Li'llrc à Viclor l'a\if inêdilct
comme j(3 suis, hélas! dans le vôtiv. Il y a des instants, n'est-ce pas? où Ton est las de souffiir. fl où l'on envisage cette certitude de quitter celle vie avec ivresse l'ensons donc ensemble à celle réalité, celle réalité que nous aimons à croire plus vraie que ne l'est cette vie dans laquelle nous souffrons tant. Notre nature est si misérable qu'elle aime davantage les êtres que nous ne pouvons plus voir avec les yeux de la chair. Ceux que nous avons près de nous ont une moins grande part de cet amour paternel, qui est pourtant si infini. Nous souffrons, nous soufflons bien, n'est-ce jjas? Je suis coupable de m'ouvrir ainsi à vous dans ce moment, mais à qui puis-je mieux m'adresser ?
Écrivez-moi, bien chers amis, et sachez qu'il y a ici un cœur qui ne fait qu'un avec les vôtres.
Vicomtesse Victor Hugo.
A côté de ces lettres, il en faudrait citer une foule d'autres, dans lesquelles l'expression vient tout aussi heureusement en aide aux plus nobles pensées. Ehl bien, je le demande, n'y a-t-il vraiment, dans ces lignes, que de la bonté et de l'affection? N'y trouve-t-on d'autres qualités que celles du cœur?
Dans une lettre de novembre 1829', Victor Hugo parle « de deux lettres de quatre pages, deux lettres faites à nous deux, ma femme, à
1. Citée par M. Gustave Micliaut dans le Lirre <rauiour de Sainte-Beuve.
l'esprit de madame VICTOR HUGO 343
demi dictées par moi, à demi arrangées par elle ». Sans parler d'autres collaborations plus retentissantes, laisse-t-on à une sotte, quand on sait être un poète de génie, le soin d'arranger ainsi, même à demi, ses lettres?
Il est de certaines grâces, de certains charmes, qui séduisent au point que les autres mérites dont est doué le même être s'effacent devant eux. Il est aussi des voisinages redoutables. Et c'est de tout cela sans doute qu'a souffert la mémoire de M™« Hugo.
Hier', tout seul, rien qu'avec les canapés et les chaises, et les tableaux et les dessins et les croquis dans le cabinet de M. Hugo, j'ai causé deux heures avec lui, joué avec les enfants et babillé avec Madame, et. quand je suis parti, lui m'a serré la main, elle s'est levée, et m'a fait une de ces naïves et liauches révérences ([ui m'enchantent, qu'elle seule et M'"^ Malibran savent faire comme cela, et qui, pour moi, contiennent toutes les idées, tous les mondes que Yestris voyait aux profondeurs d'un pas de danse.
Voilà ce qu'écrivait, en 1830, un jeune homme qu'on venait d'introduire parmi les fidèles de la place Royale. Une naïve et gauche révérence, qui l'avait enchanté, il est vrai, un babillage, c'est
1. Lftti-f dr M. I.(M,n ].<■ l'ivMist à Viclui- l'a\if. 2:i octohn' iSiid.
tout ce qu'il avait retenu de sa visite, côté féminin. La causerie de deux heures avec le poète ne comptait-elle pas pour beaucoup dans cette impression? Je le croirais volontiers, et je persiste à prétendre que, pour aimer tendrement son mari et ses enfants, pour savoir tenir très bourgeoisement sa maison, — fùt-on parfois distraite lorsqu'on parle tout auprès de vous art et poésie, — pour savoir...
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on n'est pas pour cela condamnée à manquer d'esprit.