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Médaillons et camées

Vous connaissez la manie que j'ai d'entasser les documents: J'en ai encombré plusieurs armoires, et ce sont des archives que je fouille souvent. C'est la manie du siècle, il faut la flatter. Et c'est pourquoi, sous une même couverture, j'ai réuni quelques études jusqu'ici éparses çà et là, un peu partout, dans les Revues, — ces tombeaux! — dans les journaux, ces éphémères papiers qui meurent en naissant. Il y a, je le crois, un intérêt réel à rassembler ainsi des jugements inspirés par le caprice, l'actualité, la passion, par des colères ou des enthousiasmes dont il ne reste pas trace.

II A ALUERT SAVINE

Je le fais, et ce n'est peut-cire pas sans regrets, car enfin nos jugements ne sont pas stables: les années les moditienc quand même. Les opinions d'un homme de quarante ans ont passé par bien des laminoirs. On les a fortement combattues, on les a ridiculement louées. Je les donne, telles qu'elles étaient quand je les avais, et sincères, car on est toujours sincère, sur le moment.

J'aurais pu compléter ce que j'appelle mes « Camées », en faire des « Médaillons », et, qui sait? peutêtre des statues. Je ne l'ai pas voulu. Qui, par exemple, aurait mieux connu que moi Maurice Rollinat dont la réputation, jusque-là restreinte aux cénacles pu quartier latin, est éclose en mon modeste logis, où pendant cinq années, il nous charmait chaque mercredi, — ii vous en souvient ? — par ses poésies d'un si haut volj et sa musique si étrangement pénétrante ? Et le philosophe Ernest Hello, si profond, si aigu, si subtil, vous rappelez-vous ses audacieuses conversations avec Barbey d'Aurevilly?...

Mais j'ai voulu garder à ces courts chapitres la saveur de mes premières impressions, si saveur il y a. Je ne suis pas un critique : je suis un passionné : je vois vite, et j'ai la fatuité de croire que je vois bien. Ces Camées sont comparables à l'esquisse, au premier coup de crayon : incorrect, sans doute, hésitant un peu, mal venu parfois, mais presque toujours attrapé, comme disent les peintres.

Je les ai laissés tels qu'ils furent écrits, en des

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