‹ Mécanisme et éducation des mouvements [electronic resource]Chapitre 22 sur 68 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LOCOMOTION

§ 1er. — Analyse cinématique et dynamique des allures

normales.

Considérations générales sur l'étude des allures. — Toute progression, tout déplacement continu ou intermittent de la masse du corps sur le sol ou sur des obstacles implique des forces extérieures. Ces forces d'impulsion se développent aux points de contact du corps avec le sol ou les objets sur lesquels il repose.

Elles naissent d'un effort musculaire produisant l'extension ou la flexion des membres et du tronc. Si le sol ou les obstacles sont mobiles, une partie de l'effort sera employé à les déplacer, mais il y aura toujours égalité entre les quantités de mouvement communiqué d'une part au corps dans le sens de la progression et d'autre part à l'obstacle servant de point d'appui.

Vu la structure des articulations, la force impulsive est forcément périodique, le mouvement de rotation pourrait seul donner une impulsion continue ; ce mouvement ne peut exister vu la continuité des pièces du squelette nécessaire à leur nutrition. La force motrice est généralement rythmée et périodique; elle est produite par l'extension successive des membres se fléchissant ensuite pour s'étendre de nouveau ; elle imprime ainsi au corps des poussées successives à des époques régulières. L'inertie de la masse du corps régularise le mouvement et ainsi se trouve réalisé par des efforts discontinus l'effet d'une force d'impulsion ayant une action constante. Nous avons à examiner en particulier chacun des éléments essentiels du mécanisme de la locomotion. Les lois de la locomotion sont connues, nous en

avons fail une étude expérimentale approfondie pendant les années où nous dirigions le laboratoire de M. le professeur Marey et nous allons donner un résumé de ces travaux pour en tirer des conséquences pratiques justifiées.

En éducation physique comme dans toute éducation, le professeur n'a pas pour mission de réglementer la nature, mais il doit au contraire se conformer à ses lois et mettre l'organisme humain dans les conditions les plus favorables au perfectionnement de ses fonctions normales. On apprend à marcher, à courir et à sauter comme on apprend autre chose.

L'enseignement pratique doit êlre conforme aux lois de la locomotion. S'il n'en est pas ainsi actuellement dans les programmes de l'armée et des écoles, les réformes à faire doivent être dirigées dans ce sens.

On peut imposer à un enfant une éducation artificielle et fausse, on pourra l'y rompre mais on ne l'aura pas perfectionné. Si les mouvements imposés ne sont point d'accord avec la structure des organes locomoteurs et avec les lois du mécanisme des mouvements, on n'obtiendra jamais tout le bénéfice qu'il pourrait tirer de ses moyens naturels.

Il faut des observations et des moyens de contrôle, la raison pure et les sens ne suffisant pas à cette investigation. Le praticien seul ne peut donner de solutions complètes et certaines ; le praticien est guidé par ses sensations personnelles, ses habitudes font acte de foi, et lui rendent impossible toute nouvelle méthode. Il considère alors comme la meilleure celle à laquelle il est rompu. Aussi voit-on quelquefois autant d'opinions que de praticiens. Gomment se diriger au milieu de cette tour de Babel. Il faut étudier les mouvements sans idée préconçue et comparer les sujets entre eux. Les méthodes graphiques et photographiques que M. Marey a étendues à l'analyse des mouvements sont un moyen précieux d'étude. Entre des mains habiles elles permettent de voir juste et sans interprétation ce qui se passe dans les actes les plus délicats de la locomotion.

La longue pratique de ces recherches nous a montré la tendance de tous les sujets d'élite vers un type commun et que la supériorité consiste surtout dans l'économie de la force en la donnant aux moments et dans la direction les plus favorables, en réduisant au minimum les contractions musculaires.

LOCOMOTION

Les sujets d'élite tiennent leurs qualités de leur structure et de leur éducation. Ils jouissent des avantages de leurs aptitudes innéeset savent utiliser par instinct ou par éducation les moyens dont ils disposent, nous allons essayer de les étudier dans la marche, la course et le saut.

Direction oblique et intermittence de la force motrice. — Dans la locomotion la force motrice nécessaire pour progresser est une poussée exercée par le pied en contact avec le sol. L'impulsion est produite par l'extension du membre inférieur ; il faut un point d'appui pour ce dernier, il est donné par le frottement du pied au contact du sol, le frottement fixe le pied et permet l'allongement du membre inférieur du côté de la hanche.

Sans frottement sur le sol, pas d'impulsion possible, le pied glisserait et le corps resterait en place. On sait la difficulté de la marche sur un plan de glace horizontal et poli.

Nous voyons immédiatement combien l'effort de notre jambe est désavantageux au point de vue de la progression. Il n'est point dirigé suivant la direction à suivre, il est oblique au lieu d'être horizontal, de là perte considérable de force, de plus, il cesse avec l'extension du membre à l'appui, de là intermittence dans l'action.

Le pied qui vient de pousser doit être immédiatement relayé par l'autre, le corps doit être toujours soutenu par une des jambes ; pendant que l'impulsion est donnée par l'une, l'autre se prépare à soutenir le poids du corps jusqu'au moment où elle deviendra à son tour impulsive.

Chaque jambe joue alternativement deux rôles, un rôle de soutien et d'amortissement et un rôle d'impulsion, la période complète de ces actes périodiques s'appelle le pas.

La marche est la succession d'une suite de pas ainsi définis.

L'obliquité des impulsions engendre un mouvement qui ne peut être rectiligne, leur périodicité engendre une vitesse qui ne peut jamais être uniforme ; mais l'art du marcheur est de se rapprocher le plus de l'uniformité et de la ligne droite, de rectifier la trajectoire de la hanche et d'uniformiser le mouvement; il y arrive par la manière dont il fléchit et étend les divers segments du membre inférieur.

Définition des termes employés en locomotion. — Il est bon de définir les mots afin d'éviter la confusion :

Pas. — Succession des actes qui s'effectuent entre deux appuis successifs d'un même pied.

Longueur du pas. — Distance qui sépare la position d'un point du pied entre deux appuis successifs et qui peut se mesurer directement sur des empreintes laissées sur le sol.

Rythme, cadence d'une allure. — Nombre de pas ou d'appuis du même pied exécutés en une minute.

Vitesse de progression. — Vitesse moyenne de la masse du corps ou quotient de l'espace parcouru horizontalement par le temps employé à le parcourir.

Vitesse relative du pied par rapport au tronc. — Vitesse de translation du pied par rapport à la masse considérée immobile. La vitesse relative a pour valeur à chaque instant la différence entre la vitesse horizontale absolue du pied dans l'espace et la vitesse de translation du tronc.

Appui du pied. — Période du pas où le pied est en contact avec le sol.

Lever du pied. — Période du pas qui s'écoule entre deux appuis et où le pied ne touche pas le sol.

Suspension du membre inférieur. — Période qui suit l'appui et dans laquelle le membre tout entier est en réalité suspendu au bassin.

Oscillation du membre inférieur. — Mouvement angulaire exécuté par le membre inférieur tout entier, pendant sa suspension, autour de l'articulation coxo-fémorale, et dans un plan vertical parallèle à la direction de la progression.

Déroulement du membre inférieur. — Mouvement angulaire inverse exécuté par le membre inférieur autour du pied pendant son appui.

Rayon du membre inférieur. — Ligne droite idéale qui joint l'extrémité du fémur ou le centre du mouvement de l'articulation coxo-fémorale au milieu de la surface d'appui ou au centre de rotation du pied sur le sol pendant son appui et inversement pendant le lever.

Double appui. — Période de la marche qui précède immédiatement le lever du pied et pendant laquelle le corps repose sur les deux membres inférieurs.

LOCOMOTION 223

Il y a alors effectivement deux pieds à l'appui sur le sol.

Fig. 291. — Analyse chronophotographique du premier pas de marche.

Chute du corps au commandement de « En avant ! » On voit le talon se soulever du sol pour allonger le rayon du membre à l'appui, et la jambe se fléchir pendant le lever du pied.

Suspension du corps. — Période de la course et du saut pendant laquelle le corps est complètement détaché du sol. Cette période suit immédiatement l'impulsion et précède la chute ,

Flexion et extension d'un membre. — Actes musculaires qui ont pour effet de raccourcir ou d'allonger le rayon du membre inférieur ou supérieur.

Trajectoire d'un point du corps. — Ligne décrite dans l'espace par ce point et que les procédés de la photographie actuelle permettent de fixer et d'étudier.

Maximum ou minimum de la trajectoire d'un point du corps. — Les points remarquables où la trajectoire du point considéré vient à s'infléchir présentent un maximum ou un minimum, et la hauteur de ces points audessus du plan horizontal en donne la mesure.

Réaction verticale du tronc. — Quantité évaluée en centimètres qui mesure l'élévation de la tête pendant chaque appui dans la marche, pendant la suspension dans la course et le saut.

Cette élévation est comptée à partir du point le plus bas de la trajectoire. Les réactions ont donc pour valeur la différence entre un maximum et

Fig. 292. — Marcheur dans l'impossibilité d'éviter une chute en avant si le pied levé vient buter une pierre P en vertu de la vitesse S qu'il possède.

un minimum consécutifs.

Analyse des mouvements pendant la marche. — Étant en station droite, pour se mettre en marche du pied gauche, on porte le poids du corps sur la jambe droite, on penche légèrement le corps en avaDt et l'on fléchit les segments du membre inférieur gauche pour en réduire la longueur et lui permettre d'osciller sans toucher terre (fig. 291). Cette oscillation de la jambe est due à l'action musculaire, dans le cas d'une paralysie des fléchisseurs le pied traîne, et si l'on a une jambe ankylosée ou une jambe de bois, il faut la projeter latéralement, on fauche pour la dégager.

La jambe gauche continue à osciller; à ce moment, si elle était arrêtée par un obstacle, la rencontre d'une pierre par exemple, le corps projeté en avant ne trouvant plus de point d'appui, il

LOCOMOTION

Fig. 293. — Analyse chronophotographique d'un demi-pas de marche montrant les positions relatives du bras et des jambesdansles attitudes successives.

se produirait une chute (fig. 292). Pendant que la jambe gauche oscille, la jambe droite toujours à l'appui s'étend, le pied droit se déroule sur le sol, Faction impulsive cesse avecl'allongement et le pied gauche pose à terre par le talon un peu avant le lever du pied droit. A cet instant très court le corps repose sur deux points d'appui : le talon gauche et les orteils droits (fig. 293,1 et 294). C'est la période de double appui.

K ce moment les jambes sont écartées au maximum, le corps est abaissé et la distance entre les deux talons mesure la longueur d'un demi-pas.

Un peu après, le pied gauche s'applique contre le sol tandis que le pied droit quitte terre par la pointe. Alors la jambe droite se fléchit et oscille à son tour comme l'avait fait la jambe gauche ; le pied gauche se déroule sur le sol, la jambe gauche s'étend, le pied droit touche terre par le talon, le pied gauche se lève et le tronc se retrouve au-dessus de son point d'appui. Alors un pas complet est exécuté, lajambe droite est redevenue verticale et presque étendue, comme au départ. 11 s'est

passé deux demi-suspensions de

Fig.

Page 1