‹ Médaillons romantiquesChapitre 106 sur 121 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

:J08 MKDAILLONS ROMANTIQUES

la faute des édiletirs de la Bioi/raphie <'i je lais tant de jiiauvais vers, mais on a tant de désagréments avec eux. pour leur misérable argent. (luOii finit souvent j)ar ne point avoir, que je suis presque tenté de les planter là avant qu'ils ne le fassent à mon égard, et de me jeter tout entier dans ma chère et stérile littérature.

Victor fait toujours des choses admirables avec une rapidité inconcevalile. Il a fait entre autres une pièce intitulée Rêves, sur son jirojel d'oLiscurilé et de retraite, qu'un pourrait signer Lamartine, mais avec des lettres quatre fois plus grosses qu'on n'en met ordinairement à ce nom. 11 peint le concert universel de toute la natiu"e, ce bruit qui s'élève de la terre, et l'appelle

... I.e roulis du iiiomie Siu- rOcéan (lu ciel.

II veut, dit-il. vivre dans cette retiaite De tous soins délié

< >ul)liaiit. oublié !

Je n'ai rien à vous direde Smithson'non |tlus. Alfred de Musset, ce jeune homme que vous devez avoir vu chez moi, vient de nous révéler un magnifique talent par une scène dramatique en vers qu'il vient de faire. Voilà le plus grand i)laisir. avec celui de votre séjour à Paris, que j'aie éprouvé depuis longtemiis. El vous, (juand pourrai-je admirer de vos vers si originaux et si jileins de verve? Je vous avertis que. si vous allez me faire la guerre j^our m'engager à venir à Angers, je vais batailler avec vous pour vous l'aire travailler; ainsi nous serons en état d'hostilité ouverte... Le Théàlre-Francjais

PAUL FOUCBER 309

est dans ce moment dans la plus Iionible détresse, ce (]ui ne l'engage pas à donner un flowit-o romantique. Nous venons d'en avoir un classique à l'Odéon, où l'on trouve un cinquième acte, mais les quatre premiers!... Le public est devenu tellement plus romantique cpie nous, qu'il ne tient pas com|jto de la scène du dénouement et qu'il ne se porte pas plus à la tragédie de M. Soulié qu'aux tragédies ordinaires...

ô août l.S-28'.

... .l'avais [)Oiiilaiit besoin de vous voir-; je suis triste; le mauvais succès de tous mes travaux littéraires, l'excès du travail que je redouble encore pour métourdir. la fermeture de TOdéoii (pii iiic prive de cette musique quotidienne qui était un enchantement que j'opposais aux maléfices, tout contribue à me donner le besoin de quelques jours d'oubli, de campagne, d'amitié. C'aurait été une guérison (juand ce n'aurait pas été un plaisir.

C'est (laus ce moment comme une fermentation lilléraiic. une fécondation générale i)armi les poètes <pii nous l'utourent. Victor. Alfred de Vigny, Kmiie Descliamps. S.iinte-Beuve. Alfred de Musset, moi. nous travaillons tous. Victor est connue une ci)lonne au milieu de tous et nous jette de tenq^s en tenq)s une Orientale comme un pavé sur des fourmis. Et vous, dont les lettres me désespèrent et me rendt-nt si heureux, parce que je vois beaucoup de talent qui existe et énormément qui pourrait exister, ne répélerez-vous pas aussi le

Page 1