CHAGRIN ET TRISTESSE
Les peines morales , telles que le chagrin et la
tristesse, ont des suites bien plus fâcheuses que les autres affections de l'âme ; ces suites sont ou immédiates ou subites, ou elles se déclarent à la longue et deviennent souvent dangereuses. On peut toujours les enrayer dans le premier cas , mais il est rarement possible d'en arrêter le cours dans le second. Si Ton n'est aidé dans ce traitement par une action toute morale , on doit peu compter sur les autres moyens; et celui qui ne trouvera pas ce levier moral se flatterait en vain d'obtenir des effets salutaires par les remèdes que nous avons à conseiller. — Pour un chagrin profond et morne où l'amour-propre s'est trouvé blessé ; pour un dépit concentré , suivi d'une grande affliction et dont on ne peut se rendre maître; pour les peines qui naissent d'un amour malheureux ; pour les soucis qui proviennent d'un revers de fortune ; enfin, pour une tristesse profonde qui ronge l'esprit, prenez ign. que, dans quelques cas, vous pouvez répéter deux ou trois jours de suite ; c'est presque un spécifique. Le chagrin, à la suite de reproches , se guérit par op. — Quand , par suite de ces chagrins, il y a vomissement, indisposition de l'estomac, mal de tête et vertige , donnez encore ign. ; s'il reste sans effet, acid. phosph. — Dans l'épilepsie produite par de semblables causes , administrez d'abord ign. S'il ne suffit pas , donnez op. pendant l'attaque, et puis acid. phosph. , que vous répéterez après chaque accès , et chaque jour durant une semaine, dilué dans un demi-verre d'eau. — Le chagrin concentré réclame ign. ou lycop.
Dans les peines d'amour donnez d'abord ign., et quelques jours après, acid. phosph., s'il y a lieu , et que le malade soit taciturne, concentré en lui-même, ou qu'il ait une petite fièvre lente. — Si le malade souffre par l'effet d'une vive et profonde sympathie, qu'il en ait perdu le som-
meil et les forces, donnez acid. phosph., même à l'état de teinture-mère, une ou deux fois par jour. S'il déraisonne, s'il est jaloux et emporté, hyosc. o. convient.
Dans les aliénations mentales causées par d'autres peines morales, il faut préférer bell., et puis acid. phosph. Employez même merc. viv. et plat., si l'altération des facultés intellectuelles se présente dans les circonstances indiquées à l'article frayenr. — Dépend-elle du mal du pays (nostalgie), et y a-t-il insomnie avec rougeur et chaleur de la face, donnez hyosc. Si, après quelques jours, il n'y a pas de soulagement, donnez caps. Si ces moyens ne suffisent pas, et que le malade tombe dans une sorte d'épuisement, qu'il ne parle pas, transpire beaucoup le matin, et reste somnolent et hébété, administrez alors acid. phosph. Quand il est dans une grande faiblesse, qu'il tremble, qu'il est inquiet et agité, principalement la nuit, qu'il a des frissons et une transpiration nocturne, donnez merc. viv.
Dans les affections chroniques par suite de chagrins et de soucis, et si le malade est irritable, inquiet, peureux, triste, craintif pour l'avenir, se préoccupe toujours et se chagrine, surtout s'il dort le jour et veille la nuit, qu'il transpire presque continuellement, qu'il perde ses cheveux et que sa voix s'affaiblisse, donnez staph. ; s'il ne parle pas par obstination, s'il maigrit et est agité par la fièvre, donnez acid. phosph. Devient-il querelleur, contrariant, irritable, et quelquefois est-il saisi d'un sentiment de crainte et en proie à l'anxiété, administrez merc. viv.
Si le flux menstruel est produit par le chagrin, la frayeur, l'anxiété ou la peur, avec une grande variation dans la quantité, et s'accompagne d'autres indispositions, donnez plat.
vexation.
La vexation, le tourment d'esprit ou la contrariété
sont des impressions de Pâme liées souvent à des peines
cachées, soit honte, soit souci, ou chagrin : dans ce cas, donnez ign. Si, par suite de cet état, Ton éprouve du froid ou des frissons, et que Ton devienne irascible ou emporté, donnez bry. ; et nux vom. si bry. ne suffit pas. Quand la vexation provoque une juste iiMignation avec un sentiment d'horreur pour ce qui en est la cause, quand le malade devient furieux et s'irrite à jeter tout ce qui se trouve sous sa main, repousse tout ce qui est à sa portée devant lui sur la table, donnez staph. Quelquefois ce remède est insuffisant, et n'est salutaire qu'alterné avec coloc. Quand on comprime son dépit, qu'il se déclare des coliques, surtout si elles se manifestent ou s'aggravent après le repas, donnez coloc. Quand le dépit «'accompagne d'une grande exaltation suivie d'emportement et de chaleur, préférez chamom., qui convient toujours après un accès de colère. Si les contrariétés sont telles qu'elles provoquent la toux, des palpitations de cœur et une grande oppression accompagnées de spasme et de resserrement de la poitrine, avec imminence de suffocation, prenez chamom. ; alors il est également bon de plonger les mains dans l'eau froide pendant quelques minutes, et si cela ne suffit pas, de mettre les bras dans l'eau chaude jusqu'à ce que cet état de souffrance se soit amélioré.
Si, à la suite d'une vive contrariété, la bouche devient amère; s'il se déclare des nausées ou des vomissements bilieux accompagnés de mal de tête, pression précordiale, coliques, diarrhée, fièvre avec chaleur et soif vive ; si le visage et les yeux sont rouges, et qu'une fièvre bilieuse avec couleur ictérique (jaunisse) ait lieu, donnez chamom. Après six, huit, douze heures, on peut répéter une seconde dose, mais c'est rare. Cela dépend des circonstances. Mais si le malade ressent au contraire du froid et des frissons, donnez bry. Si après huit heures il n'y a pas d'amendement» administrez verat. alb.
Si après avoir bu d'une infusion de camomille on vient
à éprouver une vexation, ou qu'on en ait pris mal à propos pour faire cesser la fièvre, donnez coff.; s'il ne suffit pas, prenez nux vom. Si, après cela, il reste encore quelques souffrances, donnez coloc. Si le malade est d'un caractère doux, et que coloc. n'ait produit aucun soulagement, administrez puis.
Si, après une vive contrariété, on se met à manger ou à boire, et qu'il en résulte un mauvais goût de la bouche, renvois amers, vomissements bilieux, douleurs d'entrailles, chaleur à la tête, inquiétude, sommeil agité, etc., donnez chamom. une ou deux fois. Si cet état se renouvelle, sans être amélioré par chamom., recourez à puis, nux vom. ou coloc.