PETITE CLINIQUE DE LA TEIGNE
« 1° Teigne faveuse. Pustules en godets, croûtes sèches, blanchâtres, incrustées dans le cuir chevelu. Quand plusieurs pustules sont réunies et déjà un peu anciennes, elles perdent la forme caractéristique de la teigne faveuse, qui est de présenter des dépressions en forme de godets ; mais les derniers caractères énoncés ci-dessus suffisent pour reconnaître le favus: et lorsqu'on commence le traitement homœopathique, comme il se manifeste au début une aggravation, on voit apparaître des pustules fraîches parfaitement caractérisées; lorsque plus tard la guérison commence à s'effectuer, les mêmes pustules perdent leur caractère et ne sont plus que de petites croûtes minces et plates. — Il est rare de trouver des poux, avec ce genre de teigne.— Sur cent teignes, il y en a à peu près dix de faveuses. — Pour le temps du traitement, si l'affection n'est pas très-ancienne et n'occupe qu'une partie du cuir chevelu, il faut un traitement de huit ou dix mois, mais si elle est très-chronique et que tout le cuir chevelu soit malade, il ne faut pas compter sur moins de deux ans. — Le médicament qui m'a paru l'emporter sur tous les autres, sans aucune comparaison, est staph. alterné avec suif. Dans
quelques circonstances, ars. pourrait être employé avec efficacité, mais alors je crois qu'il faudrait qu'il fût fortement indiqué par les autres symptômes morbides que présenterait Téconomie tout entière.
a 2° Teigne granulée. Boutons épars, croûteux, d'un jaune brun, un peu humides, affectant promptement une grande partie du cuir chevelu et se réunissant en forme de larges plaques. Les poux pullulent. On remarque quelquefois des pustules faveuses qui s'y mêlent. Ces deux sortes de teignes semblent avoir un grand rapport dans leur cause première. C'est encore stoph. qui paraît en être le médicament spécifique. — On en rencontre à peu près 70 sur 100. Le traitement en général est de cinq ou six mois au plus.
« 3° Teigne amiantacée. Couche blanchâtre, quelquefois très-épaisse, mais sèche et farineuse, qui tombe en poussière et en petites pellicules. Graph. ou cale, alterné avec suif, sont les deux médicaments qui m'ont paru les plus efficaces. Ce sont, je crois, les symptômes généraux de l'économie entière qui devraient fixer le choix entre ces deux médicaments. — Je dois une très-belle cure à graph. , opérée en six ou huit mois sur un jeune homme de 15 ans. — La proportion est, je crois, de 2 pour 100. Je n'ai pas remarqué de poux.
« 4° Teigne muqueuse. Suppuration abondante du cuir chevelu avec ou sans croûtes. Le médicament principal est lycop. seul, ou alterné avec suif.
« Souvent] moins d'un mois de traitement suffit. — La proportion est de 5 pour 100.
« 5° Il existe un genre de teigne d'un jaune Tertiaire,
se rapprochant un peu de la teigne granulée, quant à la forme, bien qu'il y ait peu de boutons épars et qu'ils se réunissent promptement en une seule croûte ; elle en diffère essentiellement, et ne se trouve que chez les blonds.-— Elle est plus difficile à guérir que la granulée. Je ne saurais
indiquer le meilleur remède, n'étant pas fixé moi-même. Graph., dans une circonstance, a été efficace. — La proportion est à peu près de 2 sur 100.
« 6° Affections pelliculeuses (teigne furfuracée) de différentes formes que je n'ai pu encore assez étudier. — Cette forme de teigne est rebelle peut-être encore plus que la teigne faveuse. Si les pellicules sont blanches, sèches, ressemblant assez à celles qui se détachent d'une teigne amiantacée, suif, et cale, alternés seront en général les meilleurs médicaments; mais ces affections pelliculeuses sont pour la plupart accompagnées d'excoriation du cuir chevelu et d'un léger suintement, quelquefois de croûtes rugueuses et épaisses. Bhus est, je crois, un des principaux médicaments contre ce genre d'affection qui se rencontre plus particulièrement chez les bruns. — Contre les dartres humides, croûteuses, pelliculeuses, fixées particulièrement à la nuque, j'ai trouvé pétrole efficace. — La proportion est à peu près de 15 à 20 sur 100.
« 7° Il se présente une grande variété de teignes qui n'affectent aucun caractère bien particulier et bien tranché. C'est à l'observateur à faire suivre le traitement qui, d'après les analogies, convient le mieux. Puis les teignes changent quelquefois de forme et quelquefois en présentent deux distinctes simultanément.
« La teigne est toujours accompagnée d'un engorgement plus ou moins considérable des glandes de la nuque et du cou; les médicaments qui sont indiqués par la forme que la teigne revêt suffisent ordinairement contre cet engorgement. Lorsqu'il a persisté, après la guérison du cuir chevelu, je n'ai fait le plus souvent autre chose que continuer un ou deux mois le même traitement ; d'autres fois, j'ai donné baryt., mais je n'ai pas eu occasion de remarquer qu'il fût préférable de donner ce médicament.
« Traitement. — J'ai toujours donné les médicaments à la douzième dilution, excepté suif, et rhus., qu'il m'a
semblé plusieurs t'ois préférable d'employer àla trentième. — J'ai donné à la dose de trois à quatre globules dans une cuillerée d'eau tous les cinq jours; il m'a semblé que tousles huit jours la guérison marchait plus lentement; et d'un autre côté, je ne pouvais songer à donner à un intervalle plus rapproché que tous les cinq jours, puisqu'il faut bien laisser un temps moral aux médicaments pour agir. — Il n'y a que dans les teignes muqueuses avec suppuration abondante, que j'ai donné le lycop. plusieurs matins de suite.
« 11 me paraît indispensable d'alterner le médicament le plus approprié à l'affection que l'on a à combattre , avec suif., parce que 1° tous les enfants atteints de la teigne sont plus ou moins scrofuleux et que suif, est un des médicaments les plus essentiels dans cette affection ; 2° parce que suif., portant beaucoup à la peau, empêche la disparition trop prompte du symptôme cutané et contribue aussi puissamment à la guérison radicale. Puis enfin en troisième lieu, les autres médicaments produisent, il me semble, plus d'effet lorsqu'ils sont alternés avec suif, qu'employés seuls et sans médicament intercurrent. Dans le commencement du traitement, il y a une aggravation dont le terme moyen est d'un mois, un peu plus ou un peu moins, selon que les glandes du cou sont plus ou moins engorgées. — Sous l'influence du traitement, le teint des malades, qui est souvent pâle et maladif, devient frais et annonce la santé. J'ai souvent rencontré en même temps des dartres sur différentes parties du corps ou des éruptions d'une mauvaise nature ; souvent aussi des diarrhées fréquentes ou un relâchement chronique du ventre. Tous ces symptômes diminuent ou disparaissent entièrement sous l'influence du même traitement.
« Traitement hygiénique. — Couper les cheveux, au
moins dans les parties malades; entretenir la propreté sans laver; passer une brosse sèche ; changer souvent le linge qui enveloppe la tête. »