I MARQUE D'APPÉTIT
i Les moyens ordinaires que Ton emploie pour rappeler
l'appétit sont précisément ceux qui doivent l'éloigner le plus. Toute chose de haut goût, qu'elle soit salée, poivrée ou acide, les épices, les plantes et racines ou écorces amères que l'on fait infuser ou macérer dans l'eau-de-vie ppur la convertir en boisson stomachique, sont autant d'excitants qui ne peuvent certainement pas nourrir. Tous ces ingrédients sont, par eux-mêmes, il est vrai, d'excellents remèdes, mais il faut les employer en temps utile et dans une mesure convenable; et chacun a pu juger, par sa propre expérience ou celle des autres, s'ils sont réellement /salutaires dans certains cas. Or, comme tous les médicaments en général sont nuisibles pris en excès, trop souvent et hors de propos, on s'expose à se faire grand mal en en usant sans discernement. Et ici, le pire de tout, c'est l'ha- 1 bitude : car, plus on use d'une chose, plus les inconvénients
i augmentent. A quoi sert de provoquer l'appétit pour un
1 jour, pour le perdre plus complètement après? De même
I qu'il reste dans le corps une partie des aliments que l'on
prend, de même aussi il reste quelques éléments de ces excitants de l'appétit, qui se fixent sur un point de l'organisme. Mais comme ces ingrédients n'ont pas de caractère nutritif propre, ils ne peuvent réparer les forces du corps ! humain ; ils ne s'en établissent pas moins peu à peu dans les
organes, et deviennent l'origine, le point de départ de ma* I ladies incurables. On se met alors à supposer qu'ils se ra-
I massent dans les intestins et qu'on peut les expulser, ou
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dans le sang, et[qu'on peut les faire sortir à l'aide de la saignée : c'est là un véritable et fatal préjugé. Tout médecin qui sait un peu d'anatomie et de physiologie n'ignore pas qu'il est impossible que cela se passe ainsi, que rien ne se fixe ni dans les intestins ni dans le sang; celui-ci se renouvelle incessamment tous les jours; mais les solides seuls du corps humain subissent un changement, une sorte de rénovation, et s'approprient les substances qui ont été soumises au travail de la nutrition.
Celui donc qui fait un usage modéré de ces diverses Substances ne se fera jamais grand mal. Une fois ou autre, ttn morceau de substance salée ou acide peut, principalement en été, avoir un excellent effet, surtout lorsque l'estomac semble l'avoir désiré, et lorsque, après cette satisfaction, cette envie ne s'est pas renouvelée ; mais si ce désir revient bientôt après, c'est une preuve que l'usage qu'on pourrait en faire finirait par être nuisible.
Le meilleur de tous les remèdes, comme la meilleure dé toutes les habitudes, est l'habitude de boire de l'eau froide. Qu'on en prenne régulièrement un verre tous les matins à jeun, ainsi que quelques heures avant et après le repas, et le soir en se couchant; mais pendant le repas qu'on en boive modérément; après un dîner copieux, on en prendra souvent et à petits coups.