‹ Médecine et pharmacie chez les chinois et chez les AnnamitesChapitre 43 sur 79 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Médecine légale et hygiène. — Magie et superstitions médicales.

A. Médecine légale. — Le traité de médecine légale (Si-yuen) qui fait autorité en Chine est antérieur à notre ère. Dans ce livre, le médecin trouve des indications pour découvrir si des lésions constatées sur un cadavre ont été faites pendant la vie ou après la mort; pour reconnaître si un homme dont le cadavre a été retiré de l’eau s’est suicidé ou a été victime d’un crime; pour savoir enfin si cet homme a été jeté à l’eau pendant sa vie ou après sa mort.

On trouve encore dans ce livre les symptômes que présentent les malades empoisonnés avec les principaux toxiques de la pharmacopée.

Ces diverses indications ont pu avoir une certaine importance autrefois, mais aujourd’hui l’influence et la richesse de l’inculpé, la beauté des cadeaux qu’il fait à ses juges ont plus de poids dans la balance de la Thémis chinoise que les constatations de l’expert ; celui-ci sait d’ailleurs au besoin adapter ses constatations à ses intérêts et ne voir que ce qu’il veut voir.

Les avortements et les infanticides sont interdits par la loi et par la morale; ils n’en sont pas moins très fréquents. Nous avons déjà vu que les marchands d’abortifs faisaient une réclame éhontée pour leurs produits.

En dehors des enfants monstrueux qu’on appelle fils du diable et qu’on sacrifie facilement, en dehors des enfants illégitimes dont les mères se débarrassent pour éviter divers ennuis, nombre de petites filles sont noyées par leur famille immédiatement après leur naissance. Cet infanticide est fréquent dans le sud de la Chine et est provoqué tantôt par des raisons religieuses, tantôt par la pauvreté. Tout chinois doit avoir un enfant mâle pour pratiquer le culte des ancêtres et perpétuer la famille; si une mère qui n’a eu que des filles donne naissance à une nouvelle petite fille, le père sera désolé : si l’enfant vit, elle devra être allaitée par sa mère pendant trois ans, ce serait beaucoup retarder la venue du fils si

impatiemment attendu ; la mort de la petite fille est donc décidée ; on la noie dans la jarre en terre pleine de matières fécales et d’urine, qui dans la plupart des maisons sert de cabinets aux femmes.

Dans d’autres cas plus fréquents, il existe déjà plusieurs garçons et plusieurs filles dans la famille, mais tout ce monde vit dans la pauvreté et la misère : si le nouveau-né est un garçon on le laisse vivre, parce qu’il coûte peu à nourrir et qu’il pourra travailler, si c’est une fille on juge qu’il serait désavantageux de fatiguer sa mère à l’allaiter pendant trois ans et de faire la moindre dépense pour l’élever, alors la noyade est décidée et se pratique comme précédemment. Dans certaines régions, dans le Kouang-Tong par exemple, il n’existe guère plus d’une femme pour trois hommes. C’est pour cela que les pirates venaient voler des femmes au Tonkin afin de les revendre en Chine; c’est pour cela que les prostituées chinoises sont nombreuses dans les moindres villes; c’est peutêtre pour cela aussi que la pédérastie est si commune dans ces régions. Elle est pratiquée sur des jeunes gens et même sur des enfants qui en font profession; elle est pratiquée sur des prisonniers par leurs gardiens et entre prisonniers; elle est pratiquée entre gens d’un même rang qui se sont voués une sorte d’amour. Dans les grandes villes enfin, il existe de proxénètes qui réunissent et logent chez eux des jeunes gens destinés à l’amour unisexuel. Ils donnent à leurs pensionnaires une certaine instruction littéraire et ils les préparent aussi, paraît-il, à leur rôle passif, par la dilatation progressive du sphincter anal. Cette dilatation serait favorisée au besoin par des anesthésiques dont certains champignons, l’aconit, le bétoine, l’aristoloche, l’amome formeraient la base '.

i. Formule d’un anesthésique chinois (Tsao-ou-sari) :

Gladitschia sinensis *

Muricia cochinchinensis ;

Adonis

Iris florentina

Arisaema triphyllum

Botryceras myrrha

Levisticum sinensc

Apium

Fœniculum officinale

Girofle (ou saussura castres)

Dose : 1 19 gr dans du vin.

7 F 36 3 gr 68

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