VARICES
Les varices se produisent généralement aux pieds et aux jambes ou sur d'autres parties, mais elles ont particulièrement lieu chez les femmes enceintes. Ce sont les veines superficielles et sous-cutanées qui, en gonflant, deviennent rouges et puis bleues ; elles augmentent dans la station ou en comprimant une jambe par l'autre ; elles diminuent dans la position couchée et se laissent comprimer sans douleur. Souvent elles grossissent considérablement et finissent par crever; il sort alors une grande quantité de sang, qui ne soulage pas. Dans ces circonstances, on fera bien d'appliquer un bandage méthodiquement compressif autour du membre, mais toujours modérément serré ; le bas lacé remplit très-bien cette indication, mais cela ne peut suffire à la guérison. Les engorgements que Ton fait disparaître dans une partie se portent sur d'autres, et vont quelquefois s'établir sur des points où l'on ne peut exercer aucune compression. — Il vaut mieux alors donner arn. et puis, exactement toutes les semaines; si elles viennent à s'ulcérer, donnez lycop.
Si les femmes enceintes ont beaucoup de varices, ii faut
qu'elles .évitent de rester longtemps debout, et elles ne doivent pas manger d'aliments trop lourds; cela pourrait leur nuire pendant leurs couches. (Voyez l'article Varices au
chap. Maladies des femmes.)
Les ulcères sont des altérations de tissus en suppuration plus ou moins profondes, et dans lesquelles il se fait un suintement aqueux. S'ils sont la suite d'une varice crevée, ce qu'on peut reconnaître à l'état variqueux des veines ambiantes, à la couleur noirâtre de l'ulcère, aux grumeaux de sang caillé qui s'y ramassent et qui saignent facilement, surtout si on lave l'ulcère avec de l'eau tiède ; dans ce cas, on agira comme à l'occasion des varices. Seulement on verra s'il y a lieu de donner lach., et, s'il reste sans effet, silic. On pourra également employer ces deux remèdes à l'extérieur, en en faisant dissoudre quelques globules dans une cuillerée d'eau, avec laquelle on lotionnera l'ulcère avec ou sans compresse, mais sans trop le mouiller.
Il y a des ulcères qui répandent une odeur fade, nauséeuse, dont les bords sont rongeants et douloureux, et sont semblables à ceux qui se forment à la suite d'une petite blessure : ces ulcères seront traités par des cataplasmes de pulpe de carotte à l'état frais.
Quant aux ulcères chroniques, le mieux est de s'adresser à un médecin homœopathe. Les ulcères difficiles à guérir, ou qui se reproduisent de temps en temps, seront traités avec beaucoup de soin et longuement, car sans cela on s'exposerait à les voir se convertir en une maladie plus grave. Qu'on se garde, avant tout, de les faire sécher avec de l'acide sulfurique ou les préparations de plomb.
Lorsque l'ulcère est le siège de douleurs violentes, lancinantes et brûlantes, qu'on prenne de la drêche à l'état pul- \ vérulent et du levain de bière, qu'on en fasse une pâte \ qu'on ramollira avec de la bière ; on en fera un cataplasme
qui sera appliqué sur l'ulcère et sera renouvelé deux à trois fois par jour.
Si les ulcères sont très-profonds, et qu'on ne puisse consulter un médecin homœopathe, on se servira de la térébenthine. On prendra une demi-once de térébenthine de Venise, qu'on fera fondre à un feu doux, et à laquelle on ajoutera deux onces de cire jaune épurée; cela fait, on sèche l'ulcère dans toute sa profondeur avec un linge fin, puis on prend une cuillerée de cet onguent, et au moment où il commence à se prendre, à se durcir, et où il n'est plus très-chaud, on en remplit l'ulcère. On fera ce pansement tous les trois jours avec succès; mais cela ne suffit pas toujours; aussi convient-il de s'entourer des conseils d'un médecin homœopathe.
Quant aux ulcères superficiels, on pourra les panser avec des compresses trempées dans de l'eau chaude. Qu'on donne en même temps sulph. une fois par semaine, ce qui suffira la plupart du temps pour la guérison. Pour les ulcères très-brûlants, donnez ars. ; s'ils brûlent et sentent mauvais, carb. veg. ; s'ils gagnent en surface et s'entourent de vésicules qui tendent à s'ulcérer, lach.
Les ulcères des doigts du pied, particulièrement chez les vieillards, et qui commencent par une sorte d'ampoule, qui les rend semblables à une brûlure, seront guéris par silic. ; si les ulcères débutent par une couleur ardoisée, et s'ils s'entourent d'ecchymoses, ils guérissent par ars., particulièrement lorsque la chaleur les soulage ; si la chaleur en augmente les souffrances, sec. corn,, pourvu que l'on soit encore à temps. Les préparations de plomb sont, dans ce cas, toujours très-dangereuses.
Les ulcères placés autour d'anciennes verrues, les cor»
aux pieds, etc., guérissent ordinairement par ant. crud.} comme aussi par d'autres remèdes appropriés. Les préparations de soufre ou de mercure parviennent à les sécher promptement, mais la mort peut s'ensuivre.
Quand on a la peau assez mauvaise, pour que la moindre égratignure passe facilement à l'état de suppuration, voyez, à la première partie, le chapitre IX.
Des ulcères de mauvais caractère peuvent être la suite d'ongles rentrés dans la chair. La manière ordinaire de les traiter consiste à exciser l'ongle du côté rentrant, et aussi avant qu'on le juge utile. Mais qu'arrive-t-il ? que l'ongle se régénère avec plus de force, et que c'est à refaire. Il ne faut recourir à ce procédé que dans le cas où le malade a absolument besoin de marcher. Il vaudrait mieux tâcher d'introduire entre l'ongle et la peau un peu de charpie fine avec la plus grande précaution. Les personnes adroites peuvent elles-mêmes prendre ce soin, ayant, au préalable, mis les pieds à tremper. S'il y a des chairs baveuses, qu'on les saupoudre, matin et soir, avec du sucre finement râpé, et qu'on s'abstienne de marcher durant plusieurs jours, si c'est possible. Il convient quelquefois de racler l'ongle sur son milieu avec un morceau de verre ou autre chose, et jusqu'à ce qu'il soit réduit à sa plus mince épaisseur. Si Ton racle avec du verre, on fera grande attention, parce qu'il pourrait en rester de petits éclats; aussi faut-il avoir la précaution de souffler fréquemment dessus. Par ce moyen, les côtés de l'ongle guérissent plus vite et permettent de glisser plus facilement un petit morceau de linge dans la plaie. Lorsque les bords de l'ongle sont rugueux, qu'on les racle, mais qu'on ne les coupe pas.
Le seul moyen de guérir cette infirmité est de couper fréquemment les ongles, non dans la forme de l'orteil, c'est-à-dire en rond, mais dans le sens inverse, de manière que le milieu soit coupé le plus près possible de la chair, et que les deux côtés qui rentrent dans la chair soient épargnés. Il ne faut pas faire cette opération tout à la fois, mais peu à peu, et après avoir préalablement trempé les pieds dans l'eau chaude. De cette façon, le milieu de l'ongle se régénère avec plus de force, tandis que les côtés restent
statiormaires. Si ces côtés s'allongent trop, on les coupera, mais non aussi profondément que le milieu, et Ton coiffera le doigt avec une cape en peau pour le garantir du bas. Ce n'est qu'un an après qu'on laissera pousser l'ongle librement; mais on ne coupera jamais les ongles que carrément, c'est-à-dire qu'il ne faudra toucher aux coins qu'avec ménagement, c'est le moyen d'éviter leur rentrée dans les chairs ; plus fermes, ils résistent à la compression de la chaussure qui les pousse à rentrer. — La plaie et l'inflammation qui sont la suite de l'ongle rentré guérissent ordinairement très-vite lorsqu'on a mis assez de charpie entre l'ongle et la chair. On ne négligera pas toutefois de faire le pansement avec une solution à'arn. Si ce moyen ne réussit pas bien, ou que les parties commencent à s'ulcérer, donnez alors nux vont. 11 est quelques personnes qui donnent la préférence h caust. 3 ou 6, mis en dilution dans un quart de verre d'eau, où l'on trempe une compresse qu'on applique sur l'ongle et qu'on renouvelle trois à quatre fois par jour. Cela suffit pour faire disparaître les chairs baveuses. — S'il s'est déjà formé une ulcération rebelle aux moyens précédents, qu'on se garde toujours bien de faire arracher l'ongle ou de le faire fendre. Les douleurs atroces de cet arrachement seront épargnées au malade si le médecin veut s'en donner la peine et y mettre le temps. On continuera à racler le côté de l'ongle lésé, de manière à le tenir en voie de guérison ; on y parviendra d'autant mieux que Ton prendra des remèdes homœopathiques : ce sont, entre autres, sulph., ars., silic. et carb. veg. En détruisant la racine de l'ongle sur ses côtés avec le caustique, l'ongle lui-même est préservé.