Perse, Sat. vi, v
Tu quoque nequitias nostri lususque libelli Uda puella leges sis patavina licet.
Uda signifie, en effet, mouillée, humide. M. le professeur Béclard s'exprime ainsi, pour expliquer ce phénomène :
« La sécrétion des glandes vulvo-vaginales augmente au moment de l'excitation génésique, et l'excrétion du liquide sécrété accompagne l'érection des tissus érectiles qui garnissent l'entrée du vagin. Lorsque le désir du coït est vif, l'issue du liquide a lieu parfois sous forme de jet, par les contractions spasmodiques du canal excréteur. C'est ce jet de liquide, assez analogue à celui qui a lieu dans les canaux excréteurs des glandes salivaires, à la vue ou au souvenir des aliments savoureux, et qu'on a quelquefois désigné sous le nom d'éjaculation de la femme. »
Les glandes de Bartholin fonctionnent même chez les jeunes filles chastes. Notre poète apporte, comme on le voit, une grande précision physiologique dans ses descriptions. Il connaît bien son sujet, mais il connaît bien aussi le cœur de la femme. Il termine en disant :
« Si Lucrèce a fermé mon livre, en rougissant, c'est parce que Brutus entrait, mais que l'importun s'éloigne... elle le reprendra. »
Martial vivait dans les antichambres des riches débauchés : il attendait le petit lever de ses protecteurs et sollicitait l'invitation à dîner que les grands adressaient d'habitude à ceux qu'ils considéraient comme leurs clients, ces pa-
rasites, pique-assiette, qui grouillaient dans les faubourgs de la ville.
« Le poète favori des Romains » n'avait pas la moindre vergogne ; il avoue qu'il flattait les subalternes de la cour impériale pour avoir la robe et le souper, et tous les êtres vicieux sans pudeur:
« Un jour, dit-il, j'invitais Julius à jouir (chose inutile) des plaisirs de la jeunesse. Julius m'envoya un bracelet dont ne voulait pas Stella sa maîtresse... Si je veux dîner chez Gallus, il faut que je sorte de chez moi de bonne heure, car il demeure de l'autre côté du Tibre et je dois attendre son réveil. Si je dîne chez Tulla, il se trouve que son vieux Falerne est remplacé pour moi par du vin détestable. Si je vais saluer Bassa le matin, il me reçoit accroupi sur un vase d'or, l'infect ! il lui en coûte plus cher pour vider son ventre, qu'il ne lui en coûterait pour
remplir le mien pendant toute une année!
Suivre à pied la litière de Rufus couvert d'une toge plus blanche que la neige, et soi-même être en guenilles. Lui demander un emprunt de mille sesterces, et n'en recevoir qu'un bon conseil... Horrible vie !
« Poète, profession de honte et de misère! Si le ciel m'avait seulement donné une petite ferme où je pusse vivre, comme j'aurais été heureux au sein de la médiocrité et de l'étude. Eût fait qui aurait voulu le métier de courtisan, ce n'est pas moi qu'on eût vu, dès le matin, attendre en quelque antichambre giacée le lever du patron, et
lui adresser humblement mon salut. Avec quelle joie j'aurais envoyé à Flaccus sa misérable sportule 4 de cent quadrans !...
« Ne vous étonnez donc pas si la colère devint bientôt pour moi une seconde muse. Je n'étais pas né méchant ni railleur ; j'étais fait pour chanter levin, l'amour, les dieux, les héros, pour être l'ornement des fêtes romaines ; la misère a fait de moi un satirique, un cynique, un poète sans honte, un diseur de riens.
« J'ai pénétré de vive force dans toutes les maisons qui m'étaient fermées; j'ai su les histoires les plus secrètes des hommes et des femmes, et je les ai mises en vers, afin d'être le fléau de ceux qui n'avaient pas voulu de moi pour leur flatteur. J'ai écrit ainsi, au jour le jour, la chronique scandaleuse de la belle société de mon temps ; j'en ai raconté à fond les vices, les débauches, les adultères cachés; il ne s'est pas dit un bon mot dans la ville de Rome dont je n'aie fait mon profit ; j'ai été l'écho bruyant et goguenard de la conversation journalière. C'est ainsi que pas un nom de quelque valeur ne manque dans mes vers. Je n'épargne personne. »
Voilà Martial peint par lui-même ! le poète à la mode ! l'honneur de Bilbilis ! Jules Janin, qui a traduit les mémoires de Martial, n'a fait aucun commentaire sur cet être original qui a
1. Panier dans lequel les clients pauvres allaient chercher le matin les aliments et dons en nature que les patrous'leur faisaienx distribuer. On donnait également ce nom à des présents en argent.
connu toutes les tortures de la misère et de l'envie, au milieu de cette société romaine luxueuse et dissolue, pourrie jusqu'aux moelles.
La question importante pour nous, c'est que Martial a bien connu et exactement décrit les mœurs romaines, les mystères de la vie et de ses contemporains, ceux de la salle à manger et ceux de l'alcôve. C'est pour cela qu'il y a pour le médecin une étude curieuse à faire et de précieux renseignements à recueillir dans la lecture de ses œuvres. Nous allons le voir.
Contrairement aux autres poètes latins, l'auteur des Epi grammes n'aimait ni la médecine ni les médecins. Aussi, ne leur a-t-il pas épargné les sarcasmes. Il était jaloux, d'ailleurs, de tous ceux qui avaient de la renommée et qui arrivaient à cette fortune après laquelle il aspirait vainement. Il a découvert, dit-il, dans ses mémoires, que Diaulus, avant d'être croquemort, avait été chirurgien. Il s'est mis alors à faire de la clinique, comme il est capable d'en faire :
Chirurgicus fuerat, nunc est vespillo Diaulus Cœpit, quo poterat, clinicus esse modo.
Zoïle est malade : ce sont ses chaudes couvertures qui lui donnent la fièvre. Qu'as-tu, lui dit Martial, à démêler avec les médecins ? Renvoie tous ces Machaons *. Si tu veux la santé, prends mes couvertures.