‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 19 sur 70 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

DE

SUJETS SOUMIS A DES EXPÉRIENCES ÉLECTRO-PHYSIOLOGIQUES. Figures 1, 2, 3, 4, 5, 6.

LÉGENDE

Fig. 1. — Préparation anatomique des muscles de la face. — A. Frontal, muscle de l'attention. — B. Orbiculaire palpébral supérieur, muscle de la réflexion. — C, D. Palpébraux supérieur et inférieur, muscle du mépris et complémen-

taire du pleurer. — E. Orbiculaire palpébral inférieur, muscle de la bienveillance et complémentaire de la joie franche. — F. Petit zygomatique , muscle du pleurer modéré et du chagrin. — G. Élévateur propre de la lèvre supérieure, muscle du pleurer. — H. Élévateur commun

FlG. 1.

de la lèvre supérieure et de l'aile du nez, muscle du pleurnicher. — 1. Grand zygomatique , muscle de la joie. — K. Massétcr. — L. Orbiculaire des lèvres. — M. Triangulaire des lèvres, muscle de la tristesse et complémentaire des passions agressives. — N. Houppe du menton. — 0. Sourciller, muscle de la douleur. — P. Pyramidal du nez, muscle de Y agression. — Q. Transverse du nez, muscle de la lascivelé, de la lubricité. — lî. Dilatateur des ailes

du nez, muscle complémentaire des expressions passionnées. — 11. Buccinateur, muscle de Y ironie. — V . Fibres profondes de l'orbiculaire des lèvres se continuant avec le buccinateur. — X. Carré du menton, muscle complémentaire de Y ironie et des passions agressives. — \. Peaucier, muscle de la frayeur, de Ye/froi et complémentaire de la colère.

Fie. 2.

Fig. 2. — Préparation analomique des nerfs moteurs de la face (de la septième paire). — H. Filet moteur du frontal.

— I. Filet moteur du sourcilier. — I . Filet moteur de l'orbiculaire palpébral supérieur. — .1'. Filet moteur du palpébral supérieur. — .1. Filet moteur du palpébral inférieur.

— K. Filet moteur de l'orbiculaire palpébral inférieur. —

h MÉCANISME DE LA PHYSIONOMIE 111 MAINE.

b. Filet moteur du grand zygomatique. — c. Filet moteur du petit zygomatique. — Q. Filet moteur de l'élévateur propre de la lèvre supérieure. — M. Filet moteur du transverse du nez. — L. Filet moteur de l'élévateur commun de la lèvre supérieure et de l'aile du nez. — N. 0. Filets moteurs de l'orbiculaire des lèvres. — R. Filet moteur du carré du menton. — P. Filet moteur de la houppe du menton. — — F. Filet moteur du peaucier. — D. Tronc du facial à sa sortie de l'aqueduc de Fallope. — G. Branche temporofaciale. — E, Branche cervico-faciale. — A. B. Filets moteurs des muscles auriculaires postérieur et supérieur. — C. Filet moteur du muscle occipital. — S. Branche auriculo-temporal de la cinquième paire. — T. Bameau moteur des muscles orbiculaire inférieur des lèvres, carré du menton, houppe du menton et triangulaire des lèvres.

Fig. 3. — Physionomie photographiée, au repos, d'un vieillard qui doit servir à de nombreuses expériences électro-physiologiques, représentées parla photographie dans cet album.

Fig. l\. — Physionomie photographiée, au repos, d'un jeune homme, d'après lequel plusieurs expressionséleclro-physiologiques et naturelles seront reproduites par la photographie.

Fig. 5. — Photographie d'une petite fille fronçant les sourcils, et sur laquelle seront faites plusieurs expériences électrophysiologiques.

Fig. (î. — Destinée à montrer que lorsque le rhéophore est

en rapport avec un rameau nerveux qui anime plusieurs

muscles, l'éleclrisation musculaire de la face ne produit

qu'une grimace.

Électrisation du rameau temporo-facial ; contraction de tous les muscles animés par lui; grimace semblable à celle qui est produite par le tic de la face.

Fig. 2 bis.— Appareil volta-faradique à double courant du docteur Duchenne (de Boulogne).

La description de cet appareil et la manière de le mettre en action ont été exposées dans mon livre intitulé : De l'éleclrisation localisée et de son application à la pathologie et ù la thérapeutique, cliap. IV, art. I", § 1, 2 e édition.

EXPLICATION DR LA LÉGENDE

L'individu que j'ai choisi comme sujet principal des expériences représentées par la photographie dans cet album, est un vieillard ('denté, à la face maigre, dont les traits, sans être absolument laids, approchent de la trivialité, dont la physionomie est en parfaite concordance avec son caractère inoffensif et son intelligence assez bornée.

Voici les raisons qui ont déterminé ce choix :

1° Dans la vieillesse, on voit, sous l'influence des contractions musculaires, se dessiner toutes les lignes expressives de la face (les lignes fondamentales et secondaires).

2° La maigreur de mon sujet favorise le développement de ces lignes expressives, et facilite en même temps l'électrisalion partielle des muscles de la face.

3° A cette figure triviale je n'ai pas préféré des traits nobles et beaux. Ce n'est pas que l'on doive représenter la nature dans ses imperfections, pour la représenter exactement; j'ai voulu seulement démontrer qu'en l'absence de beauté plastique, malgré les défauts de la forme, toute figure humaine peut devenir moralement belle, par la peinture fidèle des émotions de l'âme. On verra que l'on arrive à ce résultat en excitant partiellement les organes moteurs de la face dont la principale fonction est île peindre nos passions.

k" Enfin, cet homme présentait une condition très favorable que je n'ai pas rencontrée chez d'autres sujets. — Il est peu de personnes qui consentent à se soumettre à ce genre d'expériences, parce que, sans être très douloureuse, l'électrisation des muscles de la face provoque souvent des mouvements involontaires, la contorsion des traits du visage. — Ce sujet, lui, était peu sensible. Il était atteint d'une affection compliquée d'anesthésie de la face (1). Je pouvais expérimenter sur cette région sans qu'il en éprouvât de la douleur, au point que je faisais contracter partiellement ses muscles avec autant de précision et de sûreté que sur le cadavre encore irritable.

J'aurais pu choisir, à l'exemple des" artistes, en général, des modèles dont la physionomie se trouvât en harmonie avec telle ou telle expression. En renonçant à ces avantages, je me suis privé d'un puissant moyen d'augmenter l'intérêt de mes expériences; bien plus, ne voulant pas faire concourir le geste à l'expression de mes figures, j'ai donné à tous mes sujets la même attitude.

Malgré ces conditions désavantageuses, et quoique la présence des rhéophores et des mains qui les tiennent, nuise à l'effet de mes figures, les expressions artificielles que j'ai photographiées n'en sont pas moins saisissantes de vérité.

(!) Il était all'eclé d'un spasme des muscles rotateurs droits de la tête, spasme qui se monlrait seulement alors qu'il voulait travailler de son état de cordonnier j'ai décrit cette maladie sous le nom de spasme musculaire fonctionnel), le l'on ai guéri par l'électrisation des muscles antagonistes.

8 MÉCANISME nE LA PHYSIONOMIE HUMAINE.

J'aurai cependant à reproduire quelques expressions sur d'autres individus; je saisirai alors cette occasion pour réunir autant que possible l'ensemble des conditions qui constituent le beau, au point de vue plastique.

J'expérimenterai aussi sur des sujets de différents âges : sur un enfant (voy. fig. 5, 10, 28, 29), sur un jeune homme (voy. fig. h, 15, 16, 27, 24, 25), sur une jeune femme (voy. fig. 35, 36), et enfin sur une femme plus âgée et dont la peau est brûlée par le soleil (voy. fig. 11 , 26, 27).

La démonstration des faits mis en lumière par l'expérimentation électro-physiologique ne pouvait être complète, sans que les mouvements expressifs naturels fussent représentés par la photographie, comparativement à ceux qui sont produits par l'électrisation localisée. Les moteurs du sourcil sont, de tous les muscles expressifs, ceux qui obéissent le moins à la volonté; en général, l'émotion de l'Ame seule a le pouvoir de les mettre partiellement en mouvement. Or, on le sait, le vieillard dont il a été question plus haut (voy. la fig. 3) est trop peu intelligent ou trop peu impressionnable pour rendre lui-même les expressions que je produis artificiellement sur sa face.

Un hasard heureux m'a fait rencontrer un sujet qui, après un long exercice, en est arrivé à posséder un grand empire sur les mouvements de ses sourcils. C'est un artiste détalent et en même temps un anatomiste qui a eu la curiosité de faire cette étude sur lui-même. En faisant appel à ses sen-

timents, il rend souvent avec une parfaite vérité la plupart des expressions propres à chacun des muscles du sourcil. 11 a eu l'obligeance de se prêter à une expérience, en m'autorisant à en représenter les résultats par la photographie. On voit, dans la figure h, sa physionomie au repos.

J'ai aussi fait mouvoir individuellement, parla faradisation, les muscles moteurs de son sourcil, et j'ai constaté (pie les mouvements artificiels étaient semblables aux mouvements expressifs que provocpiaient ses sentiments. J'aurais pu représenter ces mouvements électro-musculaires ; mais c'eût été multiplier sans nécessité les figures, dont je suis forcé de restreindre le nombre. Je me suis donc borné à photographier, quand cela a été nécessaire, quelques-uns des mouvements expressifs du sourcil qu'il peut produire lui-même.

Un seul des muscles du sourcil échappe à son pouvoir ; j'en représenterai l'action partielle obtenue par l'électrisation.

Comme ce sujet est jeune, ces figures me serviront à montrer les différences qui existent entre les mouvements expressifs, chez le jeune homme et chez le vieillard.

Enfin, il répond aux exigences de la plastique; on voit, en effet, sur son portrait (fig. h), où sa physionomie est au repos, que ses traits sont beaux et réguliers.

La figure photographiée placée en tête de ces recherches, comme spécimen de mes expériences électro-physiologiques 1 , donne une idée du mode d'électrisation que j'ai employé pour obtenir la contraction partielle des muscles de la face.

On remarque que les rhéophores, tenus par ma main droite, communiquent avec mon appareil d'induction (1) par l'intermédiaire des fils conducteurs du courant et sont posés au niveau des muscles de la joie (I, fig. 1). — Les lignes expressives de la joie se seraient montrées incomplètes sur la face du sujet, telles qu'elles peuvent être produites sous l'influence de l'action partielle de ces muscles, si je leur avais envoyé le courant de mon appareil. Mais je dois dire qu'ici le rire est naturel, et que j'ai seulement voulu montrer, dans son ensemble, le simulacre d'une de mes expériences électrophysiologiques.

La pratique de ces expériences n'est pas aussi facile que l'on pourrait le supposer, à la vue de cette figure. Elle exige la connaissance parfaite de la méthode que j'ai inventée afin de limiter l'excitation électrique dans chacun des organes.

11 est nécessaire d'eu rappeler ici les principes, en résumé, pour ce qui a trait à l'électrisation musculaire de la face (2),

(1) Cet appareil de précision, celui que j'ai préféré pour ces expériences, est mieux représenté dans la figure 2 bis placée au bas de la page 5.

(2) L'électricité d'induction est la seule qui soit applicable à ce genre d'expériences; je l'ai appelée faradisme, et son emploi faradisation. Voie comment j'ai justifié ces nouvelles dénominations.

« Le mot électrisation ne devrait être employé que d'une manière générale.

» L'application de l'électricité de frottement pourrait être appelée électrisation statique, et celle de l'électricité de contact conserverait le nom de galvanisation. Mais sous cette dernière dénomination on a , en général, désigné indifféremment, dans la pratique médicale, l'emploi de l'électricité de contact et de l'électricité d'induction. On comprend les conséquences fâcheuses d'une telle confusion, après les considérations électro-physiologiques et thérapeutiques que j'ai exposées dans ce travail.

» Puisqu'il est nécessaire de créer un mot qui désigne exactement l'élec-

afin que l'on comprenne mieux les photographies électrophysiologiques qui composent cet album.

1" Un appareil d'induction convient à ce genre d'expériences; les intermittences de son courant doivent être assez rapides et égales pour éviter le tremblement du muscle pendant qu'il est mis en contraction ; la gradation du courant doit être d'une grande précision et s'approprier au degré d'excitabilité différent de chacun des muscles de la face.

2° Les rhéophores, aussi petits que possible, afin de ne pas masquer les traits de la face, sont recouverts d'une peau humide, et placés sur les points d'élection. Ces points d'élection sont, pour l'expérimentation électro-physiologique pratiquée à la face, les points d'immersion des nerfs moteurs de la face. — On les voit sur la figure 2, où les filets nerveux moteurs des muscles de la face ont été disséqués avec le plus grand soin, et dans laquelle les nerfs sensibles (provenant de la cinquième paire) ont été coupés. — J'indiquerai ces points d'élection dans l'explication des figures qui représenteront les expériences électro-physiologiques.

tricité d'induction ou son application, n'est-il pas permis de le tirer du nom du savant qui a découvert celle espèce d'électricité ? Ainsi, de même que Galvani a laissé son nom à l'électricité de contact, de même aussi on peut, selon moi, donnera l'électricité d'induction le nom de Faraday. En conséquence, cette électricité serait .appelée faradisme, et son application désignée par le mot faradisation. Cette dénomination me parait d'autant plus heureuse, qu'elle établit une distinction bien tranchée entre l'électricité d'induction et l'électricité de contact, en même temps qu'elle consacre le nom d'un savant à qui la médecine doit une découverte bien plus précieuse pour la thérapeutique que celle de Galvani (aujourd'hui celle dénomination est universellement employée dans la pratique médicale). » (Luc. cit., p. 38.)

Ceux qui voudront contrôler mes recherches expérimentales, trouveront ces données insuffisantes. Il me faudrait, pour les initier complètement à cet art de localiser le courant électrique dans les muscles de la face, exposer des détails anatomiques et pratiques qui ne peuvent trouver place dans ce développement des légendes (1). Ce genre d'expériences exige, en outre, une grande habitude ; car il est difficile de trouver les points d'élection à travers la peau.

L'expérience représentée par la figure 6 en est une preuve frappante. Le rhéophore placé au niveau du grand zygomatique aurait dû produire la contraction isolée de ce muscle, ainsi qu'on l'observera dans la figure 30; mais le courant, trop intense, ayant pénétré profondément jusqu'à la branche temporo-faciale de la septième paire (voy. G, fig. 2), a provoqué la contraction en masse des muscles animés par ce tronc nerveux, et n'a pu produire qu'une grimace.

(1) Ces détails sont exposés dans ma Monographie sur les muscles de la face et dans mon Traité de l ' èlectrisalion localisée.

(FRONTAL, A, flg. 1).

Figures 7, 8, 9, 10, 11.

LÉGENDE

(Regarder alternativement et comparativement l'un des côtés des figures 7, 9, 10, 11, et en masquer le côté opposé.)

Fie. 7. — Destinée à l'étude du mécanisme et de l'expression du muscle frontal chez un 'vieillard (voy. son portrait photographié, fig. 3).

A droite, excitation électrique, à un degré modéré, du muscle frontal; lignes fondamentales (élévation et courbe du sourcil) et lignes secondaires (plis frontaux, curvilignes, et concentriques à l'arc du sourcil) : attention. A gauche, repos de la physionomie.

Fig. 8. — Destinée à montrer comment les lignes secondaires expressives de l'attention se réunissent et se continuent sur la ligne médiane pendant la contraction des deux muscles frontaux.

Excitation électrique modérée des deux frontaux : attention.

Fig. 9. — Destinée à l'étude expressive du muscle frontal, au maximum de contraction.

A droite, excitation électrique, au maximum, des muscles frontaux : grande attention.

A gauche, repos de la physionomie.

Fig. 10. — Destinée à l'étude des lignes expressives du muscle

frontal chez une petite fille (voy. son portrait, fig. 5) .

A droite, électrisation du frontal, développement de la

ligne fondamentale (élévation et courhe du sourcil, sans plis frontaux) : attention.

A gauche, abaissement du sourcil, occasionné par l'impression d'une lumière trop vive.

Fig. H. — Destinée à l'étude des lignes secondaires (rides frontales, irrégulières et nombreuses) produites par l'excitation électrique forte du frontal, chez une femme âgée de quarante et un ans et dont la peau a été brûlée par le soleil.

A droite, électrisation du frontal ; élévation et courbe du sourcil, rides frontales, nombreuses et irrégulières: attention.

A gauche, repos de la physionomie.

EXPLICATION DE LA. LEGENDE

A. — Mécanisme.

L'électrisation localisée du muscle frontal (A, fig. 1) se pratique en posant l'un des rhéophores au niveau du point d'immersion de son filet moteur (H, fig. 2), comme dans les figures 7, 8, 9,10, 11.

Dans la figure?, le muscle frontal droit a été excite modérément, par l'intermédiaire de son nerf moteur (H, fig. 2), au moment où la physionomie était au repos. On voit, du côté excité (à droite) : 1° que non-seulement ce muscle élève considérablement le sourcil, mais qu'il lui fait aussi décrire une ligne courbe plus prononcée que du côté où le sourcil a conservé sa position et sa forme normales ; 2° que le front s'est sillonné de plis curvilignes, concentriques à la courbe du sourcil.

La figure 8 montre la contraction électrique, à un degré modéré, des deux muscles frontaux. Les rides frontales, on le voit, s'étendent sur toute la largeur du front. De chaque côté elles décrivent des courbes à concavité inférieure, qui, en se

réunissant sur la ligne médiane, forment une nouvelle courbe à concavité supérieure, dont la corde et la flèche sont plus petites que celles des courbes précédentes. — Dans cette figure on remarque que les rides frontales sont moins nombreuses et moins prononcées à droite qu'à gauche; cela dépend de l'excitation un peu moins forte produite par l'un des pôles (le pôle positif) du courant.

Dans la figure 9. où le muscle frontal est représenté au maximum de contraction, le sourcil et les rides frontales ne décrivent plus des courbes aussi régulières que dans les figures 7 et 8; ils sont plus fortement tirés en haut du côté externe. L'agrandissement de l'ouverture palpébrale, du côté excité, montre que la contraction du frontal exerce une action notable sur l'élévation de la paupière supérieure.

La petite fille sur laquelle j'ai fait contracter modérément (fig. 10) le muscle frontal était âgée de neuf ans. On constate que son sourcil s'est élevé sans produire le plus léger pli sur son front ; — c'est le privilège de l'enfance et de l'adolescence de ne dessiner que les lignes expressives fondamentales, pendant le jeu de la physionomie. Toutefois, au maximum de contraction du frontal, j'ai vu naître sur ce jeune front une ou deux rides frontales, qui sont les lignes secondaires expressives, produites par le muscle frontal.

B. — Expression.

Masquez le côté droit de la figure 7 ou de la figure 9 avec un diaphragme de carton, de manière à ne laisser à découvert que le côté gauche de la face, vous remarquerez d'abord l'obscurité profonde qui enveloppe l'œil et l'orbite de ce côté, obscurité qui se répand sur la joue entière.

Faites ensuite glisser rapidement le diaphragme de droite à gauche, de manière qu'à partir de l'extrémité interne des rides frontales artificielles, le front et la joue droite restent à découvert; alors quel contraste surprenant entre ces deux côtés de la face! A droite, l'orbite est illuminée, la prunelle étincelle de lumière, surtout dans la figure 9, où la contraction est à son maximum.

Et puis voyez la différence qui existe entre la joue droite et la joue gauche. Ici, l'obscurité, la lourdeur des traits et du modelé, le calme intérieur, l'indifférence la plus complète. Là, au contraire, la lumière qui éclaire l'œil et l'orbite, rayonne aussi sur toute la joue, dont les traits paraissent allongés et le modelé modifié. Et quelle merveilleuse transformation de la physionomie! C'est le réveil de l'esprit.

On a certes beaucoup exagéré en disant que, sous l'influence d'une ardente passion, l'œil brille de son propre feu; l'expérience précédente est la preuve incontestable de mon assertion. A voir, en effet, cet éclat de l'œil droit, ce point

lumineux qui étincelle sur la prunelle, vous pourriez croire (pie cet œil a subi une profonde modification organique, sous l'influence d'un mouvement psychique, d'une passion violente. Mais dès que vous reportez votre regard sur le côté gauche de la face, vous n'y rencontrez plus qu'un œil terne, qui représente l'état réel de l'âme du sujet. Il est donc de touteévidence que, dans notre expérience, cet éclat de l'œil, ce feu du regard, sont sous la dépendance d'un mouvement spécial du sourcil.

Si maintenant vous comparez entre elles les figures 7 et 9, vous voyez que tout en exprimant, au fond, un état de l'esprit semblable, elles impressionnent cependant le spectateur d'une manière différente. Ainsi, comme je l'ai déjà démontré, elles annoncent (du côté droit) que l'esprit est tenu en éveil par une cause extérieure; elles expriment l'attention.

Mais on sent que le sujet éprouve une émotion évidemment plus grande dans la figure 9 (pie dans la figure 7. La première (fîg. 9) le montre prêtant une attention très grande qui le captive et va presque jusqu'à la surprise, l'admiration, dans la seconde (fig. 7), la physionomie est plus tranquille; le sujet est seulement attentif.

(OBBICULMRE PALPÉBRAL SUPÉRIEUR, portion du muscle dit sphincter des paupières, B, lîg. 1).

Figures 12, 13, Ht, 15.

LEGENDE

i Regarder alternativement et comparativement chacun des cotés dea ligures 12, 14, et en masquer le côté opposé.)

Fig. 12. — Destinée, ainsi que la figure 13, à l'étude du mécanisme et de l'expression du muscle orbiculaire palpébral supérieur (B, fig. 1), chez un vieillard ( représenté dans les fig. 3, 7, 8, 9).

A droite, électrisation modérée de L'orbiculaire palpébral supérieur: réflexion.

A gauche, attention.

Fia. 13. — Electrisation plus forte des orbiculaires palpébraux

supérieurs, avec abaissement léger des commissures

labiales : méditation, contention.

Fig. 14. — Destinée à montrer comparativement, chez le même

individu, la contraction au maximum de l'orbiculaire pal-

pébral supérieur et du sourcilier.

A gauche, électrisation très forte de l'orbiculaire palpébral supérieur : mécontentement, pensée sombre. À droite, électrisation du sourcilier.

Fig. 16. — Destinée à démontrer que le mécanisme de la contraction volontaire de l'orbiculaire palpébral supérieur est identiquement le même que sous l'influence du courant électrique.

Contraction volontaire, forte, des orbiculaires palpébraux supérieurs, chez un jeune sujet (voy. son portrait photographié, fig. /()'• méditation, contention.

EXPLICATION DE LA LÉGENDE

A. — Mécanisme.

Au moment où l'expérience photographiée clans la figure 12 a été faite, le sujet regardait un objet situé en face de lui et sur lequel j'avais fortement attiré son attention ; son sourcil s'était relevé ; son front s'était ridé transversalement, dans toute sa largeur; son muscle frontal, en un mot, était légèrement en action et exprimait l'état de son esprit: l'attention. Masquez, en effet, le côté droit de cette figure, et du côté opposé vous reconnaîtrez, dans son regard et sur son front, les signes caractéristiques de ce mouvement expressif; signes qui ont été exposés page 2, figures 7 et 8.

Si ensuite vous découvrez le côté droit, où l'orbiculaiie palpébral supérieur est mis en contraction, vous observez : 1° que le sourcil s'est abaissé en masse, en effaçant les rides frontales; 2° qu'il est devenu rectiligne ; 3° qu'il a exécuté un mouvement de corrugation, en vertu duquel les poils couchés obliquement de dedans en dehors et de haut en bas se sont redressés. Tel est l'ensemble des mouvements du sourcil, toujours produits par la contraction partielle et modérée du frontal.

La ligne verticale que l'on voit sur la figure 12, en dedans de la tète du sourcil droit, existe même quand la physionomie de ce sujet est au repos, ainsi qu'on le constate sur son portrait, fig. 3 (j'ai expliqué ailleurs la raison de cette anomalie). Cette ligne verticale n'aurait dû apparaître qu'avec un mouvement très prononcé de corrugation du sourcil, mouvement qui avait à peine commencé dans l'expérience précédente, parce que je n'avais provoqué qu'une contraction modérée de l'orbiculaire palpébral supérieur.

Sur la figure 13, l'orbiculaire palpébral supérieur a été mis en contraction de chaque côté plus énergiquement que sur la figure 12. Le mouvement de corrugation était très prononcé ; aussi deux lignes verticales profondes se sontelles dessinées en dedans de la tête du sourcil. — Je dois faire remarquer que notre vieillard est peu favorable à l'étude de ces lignes verticales, qui sont un des signes caractéristiques d'une action plus violente de l'esprit, de la méditation.

On les voit ordinairement se développer belles et pures dans l'espace intersourcilier, dont la surface cutanée, pendant le repos musculaire, est unie, comme on l'observe à un âge moins avancé.

Ces lignes verticales intersourcilières sont bien rendues sur la face d'un homme jeune que j'ai photographié (voyez la fig. 15) au moment où il se livrait à de grands efforts de méditation. Ce mouvement expressif du sourcil, alors qu'il est produit par la méditation et qu'il vient de l'âme, est absolument le même que celui qui, dans l'expérience précé-

tlente (voyez la fig. 13), a été produit par la contraction électrique des orbiculaires pàlpébraux supérieurs.

Les différences cpie Ton observe entre ces deux figures dépendent uniquement des conditions individuelles des deux sujets qu'elles représentent, parmi lesquelles il faut mettre en première ligne la différence d'âge. L'un est vieux et laid (voyez son portrait, fig. 3) ; l'autre est jeune et beau (voyez son portrait, fig. 6); la peau de son front et de son espace intersourcilier est parfaitement unie, — privilège de la jeunesse; — son sourcil est haut, la courbe en est assez prononcée et tend à devenir reclilignc ; ce qui annonce l'habitude de la réflexion. Ainsi donc, le portrait de ce jeune homme est bien différent de celui du vieillard (fig. 3). Cependant, de môme que chez ce dernier, ses sourcils se sont abaissés, sont devenus rectilignes et ont ombragé son œil, sous l'influence de la contraction de l'orbicutaire palpébral supérieur, que cette contraction ait été provoquée par un courant électrique ou par l'excitation venant de l'âme, la volonté. Enfin, dans son espace intersourcilier, deux belles lignes verticales ont été creusées par les efforts de la méditation .

Lorsque la contraction de l'orbiculaire palpébral supérieur est à son maximum, le mouvement de corrugation est tel, que, chez certains individus âgés et maigres, on voit quelques plis verticaux de la peau se former au-dessus de la portion interne du sourcil : c'est ce que l'on observe sur le côté gauche de la figure lft, où j'ai fait contracter énergiquement l'orbiculaire supérieur.

1k MÉCANISME DE LA PHYSIONOMIE HUMAINE.

H. — BC'vprov-.ioit.

Revenons à l'expérience représentée dans la figure 12, à l'occasion de l'étude du mécanisme des mouvements de l'orbiculaire palpébral supérieur. Regardons alternativement et comparativement chacune des moitiés de la face. Quelles impressions éprouvons-nous à la vue de ces deux physionomies différentes?

On voit qu'à droite, l'attention du sujet vient d'être attirée par une cause extérieure. Tel était l'état de son esprit au moment de l'expérience, ainsi que je l'ai déjà dit. — A gauche, il paraît rassembler les forces de sa pensée, se concentrer en lui -môme, pour réfléchir sur la cause qui, du coté opposé de la face, avait attiré son attention : c'est l'image de la réflexion sans efforts. La présence d'un rhéophore nous apprend que son esprit n'y est pour rien ; qu'ici tout est artificiel ; que le courant électrique seul a fait contracter le muscle qui représente la réflexion, la pensée.

Le vieillard dont le portrait est photographié, fig. 3, est, on lésait, d'un esprit assez borné. Cependant, en regardant seulement le côté droit de la figure 12, on lit dans son regard une pensée profonde qui métamorphose et ennoblit tous les traits de sa face, ils paraissent fins et spirituels. A voir cet air si réfléchi, on accorderait à cet homme une grande intelligence.

Tel est l'effet magique de ce mouvement imprimé au sourcil parl'orbiculaire palpébral supérieur.

On pourrait objecter que le sourcil naturellement peu élevé du sujet soumis à ces expériences favorise singulièrement l'expression de la réflexion. Cette observation paraît juste; car il serait évidemment impossible d'exprimer la réflexion, la méditation à un aussi haut degré, avec un sourcil très haut et dont l'orbiculaire palpébral supérieur serait très peu développé. Cependant, dans les cas même où j'ai rencontré ces conditions peu favorables au développement de cette expression, j'ai toujours vu la contraction modérée de ce muscle imprimer sur la face le cachet de la réflexion.

Il m'eût été facile d'en fournir la preuve, même en choisissant pour modèle une de ces figures dont les sourcils démesurément élevés trahissent la légèreté ou l'étourderie. On aurait vu le muscle de la réflexion, obéissant à mes rhéophores, fixer, pour ainsi dire, la pensée habituellement vagabonde, et répandre sur la physionomie une expression sérieuse et réfléchie. Cet état artificiel de l'un des côtés de la face aurait contrasté d'une manière frappante avec l'état habituel du côté opposé, où j'aurais laissé en liberté l'orbiculaire palpébral.

Que l'un compare la figure 13 a la figure 12. Ces deux figures représentent le même muscle en contraction chez le même individu, mais a des degrés différents. — L'une fîg. 12), comme je viens de le démontrer, peint la réflexion calme, parce que la contraction musculaire est modérée. — Dans l'autre (fig. 13). on reconnaît la méditation, mais avec effort. Ces sourcils fortement abaissés, rectilignes, froncés,

portés en dedans, faisant pour ainsi dire la nuit autour de l'œil, ces sourcils dont la tète se gonfle, dont l'espace intersourcilier est creusé de lignes verticales; ces sourcils, en un mol, tourmentés par la pensée, annoncent un travail laborieux de l'esprit.

PYRAMIDAL DU Mil P, flgt 1).

Figures 16,17,18.

LÉGENDE

Fig. 16. — Destinée à démontrer, par l'expérimentation électrique, que le pyramidal du nez se termine supérieurement dans la peau, au niveau de la tête du sourcil.

Contraction électrique des pyramidaux chez un jeune homme d'un caractère doux (voy. son portrait, fig. A) : expression de dureté.

Fig. 17. — Destinée, ainsi que la figure 18, à l'étude du mécanisme et de l'action expressive du pyramidal du nez chez un vieillard (représenté fig. 3, 7, 8, 9, 11, 13, 14).

A droite, électrisation du pyramidal du nez : dureté, agression.

A gauche, attention.

Fig. 1S. — Électrisation forte des deux pyramidaux ; agression, méchanceté.

EXPLICATION DE LA LÉGENDE

A. ■ — Mécanisme.

L'expérience représentée dans la figure 16 met en lumière un fait an atomique, ignoré jusqu'alors : la terminaison supérieure du pyramidal du nez (P, fig. 1) dans la peau de l'espace intersourcilier, au niveau de la tèle des sourcils, et conséquemment la complète indépendance de ce muscle. En effet, les rhéophores ayant été posés sur la racine du nez, on voit que, chez notre sujet, la peau de l'espace intersourcilier a été attirée de haut en bas, et qu'un sillon transversal s'est creusé au niveau de la tête du sourcil, sous l'influence de la contraction musculaire électrique. — Ce sillon n'existe pas clans la figure k, qui représente la physionomie au repos du môme individu.

Dans le point correspondant à ce sillon transversal, les rhéophores n'ont produit aucun mouvement, en d'autres termes, aucune contraction musculaire; c'est une nouvelle preuve que ce point neutre marque la terminaison réelle du pyramidal du nez.

Immédiatement au-dessous de la ligne tracée par ce sillon transversal intersourcilier, les rhéophores ont tiré la

peau de bas en haut, en sens inverse du pyramidal; ce qui démontre que ce dernier muscle est non-seulement indépendant du frontal, mais qu'il est aussi son antagoniste.

Pour faire comprendre toute l'importance des faits précédents, je rappellerai ici que les anatomistes avaient professé jusqu'à ce jour que les pyramidaux sont la continuation du frontal, dont ils constituent les piliers. M. Ludovic Hirschfeld, guidé par mes expériences, a constaté par la dissection, que le point de séparation du pyramidal et du frontal, dont la découverte est due à l'exploration électro-musculaire, et que j'ai appelé point neutre, est constitué par une intersection aponévrotique. Elle est indiquée dans la figure 0.

Lorsque la peau du front située au-dessus de l'espace intersourcilier cède facilement à l'action du pyramidal, on ne voit plus le sillon transversal qui indique la terminaison supérieure et cutanée de ce muscle se dessiner d'une manière aussi prononcée que chez le sujet de la figure 16.

Ainsi, chezle vieillard représenté dans les figures 17 et 18, la peau du front, qui est très mobile, a été considérablement abaissée par la contraction électrique de ses pyramidaux, et la peau de la racine du nez, refoulée en bas, s'est sillonnée de plusieurs plis transversaux.

On remarque enfin, sur les figures IG, 17 et 18, que la tête du sourcil est d'autant plus attirée en bas par le pyramidal, que la peau du front a obéi davantage à l'action de ce dernier. Il en résulte que le sourcil ne décrit plus alors sa courbe naturelle ; que sa moitié interne a une direction oblique de dehors

en dedans et de haut en bas, et enfin que la peau de la partie médiane du front est nécessairement tendue et lisse.

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