Lettre inédile
162 MÉDAILLONS HO.MANTIQUKS
(juand il paile de lui,. soit qii il se (JiijjiiiLic. soil qu'il se vante. Pourtant il y a du vrai quand il dit fju'il na écrit que dans la vue d'un certain effet. Hélas ! hélas ! cette belle nature sest corrompue, et il n'est pas pire corruption que celle des mystiques. Larnaitine, il faut avoir le courage de le reconnaître, est devenu un eliarlalan. 11 est vrai que c'est un charlatan (jiii a bu luimême de sa fiole et qui s'est enivré. — .l'ai passé deux mois de cet été à la campagne, cher ami. dans une vraie petite chaumière, mais à quatre minutes d'un beau château^ J'étais paysan tous les jours jusqu'à deux heures et ensuite j'allais causer et tâcher d'oublier ce qui s'est enfui. C'est dans ce loisir (|ue j'ai écrit cet article [illisible\, que vous aurez pu lire. Me voilà comme raccommodé avec la Revue. C'est peu glorieux, mais il y a longtemps déjà qu'il a fallu icnoncer à la gloire. — Je lis toujours du grec de temps en temps, à petites doses ; ce que j'en veux avoir, ce n'est pas la connaissance, c'est la saveiir. A celte fin, quelques pages, une petite idylle, une petite épigrarame de temps à autre suffit. Je raffolais l'autre Jour d'une petite épigramme de Crinagoras. mais je ne vous l'enverrai pas, elle s'évaporerait, je la garde comnn' une Heur entre deux feuillets pour vous la montrer à quelque prochain voyage. Nous avons eu ici une inquiétude qui aurait pu être bien sérieuse. M""* Hugo, en soignant le second de ses fils malade, a elle-même gagné une fièvre typhoïde, avec lariuelle on l'a ramenée à la cam-
1. Le cliàleau du Marais, tliez la marquise de la Uriclio, bcil inrre du conilo Mole.
pagne Heureusemeiil elle est mieux, et, quoique cette mahadie soit bien perfide, j'ose espérer qu'elle est comme en convalescence. Adieu, cher ami, aimez-moi toujours. Offrez mes afîeclueux et respectueux hommages à M""^ Pavie, à votre excellent père, et croyezmoi tout à vous de cœur.
Ne viendrez-vous pas voiries Raphaël qu'on expose à notre Panthéon ? Voilà un beau prétexte.
Paris, 13 mai ISiS».
Cher Pavie.
Je suis honteusement en retard envers vous, envers votre frère, envers notre pauvre défunt et ses diableries. J'ai été plus occupé que je ne saurais dire de ces candidatures si inaccoutumées pour înoi et de tout ce qu'elles entraînent de soins et de visites. Oh ! quel métier d'être éligible et de dépendre des voix mêmes amies ! Si j'y entre une fois, on ne m'y reprendra plus. J'ai eu mes amis Obviera Paiis jus([u'après la réception de votre lettre, de sorte que, même par ce seul obstacle, je n'aurais pu me donner le plaisir et la joie des noces de votre frère. Dites-le-lui bien, avec tous mes regrets et mes vœux pour son bonheur.
[Cher Pavie, la vie, en avançant, sans la famille, sans rillusi(Mi de jeunesse et la folie que se font
I. Les lignes entre [ ] ont été filées dans Victor Pavie, S(( jeunesse, ele. Le reste est inédil.
16 i MKDAILLONS ROMANTIQUES
|iliisi('iiis. vin:' coiiimc ulle est et sèclu.'iiK.'iit, devient hicii liistc cl je le sens en plein.
Tou.s les plaisirs des Jours sont en leur mal i née,
a dit ce triste Malhcibe. qui le savait trop bien. j Millr amitiés. Hommages et respects autour de vous, à M""^ Pavie, tout particulièreme:it.
Sainte-Beuve.
Paris, ri' '» janvier 18'»8.
Mon cher Pavi;'',
Je reçois votre savant Aolume jjresque comme un sanglant reproche et avec confusion. Si vous étiez garçon, il y a bien longtemps que je vous aurais écrit : ^enez dîner ensemble chez Pinson, coudes sur table. .Je n'ose plus parler ainsi, et vous dérober jxiur si peu à la table domestique. Ma vie à moi est de ]tlus en plus envahie et harcelée. Jaimerais autant, par moments, être cheval de fiacre. Je me dis que tout cela est provisoire, et, en attendant, on s'engage de plus en plus. — Le passé m'est cher, mais il ne l'est pas avec douceur. Je suis plutôt tenté de l'ensevelir avec un deuil moral et obstiné, et comme dans un abîme intérieur, sans que jamais il en puisse sortir. Croyez cela, cher Pavie, croyez tout, excepté à l'indifTérence de la part de quelqu'un qui a|ipr(''eie tant et vos talents et votre afTection, et ces trésors en vous de délicatesse morale que d'autres, hélas! ont dissi|iés. — A vous de
1. Cette li'ttre inrdite ost adressée, non à Victor Tavie, mais à son frère, Tlirodore Pavie, qui était, à cette époque, chai-gé de cours au Ccillé;.'!' de France.
LA TRISTESSE DAME DE SAINTE-BELVE ICo
tout cœur et de tous iiios vœux, et déposez, s'il vous plaît, mes hommages auprès de vous.
Saime-Ueuve.
Liège, 1"^ mai 18 'iQ*.
...Quant à Paris et à la France que j'ai revue il y a quinze jours, à Pâques, j'en jui^e peu favorablement. Je ne sais de quel ministre éclairé vous voulez me parler. Je vois sous des [illisible] plus ou moins agréables, des gens au-dessous de leur tâche, sans vues, soumis à des caprices de partis, de coteries, et se démenant jusquà ce que d'autres les remplacent, lesquels sans doute ne vaudront pas mieux. — Cher Pavie, cultivons l'amitié, le souvenir, le silence, c'est de ce côté qu'est pour nous le dernier parfum de poésie. — J'ofTre mes respects à tous les vôtres, et à M"* Pavie en particulier. — .\ vous de cœur.
Lorsqu'il publia, en 18(32, Tédition défiiiilive de ses poésies, Sainte-Beuve consacra à Victor Pavie, à.propos d'une pièce à lui dédiée, cette note, qu'on me permettra peul-êlre de rappeler ici, bien qu'elle ait été maintes fois cilée : « Victor Pavie, d'Angers, un de nos plus jeunes amis du cénacle,