‹ Mécanisme et éducation des mouvements [electronic resource]Chapitre 26 sur 68 · COURSE · texte numérisé non relu

COURSE

Caractéristique de la course. — Si l'on accélère graduellement la vitesse de la marche, on passe inévitablement de la

Fig. 360. — 1, Petite course gymnastique ; — 2, Course de résistance. Suspension du corps au moment où le pied va poser par la piaule.

marche à la course. La transition est brusque et ne correspond pas au maximum de vitesse de la marche ni au minimum de vitesse de la course. Ce qui caractérise ce passage c'est que le double appui est remplacé dans la course par l'absence complète d'appui sur le sol. Le corps est lancé par une impulsion énergique de la jambe et à la fin de l'appui, il progresse en vertu de la vitesse acquise, comme dans un saut, jusqu'au moment du poser du pied en avant.

Cette période a reçu le nom de suspension du corps, nous aurons à l'examiner en même temps que l'impulsion et Y appui.

Poser du pied. — Le pied louche en général le sol par la plante, quelquefois par le talon, rarement par la pointe. La longueur du pas dépend de ces trois façons de procéder. Si le pied touche le sol par la pointe le pas est court; par la plante le pas est plus long, par le talon le pas est d'une grande longueur (fig. 360), mais il faut surtout considérer dans l'appui du pied la fonction amortissante. Au moment où le pied

Fijr. 361. — Attitudes du coureur au commencement et à la Dn de l'appui du pied, montrant la flexion de la jambe au moment du poser et l'extension au moment du lever.

s'appuie, le corps vient de décrire une courbe dans l'espace, il fait en réalité une chute, et l'important c'est d'amortir le choc en le faisant supporter par des organes tendus élastiquement, il faut encore transformer cette chute en élan utile dans la période suivante de l'appui au lieu de la perdre dans un choc brutal.

Dès qu'il a touché le sol le pied se déroule complètement jusqu'à l'extrémité des métatarsiens, la face plantaire se lève presque verticalement. L'emploi de semelles longues et rigides reporte le centre de déroulement du pied à l'extrémité des orteils (fig. 361).

La jambe au moment du poser est verticale et fléchie sur la cuisse. Le genou, au moment où le rayon du membre passe par la verticale, est toujours fléchi et cela d'autant plus que la course est plus rapide. L'angle d'appui est plus petit que dans la marche et reste constant aux différentes vitesses de l'allure (fig. 36-2).

LOCOMOTION

L'angle de lever est plus grand que dans la marche, surtout lorsque le pas est allongé. L'angle de déroulement est sensible-

Fig. 362. — Positions et trajectoires des articulations du membre inférieur dans la marche et dans la course modérée.

h H, trajectoire de !a hanche dans la marche; — K H', trajectoire dans la course; — •C Y, verticale passant par la cheville à l'appui ; — a b, a' b\ angles de déroulement.

ment le même que dans la marche ; mais en raison du temps de suspension pendant lequel le corps progresse, il n'y a pas de relation entre cet angle et la longueur du pas.

Vitesse du pied au lever. — La vitesse moyenne du pied est inférieure au double de la vitesse de progression du corps. Dans la course, en effet, la durée de la suspension du corps

Fig. 363. — Coureur très rapide procédant par bonds et augmentant ainsi beaucoup sa longueur de pas en diminuant relativement la vitesse d oscillation de la jambe (licole de Joinville).

s'ajoute à la durée du demi-pas pour constituer celle de l'oscillation (fig. 363).

£8ffl

FF

\o JO ss eo 6S jro to Bf Jo J)* 100 10S ITO fff DO Ht JSO 11S S4o JUSjlt

\ M a rcke

Course — .

Fig. 364. — Comparaison de la durée de l'appui et du lever du pied, du double appui et de la suspension dans la marche et la course (Demeny).

Les ordonnées totales représentent en cinquantièmes de seconde la durée du pas, celle du demi-pas ost limitée par une courbe ponctuée. Les cliilTres sur la ligne des abscisses indiquent le rythme de l'allure. On voit que dans la marche, la durée de l'appui excède le demi-pas de toute la longueur du double appui. Dans la course, au contraire, la durée de I appui est inférieure à celle du demi-pas de toute la durée de la suspension.

On s'explique alors comment, pour une même vitesse de progression, la vitesse du pied par rapport à celle de la masse du

LOCOMOTION

corps est plus petite dans la course que dans la marche puisque, à cadence égale, la durée de l'oscillation est plus grande dans la course. Ces faits sont clairement indiqués dans le tableau précédent et nous montrent l'avantage des allures courues sur les allures marcbées ù partir d'une certaine vitesse.

0 lm 2">

Fig. 365. — Analyse chronophotographique d'un pas de course modérée

(Marey et Demeny).

A, période d'appui du pied droit ; le pied, qui avait été immobile dans la première partie de cette phase, pivote autour de sa pointe. — L, période de lever du pied ; elle se divise en trois phases : la première et la dernière correspondent à des suspensions du corps au-dessus du sol ; la trajectoire de la hanche y est convexe par en haut ; la phase moyenne correspond à l'appui du pied gauche ; la trajectoire de la hanche y est concave par en haut. Dans ces épures clironophotographiques, les vitesses se mesurent d'après l'écartement des images qui sont prises à des intervalles de temps égaux. Un ralentissement se traduit donc par un rapprochement des points sur la trajectoire, une accélération par l'écartement de ces points.

La figure 364 montre comment varient le double appui et la suspension du corps dans la marche et la course à des rythmes croissant de 5 en S pas entre 40 et 140 appuis d'un même pied à la minute.

Trajectoires des points remarquables du corps. — La tête décrit pendant l'appui du pied une courbe à concavité supérieure. Dans le pas complet, les trajectoires produites par l'appui alternatif des pieds sont séparées par un arc parabolique représentant la suspension et suivant les lois du saut (fig. 365).

sur le sol coïncide avec la concavité de la trajecloire de la tèle.

LOCOMOTION 281

Les figures 360 à 37:2 servent d'analyse et de comparaison de la marche avec la course (fig. 366).

Fig. 367. — Mouvement relatif du membre inférieur par rapport au tronc

dans la marche.

Projection de la vitesse sur l'horizontale, t, lever du pied. On voit nettement la jambe se fléchir légèrement de 15, 16, 17 à 18 du poser du pied. Marche au rythme, 60. Unité de temps = 1/40° de seconde. (Comparer avec la (igure 371.)

Niveau de la tète. — Le niveau moyen des oscillations de la tète est plus bas que dans la marche. L'amplitude des oscillations verticales est indépendante de la longueur du pas de course; celles-ci tendent plutôt à diminuer d'amplitude quand le pas s'allonge (fig. 373).

L'instant du maximum de l'oscillation correspond à la pension (fig. 365).

Fig.. 368. — Variation de la vitesse relative du pied paj* rapport à la hanche dans la marche pendant le lever et projetée horizontalement. Les périodes correspondent à l'analyse cinématique de la figure 3(57.

Les valeurs 15, 16 et 17 de la vitesse sont négatives et correspondent au changement

de seus du pied.

M. Marey, dans La Machine animale*, donne l'explication suivante de la suspension dans la course.

« Le temps de suspension, dit-il, ne tient pas à ce que le corps

Fig. 369. — Variation de la vitesse relative du genou projetée horizontalement pendant le lever du pied et correspondant aux attitudes de l'épure 367.

projeté en l'air, aurait abandonné le sol, mais à ce que les jambes se sont retirées du sol, par l'effet de leur flexion et cela au moment même où le corps était à son maximum d'élévation. »

Nous n'avons jamais été d'accord avec cette manière de voir que la plus simple expérience récuse. La photographie nous a donné raison.

Page 1