Le Feuilleton des Affiches (TAmjers
tJ. Fragment de leUre inédit.
306 >[ÉDAILLONS ROMAXTlnUES
... Vous VOUS ]jlni!j,nez de n'être pas aimé ni compris. Je vous en dirai aiitanl. De Vigny donne des soirées littéraires et ne minvile pas. On s"obstine à me laisser en dehors de tous les cercles. Vous seul ne répudiez pas ma chute. Mais j'ai de l'orgueil à défaut de talent
Courage encore une fois, faisons-nous une réputation, et alors comme nous rirons de ce monde vain et faux qui riait de nous. Car, si Ton s'élève au-dessus de lui, il n'ose plus vous juger. Il ne condamne que ceux qui sont à son niveau...
... Je ne sais comment je trouve le temps de vous écrire. Je travaille à je ne sais quelle malheureuse entreprise de librairie, qui me rapporte de l'argent conlme à un marchand de littérature. Je n'ai pas le temps de me retourner. Car on a besoin d'argent quand on a un esprit comme le mien, à qui les prestiges des arts sont nécessaires pour lui faire oublier la vie. J'ai vingt plans qui se croisent dans ma tète, vingt sujets en train. Je suis dans une fermentation que vous ne sauriez comment qualifier. J'ai derrière moi une nuit profonde et devant moi des brouillards, mais qui me cachent peut-être le ])ort. Venez donc, que je vous serre contre mon cœur et que je vous dise encOx'e que je fais le plus grand cas de vous et de votre talent. Car j'ai aussi senti l'horrible humiliation de voir fouler aux pieds, sans y regarder, des vers où j'avais mis toute mon âme et employé tout mon savoir-faire. Venez, (|ue je me serre contre vous, que je vous parle tout bas de mes projets, de mes rêves, que je vous lise tout mon fouillis de poé-
sies mal léchées, que vous trouverez très bien. Cela sera faux, mais vous le direz d'un cœur vrai, il me suffît, et
courage :
L"aquilon déchire la voile, La voile sauve le nocher.
Vous voulez voir Xodier : il vous verra avec grand plaisir sans doute; je vous y mènerai. Venez donc; peut-être vous fournirai-je l'occasion de vous battre pour moi dans un parterre. Voilà la moitié de mes secrets. Je vous dirai le reste quand vous viendrez...
Juin 1828 ».
... Comment vous remercier, mon ami, de votre délicieuse lettre où le talent le dispute à l'amitié. Je ne le puis qu'en vous écrivant, et je le fais. Vous trouverez du moins, dans mon griffonnage, une des qualités que j'ai remarquées dans votre si aimable épître. Je vais vous radoter de moi. Il n'y a pas grand'chose, et ce qu'il y a est assez ennuyeux. >Ion article sur Nodier ne passera pas à la Biographie comme trop enthousiaste et trop royaliste, parce ([ue j'ai loué Nodier de son attachement inébranlai)le à une seule et même cause, qui se trouve être celle des Bourijons. Rien de nouveau pour la Coupe des Fiançailles. Du reste, je Unis ces vers dont je vous ai lu le commencement et qui me semblent presque aussi longs à faire qu'ils vous le paraîtront à lire. Mes affaires pécuniaires ne vont pas trop bien et je crois que je vais vivre retiré du monde, conmie Victor Hugo, avec ma poésie, c'est-à-dire en assez mauvaise compagnie. C'est