CHAPITRE PREMIER
DESCRIPTION ET MÉCANISME DES MOUVEMENTS
L'éducation physique se propose d'augmenter la force de
Vliomme ; ce n'est pas son seul but, mais c'est incontestablement
Vun des plus essentiels. Si l'on cherche à acquérir trop vite ou
trop tôt cette force, on aura de cruelles déceptions, elle doit être
obtenue sans rompre l'équilibre de Torganisme, les organes qui
Vengendrent doivent se modifier lentement pour se mettre en
t rapport avec le surcroît d'énergie dépensée.
^ Les connaissances d'hygiène et de psychologie appliquées suf-
; fisentpour amener l'homme à son entier développement; mais
• la force une fois acquise, il faut savoir la dépenser et l'utiliser au
\ mieux sans gaspillage. L'étude du mécanisme des mouvements
• permet de connaître cette utilisation et en fait saisir toutes les
I délicatesses. Quand on approche de la perfection, ce sont les
■ ^ getites choses qui importent; raffinement de la coordination
\ des mouvements ne peut se comprendre sans connaître les diffé-
trents actes de la locomotion. Un sujet devient plus adroit, tire de ses forces un avantage plus grand, c'est dans le perfection-
f nement de ses mouvements qu'il faut en chercher la cause.
i 1 1*^"- — Causes du mouvement. — Forces intérieures
) et extérieures du corps.
Notre corps est soumis aux mêmes lois que les machines ordinaires; les mouvements des membres, le dôplaremcnt du corps en masse sont dus à l'action de forces intérieures ou extérieures.
Dbmwv. — Méc. ot éduc i
MÉCANISMB Et ÉDUCATION DES MOUVEMENTS
Les premières prennent naissance dans nos muscles, changent la forme de noire corps et les positions relatives des os; ce sont la contraction et la tonicité muscalaires, l'élasticité et la résistance de nos tissus.
Les secondes forces sont extérieures, constamment en antagonisme avec les premières. Notre corps et nos membres sont pesants ainsi que les haltères, barres, massues et autres appareils portatifs dont nous nous servons pour augmenter nos
efforts. Ce poids est une force à ■* " vaincre ou à équilibrer, il s'exerce toujours verticaement. Pour changer la direction de cette action il faut se servir de machines à contrepoids, de ressorts et d'oppositions (fig.l).- Lepoidsducorps reposant sur des appareils fixes ou mobiles, donne naissance à des réactions verlicales en sens inverse de la pesanteur, réactions qui se manifestent par des pressions à chaque point d'appui. Dans les mouvements, le changement de vitesse de la masse des membres développe des résistances d'inertie' qui donnent naissance à des réacJ.ions. musculaires fort importantes à considérer.
Notre corps est en outre le siège de mouvements intérieurs produits par la contraction musculaire, la posanleur, la pression almosi)liéri([ae, les forces moléculaires; nous en avons vu des exemi>lcs dans la progression des aliments, les mouvements de l'eslonnic et de l'intestin, les battements du cu'ur, la circulation du sang dans les vaisseaux, l'aspiration de l'air dans le poumon, la liltration de l'urine par le rein et la sécrétion des dilîérentes glandes. Tous ces mouvements sont inconscients et sont commandés par des réflexes où par les centres nerveux spéciaux de la vie organique.
Fig. i . — Direction des résisf ancres dttes à la pesanteur du corps P on des objets pesants P< P..
Changement dans la dîreclioo de l'actioii du poids P rattaché à uuc corde passant sur une poulie.
DKSGHIPTIO.M ET MÉCANISMK DES MOUVEMENTS 8
(Contraction musculaire. — Dans la confraction musculaire, il
Vevnd
Insertion.
Avtcrc
SnSei-'tTon^
Fig. 2^ — Schéma d'un muscle avec ses insertions Oxe C et mobile A, l'artère et la veine, et le nerf moteur.
n'intervient, à part l'excitation nerveuse, que des agents connus dans les phénomènes physiques.
Le muscle se contracte sous l'inQuence de l'excitation des centres nerveux.
11 ne répond pas iramédia- ff — lement à celle excitation, il faut un certain temps pour que le mouvement commence. L'excitation volontaire se propage le long des conducteurs nerveux avec la vitesse très appréciable de 32 mètres environ à la seconde, le muscle lui-même met un certain temps à réagir, son temps perdu s'ajoute à la durée de transmi.ssion de l'excitation nerveuse jusqu'à la plaque terminale des nerfs moteurs (fig. 3).
En ce point il se produit, au moment de l'excitalion, une espèce d'explosion dans la fibre musculaire et un clianf,^'niont de forme en résulte; il y a gonflement de la fibre, augmenta-
3. — rcnumaisou Ui s iiii.s dans les muscles striés (Uebiehue .
gr, myolemnie ; — A, noyau; — e. f, plaquet de Rouget; — a, 6, lub'-s nerveux.
lion de la section et diminution de la longueur (fig. 4 et 5). Ce gonnement est le point de départ d'une onde se propageant comme une onde liquide le long de la fibre avec une vitesse de 4 mètres par seconde. La fibre musculaire est raccourcie jusqu'au moment où cette onde s'éteint à son extrémité (fig. 4).
Fig. 4. — Aspect que présentent des ondes multiples sur une fibre musculaire (Mabeï).
Une excitation simple s'irradiant à toutes les fibres produit la secousse du muscle, c'est-à-dire son raccourcissement brusque suivi du relâchement. Des excrtations successives produisent
fi„ 8 - Changement de forme d'une flbre musculaire contractée. ^' montrant la condensation des disques opaques.
des secousses successives séparées par des périodes de relâche-
" DeV'exciUtions fréquentes plus rapprochées - permettent pas au muscle de se relâcher complètemen ; f^^'^l^lfl îibre et, si les excitations arrivent environ à la f^eq"^^^^^^^^^^^^ à la seconde, il y a fusion des secotisses ; le "J]^ f ^.f ,^°g^«;^. traction statique permanente (fig. 7). Voir la note IV a la fin
vol.. p. o30. . ,
C'est ce ([ui se produit dans la contraction volontaire ; le raccourcissement du muscle cesse avec l'excitation, l'intensité de la contraction dépend de Tintensité de Texcitation nerveuse et en subit toutes les variations. On conçoit ainsi l'influence du froid et de la fatigue, des passions, des dépressions morales et des poisons du système nerveux sur la force musculaire.
Au moven d'un stéthoscope ou d'un microphone, on perçoit les vibrations internes du muscle. En se bouchant les oreilles eten serrant fortement la mâchoire, on entend un son grave produit par les vibrations des masséters. Le son monte en serrant plus fort parce que les secousses deviennent plus fréquentes
DESCRIPTION ET MÉCANISME DES MOUVEMENTS 5
Nous avons vu * le muscle se fatiguer par suite d'une insuffisance dans l'apport des matériaux de travail et surtout lorsque les déchets provenant des combustions ne s'éliminent pas et ne sont pas entraînés dans le courant de la circulation. Il faut deux conditions pour le travail du muscle : apport de matériaux et
DiJVPAïotr 100. V.I»
Kig. 6. — Secousses musculaires imbriquées. Les débuts se fout sur une même verticale, ce qui permet d'en comparer la durée variant avec la fatigue et donnée par un diapason enregistreur (Marey).
lavage constant pour le débarrasser de ses résidus. Le sang est chargé de cette double fonction. Le froid agit sur ie muscle comme une ligature d'artère, par le resserrement des vaisseaux; l'apport de sang est moins abondant. La contraction prolongée d'un muscle n'est pas possible, des repos courts mais fréquents sont plus favorables à la continuation du travail que de longues ..altes suivant de longues périodes de travail (Gg. 6).
1. Deraeny, Les bases scientifiques de VÉducation physique, 2« édition; rans, F, Alcan, 1903.
MÉCANISl^B ET ÉDUCATION DBS MOUVEMENTS
Nutrition du muscle. — Activité, repos et alimentation sont les trois conditions de la meilleure nutrition du muscle. Nous avons vu les divers modes de contraction : statique ou sans mouvement, dynamique avec allongement ou raccourcissement du muscle. La contraction lente et complète, c'est-à-dire produisant la plus grande amplitude possible du mouvement sans effort trop intense, favorise le mieux la nutrition du tissu musculaire. Le muscle se nourrit alors dans toute sa longueur et non seulement en épaisseur. Il paraît moins saillant parce qu'il n'est pas globuleux, mais il est capable d'autant de travail sous une autre forme ; il est aussi pesant et aussi volumineux, sa forme seule est différente, elle est adaptée au travail habituel.
Fii<. 7. — Fusion graduelle des secousses musculaires provoquées par des exci talions électriques de fréquence croissante (Marey).
Le changement de forme permanent est comparable au changement momentané dû à la contraction. Un muscle qui se contracte se raccourcit, mais son volume ne change pas, parce que sa longueur diminue quand sa section augmente.
Tension du muscle. — Le muscle relâché est mou, contracté il devient dur parce que sa tension élastique s'accroît. Mais il faut pour cela fixer ses points d'insertion, ou bien résistera son raccourcissement.
Si Ton détache l'insertion d'un muscle, il a beau se raccourcir, il ne durcit pas pour cela. Il faut l'étirer en opérant une traction sur le tendon devenu libre pour constater un changement dans sa force élastique et dans sa dureté.
Normalement, le muscle est toujours à un certain degré de
DSSCSIPTlOlf ET MÉCANISME ORS MOUVEMENTS 7
tension, même dans le relâchement, et cette tension ou tonicité se manifeste lorsqu'on coupe un tendon d'insertion ; on voit alors l'extrémité devenue libre être attirée vers l'insertion fixe. Cette tension modérée des muscles dans le repos est sous la dépendance du système nerveux, elle agit sur la situation relative des os.
RÔLE DE l'élasticité DU TISSU MUSCULAIRE. — Le tîSSU mUSCU-
FI?. 8. — Schéma destiné à mettre en évidence la fusion des secousses muscu laires et le racoourohseinent continu du muscle sous l'action intermittente des ondes fusionnées par TélasUcité du tissu.
Une roue R à rochet communique à une banrie de caoulchouc CC une série de raccoureissemeals successifs. Lorsque i'mtervalle qui sépare les chocs est suffisamment petit, U poKis P «sisouleré et maiuleau à une certaine hauteur.
laire est élastique; grâce à cette élasticité qui augmente beaucoup pendant la contractioo, les vibrations dues aux secousses intermittentes sont facilement fusionnées et Textrémité du muscle est maintenue raccourcie sans trépidation dès que la fréquence des secousses est suffisante. Dans Tépuisement des centres nerveux consécutif à la fatigue, on voit le muscle trembler, très probablement parce que les secousses ne sont pas assez répétées pour être fusionnées, le relâchement se produisant entre deux contractions successives (fig. 7).
Ce qui se passe alors peu^ être imité par un faisceau de caoutchouc. Ce faisceau augmente de tension élastique en y
8 MÉGAPnSHE ET ÉDUCATION DES MOUVEMENTS
suspendant un poids ; on produit brusquement au moyen d'une roue dentée une série de petits raccourcissements analogues aux secousses musculaires, qui se transmettent au poids et le soulèvent. Lorsque les allongements sont peu fréquents, le poids oscille à chaque attaque d'une dent, mais si Ton imprime à la roue un mouvement assez rapide le poids ne redescend plus, il demeure soulevé à une hauteur constante (fig. 8).
C'est une manière de représenter la fusion des secousses du muscle dans la contraction statique.
Simplification des analyses de mouvements. -* L'étude des mouvements serait particulièrement compliquée et difficile si nous voulions la faire avec la précision mathématique de la mécanique des machines. Nous nous donnerions du reste une peine inutile pour faire une besogne bien vaine.
Nous avons déjà, à propos de la coordination, attiré l'attention sur la complication des synergies musculaires même dans un mouvement en apparence simple comme la flexion de l'avantbras et nous avons montré que Ton pouvait attribuer à certains groupes de muscles un effet spécial. 11 y a des muscles moteurs directeurs, fixateurs des insertions fixes, modérateurs de la vitesse et équilibrateurs. Cet effet peut être détruit dans le chaos des contractions désordonnées, mais il subsiste toujours après s'être débarrassé des raideurs inutiles, il est indispensable à la bonne coordination et au mécanisme même du mouvement *.
Le résultat final est le mouvement précis, imprimé à la charpente osseuse sous l'influence de la volonté.
Les muscles sont les facteurs du mouvement qui modèlent les os et les surfaces articulaires, suivant les besoins de la vie.
Un muscle quelconque ne peut produire qu'une force intérieure en ligne droite dirigée suivant le dernier élément de son tendon et ayant pour effet de rapprocher ses points d'insertion.
Il faut attribuer aux os le rôle des bielles et des leviers des machines, aux articulations le rôle des pivots et des axes changeant la direction de l'effort musculaire et le transmettant jusqu'au point où il est utilisé (ûg. S).
i . Demeny, Les bases scientifiques de VÈducationr physique.
D&SGRIPTfON KT MÉCANISME DES MOUVEMENTS 9
Conformation et structure des muscles. — Les muscles sont composés d'éléments contractiles, mais il est très probable que, dans les mouvements peu énergiques ou peu étendus, toutes les fibres ne sont pas mises en jeu, quelques-unes demeurent inertes, la répartition de TefTort ne se faisant pas également
Fig. 9. — Disposition des fibres musculaires autour du tendon donnsuit aux muscles des formes différentes.
1, fibres parallèles; — 2, muscle penné : — 3,muicle bipenne : — 4. muscle en fuseanj — 5, muscle idcui corps (biceps); — 6, muscle polygaslnque.
sur chacune d'elles. On expliquerait ainsi Tatrophie partielle d'un muscle ne produisant pas le travail complet dont il est susceptible. La force et le travail produits par un muscle sont évidemment la soipme des puissances élémentaires qui le composent^ mais il y a dans cette somme beaucoup de déperdition. Il n'y a d'utilisée que la résultante des efforts partiels suivant le tendon d'insertion. Tous les faisceaux élémentaires sont attelés sur le tendon comme des chevaux à un câble de halage, maisleu]^ direction est loin d'être toujours celle du tendon. La conformation la plus avantageuse est celle des muscles longs à fibres parallèles, comme le couturier; il en est de même des
muscles en forme de fuseaux, comme le demi-membraneux. Deux ou trois fuseaux peuvent se réunir et Ton a ainsi des muscles à deux ou trois insertions supérieures pour une insertion inférieure. Cette disposition se voit dans les biceps et les triceps, elle est à l'avantage de la puissance du muscle {Cig. 9).
Le grand droit de Tabdomen, le digastrique sont formés de plusieurs corps charnus placés à lasuite les uns des autres et unis par des tendons à la même gaine fibreuse. Ils présentent des renflements coupés d'intersections aponévrotiques. Leur action esl la somme des actions partielles de chacun des muscles placés bout à bout. Les muscles ont encore la forme de feuillets larges à fibres presque parallèles s'insérant par une lame tendineuse à la crête d'un os large et agissant à la fois sur toute cette crête. Le rhomboïde est dans ce cas. Les intercostaux, les muscles de Tabdomen, grand oblique, petit oblique et Iransverse, peuvent être assimilés à une sangle ou à une membrane d'obturation pour les cavités thoracique et abdominale.
Dans les cas précédents, Tutilisation des contractions des Hbres est satisfaisante, Teffort du muscle est sensiblement la somme de ses puissances élémentaires. Il n'en est plus de même dans la conformation radiée et pennée.
La première se rencontre dans le diaphragme, où les fibres convergent vers un point central. Mais ce muscle en se raccourcissant a pour effet de diminuer sa courbure, d'abaisser sa voûte pour agrandir le volume du thorax pendant Tiaspiration.
Le seconde est très fréquente, l'obliquité des fibres s'implantant à droite et à gauche du tendon commun est une disposition très défavorable à Tulilisation des elTorts élémentaires, vu qu'ils se neutralisent en partie.
Dans un muscle penné où les fibres s'insèrent obliquement d'un seul côté du tendon, cette neutralisation n'existe pas, mais l'utilisation de l'effort n'est pas meilleure.
Le deltoïde présente la forme en éventail. Plusieurs faisceaux s'irradient dans tous sens autour d'un tendon commun, ceci n'est pas plus avantageux; mais Ton sait que les contractions de ces faisceaux du deltoïde ne sont pas simultanées, suivant les mouvements des bras la contraction se propage dans l'un ou l'autre des faisceaux utiles; il y a là en réalité plusieurs muscles avant leur innervation indépendante (lig. lOj.
DESCRIPTION ET HâCANISMB DES MOUVEMENTS
Les sphincters de lanus et de la bouche présentent la forme annulaire. Ils se rétrécissent ou se dilatent en se contractant ou en se relâchant ; comme les muscles des vaisseaux capillaires.
Pig. 10. — Forme des muscles en éveutail, radiés et sphincters.
ils changent le calibre de l'ouverture des conduits ou des cavités.
Rés>ultante DE l'action des klicments d'ln muscle. Communication DD MOUVEMENT DES MUSCLES AUK os. — Ainsi la résultante de Faction d'un muscle n'est jamais la somme arithmétique des actions de ses fibres. Il y a presque toujours déperdition due à robljquité de leur direction.
La résultante est néanmoins dirigée suivant le tendon et ippliquée à l'insertion osseuse. La plupart des muscl(3s moteurs des membres sont longs et accolés parallèlement aux os. n
Si le muscle a des insertions sur deux segments contigus, ces deux segments étant dans le prolongement l'un de l'autre, on conçoit difficilement au premier abord comment le mouvement peut s'effectuer; dans tous les cas il y a là une condition bien défavorable à l'action du muscle.
Les os ne sont pas des colonnes cylin(]ri([ues, leurs extrémités sont renflées, le tendon se réfléchit sur ces éminences comme sur une poulie et le dernier élément du tendon est oblique à la direction de l'os à mouvoir (lig. 11). Celte direction dernière est la direction réelle de l'etFort musculaire au début du mouvement. Cet ellort peut être décomposé en deux composantes rectangulaires : une action dirigée suivant la lon-
12 MÉCANISBE ET ÉDUCATION DBS MOUVEMENTS
gueur de Tes, annulée par la résistance de rarticulation et une autre perpendiculaire à Taxe de l'os à mouvoir et utilisée pour le mouvement.
Si V est Tangle de la tangente au tendon au point d'insertion avec l'os, F l'effort total du muscle ; les deux composantes ont pour valeur respective F sin V et F cos V.
L'angle V est sensiblement le supplément de l'angle des deux os. On voit ainsi la variation de l'effort utile du muscle avec la position relative des os.
Nous savons, par expérience, combien est pénible au début
Fig. 11. •• Action du muscle M s'exerçant suivant le dernier élément de son tendon dans la direction I F oblique à la direction des oi et se décomposant en deux forces I G et i D.
la flexion de l'avant-bras, celui-ci était maintenu en extension par un poids dans la main. C'est dans la position sensiblement rectangulaire du bras et de Tavant-bras que l'effort développé par nos fléchisseurs est totalement utilisé.
Le force effective d'un muscle varie donc à chaque instant suivant l'obliquité de son action sur les os, cela change constamment avec nos attitudes et nos mouvements.
RÉSISTANCES A VAINCRE. — PouT Comprendre l'utilisation de notre force musculaire, il faut encore examiner comment la résistance à vaincre et nos efforts s'équilibrent sur le squelette. En général, les résistances à vaincre sont appliquées aux extrémités des membres, nous saisissons les objets avec les mains, nous mouvons notre corps avec les pieds, tandis que notre force musculaire s'exerce près des articulations. S'il en était autrement, on verrait les tendons saillir sous la peau à chaque flexion des articles. Nous utilisons nos efforts d'une façon défavorable puisque la résistance à vaincre s'exerce à l'extrémité du bras de levier le plus long.
DESCRIPTION ET MÉCANISME DES tfOUVRMFNTS
id
Valeur relative de l'effort et de la résistance. — On trouve ainsi dans le corps des leviers du i" et du 3' genre aux bras, aux jambes, à la tête, au tronc; Teffort musculaire est toujours à la résistance dans le rapport inverse des bras de levier. Ce sont des notions de mécanique élémentaire. Bien entendu celle proportion n'est vraie que pour les composantes normales à l'os à mouvoir, il faut tenir compte de Tobliquilé dans la direction du tendon et de la résistance à vaincre (fig. 12).
La valeur de l'effort musculaire est liée à la résistance à vaincre par la relation suivante (voyez p. 83).
Nous n'insistons pas sur ces choses trop connues, seulement nous nous permettrons de relever une erreur.
Poids des dilTércnts segments, tù(e et troïic, p et P, équilibrés par l'action des muscles extenseurs E et Ej.- dans la station droite.
Erreur au sujet du levier du 2* genre. — On donne, dans presque tous les traitrs de physiologie comme exemple de levier du 2* genre, c'est-à-dire favorable à l'action musculaire, le rôle du pied dans la station sur la pointe des pieds. Le centre de mouvement est, dit-on, -dans l'articulation des orteils, la puissance est l'action des muscles du mollet et la résistance le poids du corps à soulever se transmettant par le tibia à Tarticulation de la cheville. On en conclut que le mollet développe un effort inférieur au poids du corps à soulever.
Cela serait exact si le mollet avait une insertijon supérieure fixe en dehors du squelette, si, par exemple, nous tirions sur le calcanéum au moyen d'un cordon passant sur une poulie attachée au mur (fig. 13, 2).
Mais, jamais cela ne peut avoir lieu. Le mollet s'insère en haut aux os de la jambe et de la cuisse, quand il se contracte, il tire autant sur ces derniers que sur le talon. Son effort est une force intérieure dont l'effet réel fixe le pied en extension et rend solide le système jambe et pied sous un angle obtus.
L'équilibre du corps sur la pointe des pieds ne peut avoir lieu que si le centre de gravité du corps se trouve verticalement
MÉCANISME ET ÉDUCATION DES MOUVEMElfTS
placé au-dessus de la base de sustentation représentée ici par les ui teils (fig. 13, 3). Ceux-ci exercent une pression sur le sol égale au poids du corps et cette pression tend à fléchir le pied. On pourrait remplacerla réaction du sol par un effort de flexion R égal et opposé au poids du co^rps P. Le pied est alors en équilibre autour de Tarticulation de la cheville sous l'action F du
Fip'. 13. — Erreur commise en assimilant le pied à un levier du 2« genre dans la station sur la pointe des pieds.
t, LV-iuîlibre ne peut exisler dans celle i»osilioii, à moÏJis que le poids du corps passe par ta bi\si^ lin iuslenlahou 0 (3,i ou que le niollct ait une alLaclie exL(5npure ,2). — 4. Equilibre du pi^d aulour de la cheville 0' sous laclioa du mollet F et du poids du corps; R, réaction
(Ji
niollo! et de la réaction du sol égale au poids du corps. C'est le cas d'un levier du P»" genre tout au désavantage de re'ffortmusculaiii , puisque celui-ci s'exerce à rextrémité d'un bras de le.vior. le talon, bien plus court que le pied (fig. 13,4).
Xuus rencontrerons souvent, dans le courant de nos analyses, dos r;is semblables, il faut se garder de faire erreur, et de Luihber <ians l'absurde en posant mal le problème.
ïiMn.^inonsune planche oA ([i^^ 14, i) représentant le pied, un mnnfnnl oB représentant la jambe, un cordon attaché en A jMunrne le tendon d'Achille au calcanéimi et passant sur une pouliu on B. Un homme est assis sur cette phmclielte et tire sur le curdon. Sa force s'exerce de A en B comme TefTort du mollet.
DESCRIPTION ET MÉCANISME DES MOUVEMENTS
le point 0 étant articulé, nous sommes dans le cas du pied considéré comme levier du 2* genre.
Mais il suffît d'un peu d'attention pour comprendre que le sujet aura beau tirer sur le cordon, il ne pourra se soulever d'une façon permanente ; en admettant qu'il le fasse par un effort brusque, il ne pourra se maintenir dans cette position, le poids du corps le fera touji^urs retomber contre terre.
Cela reviendrait à soulever une brouette sur laquelle on
Pi^r. 1 i, Conséquences absurdes du paradoxe précédent qui conduit a la possibilité de se soulever de terre sans point d'appui extérieur.
l. Uomme liranl sur un cordon F el soulovaut de terre le sy^lnmo 0 A B coiilre son poids P; — 2. Homme so soulevant en tirant sur les brancards dune brouello
serait placé ou encore à se soulever de terre en tirant avec les bias sur la chaise oii Ton est assis, à se soulever en se tirant par les cheveux, etc. (fig. 14, 2j.
Les leviers osseux sont dkf.vvorables a la puissance, mais favorables A LA VIIT.SSE DKS MOUVKMRN TS. — LeS llîViorS du 1" Ct
d" genres que nous rencontrons dans récononiic sont tous défavorables à l'effort musculaire, niais par conlro. ils sont favorables à la vitesse des mouvements. Dans la Qoxion de l'avantbras la main chargée d'un poids, l'effort F des fléchisseurs est égal à R x4j-ei ce rapport est éiral à 4 environ. Pour tenir Tavaut-bras horizontal la main chargée d'un poids de 10 kilogrammes, il faut développer un effort de 40 kilogrammes. Mais dans le mouvement, les chemins }»arcourus par les points d'ap-
plicalion de la résistance et de la puissance sont proportionnels aux bras de levier respectifs, c*est-à-dire inversement proportionnels à rintensité des forces. Ainsi, dans l'exemple précédent, pendant que le biceps se raccourcira d'un centimètre, le ^ mouvement d'élévation de la
main sera de 4 centimètres (lîg. 15).
Nous verrons le travail moteur rester toujours égal au travail résistant, ce que l'on gîigne en force, on le perd en vitesse.
FORCR RRLATIVE DE l'hOMME. —
Ces considérations nous donnent sur la force de l'homme des notions plus nettes, elles montrent que si les insertions des muscles sont à la môme dislance des centres articulaires, et cela arrive généralement, des individus à leviers courts pourront à égalité de muscles produire des efforts plus intenses. On voit des petits hommes trapus l'emporter sur de plus grands pour la facilité avec laquelle ils manient des poids lourds, c'est affaire de structure.
Les plus grands, à segments plus longs, leur sont très inférieurs, à moins d'avoir un développement musculaire et les bras de levier de leurs muscles en proportion de leur taille.
Fig. 15.— Action 'F d'un miiscie moteur d'uu segment osseux 6 B; 0 b, bras de levier de la puissance ; 0 B, bras de levier de la résistance.
Subterfuges des athlètes. — Ce cas se rencontre très rarement. Les athlètes utilisent divers subterfuges pour paraître plus forts qu'ils ne sont eu réalité. Ils porteront par exemple un poidsà bras tendu en le faisan t reposer sur Tavan t-bras diminuant ainsi la longueur du bras de levier de la résistance (fig. 16) ils n'étendront pas l'avant-bras mais le laisseront légèrement fléchi alin de soulager par les muscles fléchisseurs l'articulation du coude.
L\ force n'est pas l'excitation mais la constance dans l'effort.
DESCRIPTION ET MÉCANISME DES MOUVEMENTS
— La force du muscle dépend de sa section, mais aussi de l'excitation nerveuse qu'il reçoit; elle se mesure au dynamomètre. L'intérêt est de présenter dans sa force de la constance et de la régularité. La force doit se distinguer de l'excitation et Ton ne peut considérer comme fort l'individu capable de grands efforts momentanés puis tombant ensuite au-dessous
Fig. 16. — Procédés employés par les bateleurs pour donner l'apparence d'une force considérable.
Le même poids porté dans la main (i) ou (>orl6 en partie sur Tarant-bras (2) ne demande plus le mdme effort musculaire, ru la diminution du bras do levier de la quantité ab.
de la moyenne; Talcool, la colère décuplent les forces un instant mais ne les augmentent pas en réalité. La femme présente des inégalités comme l'enfant et, chez tous, il y a des variations dans la force musculaire, correspondant à certaines heures de la journée. L'épuisement nerveux, Tinsomnie, le jeûne, l'inanition, les troubles de nutrition en général ont une influence déprimante sur la force musculaire ; la vie régulière, l'exercice quotidien modéré, Tabstinence des excitants, la sobriété et une bonne hygiène générale sont les seuls moyens de l'augmenter.
Fixation, solidité dbs attaches des muscles pour le maximum o'BPFoaT. — Pour qu*un muscle puisse donner et utiliser son
DsittiiT. — Méc. et ëdac. 2
MËGAIUSME ET ÉDUCATIOIV DES MOUVËMEIiTS
maximum d'efTort il doit avoir une de ses insertions fixée solidement. Cela demande le concours d'autres muscles. Pour faire un efifort musculaire intense et le diriger convenablement, il est nécessaire de prendre et de conserver une attitude spéciale, caractéristique de l'effort, attitude où les points fixes des muscles sont justement maintenus solidement par toute une chaîne continue de contractions.
Fig. 17. — Interversion des points fixes des muscles fléchisseurs de l'avantbras et abaisseurs du bras quand on meut le bras chargé d'un poids P sur le tronc T, ou quand, suspendu par les mains, on meut le poids du corps sur les bras.
Interversion des points fixes. — LMnsertion fixe d'un muscle peut changer suivant l'effort. En station droite par exemple, les muscles moteurs de la cuisse prennent leur insertion fixe sur le bassin. Au contraire, si l'on meut le tronc sur la cuisse en immobilisant les membres inférieurs, les mômes muscles ont alors leurs insertions fixes sur la cuisse. Dans le grimper avec les mains à une corde, le tronc est attiré vers le bras et le bras vers Tavant-bras. Les points fixes des muscles moteurs sont à l'avant-bras et aux bras au lieu d'être, comme dans la station droite les insertions mobiles des muscles abaisseurs du bras et fléchisseurs de Tavant-bras (iïg, 17).
Conséquences de cette interversion. — Nous voyons de suite la conséquence de cette interversion des points fixes : les mêmes muscles moteurs du bras deviennent moteurs du tronc, ils sup-
DESCRIPTION BT MÉGANISHB DES MOUVEMENTS
portent un effort peut-être dix fois plus intense. On remédie à leur impuissance par Taugmentation de l'excitation nerveuse. Hais il serait bien faux de juger la force d'un homme à la facilité de se hisser à ]a force des bras, si Ton ne tient pas compte du poids de son corps.
Nous avons déjà tiré parti de l'interversion des points fixes en fixant Tépaule et en permettant ainsi à des muscles qui s'y attachent, de soulever les côtes et d'agrandir les diamètres du thorax*.
Fig. 18. — Biceps brachial avec ses deux insertioai supérieures a et ion insertion b an radius.
Fijç. 19. — Insertion a du triceps brachial à l'onjoplate, qui compliquej'effet de ce muscle sur le mouvement du bras.
Influence de l'insertion lointaine des muscles franchissant une ARTICULATION. — Tous Ics muscles ne prennent pas leurs points d'insertion fixe sur Tos contigu à celui qu'ils sont chargés de mouvoir. Beaucoup franchissent une ou plusieurs articulations et ont ainsi des effets plus complexes.
Le biceps brachial s'attache par ses deux insertions supérieures à l'omoplate, il est enroulé autour du radius à son insertion inférieure (fig. 48).
Si Tavant-bras est fixé il tend à produire, en se contractant, la rotation de Tavant-bras en supination, la flexion du bras sur l'avanlrbras et Télévation du brfis.