DE LA GROSSESSE ET DE SES SUITES
Du régime pendant la grossesse. Pendant la durée de
la gestation, la femme doit considérer que les actes les plus futiles de sa part peuvent exercer une grande influence sur l'avenir et la santé, et ajoutons, sur l'état moral et intellectuel d'un être qui, lui est attaché par les liens les plus intimes et les plus chers, être qui doit attendre d'elle comme mère, et autant qu'il est en son pouvoir, une se-
conde constitution. Ainsi donc, pour atteindre à un tel but, il est du devoir d'une mère de faire la plus grande attention à sa nourriture, à ses vêtements et à l'exercice qui lui sied le mieux.
Nourriture. — Elle doit à cet égard observer la plus grande simplicité et s'abstenir des aliments et des boissons stimulantes, comme de tout ce qui tend à augmenter Fexcilabiiité du système nerveux. Elle évitera également de prendre trop de nourriture à la fois; car, il semble que la nature ait voulu prévenir la plénitude en excès par les nausées et les vomissements auxquels sont sujettes les femmes enceintes. Il n'est pas nécessaire non plus qu'elle serve ses goûts bizarres et ses appétits voraces ; personne n'ignore qu'il en résulte le plus ordinairement des indigestions, des coliques et même des états convulsifs. A plus forte raison, devra-t-on opposer à l'usage contre nature de la chaux, de la magnésie, du café grillé, etc.
Vêtements. — Elle doit s'habiller selon la saison, et n'avoir aucun lien qui fatigue la taille ou toute autre partie du corps; les habillements auront plutôt de l'ampleur et une certaine laxité dans les attaches. Les corsages serrés sont on ne peut plus dangereux. L'expérience démontre, en effet, que la plupart des souffrances de l'enfant et de la mère proviennent de la compression continuelle et forcée de l'abdomen durant la gestation. 11 n'y a pas de doute que le plus grand nombre de difformités n'aient leur origine dans la vanité et les prétentions excentriques des mères.
Exercice. — Quant à l'exercice, nous l'avons déjà dit ici, il est nécessaire pendant l'état de grossesse. Celui qu'on devra préférer sera la promenade à pied et au grand air; car il n'en est pas qui mette les muscles du corps plus en action. Cependant il ne faudra pas le prendre immédiatement après que le travail de la digestion sera commencé; le moment le plus convenable est deux ou trois heures
après avoir pris un modeste dîner, soit pendant un temps doux, dans la journée ou vers le soir ; on évitera avec soin l'humidité de la nuit en ne rentrant pas trop tard chez soi. La promenade en voiture ou à cheval est un exercice passif qui convient peu ; et en outre il offre trop de chances pour des accidents qui peuvent être graves par eux-mêmes, et parce qu'il est précisément l'occasion de mille frayeurs. On mettra un égal soin à éviter les promenades trop longues, engagées par un temps trop incertain, la danse, la course, l'emploi d'efforts pour soulever des poids trop lourds, etc. L'avortement ou l'accouchement prématuré sont la suite de ce genre d'imprudence. On respirera un air pur, et la chambre à coucher sera grande et fréquemment ventilée. Il faut conserver la tranquillité d'âme sur toute chose; il est nuisible d'occuper trop sérieusement son esprit, comme aussi de passer de longues veillées. — Tout ceci s'adresse aux dames du grand monde ; pour les femmes du peuple, elles doivent faire comme elles peuvent.