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lésoliitiou de l'être. Et ce quil y a de plus bète, c'est que ce ne sont pas de grandes afllictions de cœur, des maladies chroniques de l'âme, (jui me tourmentent, ce sont de misérables tracasseries extérieures et des soucis pécuniaires. N'est-ce pas absurde?
Puis je commence à. m'ennuyer. Le croiriez-vous. Pavie? je ne peux plus être enthousiaste ou amoureux ^lus d'une demi-heure. Quand je fais la cour à une femme, je sue à grosses gouttes. Je suis plus avancé que vous dans la vie, car j'ai plus éprouvé, et je vous dirai que la seconde étape de l'homme qui sent, après les mécouiptes et les désillusions, c'est le blasé, le fade après l'amer.
Cependant j"ainie encore mon ar(. comme Pasta et Uubini me font un vif plaisir: je serai peut-être amoureux demain. Que sais-je? c'est tout ce qu'on peut dire de tout en ce monde.
\'ous voulez que je vous parle de moi. L? théâtre de la Porte-Saint-Martin se meurt : il est prostitué au vaudeville. Un M. de Léry a succédé àCrosnier, et ledit M. de Léry est gouverné par un Saint-Hilaire, rédacteur de ce Corsaire qui veut son quart de part dans tous les vaudevilles et ne veut que des vaudevilles. Ils on! engagé Potier, qui, quoique toujours admirable, t.'st usé, et ne fait pas dargent. Ils vont mourir de faim. .Moi et Cliastelard nous attendrons la succession. J'ai mis une saynète dans la Revue des Deux Mondes et vais jeter quelqa;^s pages dans fArliste et jieut-ètre la Revue de Paris. Mais assez parlé de moi. Pourquoi ne m'avezvous pas écrit la date précise de vntre retour? c'est ce <|ui m'importe le plus.
Ma sœur est toujours souffrante ri nous inquiète. Gosselin vient de faire à Victor lui procès où il a voulu faire du scandale avec quelques lettres d'intimité de Victor, et il n'y a que trop bien réussi. Tout cela est bien triste !...
Dans ces quelques lettres, l'âme romantique de Paul Foucher se révèle bien, me semble- t-il, tout entière avec ses découragements tantôt sans cause, et tantôt aggravés par les échecs, son admiration sans réserves pour son beau -frère et le cercle de poètes et d'artistes qui l'entoure alors, ses enthousiasmes parfois irréfléchis, sa muse à la verve trop facile. Tel il se peint déjà lui-même, roulant dans sa tète « une demi -douzaine de projets » dirterents, devenant un véritable <■< moulin à pièces », tel il sera toujours.
Ses rêves d'art ne l'abandonnèrent point de longtemps. Et son malheur fut peut-être de vivre dans un milieu où ils trouvaient trop d'exemples propres à les stimuler, alors qu'il n'y avait point en lui les ressources suffisantes pour leur faire prendre corps. Il lui fallut se tourner de plus en plus vers le métier. Et c'est au théâtre gai, c'està-dire, en somme, au rire des autres, que ce rêveur mélancolique fut contraint de demander son gagne-pain, et, à défaut de célébrité, quelques heures de réputation passagère.
Du rôle que jouèrent les femmes dans un temps, de l'influence qu'elles eurent sur leur milieu, de l'attitude des hommes à leur égard, on peut déduire, le plus souvent, sur l'état social de ce tenips et de ce milieu, des considérations qui ne trompent guère. Et, comme révolution constante de la littérature se modèle assez exactement sur l'évolution des mœurs, les mêmes procédés d'investigation ont chance d'aboutir, ici et là, à des trouvailles analogues. Aussi, les historiens littéraires ne se font-ils point faute de puiser abondamment à la source féconde du document féminin. Femmes, steurs, amies ou maîtresses d'écrivains, on invoque leur témoignage, on donne d'elles vingt portraits plus ou moins fidèles, ou
s'efforce de les faire revivre dans le cadre intime de leur existence ou dans le décor des salons on elles figurèrent. Ainsi se prolonge et survit, plus atténuée et plus délicate à mesure que le temps fuit, l'action bienfaisante ou funeste exercée sur leurs familiers par le charme de leur beauté ou de leur esprit.
Les unes, divinités silencieuses, encensées avec plus ou moins de respect, sont les inspiratrices, conscientes ou non, de ceux qui vivent à leurs côtés, et se montrent à nous parées de ce titre à coup sûr non méprisable. Les autres, mêlant leur contribution, leur apport personnel à la production littéraire de leur temps, ne se présentent à nos yeux qu'appuyées sur leur œuvre et soutenues par elle. C'est un groupe qui semble, de nos jours, tendre singulièrement à s'accroître. Giardons-nous de nous en plaindre à trop haute voix, car la plainte, formulée en termes aussi généraux, serait mal fondée, et ne manquerait pas d'attirer avec raison, sur la tête de celui qui l'exhalerait, de redoutables inimitiés. Ce groupe, puisqu'il agit, appartient à l'histoire et à la critique, qui peuvent le juger suivant ses mérites. Mais l'autre, le groupe des silencieuses, des inspiratrices, qu'on est parfois injuste à son égard! Sainte-Beuve écrivait, certain jour, à son ami
l'esprit de madame VICTOR HUGO 327
Juste Olivier au lendemain d'une soirée chez M. Lebrun ' :
J"ai lait pendant une heure ma cour respectueuse à M"* Léopoldine Hui;o, laînée des enfants, la plus charmante et la plus perlée des ballades de son père. Elle a dix-sept ans. Je la traitais comme une très grande et très sérieuse personne qu'elle est, et elle avait l'air charmé. Ce sont là nos plus vives én'iotions. J'appelle cela de la poésie, la seule qui me reste.
On oublie trop souvent, en effet, que c'est là vraiment la meilleure poésie féminine : charmer, sourire, juger toute chose plus avec son cœur qu'avec sa raison ou sa mémoire, fût-ce au risque de laisser deviner d'adorables ignorances. Et, pour peu qu'une femme, appelée par les circonstances de sa vie à fréquenter les dévots d'une chapelle littéraire, n'apporte dans leur société d'autre esprit que son esprit de femme, on l'accuse volontiers de n'en point avoir.
Cette aventure advint à M"" Hugo, à qui sans doute a nui le voisinage des Desbordes-Valmore, des Tastu, des Delphine Gay, des Marie Nodier. On lui concède encore la beauté, le charme. Mais les dons de l'esprit, on les lui refuse, et dans les termes les plus durs.