‹ Médaillons contemporainsChapitre 32 sur 35 · TAFFANEL (CLAUDE-PAUL · texte numérisé non relu

TAFFANEL (CLAUDE-PAUL

oici encore un musicien, un chef d'orchestre, et non des moindres, qui a vu le jour dans la capitale de la Gascogne. S'il n'a pas, comme ses compatriotes Colonne et Lamoureux, révélé de bonne heure ses aptitudes •en tant que chef d'orchestre, il s'est fait rapidement et dans le monde entier la réputation d'un des plus grands virtuoses sur la flûte qui aient jamais existé. Jamais, dans les plaines de l'heureuse Arcadie, le berger Tityre ne fit résonner plus mélodieusement ses légers pipeaux que Tafianel ne modula en toute perfection les airs tendres ou sévères sur les rives de la Seine. Depuis qu'il a commencé son apprentissage, à l'Opéra, dans la direction de l'orchestre comme troisième chef et, surtout, depuis qu'il a débuté, en qualité de premier chef, à la Société des Concerts, après la retraite de J. Garcin, ses •qualités se sont rapidement dévoilées, et l'opinion publique a su reconnaître en lui un musicien de premier ordre doublé d'un virtuose.

Pauf Tafifanel est né à Bordeaux le i6 septembre 1844. Si nous remontions aux origines,

nous trouverions résolue la question d'atavisme ; son grand-père était luthier et son père professeur de musique. Ce dernier surtout possédait les facultés d'assimilation les plus incroyables; il jouait de tous les instruments. Ayant exercé les fonctions de premier cornet à pistons pendant quinze années au théâtre de Bordeaux, il avait été également chef de musique de la garde républicaine de cette ville. Le milieu était donc des plus favorables pour le développement des dispositions que montra de bonne heure Paul Tafïanel pour l'art musical. Son père l'initia aux premiers principes de la flûte et un professeur, du nom de Schad, au mécanisme du clavier. En outre, un' amateur distingué, M. Paul Guercy, ami de Dorus et qui avait appris la flûte avec Guillou, lui donna les plus excellents conseils. Ce fut à l'âge de sept ans que le jeune Paul commença l'étude de laflûte; à neuf ans, il faisait déjà ses débuts en public dans un grand concert organisé à La Rochelle.

Mais un champ plus vaste était nécessaire au précoce artiste pour voir s'accroître ses facultés natives. M. Paul Guercy lui donne une lettre de recommandation pour Dorus, et le voilà parti, dans le cours de l'année i858, pour Paris. Dorus l'accueille à bras ouverts, lui donne d'utiles leçons et le fait entrer dans sa classe au Conservatoire: le 5 janvier 1860, époque de sa nomination comme professeur dans cet établissement. Dès la première année, Paul Taffanel remporte le premier prix de flûte et entre en même temps dans la classe de Reber, où il obtient, en 1862, le premier

prix d'harmonie et, en i865, celui de contre-point et de fugue. Ce fut donc avec Reber qu'il fit toutes ses études musicales, et il fut le condisciple de J. Massenet, qui, plus ancien que lui dans la classe, lui donna sa première leçon.

Aussitôt après l'obtention du premier prix de flûte (1860), il se fait recevoir à la Société des Jeunes Artistes, dirigée par Pasdeloup à la salle Herz, et, lorsque ce dernier fonda les Concerts populaires au Cirque d'Hiver, il l'y suivit et ne donna sa démission que dans Tannée 1866, époque de son entrée comme soliste à l'orchestre du Conservatoire. Mais il faisait déjà partie de l'orchestre de rOpéra-Comique depuis 1862, et il était entré à l'Opéra, sous la direction de George Hainl,en 1864. La place de premier solo lui fut donnée en 1876.

Un acte important dans la vie de Taffanel fut la création, en 187g, de la Société de musique de chambre pour instruments à vent, avec le concours de MM. Gillet, Turban, Grisez, Espaignet.... Au Conservatoire, les artistes jouant les instruments à vent n'ont pas de littérature musicale ; en dehors de la technique de l'instrument même, ils ignorent la plupart du temps les belles pages des maîtres. Autre lacune : ils ne se réunissent pas en société^ n'ont donc jamais appris à attaquer sans le concours des instruments à cordes et ne peuvent o'otenir de valeurs exactes. Tafianel, se rendant compte de ces lacunes, comprit le bénéfice qu'il y aurait, pour les instruments à vent, à perfectionner leur jeu en se groupant pour exécuter des pages écrites spécialement pour eux, sans le secours des cordes. Le résultat acquis dès la.

première année fut si remarquable, que la Société -dut se faire entendre non seulement à Paris et en province, mais encore à l'étranger. Des concerts ■donnés à Strasbourg, Mulhouse, Genève, Lausanne, Berne, Francfort la firent apprécier à sa juste valeur. Aussi ce fut sur son modèle que M. Gevaert fonda celle qui existe actuellement au Conservatoire de Bruxelles. Mais un autre avantage que Taffanel retira pour lui-même de la création de la Société de musique de chambre pour instruments à vent, fut l'apprentissage du métier de chef d'orchestre. Tout en faisant sa partie, il menait pour ainsi dire la petite phalange et prenait le plus vif intérêt à la lecture des partitions. Aussi, lorsque, le 25 janvier 1890, à l'Opéra, il monta au pupitre en qualité de troisième chef pour conduire Faust, c'était, il est vrai, la première fois qu'il se trouvait à la tête d'un orchestre; mais il s'était peu à peu familiarisé avec le métier, et, les dispositions natives aidant, il se trouvait en état d'être un batteur de mesures -excellent.

Il en donna une preuve bien plus éclatante quand, à la suite du vote des membres de la Société des Concerts, il fut appelé, le 3 juin 1892, à remplacer au Conservatoire Jules Garcin, qui avait pris sa retraite. Sur quatre-vingt-sept votants, il eut pour lui quarante-huit voix. Nous citerons ici les ïignes que nous consacrions à son début : « Une certaine émotion régnait au Conservatoire le dimanche 27 novembre 1892. C'était le premier concert de la saison 1892-1893 (soixantedixième année depuis la fondation), et M. Paul

Taffanel prenait le bâton de commandement. On se demandait comment le virtuose impeccable dirigerait cet admirable orchestre (si facile, du reste, à conduire), bien qu'il eût déjà fait ses preuves comme troisième chef à l'Opéra. M. Paul Taffanel a complètement réussi. Un peu fiévreux au début, il a révélé des qualités qui font bien augurer de sa direction. Il est très maître de lui, conduit avec beaucoup de désinvolture, sans effets à côté, et il a su prendre tout de suite une grande autorité sur sa vaillante phalange. M. Taffanel n'est pas seulement un excellent batteur de mesures, mais encore et surtout un savant et intelligent musicien, et nous sommes assuré qu'au point de vue du choix des œuvres à exécuter, il suivra la voie si bien indiquée par son aimable et érudit prédécesseur, M.Jules Garcin. » Aux séances suivantes, le succès ne fit que s'accentuer. Les auditions de la Messe solennelle en ré (i5 janvier i8g3) et du troisième acte de Tannhduser (26 février 1893) furent des plus remarquables.

Aussi, lorsque Ed. Colonne manifesta l'intention de se démettre de ses fonctions de chef d'orchestre de l'Opéra, Paul Taffanel fut tout naturellement désigné pour le remplacer [V^ juillet i8g3).

Fondateur de la Société nationale de musique avec Saint-Saëns, Bussine, Franck, Théodore Dubois, Garcin, Guiraud... (1871), il fait également partie de la Société des Compositeurs, qui a couronné son Quintette pour instruments à vent.

Des voyages à l'étranger, surtout ceux entrepris en Russie dans les années 1887 et i88g, ont encore accru sa grande réputation de virtuose. Le

gouvernement français a récompensé ses mérites en lui accordant, en 1889, la croix de chevalier de la Légion d'honneur et, en 1900, celle d'officier.

Les exigences du théâtre, des concerts, du professorat l'ont peut-être empêché de se livrer aussi complètement qu'il l'aurait désiré à la composition. On a de lui un Quintette pour instruments à vent, que nous avons déjà mentionné, et diverses fantaisies et transcriptions pour la flûte.

Le talent de Taffanel sur la flûte se fait remarquer par une pureté de son, une distinction, un velouté extraordinaires, et par une interprétation magistrale des œuvres des maîtres. Les traits sont enlevés avec un brio et une sûreté vraiment remarquables. Nous croyons pouvoir affirmer, sans être taxé d'exagération, que son jeu est la perfection même.

Ses doubles fonctions de chef d'orchestre à l'Opéra et à la Société des Concerts l'empêcheront, malheureusement pour ses admirateurs, de se faire entendre comme instrumentiste aussi souvent que par le passé.

Depuis l'année 1901, Taffanel a donné sa démission de chef d'orchestre de la Société des Concerts. Seules, des raisons de santé ont motivé cette retraite. M. Georges Marty lui a succédé.

INDEX des noms cités dans le volume

Adam de la Halle. m, 112 Aicard (Jean). 243

Alard (Delphin). 214, 254, 341, 342, 343, 349, 35o, 353 Alembert (D'). 3o2

Allais. 3i2

Allard. 200

Alvarez. 98

Amable. i3o

Amiel (Frédéric). 7 à 20

Arban. 376

Armingaud. 254

Arnaud (Simone). 174, lyS, 189 Artot (Alexandre-Joseph-Montagney). 333, 334

Artot de Padilla (Mme). 334 Artus. 90

Astruc (Zacharie) . 238

Auber. 48, i63, 209, 254, 287 Auffray (M'ic). 173

Auge de Lassus. 142

Bach (Jean-Sebastien). 12, 21, 106, 125, i38, 201, 2i5, 221, 287, 296, 323, 325, 372 Badiali. 270

Bavard (César). 122

Baillot (René). 271

Balbreck. 358

Banville (Théodore de). 387

Barbereau. 288

Barbier (Jules). 121

Barrias. 118

Barwolf. 353

Baschet. 228

Bassermann . 297

Baudelaire (Charles). i53, 242

Baudouin. 3oi

Baume. 216

Bazille. 238

Bazin (François). 208,366

Béarn (comtesse de). i33

Beaulieu (Marguerite de). 42

Becker (Hugo). 297

Beethoven. 12. i5, 28, 33, 34,

Belhomme. 90, 164, 184

Bénéditte (Léonce). 236,237

Benoit (Camille). 23, 232, 239

Benoist (François). 22, 208

Béraldi (Henri). 64

Bériot (Charles de). 255, 296,

Berlioz (Hector), 12, 10, 17,

Bernard (Emile). 21

Bernicat.

Berthelier.

Berthet (Mlle).

Berton (Pierre).

3ii

Bertrand.

Beyer.

Beyle (Léon).

Bezozzi.

Bianchini.

Bizet(Georges). 27448,68,

Blamont .

Blanchemain (Prosper).

Blau (Edouard), 49

Blémont (E.).

Bloch.

Boccherini .

Boëllmann (Léon).

Boïeldieu .

Boisseau.

Bonnat .

Bonnier (Elzéar).

Book.

Bordes-Péne.

Bornier (Henri de).

Boucher (François).

3oi

Bouhy.

Bourbon .

Bourgault-Ducoudray

Bourget (Paul). 7,8,

Bouvet. 80, 90,

Bracquemond .

Brahms (Johannès).

Brassac .

Bridoux.

Bruant (Aristide).

Bruch (Ma.\) .

Brument.

Bruneau (Alfred). 77a 112

Brunel.

Brunellesco .

Brunet-Lafleur (Mme),

Bulow (Hans de).

Burney.

Bussine.

Buziau.

Cabel (Marie). 349-

Gain (Henri). 174, ig3, 194, 199, 265, 277, 377

Callot (Jacques) , Campra (André).

Capoul (Victor).

Carafa (de Colobrano) .

Carbonne.

Carignan (prince de) .

Cariez (Antonin).

Caron (Mme).

Carpézat.

Carrache .

Carré (Albert).

3o8 i3oii6à i36,

Carré (Michel) . 121

Carvalho i23, 174, i83, 268

Castro (Guilhem de). 48

Cazeneuve. 200

Céard (H.). 81

Chabrier (Emmanuel). 23, 58,

Chaminade (Mlle). 322

Champfleury. 242

Charbonnel (Pierre). 314

Chardin(Jean-Baptiste-Siméon;

Charpentier (Gustave). 80, 82,

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