Victor P((ri(\ sa jeunesse cl ses reltilions lilleraires
2. Victor Pavie, sa jeunesse et ses relations littéraires. '•). Victor l'arie, s<i jeunesse et ses relations littéraires.
LA TRISTESSE d'AME DE SAINTE-BEUVE 14'J
P. -S. — L";ibb('' (it'iliet est ici i>oui' deux ou ti'ois mois. Il va coulinuer d'exposer ses conféreuces. M. de Lamennais va liien.
Décembre 1836 '.
... J ai dîné laulic jour clit-z M. Janvier av.'C MM. de Lamennais et Gerbet, c'est vous dire (|u'ils sont ici...
Sainte-Beuve allant au sermon à Saint-Roch : qu'aurait pensé de ce Sainte-Beuve le prince Jérôme ? Qu'aurait-il dit de ce jugement sur Lamennais après la rupture avec Rome, que je trouve dans une lettre du 26 septembre 183-')- ?
... [M""* Saud et Lamennais sont] les dieux à la mode, les rois de la popularilé. Un beau jour, le public, les loges, le parterre, tout ce (|uil y a de belles dames et de brutes énergiques se mellronl à crier au beau milieu du drame qui se joue, et dont nous ferons tous partie, au beau milieu de cette tragico-comico farce sociale qui est Robert Macaire en grand, et les deux grands acteurs à la mode se présenteront par la main avec de profonds saints, elle, en cheveux couronnés d'élégantes fleurs de bruyère écloses sous j'aiiinillt' <\r (Icm-virvc : lui en redingote grise, seul débris de sa dèfro(|ue de cuic. et ils salueront, la uiain sur le cceur, cette foule hurlanic et délirante, qui leur crieia : bis, te)-, et allez déplus fort en plus fort ! Ils doivent pourtant èlrr un peu Iristes
I. Victor Pavie, su jeunesse et ses reluliuiis liKrruircs. -2. Victor Pavie, sa jeunesse et ses relations littéraires.
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])ûur It.' (iiiarl dlicurc smiout lui: les succès du ^rand agitaleur O'Couiiel doiveiil l'empêcher do dormir el troubler ces ombrages de sa Chesiiaye, que la paix de Dieu habilerail s'il était resté fidèle à la pensée intérieure. Oh ! que je hais ces rôles d'agitateur, de tragédien, de gladiateur, comme vous voudrez les appeler ! Elle, du moins, elle est cantatrice et elle chante, c'est bien : mais vous, prêtre, mais vous. sage. (|u'êtes-vous devenu? C'est (|ue vous n'étiez, au fond, ni prêtre, ni sage ! C'est que vous n'étiez qu'un artiste iidmiiable, mais ambulant aussi ; c'est que, si vous avez l'avantage, comme talent , de ne |)as vieillir, vous avez l'inconvénient, comme esprit, de ne j)as mûrir...
Il sait bien, lui, dont la toi chancelle, ([uelie paix réside en l'âme de ceux qui sont restés fidèles à la pensée intérieure. « Ils ont les saints mystères », comme il le dit à son ami angevin, dans une de ces formules religieuses qui se glissent souvent sous sa plume et sentent Thomme d'Eglise qu'il aurait été sans doute, disait-il parfois, en un autre siècle. Pour (|ui se rappelle Volupté et tant (le pages oii sont exposés, avec une précision que donne seule l'expérience, les elîets du repentir, la douceur calmante du recueillement religieux, et la puissance de la foi sur une àme agitée |>ar le doute et les remords, cette explosion d'austérité n'a rien (pii sur|)renne. IV)rt-Royal a déjà fasciné ce CdMir « toujours reiu'is, toujours flottant » (pii.
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s'il ne vient plus jusqu'au pied de l'autel, de meure toujours non loin de lui, à faible distance.
Adorant du dehors Féclat du sanctuaire.
Des trésors (ju'elle laisse fuir, cette âme connaît le prix, et ne songe point sans regrets qu'elle aurait pu, comme d'autres mieux avisés, les garder.
Août 1835 '.
... L'état de mou âme, sans être malheureux est fort vague, loin du rocher, à la merci de chaque flot, selon le rayon ou la pluie qui se succèdent, éternelle et fatale mobilité qui se perpétue sous l'âge déjà mûr. qui se joue en oscillant (comme ces reflets dérisoires que les enfants jettent aux passants) sur un front déjà chauve.
Auùt 1835, ce vendredi ^.
Mon cher Pavie,
Jai bien songé à vous écrire depuis que je suis arrivé ici, c'est-à-dire depuis dimanche. Les jours plus qu'agréables et véritablement heureux que j'ai passés près de vous et de votre famille me poursuivent d'un lonu; souvenir. Eu vous quitlant. nous nous sommes enircicnus de vous jusqu'à Tours, car la nuit était bien belle. La Unie, qui'je n'ai jamais vue si |)ure et si pleine, éclairait toute la Loiri' et nous n'avons presque cessé de jaser. Il était temps toutefois d'arriver à Tours ; la chaleur augmentait, nous étions pressés énormément et
I. Victor Pavie, sa jeunesse et ses relations liiléraires. •>. Lettre inédite.
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fort las. M. Kouclieret M^^Hugo ' soiil parlis une deiiiilieure après leur arrivée à Tours, pour Blois, et moi, une heure après, j)Our Paris par Cliartres. J'ai eu le temps, dans l'intervalle, de visiter la belle cathédrale de Tours, Saint-Gatien, je crois. Quant aux autres voyageurs, après une imit passée à Hlois, ils sont l'evenus lundi à Paris, et nous devons tous dîner samedi, demain, au conseil de guerre, chez M""*^ Asseline. 11 y sera bu. je vous assure, à vos santés, et votre nom devra résonner de loin à vos oreilles. Je suis en train de me remettre au travail et d'apaiser les pensées voyageuses et poétiques que mon séjour là-bas avait suscitées. J'ai un mémoire à faire sur l'étude de la littérature trouvère que M. Gui/.ot m'a demandé, et ipii doit être achevé d'ici au piemitT janvier, delà ajournera un peu l'exécution de Port-Royal. Quant aux vers, je tâcherai d'en glisser quelques-uns. chemin faisant, le dimanche. J'ai vu de Vigny dejniis mon retour. Il y avait chez lui cénnde, Brizeux, Léon de Mailly, Chaudesaigues. ijetit nouveau poète. Chevalier, idem. — De Vigny achève enfin un livre de souvenirs militaires et mousquetaires tant ]»ronii>. Adieu, cher Pavie. soyez heureux, présentez mes respectueux honnnages à M'"*^ Pavie. à v<^tre excellent j»ère. en le remerciant de toutes les bontés qu'il a eues jiour moi. Mille amitiés à Théodore et à M. Salio. Dites à Théodore que j'espère que sa lettre a fait etfet. et que j'ai promesse que son article va passer. Encore mille amitiés et reconnaissance. Donnez-moi de vos nouvelles. S\i.ntk-Mki vk.
1. M°" Hugo, accompagnée de son père, avait assisté, comme Sainte-Beuve, au mariage de Victor ra\i<\ en Anjou.
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-M. cl M"'* Ladame ndiit cessé de ine foire des questions sur vous, sur M"'^ l*avie. sur toutes choses, et ils sont on ne peut plus satisfoits de toutes mes réponses.
Le -20 septenfibre 1887, Sainte-Beuve écrivait, au retour de Lausanne :
Mon cher l*avie. jai hieu tardé à répondre à votre bonne lettre, et elle-même m'est arrivée assez tard, ne m'ayant pas atteint dans mes courses et décampements successifs, .l'ai vu, en effet, de beaux lieux, le lac de Genève dans ses bords et dans son extrémité du côté du Valais, .l'ai demeuré en ce dernier i»oint dix jours, et j'ai vérifié tout ce que vous sentez si bien des jieintures d'Oberman. .l'ai vu aussi Thoun et son lac, et Brienz, et Lauterlnunneu. et la .lungfrau. J'ai vu encore Lucerne et le lac des Quatre- (^antons, à celte extrémité du Rutli et d'Altorf, ce que j'ai trouvé jusqu'ici de plus sublime. .Me voilà à Paris, revenu pour peu, car je compte passer l'hiver à Lausanne (sept mois), y i)rofesser Port-Royal, de par l'.Vcadémie du lieu, afin d'être ])lus sur que mou livre se fera. Ce sont des projets un peu sombres, comme vous voyez, ou du moins sérieux: ils n'attendent iilus([u'une décision de là-bas, du Conseil d'Étal, qui peut m'arriver de jour en jour, et qui me fera repartir dans la quinzaine. Je pubbe, en attendant, les Pensées d'août. C'est dans trois ou quatre jours qu'a lieu la mise en vente. Soyez-y înduliient. et ne pensez pas lro|) que cela vaut moins que les Consolations, .le le sais de reste...
Pour moi. cher l'avic. j'cu viens à prendre la vie point à poiut. connue une tâche dont l'ensemble effraie.
Je vais donc iii;icliiii;ilcmciil. J'orl-Royal est en ce moment le [)()in( ca|(ilal : jv vais, je ni"v venx borner, je m'en venx tirer. Aprt's cela? J'ignore, et l'horizon ifest pas. Voilà les senles sécheresses que j'ai à répondre à vos bonnes effusions. J'ai vu Boulay-Paty : j'ai été très content de la fin de sa pièce, de sa Revue fantastique et ossianesque des fantômes de la Grande Armée. En somme, il a mérité le prix bien mieux que l'autre iïrand critique, qui n'est pas poète. — Mille amitiés à Théodore. Son voisinage, son trop rare bonjour du dimanche matin me manqueront bien. .Mille respects affectueux à votre excellent père, et souvenirs à .M. Salio. à Cosnier. à tout ce qui est d'Angers ; c'a été mes derniers beaux jours. Adieu. Offrez à M""^ Pavie mes plus dévoués hommages, et acceptez, cher Pavie. toutes mes
tendresses.
Svi.NTi:-l>Ervi;.
Quelle amère tristesse on devine ilans ces sécheresses, dans cette constatation que l'horizon n'est plus ! De l'atmosphère studieuse et recueillie dans laquelle il vit à Lausanne, des bonnes amitiés qui l'entourent et dont il aime les « instincts poétiques réduits au pied de la croix », Sainte-Beuve avoue qu'il ressent des «aspirations heureuses». Mais il ajoute avec trop de clairvoyance: «Pourquoi ne sont-ce que des aspirations ? » Il y a, dans son existence, trop de vides, que «la littérature, cette
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seule et ingrate paternité dont il dispose», ne peut combler, La renommée vient, alors qu'on rêvait la gloire, et la palme que l'on cueille n'est point le laurier poétique que l'on enviait. L'àme est vide d'espoir, la solitude du cœur se fait pesante, et les heureux sont ceux à qui l'on peut demander «de ces bonnes paroles de foi qu'on aime à trouver comme consolation au cœur des amis, même quand on n'en a pour soi que le désir et le regret ' », ou ceux à qui l'on peut dire : « Vivez, cher ami, sous votre treille des Rangeardières, à l'ombre du mur de votre chaste maison de la rue Saint-Laud, dans le parterre de votre réséda domestique et l'adoration du Dieu des pères et des enfants : s'il y a vie, ce n'est que là - ». Les plaies s'avivent, à mesure que les années s'écoulent, et, parfois, le fiel déborde.
19 août 1845.
Cher Pavie, merci de volic bon et cordial souvenir. Il est vrai que je travaille {tour métourdir. Mes pires moments sont ceux où le cerveau est vacant, où la pensée, n"ayanl plus où seprendiv. se tourne sur elle-même et se met à se dévorer. Hélas! la solitude n'est pas bonne, surtout quand il n'y a plus là au dedans des
- 1. LeUn; à M. et .M""' Jusle Olivier, 1838.
"2. Victor l'avie, sa jeunesse et ses relations Ultcraires. LcUi-e de
loG MÉDAILLONS KO.MANTIQUKS
]»('iiS(Vs d'avciiir |i<iur raiiiiin'i-. Kt (|iir| di-ln'is que nos ^((iivriiiis ! \diis nrt'ii (oucIk;-/. nm'hinc chose, mon cl ler l'avie : i(î sais à jK-iiic plus (jue vous au sujet de celui autour du(iucl l'ironie de ma destinée n'a cessr détourner. Je sais qu'il n'a pas quille Paris, et qu'il Iravaillt; enfermé à je ne sais quelle œuvre dont il espOre que l'éclat recouvrira l'autre. Je n"ai eu d'ailleurs aucune Jiouvelle directe, aucun signal de ce côté. Oui. vous avez r.iison sur Apollonius et Virgile : toutes ces gloires sont justes en gros, mais seulement d'une justesse aj)proximalive. L'innnanilé n'y regarde |»as t\e si près. Dans sa course, elle resseiid>li' à un voyagt'iu' pressé (îi- parlircl qui fourre dans ses malles tout ce ([uil peut, mais la malle est trop petite, et il laisse derrière lui liien des choses et sans trop de choix.
Vous faites hien de voyager, mon cher Pavie. d'employer les printemps et les automnes, de fertiliser la matui'ité de votre vie. et d'ensemencer l'enfance de voire lils. Toul cela esl hien. \oiilii par la nature, et béni par Dieu. C'est notre vit\ à nous, qui n'est (pi'une excroissance'. iNous écrivons, nous ne iiensons pas. Xous ne vivons surtout pas. A vous toujours, cher ami. el à ^jnie Pavie. du cœur le plus respectueux.
Saimk-Dkivk.
Mes respects, s'il vous plail. à votre excellent père. — Amitiés à Théodore. — Dans la |{iiiliolliè(iue (".liar|ieiitier.en faildelraduftionsgrecques.ee (piieslde Pierron est hou. Eschyle, je crois, etc. — Au moment où j'achève ma lellre. j'aftprends un atVreux malheur. I.e pauvre hahille. notre collahoi'aleur. noire excelleni ami. vient
(le mourir subitciui'iil. ajjivs deux jours de lièvic. m se retournant dans son lit. C'est ù ny pas croire !
Paris, ce 14 févriei-, 18'i0 '.
Cher ami.
[Je suis bien en relard : mais les affaires nous liagnenl. Lamour. ramilié. les muses sont comme des fleurs qu'on ne cultive que tôt ou tm'cl. au matiu ou au soir de la vie : le malheureux midi est une heure trop lourde, trop chargée : on est assez heureux de les sauver et de les abriter dans son cœur. Vous y êtes. cherPavie. vous n'en sortirez jamais, vous et mes meilleurs souvenirs. Vous en êtes, là-bas, clans votre paisible Angers, à l'ombre de votre Saint-Maurice, vous en êtes le gardien et comme le chapelain fidèle.] Réservez-moi le trésor, tout indigne que j'en suis, en ces années du milieu. Nous en causerons un jour en cheveux blancs. C'est le soir et le matin qu'on retrouve la rosée et les larmes, — Je travaille, j'entasse, je ne finis pas. Ces tracas ont du moins pour jjrotit d'empêcher qu'on ne se dévore soi-même. J'ai eu le regret de ne pas voir Oberman mourant : il était depuis quelque temps retiré à Sèvres ou à Sainl-Cloud, il y est mort. Sa fille m'a écrit une lettre où elle m'exprime énergiquement l'état de son père dans ses dernières années. Sa vie »''tait en ipielques sorte frapp'-e de stupeur : une àme entière et tous les organes encliahiés. Les moyens de conmumication étaient dit'Iieiles: il s'en eiilr^'lenail d'anlaiil plus constammenl avec V InvlsUile. 1! v crovail. je ne sais sous
I. Les lignes placées entre [ ] ont été citées par M. René Bazin dans une notice sur N'iclur Pa\ie. Le reste ilo la lettre est inéitil.
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quelle forme, sous aucune, je pense, mais il y croyait. — Vigny a é(é reçu à l'Académie, en y porUmt plus de ridicules, de prétention, de fatuité et de sottise, pour tout dire, que vous ne pouvez l'imaginer d'après les récits tous menteurs des journaux qui dénaturent impudemment des faits qui se sont passés devant dix-huit cents personnes, toutes unanimes sur l'ennui, le faux et mille autres choses que les nerfs sentent mieux que les paroles ne les rendent. Depuis lors, il n'a pas voulu remettre les pieds à l'Académie, et il continue de jouer son rôle de comte de Trissotin. — 0 cénacle, cénacle, que de ruines! — A vous de cœur, cher Pavie, et mille respectueux hommages nux pieds de M'"^ Pavie.
Saixte-Beuve.
Tout n'est pas mort cependant de ce passé que recouvrent tant de ruines, si l'on en juge par les accents que certains deuils cruels arrachent à l'ami des jours anciens.
Paris, 5 mai 1846.
Mon bon et cher Pavie.
Quelle nouvelle m'écrivez-vous là' ? Est-il donc vrai que la vie n'est qu'un long et continuel naufrage? On le dit sans cosse et l'on se trouve éloimé chaque fois
1. LeUrc (/i('t//7e. Victor Pa\ie \t'uait do perdre un enfant. Déjà le même malheur ra\ait frappé quelques années plus tôt. Sainte- Beuve avait su liouver les paroles qu'il fallait dire à un » père qui croit à la vie prochaine ». C.ette letti-e est citée tout au long dans Victor Pavie, sa jeunesse, eW., ainsi ({u'uiie autre (1(> 1859 sur la mort du père de Victo^l'avie, dans laipielle je relè\e celte phrase: « Pleurez donc, mais pleurez sans amerlunie, et que les saintes joies et les espérances (\vie la relii:ion donne aux croyants se mêlent pour les temi)érer à vos bonnes douleurs ! »
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que l'expérience vous le rappelle par des coups imprévus. Vous que je m'accoutumais si bien à me représenter comme heureux, et comme dépositaire du bonheur même de ceux qui n'en ont plus et qui n'en ont saisi que des instants; vous qui suiviez votre sentier fidèle à lomlire de la haie et en vue de la croix, se peut-il que vous vous trouviez ainsi dépouillé de ce qui fait la fleuret l'espoir de la vie? Mais vous aimez du moins, vous priez, vous êtes riche encore. Les objets de votre amour et de vos pleurs ne sont que transportés, ils ne sauraient vous être ravis. Cher ami, je vous remercie d'avoir pensé k moi dans votre douleur, j'y prends une |iart aussi profonde que le doit l'ami qui connaît votre cœur. J'offre à M'"* Pavie un muet serrement de main. Tout à vous, mon bon Pavie.
Sainte-Beuve.
Même à travers les épreuves dont leur vie est semée, les amis restés fidèles au passé ont gardé la meilleure part. Sainte-Beuve le comprend. Les honneurs, la gloire qui est enfin venue, ne l'empêchent point d'envier, peut-être, à de certains moments, le tranquille parfum du « réséda domestique », la treille à l'ombre de laquelle on « adore le Dieu des pères et des enfants ».
l'ai'is, 18 jamiei' 1847.
Cher Pavie '.
Voire lellrc me fait iiii viai plaisir. On aime à 1. LeUre ùuidile.
savoir ^uc les .iinis lidiiirnl loiijoiiis. iiirinc dr loin, iiième à travers les dislaiices et les années. (Quelques notes comiues suffisent pour rendre tout le chant qui est si cher et que, pourtant, l'on no chante plus. Vous avez tenté, nie dites-vous, de réveiller votre ('une antique en lisant Eschijle; et moi. j'ai tenté, en lisant Théocrile, de réveiller mon âme pastorale, cette âme de l'âge d'or (juc tant de couches d'airain el de plomb recouvrrnt, el (|ui esl enfouie au fond de notre jiassé. Que V(^)us dire d'ailleurs du |)résent ? Nous avons fait manquer l'autre jour l'élection Leclerc : décidément, cet homme est plus universitaire que l'université même ; c'est bien rance, comme dirait Amyot, pour l'Académie. Bref, sans nous être concertés, Hugo, Vigny, moi. et un ou deux autres, nous avons voté en blanc, et même il y a eu une voix ipii s'est amusée à écrire successivement les noms de Béranger, d'Alfred de Musset et de Lamennais'. Voilà ipii prouve, cher Pavie. (pii' toute jeunesse n'est pas morte dans nos cœurs. On va tâcher maintenant (|ue Musset se glisse à travers les deux clianq)ions. et fasse coin entre deux. On verra au dernier moment s'il en faut absokuncnl passci' pai' le Leclerc. mais au moins ce ne sera })as sans marchander et sans s'assurer une compensation pour la fois suivante. — Vous voyez donc par là que, sans être bien unis, nous ne nous nuisons pas. à l'Académie. 11 y a des accords qui subsistent (indépendamment de toute récente relation) entre gens du même âge. du même nid el de la même couvée. On
1. Kii marge : « Il faiU Itnit diir, c"L'ï.t moi qui ai nril Hi raii;'cr et Musset, mais il y on a eu un autre qui s'est mis en fi-ais, et i|ui a ose Lamennais. »
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sent de même sur uuo foule do points, quoi (ju'on en ait, et il faudrait bien do refîorl pour s'empêcher d'agir dans le même sens. — L'antre jour encore, j'ai dîné cliez M. de Salvandy à côté de M. Ingres : je me suis mis du côté de sa bonne oreille lil est sourd de l'autre), et je l'ai fait causer durant tout un long dîner ministériel de Home, de la Grèce, de la peinture d'Apelle et de toutes ces choses dont il parle comme un maître à la fois et comme un enfant. Voilà des nouvelles, cher Pavie: elles réi)ondent à votre Eschyle. Venez-nous avec le itrintemps, non sans M""' Pavie. A'enez-nous au comidet, non sine fîstula, comme dit Horace. Que le poète ne vienne jamais sans la muse du cœur et sans l'àme du foyer. A vous.
Sainte-Beuve.
Paris, 19 sei)tembre 1847.
Cher ami',
J'aurais déjà répondu, si j'avais écoud' ma pensée; mais notre jtlume ne suit plus si aisément qu'autrefois. Vous m'avez écrit de belles choses sur le livre de Lamartine ; vos imi)w:'ssions sont celles d'un autre [illisible], et s'il avait fait le livre tout à fait au sérieux, votre jugement serait encore un jugement sévère. Qu'est-ce donc, si l'on pense qu'il a écrit pour agir surtout sur le peuple, pour lui montrer une lanterne magique, ainsi qu'il me le disait à la veille de la publication ? H ne faut pas i)rendre Lamartine à la lettre,