‹ Médailles inédites ou nouvellement expliquées, publiéesChapitre 1 sur 10 · L’ILE DE SCYROS · texte numérisé non relu

L’ILE DE SCYROS

Tête de Thësee, barbue, casquée, à gauche.

Ret>ers, iktpo * Bouclier ëchancré, auprès duquel est une epéc : armes d’Achille»

On n’a point encore publié de médailles de

(i) Cet artkW fait partie d'un ourrage intitulé Numismatique homérique t dont lea matériaux sont prêts depuis long-temps , et que je publierai par cliapitres. Je donnerai incessamment celui d'Homère • qui formera la première livraison : mais l'iiitêrct (]ue présente celte médaille inédite, m'a déterminé é la publier fé|)arémenl.

nie tle Scjros (i) : il serait singulier qu’il n’eiit point existé de monnaies de cette île, qui fut célèbre malgré son peu d’étendue. Elle fut très-anciennement habitée par des Pélages et des Cariens. Achille y fut envoyé parThétis sa mère ^ pour énter le mrt funeste qui lui avait été prédit au siège de Troie. Il se cacha sous des habits de bile à la cour de Lycomèdes, qui était roi de cette île.

C’est là qu’ülysse, travesti en marchand, découvrit par ruse le jeune guerrier , en lui présentant des armes.

Une autre tradition disait que Thésée , fils d’Égée , obligé de fuir d’Athènes , s’était retiré à Scyros , pour y prendre possessiou de quelques terres , héritage de ses ancêtres , et que Lycomèdes , feignant de vouloir les lui montrer , le conduisit sur une hauteur d’où il le précipita. Plutarque raconte deux fois ce fait ,

(i) Cette tic. Tune des Cycladcs, est située a Test de la Théssalie, dont elle est séparée par l'ile d'Eubce : elle a cinq lieues de longueur sur deux de largeur. Elle }>orte mninleiiant le nom du SKIRO.

d'abord dans la vie de Thésée , ensuite dans eelle de Cûnon.

Lorsque ce général athénien sc fut emparé de Scyros , qui était liabitée par des Dolopes (i) dont il punit les pirateries en les chassant de celte ile , les Athéniens y envoyèrent une colo^ nie. Alors Ciinon ne négligea rien pour découvrir le tombeau de Thésée; car un oracle avait ordonné aux Athéniens de rapporter à Athènes les osseinens de ce héros, et de lui rendre un culte : mais il était difficile de découvrir l’endroit où il avait été enterré. Pendant que l’on cherchait de tous côtés , Giuion vit un aigle qui becquetait un monticule (2) et qui tôchait de l’entr’ouvrir avec ses serres. Soit qu’il crût à une inspiration divine, soit

( 1 ) Les Dolopes êuiieot des peuptesde la Tbessalie, patrie d'Achine. Didjrme, dans ses sebolies sur rOdysscOi lir. XI, v. 608, dit que Scjrros fut une vitle de ta Dolopte. Nie. GerbelUus {De Grœcia , lili. 1 1 P* 39 ) rrpète la meme chose. Didyme a commis une erreur, ou bien il a voulu dire que Pile de Scyros était au pouvoir des Dolo* pesqui l'habitaient.

' (s) Ou Tumutus- Une petite emiiiencc de (erre est souvent la seule mart|ue à laquelle on reconnaisse les lonilteaux des anciens.

qu’il voulût profiter de cet incident, il fit fouiller dans cet endroit . et on y trouva la tombe d’un fort grand homme avec la pointe d’une lance de bronze et une épée (i).

Ces restes furent transportés à Athènes et placés au milieu de la ville, près du gymnase, et le tombeau de Thésée devint un lieu d’asile. Pausanias décrit le temple qui fut élevé au même endroit (a).

« Près du gymnase , dit-il , est le temple de » Thésée , dans lequel sont les peintures sui- « vantes ; Le combat des Athéniens contre les « Amazones, le combat des Centaures et des <( Lapithes , dans lequel Thésée tue un Cen- (I taure, etc., etc. » Toutes les aventures de Thésée y sont représentées. Pausanias finit ce chapitre eu disant que le temple fut élevé peu après la bataille de Marathon , lorsque Cimon , ayant vengé la mort de Thésée en

(i) On trouTe presque toujours, dans les tombeaux des guerriers, des cpècs et d'autres armes.

(a) Pausanma, lib. I. cap. XVII*

sacc.igeant l’ile de Scyi’os , fît transporter scs os à Athènes.

Les ruines du temple de Thésée se voient encore (i).

C’est à l’ile de Scyros que je crois pouvoir attribuer la jolie petite médaille d’argent dont j’ai donné la description (2).

La tête casquée pourrait être celle de Ljrco~ médes^ x’oi de Scyros ; niais d’après ce que je viens de dire de Thésée , je pense que c’est plutôt celle de ce héros , et que le bouclier et l’épée du revers sont les aimes d’Achille.

Les habitons de Scyros devaient avoir conservé un souvenir du séjour de ces deux héros dans leur île , et ce peut être environ un siècle après Ci-

( 1 ) Le Aoi. Ruines de ta Grèee^ tom. L P*

(a) Cette médaille d'argent , de six lignes de diamètre, a été apportée en France par M Sans, Toyagenr anglais qui a parcouru le Levant, et particulièrement la Syrie, s'oceupant d'histoire natarcUe. Il a eu dans ses voyages l'occasion de trouver et d'acquérir quelques médailles parmi lesquelles se trouvait celle que je décris. J'eus le bonheur d'en faire (aire racquisition an Cabinetde France, an mois de mai i83o, en choisissant dans une grande quantité de médailles corn* mimes qu'avait rnmasscesce voyageur.

mon, à peu près 4oo ans avant notre ère, que cette monnaie a été frappée. Cette époque est celle où l’art commençait à fleurir , et notre médaille est d’un fort bon style.

Le type du revei’s rappelle celui des médailles de Salamine , où l’on voit un bouclier et une épée disposés de la même manière (i).

M. Brondsted, dans son Voyage en Gf'èce ( 2 ), a suivi la première opinion du savant Sestini (3) relativement au type des médailles de Salainine (4), sur lesquelles il voit le bouclier et l'épée d’Ajax , fils de Télamon.

(1) Voyez ma Description des médailles de la collection de feu M. Altier de Hauteroche y où j’ai Indiqué ce type comme représentout les armes d'Achille.

(a) Liv. II, p. 309. Note B.

( 3 ) Letlere numismatichey tom. V, p. 41.

(4) Tête de Diane. Revers ( rétrograde ) Revers. Bouclier

d'Ajaa t sur lequel est gravée une épee.

Autre semblable. Revers. Bouclier, dans le champ l'épée d'Ajax.

Sestini, Tom. V, pag. 4 1 .

Télé d'Apollon à droite ( rectifiez et mettez tète de Diane, selon Sestini). Revers. SAAA. Bouclier sur lequel est l'épée d’Aclûlle, Cabinet de M. Allier de llauteroche.-JI/éo/i/iC/ , Dcscr. Tom. II, pag. 149.

Ajax le Télamonien avait un culte dans cette île, les Salaminiens lui avaient bdti un temple où était placée sa statue de bois d’ébène , et ils célébraient tous les ans en son honneur une fête nommée Aïanties. 11 y a beaucoup de traditions relatives aux armes d’Âjax (i) : cependant Sestini lui-méme est revenu sur sa première idée dans la continuation de ses Lettres numismatiques ( 2 ), où il rapporte le passage de Pausanias sur la tradition des armes d’Achille.

T^U de femme à droite (2)ûu>e Munichia), les abeveax retroussds et formant nne touffe sur U tète. Revers. £AAAMIM. Bouclier iMBOtien ëchancré : dessous , une èpèe. Mionnet , suppt. Tom. III , pag. 6o5, pL XVIII, n” 7.

En dècriTant cette dernière médaille de Salamioc , on a employé l'expression bouclier bceotien : mais quoique cette forme oblongue etécbancrëe soit celle du bouclier de la Boeotie , nous remarquerons qu’elle se retronre sur des monumens d’autres contrées , puisque nous la Toyoos sur des médailles de Sabimine, de Scyroa, qu'eUe est encore celle des boucliers anciles représentés sur les médailles de la famille Ucinia (V. Morel et Vaillant , médailles consulaires romaines) et sur celle de la famille Comuficia oit ce boucKcr échancré est porté parla Junon Lanunna. (Ibid.)

(1) M. Brondsted les a savamment discutées.

(a) Tem. Il, pag. 3S.

Cette Iraiîition disait qu’après le naufra»<; d'Ulysse, les armes d’Achille avaient été portées par les Ilots au tombeau d’Ajax. On sait qu’a prés la moct d’Achille , Ajax disputa ces armes à Ulysse qui l’emporta sur lui par son éloquence, et que, dans un accès de fureur, il se perça luiiiiéme de son épée. La tradition vengeait ainsi Ajax de rinjuslice des Grecs.

Au surplus, voici une médaille de l’ile de Scyros qui n’a nul rapport à Ajax , et qui nous offre le meme type que les médailles de Salamiue; l’analogie des deux monumens peut, selon moi, déterminer le sujet qu’ils représentent,

et je pense que la tradition des armes d’Achille doit prévaloir.

Quant a l’inscription skypo, la dernière lettre manque ; ce doit être un 2 ou un y. .

, Quoiqu’on trouve plus communément, sur les médailles antiques, le nom du peuple que celui de la ville ou de la contrée, nous avons plusieurs exemples du nom de la ville au nominatif sur les médailles de Naples , de Gelas , d’Agrigeute, de Sybaris, de Siris , de Ségeste , de Catane , de

Nysa,(le Terina, de Callatia, de Cos, etsur beaucoup d’autres. D’ailleurs, sur les médailles les plus anciennes, où l’on ne voit ordinairement que des initiales , il serait difficile d’affirmer que l’on eût voulu mettre plutôt le nom des habitans que celui de la ville , et de savoir quelle pourrait être la terminaison du mot.

Parmi les Cyclades même , dont l’île de Scyros fait partie, je citerai, comme n’offrant que des initiales sur des médailles , Amorgos , AMO; Ânaphe, ama , an a«; Carthæa , ville de l’île de Céos, kap©a, kapsai; Cimolis, kimoai; Sicinos, ïiki. Qui donepourrait assurer qu’.i ces époques primitives, ces initiales n’indiquaient pas simpletnent le nom de la ville ou du pays, comme nous venons de dire qu’on le trouve en entier sur plusieurs autres médailles ?

D’autres exemples seraient superflus. Nous en avons cependant à l’appui de notre opinion, dont nous ne citerons que quelques-uns : c’est celui de villes où les deux cas se rencontrent; comme à Tlièbes(i), où nous lisons sur

(i) Hliûnntt , Dtscr. , lom II, pig. 109 ut ■ 10.

une médaille eBBu, et sur une autre 0ebauin.

La légende la plus conforme à notre explication , et qui offre le plus d’analogie avec notre médaille, c’est celle de l’ile de Zacynthe, où nous lisons zAKnceoT, de Zacjnthe^ comme je pense qu’on peut voir sur celle-ci ïktpoï, de Scyr^os,

Celte médaille est d’autant plus intéressante, que les nionuinens numismatiques relatifs h Achille sont très-peu nombreux; je les réunirai dans le chapitre de la Numismatiffue homérique consacré à ce héros.

HÉDAULE INÉDITE, D’AUGENT,

DE

GLANUUI.

l>léP/Vnit.E INÉDITE, D’ARGENT,

DR

GLA.NUM,

ANCIENNE VILLE DE LA GAULE NARBONNAISE (l).

Tête juvénile , couronnée 'de lauriers^ à gauche.' ' ‘ ‘ ' Üet/erj. Taureau courant 'à gauche; dessous', faanikûn.^ Au-dessus un monogramme composé des lettres IIN. Le

tout dans une couronne de lauriers très-effacée.

La légende taanikûn indique une monnaie

(i) Cette médaille m’a été confiée en i8i8 par feu M. le marquis delà Goy, amateur distingué , et possesseur d’une très-belle collcc-

lies liabilans de Glanum. Les lettres n» d’oFfrent pas d’interprétation probable.

A cinq lieues d’Arles, dans l’ancien pays des Salyes , il est certain qu’il y a eu une ville que les Romains ont appelée Glanum (\)^ en lui donnant le surnom de Liviï. Ce Livius , qui nous est inconnu , était peut-être le fondateur de cette colonie. La ville de Glanum n’a aucune célébrité dans l’histoire, et nous ignorerions la place qu’elle a occupée, si l’itinéraire d’Ântonin et la table Théodosienne publiée par Peutinger n’en faisaient pas mention. On peut penser que

tîon de médaillés consulaires , qui m'a permis à cette époque de la dessiner. Elle appartient aujourd'hui à M. le marquis Roger de la Gojr, qui a hérite du goût de son père pour la numismatique! et û qui Ton doit un essai sur les médailles de CunobelinuSf roi de la Grande-Bretagne, publié en 1826 û Ais, dont j*ai rendu compte dans la Hti'ue Knc/chpédiqur^ tora. XXXI, p. 910.

La médaille de Glanum offre un double ioic'rct dans les mains de M.de la Goy, qui habite une propriété situM dans le territoire de cette ancienne Tille, maintenant Saint-Bemy, près d'Arles.

(1) Millin, Voyait dans le Midi de la France, tom. lll, p. 3 g 3 , dit que cette ville s'appelait probablement Glau avant que les Romains ne lui donnassent le nom de Glanum j mais il ignorait qu'elle pouvait avoir une origine grecque.

— ar — •'

«elle ville a été renversée pendant l’invasion des peuples qui ont ravagé Arles et dévasté la Provence.

Deux moDumens subsistent encore sur l’etnplacement que cette ville a occupé. L’un est un mausolée et l’autre un arc de triomphe, dont on trouvera une gravure et une descriptiondétaillé* dans le Vojage du Midi de la France par Millin (i).

Un aquédnc souterrain qui existe encore s étend depuis Saint-Reuiy , bourg qui a remplacé Glanum, jusqu’à Arles.

Le monument le plus curieux qui soit relatif à la ville de Glanum , est une inscription que 1 on conserve dans la maison commune , et qui' est la seule ou l’on ait retrouvé le nom de cette ville. Cette inscription , qui a été publiée par Caylus ( 2 ), est d autant plus intéressante à rapprocher de notre médaille, qu’elle porte de même le nom des habitans de Glanum, GLA- NlCOrimi ; mais elle est en langue latine,

(i) Toœ. III , p*g. 393 et »uiv., pl. LXIII, fig. , cl j.

(a) Recutü tïylntfqiiltés ,tofa. Vll, pag, a 63 .

tandis que la légende de noire médaille est grecque et porte rAANiKûN.

Aucun monument n'avait pu faire assigner, jusqu’à présent , à cette ville une origine grecque'; mais notre médaille, qui porte une inscription en cette langue , peut lever les doutes à cet égard.

Elle rappelle par son travail les jolies mé-* dailles de Marseille , dont l’origine phocéenne se reconnaît à l’art qui les fait briller au milieu de toutes celles que l’on frappait alors dans la Gaule.

Ce pays était encore barbare , lorsque vers la 6o* olympiade , cinq cent quarante ans avant notre ère, les Phocéens d’Ionie , fuyant la tyrannie du gouverneur que leur avait imposé Cyrus, transplantèrent dans la Gaule la civilisation de la Grèce.

Ils fondèrent Marseille , et il n’y a nul doute que cette colonie croissante ne se renferma pas dans son ençeinte , sans répandre autour d’elle quelques établissemens dont l’un put être la ville de Glanuin. Le nom de cette ville

inia

est cité par Ptolémée , Pline et Pomponius Mêla.

Revenons à la description de notre médaille.

Elle est d’argent , et elle a sept lignes de diamètre.

La tète présente le caractère d’Hercule jeune. Le taureau du revers est dans un mouvement qui rappelle celui de quelques belles médailles de laThessalie : sa course a quelque chose de fier, son poitrail est large , il ne baisse pas la télé comme le taureau appelé comupète ( cornupetens\ qui frappe la terre de sa corne ; mais il a l’air d’étre prêt à attaquer ou à recevoir un ennemi.

Le taureau est un type d'autant plus convenable pour les médailles de ce pays , que depuis un temps très-reculé on a nourri, dans le comté d’Arles, des taureaux et des boeufs. Encore aujourd’hui , dans un temtoire appelé Plan du bourgs on en laisse paître en liberté un grand nombre , dans lequel chaque propriétaire peut reconnaître les siens au moyen d’une marque qu’on leur imprime. Cette opération difficile

et périlleuse donne lieu ù des fêtes qui sont ap* pelées ferrades^ auxquelles on se rend de trèsloin, et pour lesquelles on seprépare long-temps d’avance. M.. Millin a donné une description curieuse de ces fêtes dans un opuscule intitulé '..Comparaison des ^ hippocentaures et des taurocatapsies de la Thessalie avec les bouviers et les ferrades de la Camargue, (i).

Les médailles de Marseille nous olTrent aussi le taureau et le bœuf, celui-ci marchant paisiblement, Tautre bondissant et frappant la terre de sa corne.

Le taureau , tantôt symbole de la force, tantôt emblème de l’agriculture , convient à ces fertiles I contrées ; mais sur notre médaille , sa (fornie^^etp ^sa^ position rappellent les arts de , la «Grèce et ^ semblent nous apporter la preuve que G/oiuim,, comme Marseille, a pris son origine dans les* nombreuses migrations des

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(i) Magasin encyclopédique y aoiit i8oS.

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