TEIGNE
Si, indépendamment de la tête, elle se montre sur le cou et sur la face; que les yeux mêmes en soient atteints, et qu'ils soient rouges et douloureux, donnez hep. sulph.; si les glandes du cou et de la nuque sont engorgées, rouges et douloureuses, donnez bry.; si elles sont dures et sans douleur, donnez dulc. Si la teigne est humide et sent mauvais, donnez staph., et plus tard rhus toxic. Si le suintement est corrosif et produit des ulcérations, donnez ars.'; et plus tard rhus toxic., surtout si la teigne occupe la nuque. — Ces divers remèdes seront répétés tous les deux ou trois jours, et au cas qu'il n'y ait pas amélioration ou même en cas d'aggravation. On peut aussi faire dissoudre dans l'eau quelques-uns de ces globules pour en humecter les bords de la teigne. — Si le mal gagne toute la face, que la démangeaison soit universelle, et que la tête se couvre d'une calotte épaisse, donnez ont. crud. 3, en dilution dans l'eau, tous les deux ou trois jours. Si la démangeaison est trèsforte, et qu'elle porte les enfants à se gratter jusqu'au sang, on doit les empêcher de se faire mal en maintenant leur main dans une sorte de camisole. — Les démangeaisons les plus importunes seront atténuées par l'usage externe d'une légère infusion de sureau , dans laquelle on trempera des compresses, qu'on appliquera sur les par-
ties pruriteuses; on continuera en même temps les remèdes à l'intérieur.
or La teigne est une affection qui méritait de la part des médecins plus d'attention que de dédains. Pourquoi cela ? parce qu'il a été toujours plus difficile de Pétudier et la connaître que de la trouver sale et hideuse; de la traiter rationnellement que de la vouer aux médicastres de toute espèce. — Une maladie qui s'attaque aux enfants, et aux enfants des pauvres surtout, dont la marche lente et incomprise arrête le développement organique, et qui offre des formes extérieures aussi variées que variables, devait, cependant, paraître digne d'occuper l'esprit sérieux des princes de la science, car elle embrasse une question complexe de physiologie médicale. — Mais non, les choses humaines marchent si lentement qu'on n'a pas le temps de méditer sur les choses de la nature. Cette marque de mépris dont la teigne est frappée ne vient donc que de ce qu'elle s'est montrée rebelle aux agents curatifs qu'on lui a adressés de tout temps. Et cette rébellion a paru si exorbitante, qu'elle lui a valu d'être mise quelquefois au ban de la médecine officielle. Vouée à l'empirisme sans limite, c'est-à-dire à cette pratique aveugle qui s'inspire d'une expérience inculte et presque sauvage, elle n'est plus traitée, dans quelques hôpitaux, que par les sœurs de Charité, et cela contrairement aux règles qui font un devoir aux médecins de service de soigner indistinctement toutes les maladies. Les pauvres petits teigneux, traités sans contrôle, sont soumis à des traitements plus ou moins bizarres et trèssouvent à l'application de la cruelle calotte, espèce de contrefaçon du scalp des sauvages de l'Amérique.— L'homœopathie, dont les bienfaits s'étendent à toutes nos misères, s'est occupée de la teigne, et a proposé des moyens curateurs toujours sûrs, toujours humains. A ceux qui sont indiqués dans le texte de ce livre, nous sommes heureux d'ajouter ici une petite clinique qui nous a été communi-
quée avec une grâce et une bonté parfaites ; elle contient des détails pratiques qui mettront le lecteur à même de bien connaître les allures de la méthode d'application qui convient dans cette interminable maladie. Nous avons l'espérance qu'il s'animera, à cette occasion, de l'amour de ses semblables, et qu'il sera entraîné à marcher sur les traces de mademoiselle L. de Chastaigner, d'Angoulême, qui prodigue à tous, et aux pauvres surtout, les trésors médicateurs de l'homœopathie, avec une rare intelligence et un succès si soutenu que la conscience de l'allopathie en est troublée. »