C. — IMiyMionomie nu repos
Pendant le repos musculaire, c'est-à-dire dans l'intervalle des mouvements déterminés par l'action nerveuse, volontaire ou instinctive, les muscles possèdent encore une force qui ne sommeille jamais, qui ne se perd qu'avec la vie. Cette force est appelée tonicité. C'est en vertu de celte force tonique que les extrémités libres d'un muscle coupé, chez le vivant s'éloignent l'une de l'autre en se rétractant.
Les muscles sont donc des espèces de ressorts qui, dans l'intervalle des contractions, se font plus ou moins équilibre. C'est ainsi qu'à la face, les tissus, et principalement la peau, sont entrainés dans le sens des plus forts.
Chez le nouveau-né, l'âme est encore vierge de toute émotion, la physionomie au repos est absolument négative; elle exprime l'absence complète de toute émotion; mais, dès qu'il vient à être excité par les sensations, et qu'il commence à ressentir l'influence des passions, les muscles de sa face entrent en action pour les peindre sur son visage. Ceux de ses muscles qui sont le plus souvent exercés par cette sorte de gymnastique de l'âme prennent plus de développement, et leur force tonique s'accroît proportionnellement.
Est-il besoin de dire que la physionomie au repos subit nécessairement l'influence des modifications éprouvées par la force tonique de ses muscles, ou, suivant une comparaison triviale (pie j'ai déjà faite, par la force des ressorts qui la maintenaient en équilibre? C'est ainsi que se forme la physionomie au repos, physionomie individuelle (pii doit être conséquemment l'image de nos sentiments habituels, le faciès de nos passions. (Je ne fais que développer ici scientifiquement un fait bien connu et généralement admis.)
Cependant un philosophe célèbre, Diderot, semble y avoir apporté de grandes restrictions. « On se fait (dit-il) à soimême quelquefois sa physionomie. Le visage, accoutumé à prendre le caractère de la passion dominante, la garde; quelquefois aussi on la reçoit de la nature , et il faut bien la garder comme on l'a reçue. // lui a plu de nous faire bons, et, de nous donner le visage du méchant, ou de nous
faire méchants, et de nous donner le visage de la bonté (t). »
S'il était vrai que la bonté pût être masquée par les dehors physionorniques de la méchanceté, il faudrait beaucoup en rabattre de l'admiration (pie nous devons à ce chef-d'œuvre de la nature, l'expression.
L'assertion de Diderot n'est heureusement pas exacte. Si l'on observe les nouveau-nés à ce point de vue, on leur trouvera toujours une expression identique, négative, comme je l'ai dit précédemment. C'est seulement avec le temps que l'on voit se former leur physionomie individuelle, bonne ou méchante, suivant la prédominance ou de leurs bonnes ou de leurs mauvaises passions. En admettant môme qu'un homme bon pût naître avec une figure méchante, celte espèce de monstruosité serait tôt ou tard effacée par les mouvements incessants d'une belle âme.
Toutefois il est des affections locales de la face (contractures, paralysies partielles, tics) qui, à la longue, altèrent à tout jamais les traits naturels de la physionomie individuelle. 11 est bien entendu que l'on doit tenir compte de cette cause d'erreur.
(I) Œuvres complètes de Diderot : Essai sur la peinture, p. .jOO.