RÉGIME ET TRAITEMENT COMPLÉMENTAIRE
Indépendamment des moyens qu'on emploie pour arrêter l'hémorrhagie, et du pansement de la plaie, il est nécessaire, pour en compléter la guérison, d'accompagner ces moyens d'un traitement et d'un régime convenables. Dans le cas d'une vaste blessure, il faut que le malade se tienne dans une grande tranquillité d'esprit et de corps, qu'il boive beaucoup d'eau fraîche ; qu'il évite tout ce qui est chaud, salé, épicé, fumé, etc.
Si Ton s'aperçoit que le premier pansement est trop serré, on le lâchera un peu dès qu'il deviendra incommode, ce qu'on pourra faire le lendemain. Si ce pansement a été convenablement fait, on le laissera tel quel pendant deux ou trois jours, pourvu que la plaie ne soit pas entrée en suppuration ; c'est le moment de donner un peu de liberté.
Quand on enlève le sparadrap, il faut s'y prendre de manière à le détacher à la fois, en le saisissant par les deux bouts, et en le relevant sur le centre. On le remplacera immédiatement par un autre, de telle façon que la plaie ne
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reste pas entre baillée. Si elle est en un bon état, on n'y touchera pas; qu'on laisse la plaie se fermer d'elle-même. En été, il conviendra de renouveler souvent le pansement, et surtout à Tégard des plaies qui suppurent beaucoup. Quant aux fils des sutures, ils finissent par tomber d'euxmêmes.
L'eau froide ne sert pas seulement à calmer le mouvement du sang et à nettoyer la plaie, elle contribuera aussi plus tard à la guérison. En conséquence, qu'on arrose comme il faut et fréquemment les compresses, surtout s'il y a de l'engorgement, de la douleur et de la rougeur. On aura soin de remettre ensuite par-dessus une enveloppe de papier huilé ou de toile cirée, afin de garantir les autres parties de l'humidité. Au début de la maladie, on renouvellera ces ablutions trois fois par jour; plus tard, deux fois; quand l'inflammation commence à tomber et la plaie à guérir, on les éloignera, et on les cessera tout à fait quand l'inflammation aura disparu en totalité.
Quand une plaie aura suppuré longtemps et beaucoup, il n'en faudra pas moins continuer le traitement, en mettant en usage celui qui convient aux ulcères, comme il sera dit plus tard, et, au lieu d'eau froide, on emploiera l'eau chaude.
Mais toute plaie déchirée, contuse, et dont on ne peut rapprocher les bords, sera ramassée sur elle-même autant que possible, et sera traitée à l'eau fraîche, sauf, plus tard, à lui appliquer Teau chaude, si elle dégénère en ulcère.
Toute plaie qui porte sur les os, soit sur les os de la tête, sur le sternum, sur ceux du cou, des articulations, des doigts, des yeux, sur le tibia, etc., ne sera jamais traitée qu'à l'eau froide, à l'exclusion de tout pansement par compression, de tout emplâtre, ou* d'applications balsamiques, etc. Seulement, au début, s'il s'agit d'arrêter le sang, on appliquera un appareil suffisant de compression, et, bientôt après, une simple bande roulée pour faire obstacle
à Faction de l'air. Mais qu'on soit bien convaincu que toute autre chose, quel que soit son nom, est très-nuisible; qu'on sache qu'il en résulte quelquefois des ulcères qui peuvent s'étendre jusqu'à la substance osseuse. On se contentera d'employer ici à l'extérieur, des remèdes que nous avons indiqués au sujet des fractures, en ayant soin de les étendre dans une solution aqueuse.
On doit favoriser la guérison des blessures par des médicaments appropriés, et on les mettra en usage dès que le malade sera revenu d'une première émotion, qu'il sera plus tranquille.
Si la fièvre se déclare, que la peau soit sèche, et le malade inquiet, donnez acon.; si son inquiétude est accompagnée d'une grande surexcitation, donnez coff.; s'il a perdu beaucoup de sang, chin., toutes les six, sept ou huit heures, ou même plus souvent. Si l'amélioration n'a pas lieu, donnez un des médicaments appropriés aux divers cas de blessure.
Arn. convient mieux dans les blessures par écrasement que par incision, ainsi que lorsque la partie lésée est devenue brune ou bleue (ecchymosée), quand on a pu fermer facilement la plaie, qu'elle est simple et superficielle.
Calend. convient quand la blessure est faite par dilacération, qu'elle est grande, ouverte et profonde, qu'elle est difficile à fermer ; quand , après chaque pansement, le moindre mouvement donne lieu à une douleur vive ; quand il y a des fragments de peau détachés, et que la plaie est irrégulière et en zigzag.
Staph. convient quand c'est une blessure faite par un instrument tranchant, et qu'elle pénètre profondément dans les chairs, par suite d'un coup de couteau ou d'un éclat de verre, ou par suite d'une opération chirurgicale.
Hyperic. est bon quand la blessure provient d'un coup de pointe, d'une déchirure, d'un écrasement ou coupure; quand les douleurs sont très-violentes, et surtout si elles
durent longtemps et ressemblent à une douleur de dent ; quand elles sont rayonnantes et se propagent le long du membre. Ce médicament convient aussi aux enfants, quand, à la suite d'une légère blessure, ils ont des crampes ou convulsions.
Si la lésion a porté sur l'os, on n'oubliera pas les moyens que nous venons d'indiquer.
Ces remèdes seront administrés à l'intérieur à Tétat de globules, et, à l'extérieur, à l'état de teinture étendue dans l'eau où l'on trempera les compresses.
Chez les personnes d'une santé délicate et dont \&peau est mauvaise, ces plaies suppurent beaucoup et sont lentes à guérir : alors on donne chamom. ; si cela ne suffit pas, hep. sulph. ; quand il se forme des abcès, silic.
Si les accidents se présentent de manière à donner lieu à
des serrements OU contractions spasniodiques de la mâchoire (trismus, tétanos), il ne faut pas hésiter un instant à appeler un médecin; mais, le cas échéant, gardez-vous d'avoir recours à un médecin ordinaire, parce qu'il ne pourrait y remédier; et si dans cette grave circonstance il n'y a pas moyen d'avoir un médecin homœopathe, que l'on tâche d'y suppléer tant bien que mal. Si le blessé se plaint d'une douleur dans la nuque, et d'une roideur extraordinaire, qui se fasse sentir dans toute l'épine dorsale; s'il éprouve un resserrement léger de mâchoire ; s'il s'étonne pour rien, et devient très-irritable à la moindre occasion; s'il ne peut ouvrir la bouche et qu'il ait la respiration difficile, que l'on donne dans ce cas îgn., trois ou six globules toutes les deux heures, jusqu'à ce qu'il se déclare une amélioration. Si cette position s'aggrave, et que les mâchoires deviennent le siège d'un véritable trismus avec roideur et tension des muscles du dos, donnez alors merc. ; si cela ne réussit pas, surtout si le blessé a la figure rouge, donnez belL ; si le visage est alternativement pâle et rouge, acon. Dans les cas où le malade devient froid, on y remédie
par bry. ou verot. Si la chaleur donne de l'aggravation, donnez sec. Toutefois on conçoit qu'une personne étrangère à la médecine doive éprouver de l'embarras à saisir ces diverses indications. Si au moindre contact ou impression le patient éprouve une crise, le principal remède est ign. ; s'il y a lésion du nerf, hyperic. ; s'il se déclare une rougeur autour de la plaie, rut. ; si Ton a déjà pris beaucoup de mercure, angust. On trouvera ainsi dans rlms toxic, hyosc, stram., camph., etc., des moyens fort utiles, mais il faudra savoir les choisir au moment opportun.
Dans le cas de tétanos, on a recommandé dernièrement comme remède efficace, bruc.
Les blessures par suite d'arrachement de dents saignent d'ordinaire très-longtemps. Le vinaigre est toujours nuisible ; que Ton tâche d'arrêter le sang avec de l'eau fraîche; si cela ne suffit pas, que l'on porte sur la mâchoire un petit tampon de linge ou un morceau de bouchon, et qu'on le tienne ferme jusqu'à ce que le sang ait cessé de couler. Si cela ne fait rien encore, que l'on se serve de l'eau de suie, comme il a été dit plus haut, que l'on y trempe un linge qui sera placé sur la plaie alvéolaire; s'il s'y développe beaucoup d'engorgement et de douleur, que Ton donne arn.) avec fièvre, acon. Quelquefois il sera utile d'alterner ces deux remèdes. Quand le patient ressent du refroidissement, et que ces moyens sont restés insuffisants, rhus tox. et bry. pourront servir avantageusement. En présence d'une douleur pulsative et insupportable de l'os qui peut s'accompagner de fièvre, que l'on donne hyosc. ; si la gencive reste engorgée et suppure longtemps, silic, tous les sept jours, jusqu'à complète guérison.
Quand un enfant éprouve, par suite d'une chute, une
forte commotion à la tête, qu'il vomit, qu'il crie peu ou pousse des cris étouffés, s'il dort d'un sommeil long et pénible, qu'on lui donne toujours arn. et qu'on ne le tienne
pas trop chaudement, mais qu'il n'ait pas froid ; qu'on ne lui donne à boire ou à manger rien de chaud; qu'on ne le laisse pas dormir trop longtemps; et s'il survient des convulsions et de la fièvre, donnez M/., si cela ne suffit pas, hyosc.) s'il porte fréquemment le doigt danslenez; cm. ; s'il éprouve du malaise, s'il agite sa tête sur l'oreiller, et s'il a de fréquents éblouissements et des frayeurs, nonseulement dans la nuit, après le réveil et dans l'obscurité (ce qui est naturel), mais aussi pendant le jour, donnez belL Si cela est insuffisant, même après une seconde dose, donnez, quatre à cinq heures plus tard, hep. sulph., qu'on laissera agir pendant quelques semaines ; si, malgré cela, il reste quelques symptômes de cet état, si la tête grossit peu à peu, et qu'entre les sutures la peau se gonfle, et qu'en y touchant elle laisse sentir une légère pulsation, donnez cale. carb. Dans ces divers cas, il est encore mieux d'envoyer chercher un médecin homœopathe.
Les blessures de la tête, qui se compliquent de fracture des os, comme celles du visage, du cou, de la poitrine, du bas-ventre, ainsi que celles où il y a luxation ou écrasement, doivent être traitées par un médecin.
Si un membre a été partiellement écrasé, on peut quelquefois le conserver en faisant des applications de compresses à l'eau froide ou à la glace, et en donnant à l'intérieur arn.y et quelquefois acon., alternativement; même dans le cas où il se déclare un commencement de gangrène, il est encore possible de le sauver en donnant chin., et plus tard, quand la peau devient d'un noir bleuâtre, lach. Cependant il n'appartient qu'à un médecin de juger de l'opportunité de ce qu'il y a à faire, et nous ne faisons ici que proposer les moyens qui conviennent lorsque le malade se refuse à l'amputation, et qu'il n'y a pas de chirurgien assez expérimenté pour pratiquer cette grave opération, ou que le moment favorable d'amputer est passé.
Quant aux vastes blessures de l'abdomen, si elles consistent dans une large ouverture par où sortent les intestins, qu'on ne laisse pas le blessé sans secours ; et bien que ce grave accident paraisse présenter le plus grand danger, on peut encore avec un peu d'attention y remédier facilement. Que l'on s'attache tout de suite à mettre les intestins en place, mais non sans les avoir nettoyés, dans le cas où ils se seraient salis ; que l'on fasse ce lavage avec de l'eau tiède, sans frottement, et avec le soin de ne pas laisser s'introduire de l'eau dans le bas-ventre ; que l'on ne touche pas le paquet intestinal avec les mains nues, mais à travers un linge de toile ; qu'on ne donne rien de fort à flairer ou à prendre par la bouche • seulement, quand le blessé paraît tout à fait indifférent et étourdi, donnez op. ; s'il est hors de lui, coff. ; s'il commence à avoir des crampes, des convulsions, ign. ; s'il devient plus pâle, avec nez effilé, et extrémités froides, chin. ; mais, dès que la première émotion est passée, arn. ou calend. S'il n'y a pas de médecin, que l'on couse la blessure avec un fil ciré, mais avec le soin de laisser dans la partie la plus déclive une petite ouverture, que l'on pansera soigneusement avec l'attention d'empêcher l'air de pénétrer, et qu'on la traite comme il a été dit plus haut, sans faire autre chose. Si plus tard, comme cela arrive quelquefois à la suite de cette opération, il se déclare de violentes coliques, donnez coloc, et, plus tard encore, s'il y a aggravation, staph. On peut continuer à administrer ces deux médicaments alternativement, jusqu'à ce que l'état du malade soit rassurant. Dans les cas les plus graves, lach. et phosph. ont produit de bons effets après quelques jours.