PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE
de la figure 80. — J'y vois une prévoyance de la nature, qui n'a pas permis que l'on pût facilement dissimuler ou feindre les lignes expressives à l'aide desquelles l'homme peut distinguer ses amis de ses ennemis.
« Il me sera facile de démontrer qu'il n'est pas donné à » l'homme de simuler sur sa face certaines émotions, et que » l'observateur attentif peut toujours confondre un sourire » menteur. » Cette proposition que j'ai formulée précédemment (1), en protestant contre l'assertion d'un grand philosophe, Descartes, qui prétendait qu'on peut aussi bien se servir des actions du visage et des yeux pour dissimuler ses passions que pour les déclarer (5); cette proposition, dis— je, ressort des faits et des considérations exposés dans le chapitre VI de la partie scientifique de l'album.
J'ai dit, en effet, que l'émotion de la joie franche s'exprime sur la face par la contraction combinée du grand zygomatique (I, fig. 1) et de l'orbiculaire inférieur (E, fig. 1); que le premier obéit à la volonté, mais que le second (muscle de la bienveillance, de l'amitié et des impressions agréables) est seulement mis en jeu par les douces émotions de l'âme ; enfin, que la joie fausse, le rire menteur, ne sauraient provoquer la contraction de ce dernier muscle.
(I) Loc. cit., 1 " fascicule, p. S2.
(3) L> s passions de Vûme, 2 e partie, art. 14"i.
IS'i MÉCANISME DE LA PHYSIONOMIE HUMAINE.
On a vu, dans les figures 30 et 32 (partie scientifique), les signes différentiels de la joie vraie et de la joie fausse, signes caractérisés, pour la première, par une dépression horizontale, située au-dessous de la paupière inférieure (voy. la figure 30 qui représente le rire naturel), et pour la seconde, par l'absence de cette dépression (voy. la figure 31, où le muscle grand zygomatique est électrisé isolément; du côté droit). — Personne n'a pu confondre ces deux sortes de rire, parce qu'ils sont à leur maximum. Le rire faux de la moitié droite de la figure 30 contraste en effet avec son regard impassible. Qui prendrait cette espèce de rire convulsif, désagréable, pour celui de la gaieté?
Le sourire faux, produit par l'action isolée du grand zygomatique, à un faible degré de contraction, est, de prime abord, plus trompeur que le rire précédent, bien qu'un observateur attentif s'y laisserait prendre difficilement.
L'étude expérimentale de cette expression est représentée sur la figure 48. — Lady Macbeth m'en a fourni le sujet. Apprenant l'arrivée du roi Duncan, elle a conçu et arrêté le projet de l'assassiner; elle a réveillé ses instincts cruels et appelé à son aide les esprits infernaux ; — et cependant elle l'accueille, le sourire sur les lèvres, en protestant de son affection !
LADY MACBETH
Ah ! pour tant de bienfaits et de faveurs si grandes, Nos prières encor sont de pauvres olfrandes.