ERNEST GUIRAUD
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fL traversa la vie en rêveur, sans souci de l'heure qui le guettait, malhabile au travail de chaque jour en ce qui regardait son œuvre propre, se dépensant beaucoup pour autrui, toujours pressé, oubliant même le moment du repos jusqu'à faire de la nuit le jour et vice versa, courant après le succès au théâtre sans avoir pu réellement l'atteindre, laissant presque dégénérer en maladie ses tendances pour le songe. L'àme était haute et noble, le caractère d'une douceur naturelle et toujours égale; aussi cette belle aménité lui avait-elle attiré nombre d'affections qui lui restèrent fidèles jusqu'au jour où la mort le foudroya. Bizet, qui le précéda dans la tombe, Théodore Dubois, Paladilhe, Delibes, Saint-Saëns, L. Gallet, les peintres E. Delaunay €t Ulmann furent parmi les meilleurs de ses amis. L'auteur de Carmen avait été le compagnon de la première heure de Guiraud ; avec lui, il connut les durs labeurs de la vie d'artiste. A peu près du même âge, les deux compositeurs vécurent côte à côte, se consultant réciproquement et journellement. Dans ses élans d'affectuosiic, Bizet appelait Guiraud son vieux, son clicr et sollicitait son concours non seulement pour les choses de la mu-
sique, mais encore pour ses affaires personnelles.
Sa distraction était proverbiale. Conviait-il un ami à partager son déjeuner? L'invité se présentait à midi ; Guiraud, qui, suivant une habitude invétérée, avait prolongé la soirée jusqu'à une heure avancée de la nuit, dormait à poings fermés.
On aurait pu cependant constater une certaine régularité dans ses irrégularités.
Devenu propriétaire d'une minuscule villa que L. Gallet lui avait fait acheter à Vimereux, près Boulogne, et dont la possession le rendait heureux comme un enfant, il invitait à venir le voir un nombre si considérable de ses amis, que, si ces derniers s'étaient tous rendus à son appel, il lui eût été impossible de les loger. Toujours distrait !
C'était un fumeur de cigarettes, un noctambule qui travaillait très irrégulièrement, oubliant souvent de rentrer au logis pour passer une partie de la nuit à fumer et à causer avec des compagnons qu'il ne pouvait plus quitter.
Très intelligent, très ouvert à toutes les choses d'art, ce nonchalant devenait un travailleur acharné lorsqu'il s'agissait d'achever l'ouvrage des autres. Et ce que l'on peut regretter pour lui, c'est qu'il ait passé sa vie à d'ingrates besognes, à des rafistolages, à des réductions, à l'orchestration de pièces non terminées. On pourrait citer, à titre d'exemple, l'achèvement des Contes d'Hoffmann du maestro Ofïenbach ; il devait également orchestrer Kassia, qu'avait laissée inachevée Léo Delibes et dont la mise au point fut définitivement faite par Massenet.
Ses qualités natives étaient contrebalancées par
une certaine faiblesse de caractère, un manque de décision, lorsqu'il y avait lieu de prendre parti et de donner un avis ferme. Il craignait de se compromettre.
En tant que compositeur, le regretté maître possédait une grande habileté, une merveilleuse facilité d'orchestration, « La facilité d'un Auber et la science d'un Bach se donnant continuellement la main », disait de lui M. Louis de Romain. Dès l'apparition de ses premières œuvres, on découvrit chez lui un musicien rompu au métier^ dont l'orchestre était vif, pimpant, vigoureux même, dont la veine mélodique était gracieuse, toute de clarté et d'abandon. La personnalité seule faisait défaut.
Dans une charmante notice lue en séance ordinaire de l'Institut le 28 janvier 1893, M. E. Paladilhe nous a initiés à la vie de l'homme, aux travaux de l'artiste. Nous prendrons la liberté de puiser des renseignements dans ce consciencieux travail.
Ernest Guiraud est né à la Nouvelle-Orléans le 23 juin 1837 ; son père, qui avait lui-même obtenu le grand prix de composition musicale, avait quitté tout d'abord la France pour se rendre dans la Louisiane, où il exerça le professorat. Il ne revint à Paris que pour s'y marier, puis il se fixa définitivement à la Nouvelle-Orléans.
Elève de son père, Ernest Guiraud montra de si heureuses dispositions pour l'art musical, qu'à l'âge de quinze . ans, il composait le Roi David, grand-opéra en trois actes, qui eut un certain succès en pays d'outre-mer. Tirant un heureux présage de cette première épreuve, son père
résolut de lui faire terminer ses études musicales à Paris. Il le confia aux soins paternels de son beau-frère M. Croizilles, premier violon solo à rOpéra-Comique, qui a laissé de si excellents souvenirs à ce théâtre. Admis le 26 décembre i853 dans la classe de piano dirigée par M. Marmontel au Conservatoire, le jeune Guiraud remporta successivement un premier accessit en i855, un second prix en i857 et le premier en i858. Après avoir suivi un cours d'harmonie avec M. Barbereau, il fut reçu le 19 mars i856 dans la classe de composition d'Halév}- et, dès l'année iSSg, le grand prix de Rome lui était décerné avec la cantate Bajazet et le Joueur de fli'ite d'Edouard Monnais.
A l'exemple de Berlioz et plus tard de Massenet, Ernest Guiraud avait été forcé pour vivre d'obtenir un modeste emploi au théâtre ; il était timbalier à l'OpéraComique, lorsqu'il partit pour Rome. Dès son arrivée à la villa Médicis, son aimable caractère lui procura de solides amitiés ; il se lia surtout avec Théodore Dubois et Paladilhe, qu'il avait précédés, et, en leur compagnie, il entreprenait des excursions suburbaines, pour lesquelles il avait un penchant très marqué. C'était sac au dos que les trois amis se rendaient â Subiacco, à la Cervara, pays qu'affectionnait le peintre Hébert pour les types féminins si accentués qu'il y découvrait et dont il se servait comme modèles pour ses tableaux. Le trio poussa même un jour une reconnaissance jusqu'à Palestrina, l'ancienne Préneste, patrie du célèbre musicien.
Son admiration, sa passion pour la belle Italia, pour Rome et ses environs, pour les trésors de
l'art qu'elle renferme, ne purent le décider à retourner en France, lorsque son temps de séjour 3. la villa Médicis fut expiré. Il avait bien envoyé à l'Académ.ie les œuvres traditionnelles : une messe -solennelle, un opéra-bouffe italien et un petit -opéra-comique, Sylvie ; mais il ne pouvait s'arra- -cher aux charmes de la sirène, et la sirène était Rome ! On lui accorda de rester une année de plus à la villa Médicis. C'est à cette dernière année de son séjour en Italie (1862) que se rapporte l'anecdote que raconte Théodore Dubois dans son intéressante Notice sur Charles Gounod et que nous nous empressons de reproduire : a Les pensionnaires à la villa Médicis étaient, à cette époque, Ernest Guiraud, M. Paladilhe et moi. Tous trois nous étions réunis dans la chambre de l'un de nous, jouant et chantant Faust avec l'entraînement et la chaleur de nos vingt ans. Les voix laissaient bien à désirer, mais les cœurs y étaient, enflammés et ardents. Certes, c'était une belle représentation! Tout à coup, on frappe à la porte. Qui voyons-nous entrer?... Gounod, dont nous ignorions la présence à Rome, et qui, tout ému de cet hommage inattendu, nous ouvre ses bras et nous embrasse avec une effusion attendrie... »
Plus heureux que la plupart de ses collègues, Ernest Guiraud obtint de rapides débuts à la scène. Peu de temps après son retour de Rome, la direction de l'Opéra-Comique faisait exécuter Sylvie, un de ses envois de la villa Médicis. Ce n'est pas dans cette bluette, où se découvrent •cependant des idées fraîches et gracieuses, une ■orchestration habile, ni dans En prison s'il vous
plaît, ni même dans Kobold, représenté à l'Opéra- Comique le 2 juillet 1870 et interrompu par la. guerre franco-allemande, qu'il faut chercher la personnalité de Guiraud, qui ne fut du reste jamais très accusée, mais bien plutôt dans la Suite^ (V orchestre exécutée en 1872 aux Concerts populaires dirigés par Pasdeloup. Cette œuvre, que notre regretté confrère René de Réc}- appelait « l'épreuve avant la lettre du premier acte de Carmen », est, en effet, très scénique ; on pourrait croire qu'elle fut composée pour souligner une action au théâtre. Elle eut un très vif succès,, surtout la dernière partie, le Carnaval, exubérant de joie, de fantaisie, d'entrain et qui, à la première audition, fut acclamé et bissé. Il a fait du reste le tour de l'Europe et du monde entier. Le Carnaval de Guiraud, V Artésienne de Bizet, les Erinnyes de Massenet, VEspaha de Chabrier sont devenus lesprototypes des morceaux symphoniques ayant consacré la gloire de leurs auteurs.
La seconde Suite d'orchestre est beaucoup moins connue; elle est divisée également en quatre parties : Petite Marche, très élégante ; Divertissement, vif et gracieux, contenant de délicieux effets de piszicati ; la Rêverie, et le Finale, très pittoresque et coloré. Nous nous demandons pourquoi MM. les directeurs des grands concerts la laissent sommeiller dans leurs cartons.
Le 23 novembre 1872, l'Opéra-Comique donnait la première représentation de Madame Tîir lupin, en deux actes, d'après le livret de MM. Cormon et Grandvallet, qui n'eut qu'un nombre limité d'exécutions; et, le 5 mars 1873, le ballet Gretna-Green,
d'après le scénario de MM. Nuitter et Mérante, était joué à l'Opéra. Il ne devait figurer que dix fois sur l'affiche; l'incendie détruisit, dans cette même année 1873, la salle de la rue Le Peletier.
Pasdeloup, qui, depuis la guerre de 1870-1871, faisait des tentatives plus audacieuses pour mettre en lumière les compositions des jeunes musiciens français, avait commandé trois ouvertures à Bizet, Massenet et Guiraud. Toutes les trois. Patrie, Phèdre et Artcvelde, furent exécutées, pendant le cours de la saison 1873-1874. aux Concerts populaires.Celle d'Artevelde, dues, la plume de Guiraud, ne fut pas jugée la meilleure; on plaça en première ligne Patrie de Georges Bizet.
Piccolino, opéra-comique en trois actes sur un livret de MM. Sardou et Nuitter, est une des œuvres scéniques de Guiraud qui eurent le plus de succès. Joué à la salle Favard le 11 avril 1876, Piccolino eut cinquante-deux représentations en 1876 et une. en 1877. Le livret lui avait plu; les situations étaient variées, donnant au musicien l'occasion de déployer ses qualités d'humour, de gaieté bouffe et de sentiment tendre, ému. On pourrait citer dans cette partition nombre de pages réussies : le Chœur de Noël, plein de poésie et d'archaïsme, le Chant du Pasteur, d'une grande élévation, et V Air de Marthe, d'une expression si touchante.
Si un musicien semblait peu fait pour professer, c'était bien E. Guiraud; ses distractions, irrégularités et inexactitudes plaidaient contre lui. Sa nomination comme professeur de la classe d'har-
monie pour les femmes au Conservatoire, le il novembre 1876, prouva que son goût pour l'enseignement, resté à l'état latent, ne demandait qu'à se développer. Des aptitudes de premier ordre se révélèrent en lui. Avec ses élèves, il fut actif, dévoué, de bon conseil et donna une vive impulsion à leurs travaux. C'était un véritable changement à vue qui s'opéra en lui et qui frappa vivement son entourage.
Ses hautes qualités s'affirmèrent encore, lorsqu'il fut appelé à remplacer, le i^r décembre 1880, Victor Massé au cours de haute composition. Les triomphes qu'obtinrent ses élèves dans les concours donnèrent la mesure de sa science et de son influence.
Citons, pour mémoire, les Contes d'Hoffmann, que le maestro Offenbach avait laissé inachevés et qui furent terminés par Guiraud. Du lo février 1881, jour de son apparition sur la scène de rOpéra-Comique, à l'année 1886, cette pièce n'eut pas moins de cent-trente et une représentations. Une partie du succès ne doit-elle pas être attribuée à celui qui y mit beaucoup du sien, surtout dans l'orchestration?
Le compositeur devait clôturer la série de ses œuvres dramatiques par Galante Aventure, opéracomique en trois actes, donnée le 23 mars 1882 à la salle Favart. Le scénario, de MAL Dav3'l et Silvestre, était languissant, sans intérêt; l'œuvre ne réussit point et ne put dépasser la quinzième représentation.
En l'année 1891, il était appelé à remplacer Léo Delibes à l'Institut.
Ses travaux de professorat ne l'empêchaient cependant point de se livrer à la composition. Il fit plusieurs tentatives pour donner à sa muse un vol plus élevé, rêvant aux beautés du drame lyrique. N'avait-il pas entrepris une œuvre importante, Le Feu, sur un poème de Gondinet, qui fut interrompue par la mort de son collaborateur et dont il ne survécut que plusieurs Danses persanes, jouées assez souvent dans les concerts ?
Une circonstance plus heureuse le mit à même de travailler à un sujet à la fois historique et pathétique, tiré de l'ouvrage d'Augustin Thierry : Les Récits des temps mérovingiens. Cette nouvelle œuvre, qui devait porter le titre de Bninehild, le passionna; il y travaillait sans relâche, surtout dans cette petite villa assise aux bords de la mer, à Vimereux, pendant les deux mois de loisir que lui laissaient ses cours. Les trois premiers actes étaient déjà achevés, lorsque la mort le foudroya. Le vendredi 6 mai 1892, il causait dans le cabinet de M. Emile Réty, secrétaire général du Conservatoire, et s'entretenait du concours d'essai du prix de Rome, qui devait avoir lieu le lendemain, lorsqu'il roula brusquement à terre, frappé par une attaque d'apoplexie. Il n'était plus. Ainsi disparaissait, n'ayant pas atteint sa cinquantecinquième année, un homme dont la vie n'avait été que bonté, délicatesse et droiture et qui fut pleuré par tous ceux qui le connurent.
D'un article ému, qu'écrivit après sa mort M. Alphonse Duvernoy, nous relèverons les lignes finales : « Pour ma part, je n'ai jamais connu d'artiste moins intéressé que Guiraud, je n'ai jamais
rencontré une nature plus loyale que la sienne. Il ne savait pas refuser un service. On abusait de lui et il ne semblait pas s'en apercevoir. A la vérité, il n'était indifférent que pour lui-même, et sa modestie seule égalait sa bonté. En perdant le « bon Guiraud », comme on l'appelait toujours, nous avons perdu le meilleur d'entre nous. Je l'aimais tendrement, et tous ceux qui l'ont approché l'aimaient comme moi. »
Ce touchant hommage rendu à la mémoire d'un ami par un confrère résume bien l'opinion de tous les musiciens.
M. Paladilhe terminait également sa notice par le paragraphe suivant :
« Il était dans la nature charmante et exquise de notre ami d'inspirer des sympathies du caractère le plus touchant et le plus rare; et je ne puis mieux terminer cette courte notice qu'en rappelant qu'au lendemain de sa mort, une réunion de confrères et d'amis se forma spontanément pour veiller après lui sur ce qu'il a laissé de plus cher. »
Nous terminerons nous-méme notre étude en souhaitant le plus vif succès, sur la scène de l'Académie nationale de nmsique, à cette Brunehild laissée inachevée par Guiraud, mais que M. Camille Saint-Saëns, dans un pieux souvenir, a reprise et entièrement mise au point (i).
(i) L'œuvre a été représentée à l'Opéra, sous le titie de Frcdegotide, le i8 décembre i8q5. Les trois premiers actes, esquissés par Guiraud. fuient orchestrés par M. Dukas, les deux derniers par M. C. Saint-Saëns. Le succès se dessina au ballet du troisième acte.
HUGO HEERMANN
|uGO Heermann appartient à cette nation qui estime, à juste titre, que la musique ^^^^^^ est une langue merveilleuse et doit faire partie de l'instruction. Né à Heilbronn (Wurtemberg) le 3 mars 1844, il reçut les premières leçons de violon à l'âge de huit ans, d'un professeur de sa ville natale. Les progrès furent rapides; l'enfant montrait les plus heureuses dispositions pour l'art musical. Aussi put-il, dès la fin de sa première année d'études, se faire entendre dans un concert de bienfaisance. Il était du reste à bonne école, sa mère ayant un réel talent comme pianiste et cantatrice.
En l'année i854, Rossini, qui prenait les eaux à Wildbad, entendit le jeune virtuose. Etonné de ses heureuses dispositions, il conseilla à sa famille de le faire admettre au Conservatoire de Bruxelles et le recommanda lui-même à Fétis. Admis dans la classe de Meerts, Heermann suivit son enseignement pendant une période de trois années et fut assez heureux pour remporter le premier prix de violon. Succès oblige. Aussi ne s'endormit-il pas sur ses lauriers ; il se livra à un travail assidu
et prit les conseils des grands virtuoses de Bériot^ Vieuxtemps, Joachim, Léonard.
Son séjour à Paris ne dura pas moins de troisannées, pendant lesquelles il se perfectionna dans l'étude du violon et, en même temps, dans celle dela langue française.
Ce fut le succès qu'il remporta à Francfort-sur- Mein en i865 qui décida de son avenir. Il fut immédiatement engagé comme directeur des séances de musique de chambre de la Société Muséum, qui donne, tous les ans, douze grands concerts d'orchestre sous la direction de Kogel et douze séances de musique de chambre. Il y fut fort apprécié, devint bientôt premier violon solo de l'orchestre de la Société et fut nommé, dans le courant de l'année 1878, professeur de la classe supérieure de violon au Conservatoire fondé par le docteur Hoch.
Heermann s'est donc installé à Francfort, la patrie de Gœthe, dans cette cité si gaie, si riante, une des plus captivantes de l'Allemagne du Sud.
11 ne s'en est absenté que pour se faire entendre soit dans certaines villes d'Allemagne, soit en Suisse, en Hollande, en Autriche, en Angleterre et même en France. C'est ainsi qu'on se rappelle l'avoir entendu souvent à Paris, notamment aux Concerts Colonne, en 1880, exécutant le beau concerto de Beethoven, au Conservatoire, le-
12 août i8g5, dans la même œuvre, et enfin aux Concerts Lamoureux. Le 3i janvier i8gi, il jouait, au sixième concert d'abonnement de la ville de Genève, le concerto no 22 de Viotti, la Bourrée de Bach, un nocturne d'Ernst et la Fantaisie appas-
sionata de Vieuxtemps. Il recueillit également de nombreux applaudissements au concert de la troisième journée du soixante-dixième Festival rhénan donné à Dùsseldorf en i8g3, etc.
Le quatuor de Hugo Heermann, si apprécié à Francfort, s'est fait connaître avantageusement à l'étranger. Il est ainsi composé : M. Hugo Heermann, premier violon; Bassermann, second violon; Koning, alto, et Hugo Becker, violoncelle. On l'a entendu à Paris, à la séance de la Nouvelle Société philharmonique, le i3 décembre igoi, où furent exécutés le quatuor en la mineur de J. Brahms et le quatuor en mi bémol majeur de Beethoven. M^^ Clara Schumann, la veuve de l'illustre maître de Zwickau et célèbre interprète de ses œuvres, a souvent donné son concours aux séances du Quatuor Heermann. Brahms, Raff, Max Bruch, Sarasate ont toujours été les fidèles de Hugo Heermann; c'est à lui que Sarasate a dédié deux de ses Danses espagnoles.
Le jeu de Hugo Heermann est absolument classique; il est de l'école de Joachim. Puissance et beauté du son, pureté du style, grande fidélité dans l'interprétation des maîtres, voilà les qualités principales qui ont valu à ce grand violoniste une réputation justement méritée.