‹ Médaillons de poètes, 1800-1900Chapitre 36 sur 52 · JEAN LAHOR · texte numérisé non relu

JEAN LAHOR

Et d'abord je pourrais vous apprendre, si vous l'ignorez, que Jean Lalior n'est qu'un pseudonyme comme Pierre Loti, un peu moins doux et un peu plus sonore, que Jean Labor se nomme dans la vie civile Henri Cazalis, lequel est médecin, et fut parnassien, si l'on en croit du moins les triolets C^) célèbres sur ((TEntresol du Parnasse », dont voici le cinquième :

Sully Prudhomme et Cazalis

Se tiennent près de Lafcnestre,

Theuriet compare à des lys

Sully Prudhomme et Cazalis.

Cazalis venant de Tidis

Serre la main d Armand Silvestre.

(1) L'Illusion, 1 vol. Collection Elzévirionnc. - Lcinorre, éditeur»

(2) Us sont du poète Gabriel Marc et sont cités par M. Catulle Mendès dans la Légende du Parnasse contemporain.

Sully Priulhomme et ('.azalis Se tiennent près de Latenestre.

Et codimeiit Cazalis vient-il de Tiflis ? et pourquoi serre-t-il la niain d'Arïuand Silvestre ? Est-ce seulement par et pour la rime ? Je crois que c'est aussi parce que Tiflis est en Asie, du cote de la Perse et sur le chemin de l'Inde, et que ces deux poètes, Silvestre et Cazalis, ont débuté Tun et l'autre par des poèmes lumineux et charnels, c'est-à-dire plus ou moins persans ou hindous. Comme un fils de ZoroastrCj Cazalis a dédié un hymne au soleil:

O Soleil, le premier et le dernier des Dieux, Qui tiens sous ton amour la Terre frémissante, Vêtu de pourpre et d'or. Roi toujours radieux, O Soleil, je te chante...

Et comme un fils de Brahma, il s'est abîmé en des rêves contemplatifs et vohiplneux :

Songe d'un soir d'été, de caresse infinie ; — Se perdre dans le large océan de la vie, Et dans ses flots noyé, bientôt ne plus sentir Que la lente douceur de s'y fondre et mourir! Rêver que Ton est fleur, plante, l'oiseau qui vole. Ou le vent, ce vent chaud qui passe, et, pour parole^ Qu'on a son chant qui berce et son baiser qui fuit !... Etre la mer qui bout toujours, crée et fermente !... Devenir toute chose où tremble uneame aimante, De l'herbe qui palpite à l'étoile de feu ! Sentir en soi s'ouvrir le cœur vague d'un Dieu !

[Rêverie panthéiste.)

Ainsi nous avons déjà une indication sur ce poète. Quoique né à Paris, il est Asiatique d'inspiration ; et quoique épris de la beauté, son rêve neséjourne pas longtemps en Grèce, caria beauté qu'il aime est plus enivrante qu'intellectuelle, et le Soleil qu'il cliante n'est pas Apollon, étant une source de désir plus encore que de lumière. Ce poète francbit par-dessus Hellas pour atteindre le paradis persan, pays des roses, et surtout le paradis bindou, pays du lotus :

Médite sur la fleur divine du lotus, Cette image du monde.

Persan, Cazalis exliale quelques-unes de ses plus brûlantes élégies, brûlantes ou parfois très nobles — voir la Bénédiction du Mariage persan, — et se divertit à traduire les quatrains du vieux poète Algbazali, un de ses devanciers et peut-être de ses ancêtres, car un généalogiste superstitieux ne manquerait pas de faire ressortir la ressemblance entre Algbazali et Cazalis. Indou, Labor s'occupe à écrire son Histoire de la littérature hindoue^ et surtout s'occupe à jouir des formel-;, des splendeurs, des odeurs, des langueurs, de toutes lescbères et vaines « apparences », universelle (( illusion », mais si douce ! Il correspond, il communique avec toute la Nature; plus encore, il s'absorbe et se dissout en elle, en elle

qu'il salue et qu'il bénit couinie une tombe autant que comme un berceau :

Pareille en ton caprice aux reines d'Orient, Etrange déité, qui fais en souriant Mourir ceux qui venaient de reposer leur tête Sur ton corps adorable, étonnés de la fête Offerte à tous leurs sens par ton bizarre amour ; Reine, malgré la mort, quand se lève le jour, Malgré ta cruauté tranquille, et les mensonges De tes bras repliés pour enlacer nos songes. De tes bras noirs faisant une aimante prison, Avec tes grands regards d'azur pour horizon... Pour tes regards d'azur, pour la chaude caresse De ton sourire d'or, pour l'orgueil et l'ivresse Qu'une heure j'aurais bus à tes lèvres de feu, Pour les splendeurs de ton palais au plafond bleu. Pour la claire musique et la pure lumière De ta beauté, toujours en sa fraîcheur première, Pour le son féminin et le chant de ta voix, Pour tes baisers, le soir, dans la langueur des bois, Je t'aime, et te bénis de m'avoir donné l'être. D'avoir fait qu'un instant je te visse apparaître Dans le rayonnement de ton corps adoré, — Au risque du néant, dont tu m'avais tiré !

[A la Nature.]

Ce poète est donc un pantbéiste, comme on disait In'er, ou un naturiste, comme on dit plutôt aujourdhui. La jeune école d'eslbetes qui a, je crois, iuveuté le mot, se figurait avoir inventé la chose. Ils oubliaient sans doute les poésies de Jean

Lahor, et aussi le poème de Lucrèce qui bien avant le Parnasse et le Symbolisme avait magnifiquement invoqué la Nature, « volupté des liommes et des dieux ». Et lui-même, l'auteur du De Rerum Natura, n'avait-il point été précédé par les penseurs grecs qui avaient écrit des ::£?'. 96730); ? Rien de plus vrai que la première pensée de La Bruyère, surtout si l'on transforme le dernier mot : « Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui sentent. » L'originalité de Jean Lalior en est-elle diminuée? Point du tout, car rien n'est plus personnel qu'une sensation. Une idée s'emprunte, se transmet: une sensation jamais. Nous l'éprouvons, non parce que des milliers d'êtres l'ont connue avant nous, mais parce que nous sonniies.

Et parmi nous, les uns sont sensibles, et les autres peu. Or, Jean Lalior est une des sensibilités contemporaines les plus frissonnantes et les plus vives. Il a les désirs d'un homme et les nerfs d'une femme. Il est un clavier toujours en murmures, en état de frémissement...

Et aussi en état de tristesse : c'était fatal. L*im mense désir n'est que l'immense inassouvissement. Tous les prêtres de», la Vénus naturiste furent de grands attristés. Attristés d'être irrassasiés, et surtout d'être intelligents. L'animal a la première tristesse, l'homme seul a la seconde.

L'iiomme seul, comprenant, comparant, peut condenser en lui toute la mélancolie de l'univers, en lui et en ces trois strophes:

La pierre était triste en songeant au chêne Qui, libre et puissant, croît au grand soleil, Lutte avec les vents que l'hiver déchaîne, Et frissonne et rit quand l'air est vermeil.

Le chêne était triste en songeant aux bêtes Qu'il voyait courir sous Tombre des bois. Aux cerfs bondissant, et dressant leurs têtes Et jetant au ciel des éclats de voix.

La béte était triste en songeant aux ailes De l'aigle qui monte à travers le bleu Boire la lumière à pleines prunelles.

— Et riiomme était triste en songeant à Dieu.

[Tristesse des Choses.)

Ainsi, de toutes ces tristesses instinctives répandues par le monde, l'homme fait une tristesse intelligente, et par suite, une intelligente pitié. En effet, si tout souffre, tout par suite mérite la compassion. Etres éphémères, résignons-nous à l'inévitable, en songeant à nous ; mais ne nous résignons pas à la dureté, en songeant aux souffrances des autres. Sérénité, en regardant nos maux, douceur, en regardant ceux d'autrui : telle est la religion de Bouddha, et... de Jean Lahor,car cet Hindou ne pouvait manquer d'être un bouddhiste.

Son évolution est-elle aciievée? Pas encore. Il finit par être un stoïcien. Il exalte l'énergie^ Théroïsm'ej la sainteté, dans le groupe ultime de ses poèmes, qui n'est pas le groupe le moins beau. Mais comment passer de Bouddha à Zenon ? En se conti'edisant ? Ce n'est pas sûr: car le je ne sais quoi qui disait au poète : (( Aime ceux qui souffrent » lui dit aussi : (( Lutte contre la souffrance ». •

La résignation et la pitié sont des vertus cliarinantes, niais non suffisantes. Sans elles, un peuple se meurt dans la barbarie ; avec elles seules, il se meurt dans l'inertie. Il faut aux nations des charmeurs et des artistes : il leur faut surtout des héros :

Accomplis ton devoir, car la beauté suprême, Tu le sais maintenant, n'est pas celle des corps ! La statue idéale elle dort en toi-même, L'œuvre d'art la plus haute est la vertu des forts.

L'humble héros qui lutte et qui se sacrifie, S'offrant à la douleur, à la mort sans trembler. Seul t'apprendra les fins augustes de la vie. Et c'est à celui-là qu'il te faut ressembler.

[Vers dorés.]

Mais ce (( je ne sais quoi » qui dicte au poète celte aflii'mation (inale, qu'est-ce que cest donc, sinon la coiLscience. Oui, Thomme n'est qu'une goutte d'eau qui se perd dans l'océan des ciioses.

une goutte éphémèro, mais non « inconsciente »5 quoi qu'en dise Lalior. Ce rien, la conscience, met un abîme entre elles et toutes ses sœurs de l'abîme. Sur ce rien, vous rebâtissez toute la cite morale; mais sans ce rien, demeure expliquée cette protestation suprême de ce poète naturiste contre la nature :

Tu peux donc mépriser notre poussière humaine, J'aurai du moins l'orgueil que mon ame est sans haine, Et que notre misère a su créer un jour,

Ce qui ne se voit point en tes mornes abîmes, La vertu, la pitié, les tendresses sublimes, Et Fabsolu du beau, du juste et de l'amour.

[Créations humaines,]

Si l'homme n'était que matière, il ne protesterait pas contre la matière. C'est donc qu'il existe en lui une parcelle divine de spiritualité ; et cela, du moins, n'est pas 1' (( illusion », Jean Lahor, ce naturiste, ce bouddhiste, est aussi, — qu'il le veuille ou non, — un spiritualiste. Et c'est là sa grandeur. Enfin, à travers toutes les étapes, il est toujours poète. Et c'est là son charme. Il n'est pas le premier que tente chez nous la poésie philosophique. Chénier, Vigny, Leconte de Lisle l'avaient abordée avant lui. Il n'est pas indigne de ces maîtres, sans leur ressembler d'ailleurs. Il porte en ces matières, si dif-

ficiles à mettre en vers, sa souplesse et sa grâce. Et sans doute après lui aussi, ni la difficulté n'est complètement vaincue^ ni le sujet n'est épuisé, mais Jean Lahor peut dire à son tour :

J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.

GUSTA VE ZIDLER (i)

Poète-philosophe, regarde le poète que je te donne pour voisin. Il n'est pas célèbre, et son talent, inconnu du grand public, méconnu des grands critiques, n'est encore apprécié — mais vivement apprécié — que dans un cercle d'amis et de lettrés ; il n'est pas virtuose, bien qu'il sache au besoin manier le vers avec dextérité et qu'il ait dans ses deux premiers volumes des sonnets impeccables ou d'ex(|uises ballades : il n'est pas compliqué, et laissant à d'autres les sentiers inexplorés, difficiles, il prenait la grande route, bien unie, bien banale, mais blanche et droite, et tandis que tu demandais à de lointaines civilisations et à de hautaines métaphysiques la solution des grands problèmes de la destinée, il la cherchait tout simplement et la trouvait dans Tantique

(1) Œuvres poétiques : Le Hochet d'Or. - Armand Colin, éditeur; La Légende des Ecoliers de France^ Hetzel, éditeur ; Le Livre de la douce vie. -- Société française de Librairie et d'Imprimerie.

prière qui commence par « Notre Père » et finit par « Ainsi soit-il ».

Aussi, ce soir, avant que ta mère t'embrasse, Enfant, redis ces mots chers à la vieille race, Qui savent mieux unir la terre avec le Ciel ! Que je sente s'ouvrir Taile de l'Espérance, Entendant s'égrener sur ta lèvre de miel, La prière du Christ en syllabes de France !

[Anlique prière. J

Donc, poète-philosopliCj ce poète chrétien ne te ressemble point du tout au premier coup d'œil. Et pourtant, je devine que vous pourrez vous entendre et vous estimer, parce que tu aimes les beaux vers écrits en « syllabes de France » et qu'il en a de très beaux, parce que tu as l'âme hospitalière et charmante, et qu'il Ta déférente et fraternelle, et aussi parce que, séparés au point de départ et môme tout le long- de la route, vous vous rencontrez au point d'arrivée, sinon dans les croyances pieuses, du moins dans les certitudes morales. Et toi-même, à la fin de ton livre Villusion^ n as-tu pas çà et là quelques noies d'esprit chrétien? Et lorsque dans Paroles Evangé ligues tu écris :

Avec ta divine langueur,

O Jésus, il faudrait ton cœur,

Et pour tant d'êtres qu'on repousse, Faire aussi son ame très douce,

ne sembles-tu pas sympathiser d'avance -avec Le Livre de la douce vie ?

Toutefois, ce livre n'est pas un poème de « langueur )), mais de foi robuste et de certitude active. Ce n'est pas non plus un poème de désenchantement ascétique. Rien ici de Renan ; rien non plus ou presque rien de l'auteur de \ Imitation de Jésus-Christ, Gustave Zidler n'est pas un néo-chrétien ou le chrétien des cloîtres : c'est le chrétien du foyer.

Le Foyer : il y trouve l'image des ancêtres qui montre aux fils la table frugale oii la fainille communie de siècle en siècle.

J'ai pris place à la table obscure, où nos Anciens A leur soif ont versé l'eau fraîciie de l'argile, Et, sans faste, rompant le pain de l'Evangile, J'en ai fait le partage en toute joie aux miens...

(La Maison de V Ancêtre.)

Il y introduit Vépouse, qui réjouit et qui sanctifle. Gustave Zidler ose chanter en vers l'amour conjugal. Il brave le préjugé qui n'attache de la poésie qu'aux passions aventureuses. Il le brave et vraiment peut le détruire par des vers mystérieux et graves comme ceux-ci:

Ici, chez mes parents, tu n'es pas l'étrangère

Qu'on n'admet au foyer qu'avec crainte et soupçons,

Mais sous ce toit modeste où nous les remplaçons, Chaque chose un peu vieille, ainsi qu'à moi, t'est chère.

Du fauteuil qui souvent les a vus méditer, Où la pai': descendait dans leur ame meilleure. Que notre cœur écoute, entre le chant des Her.res, Comme autrefois pour eux, l'horloge chuchoter !

Aimons surtout, aimons sous l'humble crucifix. Le lit massif, gardien des justes hyménées. Où devaient s'accomplir nos bonnes destinées. Où, né moi-même, j'ai vu naître tous nos fils...

Et veillés par tous ces souvenirs de bonté. Endormons-nous, priant, sous Taile des Mystères, Avec les mouvements de lèvres de nos mères. Pour que le Seigneur nous garde en sa volonté !

[La Veillée des SoiwenirsJ

Bientôt, il y voit entrer \ enfant qui sanctifieramour et éternise le bonheur, l'enfant à qui il avait consacré ses deux premiers volumes de vers, le Hochet d'or, qui montrait les premiers sourires de l'enfant et ses premiers gestes dans la vie ; La Légende DES Ecoliers de Frange — un beau livre déjà — qui devait guider ses premiers pas dans Tétude, l'histoire, le patriotisme. Puis, entre temps, au cher foyer, il reçoit la visite de VamL Oh! les jolis vers d'amitié écrits par Gustave Zidler! et hien heureux qui les a pensés, et aussi qui les a mérités. Et tout à côté, les beaux vers de gratitude écrits par le maître du foyer sur la servante ! sur

cette humble femme qui, donnant son cœur, n'est point payée suffisamment parle salaire d'argent, qui se dévoue à la famille des autres, aux enfants des autres, et d'où monte, du matin au soir, une leçon d'abnégation. Enfin , dans cette « closerie du bonheur » où il a lo^é la tendresse, le devoir, le travail.

Les goûts sobres et purs d'un modeste convive, Le pain quotidien de la bonne santé,

un jour, il verra entrer hi Mort, mais comme une amie, puisqu'elle mène à Dieu, c'est à-dire au Père :

Me voici prêt, Seigneur ! Votre main paternelle, Marquant mes membres las de son signe béni. Puisque déjà m'arrive un souffle d'infini J'appareille pour la traversée éternelle.

Mais pour vous mieux atteindre, il faut un viatique

A l'Ame, pour ne point paraître devant vous

Les mains vides, pour vous honorer à genoux

J'ai pris les pauvres dons que mon cœur revendique.

J'ai pris avec moi mes sincères repentances. Mes efforts pour dompter le vice combattu, Des pitiés, des pardons, — moins que de la vertu, Mes désirs purs souvent restés simples tendances.

Et puis encor? Des pleurs, parfois trop tôt calmés, Mes soufïrances, mes deuils, de timides mérites,

Des choses dans l'oubli que vous aurez inscrites, Des riens vus de vous seul, tels que vous en aimez.

Et puis encor ? D'obscurs travaux, quelque tendresse,

Une vie employée avec simplicité ;

C'est bien peu pour prétendre à votre Eternité,

Mais c'est tout ce que j'ai : Seigneur, je vous l'adresse.

De plus de biens j'aurais voulu vous faire honneur; Mais ce qui manque encor votre bonté le prête, Et j'attends, confiant .. Voici ma voile prête : D'un souffle emportez- moi, quand vous voudrez, Sei-

[gneur !

{U Appareillage.)

Et c'est tout. Le livre est fini ; l'étape chrétienne est achevée. Chrétienne en effet; et c'est là qu'est la nouveauté^ la beauté de cette poésie. Certes, l'Evangile fut à la mode chez nos rirneurs, ces dix dernières années; mais^ visiblement, ils en avaient la nostalgie plutôt que la pratique. C'étaient des rêveurs plus que des croyants : ou parfois c'étaient des croyants, mais sans être des poètes. D'une part, nous avions le désir sans la foi et les actes ; d'autre part, nous avions la lettre sans Vesprit, l'orthodoxie sans la douceur, la fleur desséchée sans la grâce et le parfum. Leurs lèvres étaient catholiques, et leurs ànies restaient inhumaines. Gustave Zidler est un chrétien d'affirmation, mais aussi de cœur. Par moments sans doute, je lui voudrais

moins de calme : il semble trop ignorer nos angoisses sociales. Mais n'a-t-on pas dit que la réforme sociale n'était possible que par la réforme morale ? Sauvez la famille, vous sauvez la société, et vous sauvegardez une des sources de poésie les plus pures, les plus profondes... elles plus ignorées.

UNE PLÉIADE DHUMANISTES

Au firmament des poètes contemporains, j'aperçois comme une pléiade d'humanistes, étoiles de moyenne grandeur, mais à Ja clarté pure et sûre, directrice et civilisatrice. Ces poètes en effet laissent deviner dans tous leurs vers leur fine civilisation d'âme. Ils habitent souvent en pensée, par le regret ou le désir, TAlhènes de Phidias, la Rome de Marc-Aurèle, la Florence des Trécentistes et desQuatrocentistes. Leur cœur s'élargit de tous les grands cœurs du passé ; leur inspiration s'enrichit de tous leurs prédécesseurs inspirés. Elle y perd sans doute en nouveauté et en fraîcheur, •mais elle y gagne en variété et en humanité. Ces poètes-là sont généralement peu créateurs ; mais ils sont exquis. On les voudrait plus naïfs, mais eux du moins ne ramènent pas tout à leur province et à leur clocher. Ils savent qu'avant eux il y eut d'autres foyers, d'autres villages et d'autres religions, que le monde ne date pas d'aujourd'hui, qu'il continuera demain, et qu'enfin un amour.

uncultGj même le plus sacré, ne doit pas ressembler à une ignorance ou à un égoïsme. Il faut que la poésie se rapproche de la nature et des simples, et pour ma part je l'aime beaucoup mieux rustique que boulevardière et populaire que mondaine, mais avant tout il importe à ses destinées que derrière l'individu elle atteigne riiomme de tous les temps. Le cœur n'a qu'une patrie, mais l'imagination et l'intelligence peuvent en avoir plusieurs.

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