition sans laquelle il ne pouvait être universel. C'est pour cela que le Créateur a placé la physionomie sous la dépendance des contractions musculaires instinctives ou réflexes.
On sait avec quelle régularité tous les mouvements instinctifs s'exécutent. Je ne citerai, comparativement et comme exemple, que ceux de la marche, pendant laquelle l'enfant même résout les problèmes de mécanique les plus compliqués, avec une facilité et une précision que la volonté ne saurait jamais égaler. On comprend donc comment chaque passion est toujours dessinée sur la figure par les mêmes contractions musculaires, sans que ni la mode ni le caprice puissent les faire varier.
« Généralement, dit Descartes, toutes les actions tant du visage que des yeux peuvent être changées par l'âme, lorsque, voulant cacher sa passion, elle en imagine fortement une contraire, en sorte qu'on s'en peut aussi bien servir à dissimuler ses passions qu'à les déclarer (I). » ïl est très vrai que certaines personnes, les comédiens par-dessus tous, possèdent l'art de feindre merveilleusement des passions qui n'existent réellement que sur leur physionomie ou sur leurs lèvres. En se créant une situation imaginaire, ils peuvent, en veitu
(I) Les passions de l'unie, %" part., art. 113
d'une aptitude spéciale, faire appel à ces émotions ailiiîcielles. Cependant il me sera facile de démontrer qu'il n'est pas donné à l'homme de simuler ou de peindre sur sa face certaines émotions, et (pie l'observateur attentif peut toujours, par exemple, découvrir et confondre un sourire menteur.
Quoi qu'il en suit, les caractères de l'expression de la face humaine, qu'on les simule ou qu'ils soient produits réellement par un mouvement de l'âme, ne peuvent être changés : ils sont les mômes chez tous les peuples, chez les sauvages comme chez les nations civilisées, ne différant, chez ces dernières, que par leur modération ou par la distinction des traits.