‹ Médaillons romantiquesChapitre 69 sur 121 · I. Leitie de Victor Pavie à stm père incdile · texte numérisé non relu

I. Leitie de Victor Pavie à stm père incdile

Londi'es, le 9 mai 1S28 '.

M. David vient ii(»ii> (i-oavcr au lil cl nous annonce que AVallci- Scoll est à Londres. <[u"il doil parlir incessamnienl. mais il a son adresse. Nous nous levons, el en marche. Après avoir erré longtemps au milieu du parc du Régent, entouré de maisons parliculiéres plus belles que des palais, nous frappons. nmn:''ro !:22. n M. Walter Scoll, it is hère? — Yes, sir. » Et nous entrons hardiment. ■( Asseyez-vous, mes entants », nous dil le grand homme, et nous nous groupons autour de lui en Iremhianl. ' Je sais baragouiner un peu le français», dit-il. et il se jnet à nous parler avec àme et bonté. Après l'avoir Ijien contemplé, nous nous relirons en serrant chacun respectueusement celte main droite qui a l'enqili le monde entier.

En 1829, le jeune Angevin, à qui ses étroites accointances avec le Cénacle n'auraient [teut-être point suffi pour forcer les portes de la Tour d'Icoirc, entend des premiers, grâce à David, un Roméo et JidicUc inédit, Ut Frégate « la Sérieuse » et Madame de Soubise :

Paris, If -27 janvier 1829 ^

Lundi soir, à se|i| liciu'es cl demie. M. r)avid est venu me chcrclicr. Je couqilais sur SainIc-IJcuve. (|ui fui empêché, ainsi que Hugo, ipii dinail en ville, cl (|ui devait entendre une tragédie dans la soin'c. b;i réunion élail environ de soixante personnes, doni mic douzaine

i. Lellre de Viclor l'a\ie à son père inrilite . 2. Lettre de Victor Favie à son père iiié(lifc\.

"232 MÉDAILLONS ROMANTinLES

(le (lames. Là siéi;oaienl AH'icd de Viiiiiy. .MiTimée. railleur de Clara Gazul. iJelaeroix. Colin, de Wailly. Alexandre Dumas, el le Globe intrus, im-sijnc (oui enlier dans la personne de Charles Ma.nnin. Damiron. Cliarlo de Rémii-^al e( LéonVilel. ele.

Kmile l>escham|is commenra jiar la leclnre de ses trois premiers acles'. Alfred de Vii:ny déroula à son tour le manuscrit des deux dei'uiers. Je contemplais Sliakespi'are lace à face, moi qui ne l'avais entrevu que dans limitation dune ])i"ose rampante, ou dans Timpénétrable sanctuaire de son idiome anti(pie. au prix de mes peines et à la sueiu' de mon front. Les deux |»arts du travail ont échu à (|ui de droit : Kmile Deschamjis plus souple, plus insinuant, plus arrondi de formes, de Viiiny ])lus incorrect, moins olM'issanl. mais plus foi't et. pi us grandiose. C'est . M ■"•' .Malibran et M""^ Pasta. Le songe de la reine Mal) s'est coloré, sous Emile Ik-schamps. de l'illusion de la plus fanla>li(pie féerie.

De Viiiuy a fait lecture d'un petit poème inédit, la Frégate >< la Sérieuse » ou /es Plaintes du capitaine, autrement et aussi beau (pTime orientale de Victor Hugo:

Quelle était belle ma frciratc.

LoTYju'elle volait sous le \ent.

Il eu })arle comme dune personne, (piand elle saute en éclat :

Nous nous sommes conduits comme il fallait, lui tlis-je Adieu donc mon cnl'ani.

I. 11 s"aj;il d'un Hotiifo cl .liilictlc. rerii à la Cuiiu'dif Française le Lï avril LS-2S, et (iiii iif lut Jamais joué. Los trois premiers actes étaiout d'Kniile Discliaiups, les deuv derniers d'Alfred de Vigny.

l'ateliep, de DAVID d'angers 233

Enfin, poui' clore celle iiisloiie denchanlenient. je le (lirai qu"hier malin, à loute fin. .M. David est venu nie prendre et memniener cliez Alfred de Vigny. (|iii est la créature la plus noble que je connaisse, el la plus pure enveloppe de la |Joésie. Il nous a lu pour nous, tout pour nous. Madame de Soubise, admirable chose comme J/o/sf. cou nui' L>o/o/'/f/o. Il roule un drame (Tune conception toute neuve et toute à lui. .M. Moilesve, de Saumur, vient de lui envoyer une lettre aulo;^rai)lie de son héros chéri, le urand écuyer Cinq-Mars...

La moisson d'été est, cette année-là, particulièrement fructueuse: Lamartine, Chateaubriand, Dumas.

Paris, 23 juin 1829 '.

Au moment oîi Lamartine allait partir, fort indifférent au ciseau de David, et rancuneux surtout contre les bustes el ]iortrails antérieurement faits, qui l'avaienl broinllé avec son propre visage, notre cher ami i>avid lui a pourlanl fait violence, et en une séance, au bout de Irois heures, un busie. le pbis ravissant, le plus spoidané, le jilus idéal de tous les bustes, était pétri. Je lai vu hier à l'atelier, où il ])osait une seconde fois jioui' ac(juil. 11 descendait à chaque instant du trône. puis souriait à son busle. connue un chat dans une glace, sans songer que ce fût lui. " ("."est ravissant, cesl merveilleux. c"est de Tàme el de la vie. C'est le plus bel ouvrage français que jaie vu ! » Du reste, il est bon devons dire (pie j'ai été le lidicideobjet (Tune avenlure

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