II. — DES BRULURES OU ÉCHAUBOULURES
Quand on s'est brûlé ouéchaudé, le meilleur moyen pour y remédier est d'exposer la partie au feu , et le pire de tous
I Ti2 CAUSES LES PLUS COMMUNES DES MALADIES.
est l'immersion dans l'eau froide ou l'application de substances froides,, telles que pommes de terre, betteraves, etc. Tout le monde sait qu'à la suite d'une brûlure, il se forme des vessies ou phlyctènes et des plaies. La chaleur ôte en peu de temps l'inflammation et ses effets consécutifs. — Il n'est peut-être pas inutile qu'on sache que, lorsqu'on se brûle le bout des doigts, il est bon de les appliquer au lobule de l'oreille. — L'emploi delà chaleur sèche est souvent inapplicable dans les brûlures à grande surface, parce qu'il est impossible que son rayonnement porte uniformément. Ce procédé, douloureux pour les enfants, doit être employé avec ménagement ou pas du tout. Il est également contreindiqué dans le cas où la peau est détruite, et que la lésion porte sur le visage. C'est pour cela qu'on a pensé à d'autres moyens qui sont d'une application plus facile, et dont les effets se rapprochent de ceux d'une chaleur modérée.
Dans les brûlures partielles, on emploiera quelquefois avec avantage Yhuile de térébenthine ; mais elle s'accompagne souvent de souffrance, et si elle est appliquée à trop forte dose, elle peut devenir nuisible.
Le meilleur moyen est Vesprit-de-vin, Yeau-de-vie forte, ou le rhum, etc. , surtout quand on les applique chauds. A cet effet, on mouille la partie brûlée jusqu'à ce que la douleur s'affaiblisse, sans s'inquiéter de son exacerbation momentanée. Ce procédé s'emploie également dans les brûlures étendues, à l'aide de compresses trempées dans un peu d'alcool. Cependant si la brûlure occupait une trop grande surface, comme la moitié du corps , et que les parties fussent trop profondément atteintes, on s'en abstiendra ; il en sera de même si la brûlure a atteint un organe délicat, comme l'œil, ou tout autre également susceptible. Il restera sans effet, si , dans les premiers moments d'angoisse et de trouble, on a eu recours à des applications d'eau froide.
Dans ce cas, on peut utiliser le marc provenant de la distillation des eanx-de-vie de grains, dans les localités où
cette industrie s'exerce. On l'emploiera en bain d'une température un peu élevée. On le renouvelle quand les douleurs recommencent. Du reste , ce moyen n'est pas sans inconvénient et sans difficulté.
Un moyen qu'on recommande depuis quelques années dans les brûlures assez étendues, est le coton cardé. On l'applique par couches superposées sur la partie souffrante. On commence par percer les phlyctènes,et puis on lave avec de l'eau chaude. Si la plaie vient à suppuration , on changera les couches supérieures en laissant en place la première. On procédera à ce pansement avec soin. Plus cette application est promptement faite , mieux on s'en trouve. Si déjà on a employé des applications froides, ce dernier moyen (le coton cardé) devient presque inutile.
Dans beaucoup de cas , il est un autre bon moyen à employer : c'est le savon. Il conviendra surtout dans les brûlures graves et profondes , et dans les cas où l'on aura eu recours à des moyens sans efficacité, et dont on a compromis la guérison. On râpe du savon ordinaire dans de l'eau tiède ; on lui donne la consistance d'un Uniment, et on retend sur des compresses qui seront appliquées directement sur les parties brûlées, compresses qui seront assez grandes pour les couvrir complètement, parce que là où elles ne porteraient pas, la guérison ne s'opérerait pas. Si les phlyctènes se sont déjà formées, qu'on les crève et qu'on enlève fépiderme détaché de la peau. C'est alors qu'il faut faire le pansement , qu'on laissera en place pendant dixhuit ou vingt-quatre heures ; au bout de ce temps, on lèvera l'appareil avec une précaution extrême, sans essuyei ni laver, et on le remplacera par un autre. Ce pansement provoque d'abord une sensation de brûlure, qui ne dure pas. Si les douleurs qui se sont apaisées recommencent encore une fois, il faut panser de nouveau. — D'après cela , on conçoit qu'il convient de faire une certaine provision de ce Uniment, qui alors sera plus homogène que celui qu'on aura
fait à la hâte. — On procédera ainsi jusqu'à ce que les plaies soient cicatrisées , ce qui aura lieu beaucoup plus vite dans les cas simples que dans les cas compliqués , et dans ceux-ci beaucoup plus vite que si on les avait traités avec l'eau froide , Feau de Goulard, etc. , etc. Dans les brûlures simples, la guérison a lieu au bout de deux jours ; dans les brûlures compliquées, il faut en général huit jours. — Ce procédé est également bon lorsque la brûlure a détruit la peau jusqu'à l'os. D'ordinaire, la guérison s'opère sans suppuration , et il n'en reste pas la moindre trace, si le pansement a été fait avec tout le soin nécessaire.
Veau de chaux, qu'on peut fabriquer soi-même en faisant éteindre de la chaux vive dans de l'eau de pluie, ou qu'on pourra prendre dans une pharmacie, afin qu'elle soit plus claire et limpide , cette eau , mêlée avec de l'huile, forme un liniment très-bon et très-convenable , qui s'étend facilement sur la toile et adhère parfaitement à la peau. En employant ce moyen, on aura soin de garantir la plaie de l'impression de l'air : aussi ne faites pas ce pansement trop souvent, ne laissez pas la plaie à découvert plus longtemps qu'il ne faut; couvrez exactement et avec précaution toutes les parties lésées ; veillez à ce que des plis ne se forment pas sous la compresse , et qu'en l'enlevant aucun débris de la plaie ne la suive, ni que rien du liniment n'y reste appliqué. On coupera donc avec soin toutes les phlyctènes qui se forment, on étendra la peau si elle tendait à faire des plis, et le pansement sera fait d'une manière solide, mais cependant sans avoir trop d'épaisseur et sans être fatigant.
Il est un moyen qui agit sur la peau à la manière d'un caustique , et qui , par cette raison , est très-bon dans les brûlures. Ce moyen, c'est la créosote. Il convient dans le cas où le liniment oléo-calcaire donne une mauvaise odeur que ne détruit pas le renouvellement du pansement; il ne convient pas quand l'emploi de ce liniment commence à devenir incommode, soit parce que le bandage, ne tenant pas
en place, glisse; soit parce que le malade ne peut garder la tranquillité convenable. La créosote est efficace dans les brûlures légères comme dans les cas les plus graves ; on peut l'employer ou immédiatement après l'accident , ou plus tard, et même après remploi de tout autre moyen, à l'exception toutefois du Uniment oléo- calcaire. — On trempe dans une solution aqueuse de créosote un pinceau avec lequel on bassine la plaie, et que Ton couvre ensuite de compresses trempées dans la solution. Le pansement sera simple et hermétique , de manière à empêcher l'action de l'air. Si la plaie devenait plus vive , on répéterait ce pansement jusqu'à trois fois par jour.
Lorsqu'on n'a pas sous la main des moyens plus efficaces pour calmer les douleurs violentes des brûlures , on emploiera avec avantage la poudre à poudrer ou la fleur de farine, dont on couvrira la plaie par couches épaisses; cela constituera un pansement sec , qu'on renouvellera aussi souvent que les douleurs reviendront ; on n'enlèvera jamais la dernière couche : il faut que la poudre finisse par former une croûte d'une certaine épaisseur.
Un autre moyen, qui ne manque pas d'efficacité, est la teinture d'ortie qu'on obtient facilement en exprimant le suce des sommités fraîches de cette plante dans de l'espritde-vin par égale quantité; on en prendra une cuillerée à thé qu'on mélangera à une cuillerée d'eau , on trempera dans ce mélange des compresses qui seront appliquées sur la brûlure, et l'on ne tarde pas à obtenir un prompt soulagement. On peut également, dans les cas les plus graves, en prendre à l'intérieur à la dose de deux ou trois gouttes pures sur un morceau de sucre.
Mais , de tous les moyens le plus efficace, et qui donne une amélioration presque instantanée et favorise le mieux la guérison, est caust. qu'on emploie dans tous les cas de brûlure , et ainsi qu'il suit : à l'intérieur , on se sert de la neuvième ou trentième dilution, une goutte dans
un demi-verre d'eau fraîche , et l'on prend une cuillerée à bouche de cette solution toutes les quatre heures; à l'extérieur on se sert de la troisième , sixième dilution, trois gouttes étendues dans un peu d'eau; on imbibe des compresses qu'on applique sur la brûlure.
Dans le cas où ce moyen ne soulagerait que momentanément, et si son action se faisait trop attendre, donnez à l'extérieur ars. 3 en solution, et à l'intérieur 1 globule.
Dans les brûlures produites sur les parties internes,
comme la bouche, la gorge ou l'estomac, ou encore dans le rectum, par suite de lavement trop chaud, il faudra faire dissoudre quelques globules de caust. dans une tasse d'eau : on prendra une gorgée de cette solution si la bouche est le siège de la brûlure; ou bien on en avalera une cuillerée à café de temps en temps, si c'est l'estomac; et on le donnera en lavement, si c'est l'intestin. Si caust. ne suffit pas, qu'on essaye alors ars.
Dans d'autres cas, on a obtenu de bons effets du savon, derhuseidecarb. veg. L'important est de savoirquellessont les parties qui ont été brûlées, comment et dans quelle étendue; si c'est par le feu, par le charbon, la vapeur, le fer rougi, l'eau bouillante, ou autres liquides en ébullition. Mais malheureusement on ne sait presque rien sur ces points essentiels; l'expérience ne s'est pas encore prononcée à ce sujet, sur lequel elle ne saurait trop s'exercer.
Quand la brûlure est le résultat de l'action de Yacide sulfurique ou de tout autre acide, employez l'eau de chaux ou de la craie dissoute dans l'eau. Si elle dépend de l'action de substances alcalines, employez alors le vinaigre ou des pommes râpées.
Contre les brûlures par le phosphore, il n'est pas de moyen préférable à l'huile, surtout l'huile d'olive, dont les onctions se renouvelleront souvent, et toutes les fois que les douleurs augmenteront.
Si, par suite de brûlures violentes, il se déclare de la
fièvre, donnez acon., Yam. ne sera jamais employé dans ce genre d'ustion. Si Ton vient à éprouver des spasmes et des convulsions, donnez chamom. Il arrive d'autres fois qu'on a de la diarrhée ou de la constipation : on n'a dans cette double circonstance rien à faire. Seulement, dans le dernier cas, si la constipation se prolongeait quatre à cinq jours, on donnera un lavement d'eau tiède. Mais si, par suite de la diarrhée, on ressent des coliques, donnez d'abord puis., et plus tard sulph. — Toutefois, comme la diarrhée est un accident favorable au malade, il ne faut pas la combattre. Si elle durait après la guérison complète, il faut l'arrêter; donnez alors ipec, et deux jours après bry.\ s'il y a débilité, ars. Dans les cas les plus ordinaires, cette diarrhée disparaît d'elle-même quand le malade a eu le soin de prendre souvent de l'eau froide et de se promener au grand air : ces deux choses sont indispensables à la guérison des brûlures à grandes surfaces.
Les emplâtres de plomb et l'eau de Goulard sont des moyens dont on n'a jamais eu à se louer. Les suppurations abondantes, les ulcères, les cicatrices difformes qui en résultent n'auraient pas amené un état pire si l'on eût abandonné les brûlures à elles-mêmes. — Qu'on reste donc bien convaincu que tout individu qui aie malheur de se brûler, et le malheur plus grand d'employer des préparations de plomb, subit un véritable empoisonnement, ainsi que le prouvent les expériences de tous les jours. Cet accident est encore plus prompt, plus funeste chez les enfants, puisqu'ils ne peuvent manquer de succomber, et non pas, comme on dit, par suite de brûlures, mais bien par suite du poison, ce dont il est facile de se convaincre par le relevé des symptômes. — On recommandera donc d'une manière expresse de ne faire jamais usage de ce remède dangereux.
(Plus loin, dans la seconde partie de cet ouvrage, on traitera des effets partiels du froid sur le corps à l'article Engelures, comme aussi on parlera de ce qui convient
dans les cas de congélation générale, dans Fasphyxie par immersion et par strangulation, comme pouvant donner lieu à la mort réelle ou apparente.)