I. [Terque lavet nostras spica Cilissa comas
Quelle est la plante désignée par spica, qui servait à parfumer les huiles destinées aux soins de la chevelure.'' Pour Dioscoride, ce serait le nard, et d'après Pline le safran ou l'iris. Je pense qu'il s'agit tout simplement du nard d'Italie, Lavandula spica, — la lavande que les anciens employaient également pour bains et lotions.
Virgile est né à Andes, village situé sur les bords du Mincio, près de Mantoue, le i5 octobre de l'an 70 av. J.-C, et 684 de la fondation de Rome. Il appartenait à une famille de riches cultivateurs. On lui fit donner une brillante éducation, d'abord à Crémone et à Milan, et ensuite à Naples, où il étudia successivement la philosophie, les belles-lettres, les mathématiques et la médecine : les fortes études littéraires sont loin d'être incompatibles avec celles des sciences. De même, la profondeur de ses pensées et la justesse de ses expressions se ressentent de son érudition scientifique et de l'esprit d'observation qu'il puisa dans celle-ci.
Comme Horace, Properce et Tibulle, Virgile prit le parti de Brutus contre Octave, et, après la victoire de Philippes, ses biens furent confisqués ; mais, grâce à l'intervention de Mécène, le protecteur des poètes latins, il fut bientôt remis en possession du domaine paternel. Son histoire politique se termine là.
Virgile était une nature d'élite; il était sensible, affectueux, modeste, observateur, ennemi de la discorde et des guerres civiles, des luttes et des dissensions. Sa timidité était excessive ; son front était de ceux que la pudeur offensée peut couvrir de rougeur, comme Fa dit Sénèque: adeo illi ex alto suffiisus est rubor, — mais de ceux aussi qu'on abandonne facilement aux baisers d'une amante. Virgile, l'ami d'Horace, avait le cœur tendre, et il ne sut pas toujours résister aux attraits et aux coquetteries de Vénus. Il n'oublia jamais cependant de conserver dans sa conduite la plus grande dignité et cette délicatesse native des hommes supérieurs. Il fut poète dans toutes les circonstances de sa vie, poète épique, élégiaque, didactique, passionné pour tout ce qui était beau et grand; il fut poète comme Homère. C'était un charmeur en mission sur la terre. Il a chanté l'amour de la patrie, il a inspiré aux peuples des sentiments nobles et généreux, il a été un bienfaiteur de l'humanité.
Cependant, malgré la mansuétude de son caractère, il était parfois d'humeur assez difficile. D'après Dacier et d'autres commentateurs, c'est de lui qu'Horace disait dans une de ses satires :
Il est trop susceptible, il ne sait pas se prêter au persiflage de nos railleurs. On peut sourire à la vue de cet homme à la chevelure sauvage, à la robe traînante, aux chaussures trop larges pour ses pieds..., mais il est bon, c'est le meil-
leur des hommes et des amis, et cette grossière enveloppe cache un esprit sublime.
Iracundior est paulo...
Au physique, Virgile était grand, élancé, d'une constitution faible. Il avait le teint hâlé du paysan, des traits fins encadrés par une longue chevelure. Le climat humide et marécageux (impaluda) de Mantoue lui causa plusieurs affections bronchiques qui le forcèrent à quitter ce pays, dont le ciel nuageux et les verdoyantes prairies plaisaient à sa nature rêveuse et mélancolique. Il passa donc sa vie tantôt à Naples, tantôt à Rome, où il mourut à l'âge de quaranteneuf ans, au retour de son voyage en Grèce, où il avait fait un séjour de trois ans.
Jetons maintenant un coup d'oeil médical et scientifique sur ses œuvres.
Quand on relit les Bucoliques et les Géologiques, on est profondément surpris des connaissances étendues de Virgile en botanique, en agriculture, en hygiène : Il enseigne l'art qui produit les riantes moissons, la saison où il faut retourner la terre et marier la vigne à l'ormeau, les soins qu'il faut donner à la reproduction du bétail et des abeilles. Il sait quelles sont les terres qui sont propres aux différentes cultures, l'influence des vents, les procédés de l'expérience, les traditions locales, les productions de chaque contrée. Tel terrain convient aux céréales, tel autre à la vigne, tel autre aux arbres et aux prairies : De même, le Tmolus, dit-il,
nous envoie son safran, l'Inde son ivoire, les plaines de Saba leur encens, le noir Ghalybe son fer, le Pont son fétide castoreum.
Il conseille de ne jamais mettre du blé deux années de suite dans la même terre, de le rem placer par des pois secs, de la vesce légère ou d'amers lupins. « Mais, dit-il, écarte le lin, l'avoine, le pavot soporifique; ces plantes dessèchent la terre, à moins que d'épais fumier et les sels de la cendre ne raniment sa vigueur épuisée. » Les premiers étaient l'engrais, qui modifie la nature chimique du sol, les seconds étaient l'amendement, qui modifie sa nature physique et stimule sa végétation.
Nous ne le suivrons pas dans ses savantes leçons d'agriculture, et nous nous arrêterons à la description d'un arbre dont il signale les différentes propriétés sans lui donner de nom :
« La Médie produit ce fruit salutaire dont les sucs amers et la saveur persistante chassent des veines, avec une si puissante activité, le poison qu'y a versé une marâtre, en y mêlant des paroles magiques. Cet arbre est grand; il ressemble beaucoup au laurier; et, sans l'odeur qu'il répand au loin, ce serait le laurier. Sa feuille ■résiste à tous les vents et sa fleur est extrêmement tenace. Les Mèdes s'en servent pour parfumer leur haleine et leur bouche infecte, et pour soulager les vieillards asthmatiques1.
|. Virgile, Géorgiques.
Animas et olentia Medi Ora fovent illo, et senibus medicantur anhelis.
Quel est cet arbre ? Plusieurs botanistes pensent que c'est le citronnier, dont le suc du fruit, par son action fébrifuge, pouvait bien chasser des veines les miasmes marématiques désignés par le poète comme un poison versé par une marâtre. Je donne cette explication qui me paraît plausible, en raison de l'étiologie fantastique que les anciens donnaient aux maladies épidémiques. Quant à l'action antispasmodique du citron dans l'asthme sénile, on pourrait facilement la contrôler, ce qui, je crois, n'a pas encore été fait.
Dans le douzième livre de Y Enéide., nous trouvons un autre exemple des connaissances de Virgile en botanique médicale.
Énée vient d'être blessé à la jambe par une flèche, son sang coule, il y a hémorragie. C'est Vénus qui apporte elle-même au chirurgien le vieux lapis, la plante dont l'infusion doit servir à laver la plaie. C'est le dictame aux feuilles cotonneuses et à la fleur de pourpre, bien connue de la chèvre sauvage quand elle est blessée par une flèche. Vénus donne à la préparation une plus grande vertu, en y mêlant les sucs de l'ambroisie et de l'odorante panacée.
lapis, sans connaître la puissance de cette eau, procède au pansement delà blessure. Et soudain la douleur a fui tout entière le corps d'Enée, et le sang s'est arrêté au fond de la blessure.
Subitoque omnis de corpore fugit Quippe dolor ; omnis stetit imo vulnere sanguis.
Or, le dictame cueilli sur le mont Ida par la déesse n'est pas autre chose que le fameux dictame de Crète, espèce àOrigamim, de la famille des Labiées. Il était célèbre, anciennement, pour la guérison des blessures, et il fait encore partie de la thérapeutique moderne; il entre dans Télectuaire diascordium et dans la confection du safran composé.
Quant aux sucs salutaires de l'ambroisie et de l'odorante panacée que Vénus fait entrer dans son liquide hémostatique, on suppose qu'il s'agit du Chenopodium ambrosioïdes, dont le maté ou thé du Paraguay n'est qu'une variété.
Nous venons de voir Virgile botaniste, nous allons l'interroger maintenant comme hygiéniste. Si on ne connaissait pas de son temps les théories microbiennes actuelles, on soupçonnait déjà qu'un principe morbide provenant d'un organisme malade fût capable de contagionner un individu sain. Les observateurs de l'antiquité n'ignoraient pas non plus que les maladies infectieuses proviennent d'un foyer d'émanations délétères et que l'air leur servait de véhicule dans leur propagation.
Mélibée dit, en effet, à Tityre :
« Tes brebis pleines n'auront point à souffrir d'un pâturage inaccoutumé, et, devenues mères, elles ne craindront pas la contagion d'un troupeau voisin.
Non insueta graves tentabunt pabula fêtas, Nec mala vicini pecoris contagia lœdent.
Dans le livre III des Géorgiques, Virgile nous donne une description très curieuse d'une célèbre épizootie. Cette maladie, dit-il, attaque les bergeries et enlève les troupeaux. Jadis, un air pestilentiel, s'embrasant de tous les feux de l'automne, fit périr tous les animaux domestiques et même les animaux sauvages, empoisonna les lacs et infecta les pâturages. D'abord un feu brûlant courait de veine en veine, desséchait les membres de l'animal, bientôt gonflés d'une liqueur corrosive qui, lentement, calcinait et dévorait leurs os.
Les bœufs présentent des symptômes différents: leurs flancs s'affaissent, une morne stupeur appesantit leurs yeux éteints et leur tête alourdie se penche sous son poids vers la terre. Ils vomissent un sang mêlé d'écume, et poussent un profond et long gémissement avant de mourir.
La rage s'empare des chiens, le porc est suffoqué par une toux violente qui serre sa gorge ulcérée. Le cheval abattu et triste se détourne des fontaines et du pied frappe sans cesse la terre -, son oreille est baissée, une sueur intermittente froide survient aux approches de la mort ; sa peau desséchée se durcit et résiste à la main qui la touche. Bientôt les yeux s'enflamment -, du fond de la poitrine la respiration sort difficilement, entrecoupée quelquefois de péni-
bles gémissements et de longs soupirs qui tendent les flancs de l'animal. De ses narines jaillit un sang noir, et sa largue rude et aride obstrue son gosier. Enfin arrive la mort, au milieu des convulsions dans lesquelles se débat l'animal.
Dans le bercail, la mort amoncelle les cadavres qui tombent par lambeaux en une dégoûtante dissolution, avant qu'on les enfouisse dans les fosses profondes ; car l'eau et le feu ne pouvaient purifier leurs peaux. On se gardait bien de tondre les brebis mortes de la contagion ou de toucher à ses tissus empoisonnés.
Malheur à qui eût osé s'en revêtir !
A l'instant son corps se couvrait de pustules ardentes ; de ses membres infects coulait une sueur immonde, et bientôt au seul contact de ce vêtement, il périssait consumé par le feu sacré.
Verum etiam invisos si quis tentarat amictus, Ardentes papulce, atque immundus olentia sudor Membra sequebatur; nec longo deinde moranti Tempore contactos artus sacer ignis edebat.
Voilà la pustule maligne inoculée à l'homme par les matières virulentes provenant des dépouilles des animaux atteints des maladies charbonneuses. Virgile décrit parfaitement l'inflammation gangreneuse, l'escarre qui apparaît ensuite, ainsi que les symptômes généraux, adynamiques et ataxiques qui accompagnent la dernière période de la maladie, quand un traitement convenable n'est pas venu à temps en arrêter l'évolution.
Il est vraiment curieux de voir l'auteur de l'Enéide nous révéler ses connaissances en art vétérinaire. Si vous le désirez, il vous apprendra, en effet, les causes et les symptômes des maladies qui attaquent les troupeaux :
Morborum quoque te causas et signa docebo.
La gale immonde infecte les brebis.
Turpis oves tentât scabies.
Les ronces déchirent leur peau et déterminent des abcès. Quel est le remède ? Il faut les baigner dans l'eau courante, dit-il au berger,
Ou bien, enduis leur corps, privé de sa toison, De la graisse, du soufre et des sucs de l'oignon; Joins-y des verts sapins la racine visqueuse Et la fleur d'anticyre, et le bitume noir, Et le marc de l'olive enlevé du pressoir; Ou plutôt, pour calmer la sourde violence D'un mal qui se nourrit et s'accroît en silence, Hâte-toi, que l'acier, sagemeut rigoureux, S'ouvre au sein de l'ulcère un chemin douloureux*
Après la ponction du foyer purulent, il faudra dans un autre cas employer la saignée :
Même quand la douleur pénétrant jusqu'aux osy D'un sang séditieux fait bouillonner les flots, Sous les pieds des brebis que la fièvre ravage Qu'à ces flots jaillissants le fer ouvre un passage.
C'est le traitement antiphlogistique qu'il faut employer aussi chez les chiens et cochons atteints d'esquinancie [anglna).
Car d'une horrible toux les accès violents Etouffent l'animal qui s'engraisse de glands.
Passons aux maladies des abeilles maintenant, qu'il diagnostique d1après les symptômes suivants: leur couleur change, une horrible maigreur les défigure ; puis on les voit enlever de la ruche les cadavres de leurs compagnes ; elles se suspendent enchaînées par les pattes au seuil de la ruche, ou bien elles restent enfermées dans leurs cellules, où elles languissent, abattues par la faim, engourdies par le froid.
Pour guérir l'essaim, Virgile conseille de brûler dans l'habitation du galbanum odoriférant.
II faut les nourrir avec du miel mélangé à de la noix de galepilée, des roses sèches, du vin doux, du thym del'Hymette, de la centaurée odorante et de V aster amellus.
Remarquons qu'à part la dyssenterie et le vertige, les apiculteurs modernes n'ont pas découvert d'autres signes de cette maladie, qui reconnaît pour cause une production cryptogamique dans l'estomac des abeilles. Et remarquons aussi que le traitement employé aujourd'hui est à peu près le même que celui que conseille Virgile, — - traitement dans lequel entrent des agents auxquels nous reconnaissons des propriétés antiseptiques, comme le thym et le galbanum.
Encore un exemple de l'utilité de l'empirisme en médecine :
L'hygiène nous a fait connaître l'action du sel sur l'organisme : il excite la muqueuse buccale, augmente la sécrétion de la salive et du mucus, provoque l'appétit et stimule la production du suc gastrique.
D'après les expériences faites sur les bestiaux par quelques physiologistes, il paraît certain que le sel ajouté à la ration de fourrage modifie favorablement la qualité de la viande et possède sur leur organisme une influence réelle au point de vue de leur engraissement.
Or, voyez ce que recommande Virgile aux éleveurs de son temps :
Porte toi-même à tes brebis le cytise et le lotos en abondance, assaisonne de sel l'herbe que tu leur présentes à la bergerie ; le sel irrite leur soif, gonfle leurs mamelles, et donne à leur lait une saveur plus délicate.
Ipse manu salsasque ferat prœsepibus herbas, Hinc et amant fluvios magis, et magis ubera tendant, Et salis occultum referunt in lacté saporem.
Nous venons de voir Virgile vétérinaire, nous allons le voir maintenant anatomiste.
Dans les batailles à Parme blanche dont il nous fait le récit, il nous donne la description des luttes corps à corps que se livrent ses héros. Mais il n'est point possible d'en retirer des renseignements capables d'intéresser l'art chirurgical. Nous ne pouvons que constater que le poète savait quelles étaient les régions du corps où il fallait frapper pour tuer sûrement son adversaire.
C'est ainsi que le jeune Almon reçoit au col une blessure mortelle d'où s'échappe un flot de sang ; les carotides avaient été atteintes évidemment.
Hœsit enim sub gutrure vulnus, et udae
Vocis itcr, tenuemque inclusit sanguine vitam.
Lagus reçoit une flèche dans le doj qui lui sectionne la colonne vertébrale et la moelle; le jeune Pallas est frappé d'un coup d'épée dans la poitrine avec pénétration du poumon et du cœur, et Turnus tombe de la même manière sous le fer d'Enée. Celui-ci, il est vrai, est blessé aussi par un trait, dans le bas de la jambe. C'est Iapi> qui fait l'extraction du fer à l'aide d'une pince mordante, après avoir largement débridé la plaie; — lapis était le père d'Iasus, qui avait préféré à la gloire militaire la culture de la science et la connaissance de l'art de guérir.
Scire potestates herbarum usumque medendi Maluit, et mutas agitare inglorius artes.
C'est debout qu'Enée subit l'opération, appuyé sur une longue javeline, entouré de ses amis qui se désolent, mais insensible à leurs plaintes.
Le savant chirurgien, la robe retroussée, selon l'usage de son illustre maître Péon, se hâte d'employer tous les moyens que fournissent à son art la dextérité de la main et la puissance des herbes d'Apollon.
Ille retorto Pœnium in morem senior succintus amictu. Multa manu medica Phœbique potentibus herbis Nequidquam trépidât.
Nous savons le reste, nous avons vu comment le pansement fut fait et l'hémorragie arrêtée.
Parmi les nombreuses narrations de ces combats individuels, qui se terminent toujours par un coup porté dans les organes essentiels de la vie, il est curieux de lire la description de la mort de cette vierge superbe, fille du roi dès Volsques, qui soutenait, avec tant de vaillance, à la tête de son escadron d'amazones, la lutte des Latins commandés par Turnus contre les Troyens d'Enée :
Camille a reçu une flèche en pleine poitrine, au-dessous du sein, elle tombe inanimée •, ses paupières s'affaissent sous le froid de la mort et son visage perd les brillantes couleurs qui l'animaient. Après avoir dit quelques paroles d'adieu à Acca, sa sœur, ses mains défaillantes abandonnent les rênes, son corps glisse jusqu'à terre; puis, sous le froid qui glace ses membres, elle s'affranchit peu à peu des liens du corps •, elle penche son cou languissant et sa tête que la mort a saisie, et laisse glisser ses armes de sa main.
On voit que Virgile a su éviter l'erreur grossière dans laquelle tombent presque tous les romanciers et les dramaturges ; il a fait le tableau des principaux signes de la mort : Perte des facultés sensoriales, face cadavéreuse, décoloration de la peau, refroidissement du corps, etc., mais il n'a pas parlé de la rigidité cadavérique qui n'apparaît jamais avant une heure, dans la mort accidentelle. Avis donc aux comédiens qui tombent comme une planche au moindre coup d'épée, s'appliquant à montrer au public la raideur d'un « maccabée » de vingt-quatre heures.
Encore une particularité intéressante : un nouveau combat vient de s'engager entre les deux armées. Enée a frappé Théron, il retire son épée sanglante de sa poitrine et la plonge dans celle de Lichas, qui trouve la mort par le fer, après avoir dû la vie à celui-ci. Or, il faut savoir que Lichas avait été consacré à Phébus le jour où il fut retiré du sein de sa mère expirante par le fer de V opérateur.
Inde Lichan ferit, exsectum jam matre perempta, Et tibi, Phcebe, sacrum, casus evadere ferri Quod licuit parvo.
Voilà un cas d'hystérotomie que tout le monde ne connaissait peut-être pas !
Enfin, puisque nous sommes sur la question des accouchements, mentionnons la fin de la quatrième églogue où il dit ceci :
Commence, entant, à connaître ta mère à son sourire, ta mère qui a, pendant dix mois, souffert tant d'ennuis pour toi.
Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem, Matri longa decem tulerunt fastidia menses.
C'est la preuve que depuis bien longtemps déjà les gestations de trois cents jours avaient été observées1.
i. C'est une erreur de croire que les anciens comptaient toujours dix mois de gestation. Dans une élégie de Gallus, l'amant de Lycoris ne regrette que son éloignement de celle qu'il a laissée seule, en proie au courroux de ses parents et affligée d'une maladie de neuf mois.
Heu jaceat menses paeue sepulta novem 1 Nec tantum morbus, quantum gravât ira parentis.
D'après cela, il nous sera bien permis de conclure que si l'histoire de la médecine a peu de choses à prendre dans les poèmes épiques, il s'en trouve encore assez pour ne pas les négliger complètement, comme Ta dit Daremberg1.
Quand on ne peut pas faire une abondante moisson, comme dans Martial, Plaute, Juvénal, il faut se contenter de glaner, et la gerbe est encore présentable.
Un des principaux caractères de l'esprit de Virgile est un amour ardent de la nature, du monde physique et du monde moral. Poursuivons donc notre étude des Gêorgiquest étude peut-être plus littéraire que médicale, mais néanmoins intéressante.
Lisons cette jolie description du renouveau : « Il rend aux bois leur feuillage, aux iorêts leur sève. Au printemps, la terre se gonfle, impatiente de recevoir les germes créateurs. Alors, le puissant dieu de l'air descend en pluies fécondes dans le sein de son épouse joyeuse; et, s'unissant à son vaste corps, il vivifie les semences qu'elle a reçues. Les bosquets retentissent du chant harmonieux des oiseaux et les troupeaux revolent aux plaisirs de l'amour. »
Delille a rendu avec un grand bonheur d'expression ce mariage de l'air avec la terre :
Alors la terre, ouvrant ses entrailles profondes, Demande de ses fruits les semences fécondes,