‹ Médaillons romantiquesChapitre 112 sur 121 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

donner de peine pour arriver seulement à pouvoir vivre. c'est-à-dire à pouvoir souffrir en paix. Et cependant la joie et le plaisir nous prennent quelquefois de force et nous enlèvent pour nous faire retomber de plus haut. Oh! mon ami. mariez-vous, simplifiez votre vie! fixez vos idées et modérez vos désirs ! Moi je soupire après le calme surtout, s'il est autre part que dans la mort.

A'ictor va bien. Il achève en ce moment un de ces drames merveilleux que les vandales qu'on appelle gens de goût nous gâteront encore. Ce sera pour l'hiver prochain. Tout le monde va bien du reste.

Tenez, mon ami, je ne me gêne point avec vous. Ce que j'aurais à vous dire en prose, je vais vous l'envoyer dans des fragments de quelques malheureux vers que j'ai écrits, après le 6 juin, sous un ciel d'hiver :

Que veux-tu donc de moi, poésie insensée? De ton règne ici-bas l'heure est déjà passée ;

Car l'émeute, en criant, Fait succéder le bruit de la guerre civile Au silence de mort qu'a jeté sur la \illr

La peste d'Orient.

On veut la liberté; mais ce fruit salutaire N"a point darbre assez beau pour le porter sur terre.

Abjurons notre erreur :

Quoi! pour y croire encor perdons-nous la mémoii-e? Malheureux, notre cœur lassé ne peut plus croire

Seulement au bonheur.

Muse, fuis le climat de ces tristes ri\ages Où déjà le soleil sous un deuil de nuages

A. voilé son front pur, D'ijù le printemps, au bruit d'un combat fratricide, S'est envolé bien loin comme un oiseau timide,

Chercher un ciel d'azur.

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Heureux (jui \il diiiïioui-, qui, uiareliaul sans enli-avi'

A travers les fléaux, les coml)ats furieux.

I/égoïsme oppresseur et régoïsnie esclasc

A du moins quelque chose où détourner les yeuvl

Heureux qui sait par cœur toute sa destinée!

A la vie, à la mort de quelque objet chéri,

Heureux qui lient sa Aie et sa mort enchaînée,

Comme foit la Dryade à l'arbre son abri I

Heureux qui dans son art ensevelit sa vie,

Dieu dans un monde aussi par son souflle enfanté.

Et qui croit à la gloire encor, malgré l'envie,

A l'amour, don du ciel malgré Ihumanitél

Mais moi, non ce n'est pas le bonheur ni la gloire.

Où mon cœur détrompé doit attendre aujourd'hui.

l'our prétendre au succès, en soi-même il faut croire :

Pour lever le ])onheur, il faut croire en autrui.

Mes respects à votre père, amitiés à votre frère, à tous nos anciens commensaux. Écrivez-moi vite.

Paul rourHEr,.

21 Octobre 1831'.

J'élais bien en colère contre vous, mon ciier Pavie: de temps immémorial, c'était toujours vous (jui commenciez notre correspondance habituelle des vacances, et j'ai cru que celte fois-ci il y avait oubli et parlant indifférence de votre part. Je vous dirai. (|iie la rencontrant chez tout le monde, je commence à m'y faire; mais vous, vous n'êtes pas tout le monde. Vous avez failli ni'ùter ma dernière foi.

Si vous n'êtes pas heureux, mon cher Pavie. moi. jonc le suis guère plus, quoique ayant l'intention et la

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