‹ Médecine homoeopathique domestique (volume 4)Chapitre 31 sur 53 · S H. - DES CORPS ÉTRANGERS INTRODUIS DANS L'ORGANISME · texte numérisé non relu

S H. - DES CORPS ÉTRANGERS INTRODUIS DANS L'ORGANISME

Dnns le» yeux. Le simple lavage n'est utile que pour faire sortir la poussière; mais, si la substance introduite est solubledans l'eau, les lotions ne peuvent qu'aggraver les souffrances. Le frottement est encore plus dangereux; mieux ^aut le lavage, surtout quand on a soin de mettre l'œil dans un verre plein d'eau. L'huile est un calmant contre les acides °u les sels caustiques, mais elle offre de très graves incon-

vénients contre la poussière de cantharides ou autres insectes morts. Le blanc d'œuf est très bon, quand il est tombé dans l'œil des parcelles acérées de substances minérales , des couleurs, ou tels autres petits corps aigus. Si c'est de la chaux, de la cendre, quelque éclat de couleur non fondue , ou du tabac en poudre, il faudra dans ce cas se servir de lait caillé acide, ou de la crème tournée.

S'il est entré dans l'œil un petit corps qui occasionne une pression vive, qu'on écarte les paupières, et qu'on tache de le faire tomber au moyen d'une petite allumette de papier fortement roulée ; son extrémité ne portera point sur l'œil , et l'on s'en servira comme d'un pinceau. Puis, on laissera l'œil se mouvoir dans toutes les directions pendant l'écarlement des paupières , et l'on examinera si dans l'intérieur il n'y a pas d'autres corps étrangers. Le papier sans colle sera préféré, parce que ces petits objets s'y attachent plutôt. S'il était utile de porter profondément celte petite allumette, on la mouillera préalablement avec la salive.

Les forgerons , par exemple , sont exposés a être atteints dans l'œil par de petits éclats de fer chaud , qui adhèrent fortement ; on peut s'en débarrasser et les extraire au moyen d'un crin doublé que l'on promène ça et la sous la paupière, ou bien encore, à l'aide d'un cure-oreille bien nettoyé. L'aimant a souvent servi à enlever ces parcelles de fer : qui veut l'essayer, le fasse.

Comme tout frottement est toujours nuisible, il sera préférable, surtout chez les enfants, d'appliquer un petit appareil de compresses trempées clans l'eau froide. Souvent les souffrances s'apaisent par le sommeil. Quand il y a rougeur et inflammation de l'œil, donnez acon. , qui est encore utile quand bien même le petit corps ne serait pas sorti , et qu'il y a quelques difficultés à l'extraire. Ce remède calme beau-

coup les douleurs , ce qui est d'un grand avantage , puisqu'il peut faire attendre avec patience l'arrivée du médecin, ou bien donner au malade une nuit supportable, jusqu'au retour du jour, oùTinspection de l'œil est plus facile. Si, après avoir continué acon., l'œil reste sensible et rouge, donnez sulph. ; si cela ne suffit pas, donnez cale. carb. après le septième jour.

Dans les oreilles. S'il y est entré des insectes , qu'on se tienne couché sur l'oreille opposée , afin de recevoir dans l'autre de l'huile goutte à goutte, jusqu'à ce que l'insecte se fasse voir ; on l'ôtera alors avec une allumette de papier roulé. S'il s'est introduit dans l'oreille d'un enfant quelque chose qui soit susceptible de se gonûer par l'humidité, tel qu'une graiqe, qu'on se h^te, parce que chaque heure de relard rend le cas plus grave. Prenez une épingle à cheveux, pliez-la sur le milieu, et faites-lui subir en ce point un angle obtus, ce qu'on peut faire facilement à l'aide d'une clé; elle doit former ainsi une espèce de curette, dont les extrémités libres seront fixées dans un bouchon.

Qu'on se place de manière à être derrière l'oreille, qu'on la tire avec une main en haut et derrière la nuque, de façon que l'œil de l'opérateur y voie, aussi profondément que possible. Qu'on trempe l'instrument dans l'huile , et qu'on le fasse glisser assez résolument dans l'intérieur de l'oreille, de façon à saisir le corps étranger par derrière; et une fois qu'il est embrassé, on le soulève légèrement et on le ramène à soi.

S'il y a inflammation et douleur dans l'oreille, qu'on donne vn. ; quelques heures après, puis. ; si l'inflammation est assez intense pour que l'oreille en soit enflée au point d'empôcher l'extraction, donnez alors puis. ; s'il arrive, par exemple, que l'enfant éprouve de fortes douleurs, de la fièvre, du dé-

176 CAUSES LES l'LUS FRÉQUENTES DES MALADIES.

lire, s'il se débat avec rage, puis, ne suffit plus, donnez bail. ; et plus tard, s'il reste encore de la douleur, on peut s'en défaire \)2X sulph.

Après que les accidents inflammatoires ont disparu , procédez à l'extraction du corps étranger.

Dans le nez. Dans le cas où l'on aurait à extraire un corps étranger logé dans les narines, qu'on attende que le malade fasse une forte inspiration ; on lui ferme ensuite la bouche afin que l'air s'échappe avec force par le nez, ou bien encore on en chatouille l'intérieur avec une barbe de plume ou avec un peu de tabac à priser, afin de l'obliger h éternuer. On peut aussi se servir du petit instrument décrit plus haut, pour l'extraction des corps introduits dans l'œil. Selon les circonstances, on donnera a cet instrument des proportions telles, qu'on puisse le porter jusque dans l'arricre-bouche. Cependant qu'on ne se laisse pas trop aller a des tentatives de cette nature ; il vaut toujours mieux s'adresser à un médecin qui ait des instruments adaptés à de pareils accidents. — L'inflammation qui en résulte et forme obstacle a l'opération, de même que celle qui se déclare consécutivement, se guérissent l'une et l'autre par acon. ou arn. Lorsque cela ne suffit pas, donnez bell. ou rhus toxic. Contre les douleurs persistantes et la suppuration consécutive, donnez sulph.

Bans le gosier. Si pareil cas se présente dans le gosier, qu'on provoque à cracher avec force et promptitude en frappant entre les épaules; qu'on fasse ouvrir la bouche, et après avoir Çixè la langue en bas avec une cuiller, qu'on regarde dans le gosier pour s'assurer s'il y a quelque chose qui puisse se prendre avec le doigt et être enlevé.

Si c'est une grosse bouchée qui s'arrête au fond du gosier, il est urgent, a cause de son volume et de sa dureté, de provoquer la régurgitation, surtout quand, en pressant la gorge,

on sent que la bouchée se porte en haut. Afin de faciliter la régurgitation , il suffira de chatouiller le gosier, et, selon le cas, de mettre une prise de tabac sur la langue , ou même encore de faire"des injections d'une infusion légère de tabac. — Si l'on peut s'assurer par une exploration extérieure de la présence du bol alimentaire, il suffit quelquefois d'une simple pression dirigée de bas en haut pour le faire rendre. Si l'on a affaire à un enfant, il faut commencer par le contraindre à cracher ce qu'il a avalé, mais que ce ne soit pas avec trop de violence. Si la bouchée est déjà descendue assez en avant pour qu'on ne puisse la voir en regardant au fond du gosier, et au contraire si elle est parvenue jusque dans la région inférieure de l'arrière-bouche, il faut en favoriser tout de suite la chute dans l'estomac, ce qui sera d'autant à propos qu'elle se trouvera d'une substance d'une digestion facile. Si le patient sent que le bol commence à cheminer, qu'il laisse faire, il tombera de lui-même; seulement, pour aider, il boira de temps en temps une gorgée d'eau , pourvu toutefois que le corps engagé ne soit pas de nature à se gonfler par l'humidité: car, dans ce cas, il faudrait donner du beurre fondu ; si enfin la déglutition est par trop difficile, qu'on lâche delà favoriser avec une baguette de bois souple, ou mieux, avec une baleine très lisse, dont l'une des extrémités sera raboteuse et dentelée tout à la fois, afin d'y fixer plus fortement une éponge avec un lien de fil ou de soie. Ainsi disposé , cet instrument improvisé sera trempé dans l'huile et sera introduit avec précaution dans l'arrière-bouche, où il doit forcer l'obstacle.

S'il se déclare une contraction spasmodique qui empêche le morceau de descendre , s'il y a douleur, difficulté de respirer et autres symptômes semblables, donnez ign. Si cela ne suffit pas, cliamom. o. ; alors, donnez à avaler un peu

d'huile ou de beurre, et recommencez les tentatives mécaniques de la déglutition.

Il reste souvent dans la gorge , à l'endroit où était l'empêchement, une sensation comme s'il y avait encore quelque chose d'arrêté, ftlais cela n'est rien , celte sensation s'efface d'elle-même, ou après avoir pris un remède. On se convainc que ce n'est qu'une fausse sensation, parce que les douleurs, qui précédemment étaient fortes, n'augmentent pas, restent les mêmes , et qu'il ne survient pas d'autres souffrances. Aussi peut- on alors avaler sans difficulté aucune, soit un peu de boisson, soit une bouchée molle. Toutefois, en avalant, on éprouve encore, au passage qui a souffert, une douleur qui disparaît. Dans ce cas, on peut donner onz., et s'il ne suffit pas, merc. vio. Si cependant il restait quelques débris dans la gorge et que la douleur persistât, donnez silic.

Si c'est un os qui se soit arrêté dans la gorge, et qu'il soit d'une dimension telle qu'il ne puisse descendre, il faut l'ôter de la manière indiquée ci-dessous , ou en faire faire l'extraction par un médecin.

Si l'on a affaire à des corps aigus, pointus, à des mor-

ccaux de verre , à des arêtes , à de petits os , à des épingles, à des aiguilles, etc., qu'on se garde bien de faire des tentatives violentes. Dans ce cas, on se contentera d'avaler de temps en temps une bouchée de pain un peu forte, sans être trop mâchée toutefois; une figue peut remplir le même office; ou, si ce sont de petits corps acérés qui se soient attachés à la gorge , qu'on prenne des boulettes de cire de la grosseur d'une balle de plomb, enduites préalablement de miel ou de sirop.

S'il survient des symptômes dangereux , tels que douleurs violentes, pressionqui vajusqu'àrétouffement, grande anxiété,

mouvements convulsifs, etc., qu'on se hâte de faire l'extraction du corps engagé dans la gorge. Pour cela, on se servira d'un fil de fer qui sera doublé de manière à faire une anse dans le milieu ; on le plongera dans la bouche et on le poussera jusqu'au-dessous du point douloureux; là on lui fera subir un mouvement de va-et-vient, quelquefois un mouvement de rotation, et on le sortira tout doucement. Dans certaines circonstances, il est préférable de se servir d'un morceau de baleine, monté comme il a été dit plus haut. On enfoncera celte baleine jusqu'au-dessous du corps étranger; en même temps on donnera à avaler une gorgée d'eau pour gonfler l'éponge, alors on tournera tout doucement la baleine et on l'attirera a soi. On peut également se servir d'une large barbe de plume attachée a un fil de fer. Plongée dans Parrièregorge, ainsi qu'il vient d'être dit de la baleine, on la fera pivoter légèrement, et l'on ramène quelquefois l'objet engagé. — D'autres fois, quand ce sont des aiguilles ou des arêtes qui sont introduites, on peut faire usage ; avec quelque succès, d'un morceau de viande ou de lard qui sera attaché solidement à un fil ; le malade devra l'avaler, et quand il sera arrivé à la partie douloureuse, on le retirera vivement. S'il s'agit, dans un cas d'urgence, d'un fragment de verre, qu'on se serve du bout supérieur d'une chandelle de suif, qu'on attachera par sa mèche à un fil ; on le donnera à avaler, et on le sortira après qu'il aura eu franchi le point douloureux : on répétera cette opération plusieurs fois. Il est bien entendu que, dans de pareilles circonstances, on se servira des moyens qui sont le plus à portée , et que l'on prendra toujours en considéralion la nature du corps engagé. C'est ainsi qu'un enfant qui courait les plus grands dangers pour avoir avalé un hameçon en fut débarrassé a l'aide d'une balle de plomb, qui , ayant été percée et puis enfilée par un bout de fil , arriva sur l'ob-

stacle, pesa dessus, détacha l'hameçon et le ramena heureusement.

Dans les cas où l'opération précédente est indiquée, on fera appuyer la tête du malade sur la poitrine d'un assistant; on baissera et l'on tiendra baissée la langue avec le doigt indicateur, puis on introduira l'instrument, préalablement préparé, huilé, avec une grande précaution dans l'arrière-gorge , et aussi profondément que cela sera nécessaire. On sera averti que l'instrument est arrivé sur le corps étranger à la résistance instinctive du malade, ou à la douleur ou aux mouvements brusques et presque convulsifs qu'il manifeste. Pour retirer l'instrument, on ne sauraitapporier trop d'attention afin d'éviter d'obstruer la trachée-artère et de ne pas abandonner le corps étranger qu'on ramène. Qu'on porte plutôt l'instrument un peu de côté, et qu'on se hâte de faire pencher la lête du malade en avant dès qu'on en aperçoit l'extrémité.

Dans les cas les plus graves et les plus difficiles, cette opération, pratiquée même par un médecin habile, peut échouer; alors il ne reste plus qu'à ouvrir la gorge : on peut encore espérer de sauver par ce moyen extrême un malade sur le point d'étouffer.

Dans l'estomac et les intestins. Il suffira SOU Yen t d'àvaler des substances molles, gluantes et liées, d'éviter tout ce qui est échauffant, acide et irritant, et d'attendre patiemment que le corps étranger, réfractaire aux forces digestives, soit rendu par les selles. Des frictions sèches, des pressions modérées sur le bas-ventre, puis se coucher dessus, faire un peu d'exercice sans fatigue, tout cela favorise, aide les intestins dans les efforts expulsifs. — On voit, en effet, une pièce de monnaie, une balle, une bague, etc., même les corps qui ont un diamètre plus grand que celui des conduits par où ils doivent passer, sortir, quelque temps après, sans souffrance, el

cela par le seul effet d'un régime convenable. — Celui qui est sujet à la constipation s'abstiendra de tout purgatif qui affaiblit la force intestinale; qu'il prenne, au contraire, une nourriture légère et du beurre en quantité; puis, qu'il ait le soin de s'administrer tous les jours un lavement d'eau tiède ou de lait.

Il faudra prendre la précaution de rendre ses évacuations dans un vase plein d'eau, afin de s'assurer que le corps étranger est sorti. On tamisera les matières rendues; et s'il s'agit de petits corps effilés et aigus, on jettera le tout sur un gros linge, et l'on constatera s'ils ont été amenés avec les selles. — Les aiguilles se fraient généralement une tout autre voie , et le plus souvent sont rendues sans aucune souffrance et sans danger pour le malade. Si elles devaient séjourner longtemps, qu'on donne toutes les semaines silic, et plus tard, une seule fois dans l'intervalle, hep. sulph.

Si, quelque temps après avoir avalé des aiguilles ou une pièce de monnaie, il survient des symptômes graves., des douleurs violentes dans le bas-ventre avec une sensation de serrement et de pincement, qu'on donne tout de suite ipec. ; s'il est suivi de soulagement, il faut y revenir toutes les fois que le mal reprend ; s'il ne suffit pas, donnez nux vom. Si, malgré ces premiers soins, les accidents s'aggravent, suivis de coliques violentes et de constipations, op. y remédie souvent ; s'il survient des accidents plus graves accompagnés de douleurs lancinantes sur un point, et que là on ressente comme si un abcès voulait s'y former, qu'on donne lack.

Quelquefois les objets avalés suivent sans difficulté tout le trajet des voies digestives, et ne s'arrêtent qu'à l'anus. Qu'on donne dans ce cas des lavements mucilagincux, d'huile ou de lait ; qu'on coupe ensuite de longues bandes de lard d'une certaine épaisseur, qu'on les introduise à cet effet dans la

182 causes les plus fréquentes des maladies. moitié de leur longueur. Si, après avoir donné le lavement, on peut faire cette introduction de manière à garantir l'intestin des blessures qu'il pourrait recevoir du corps étranger qui s'y trouve, il deviendra facile de l'extraire, dès qu'il se présentera, avec une baguette arrondie ou le manche d'une cuiller d'argent. — Sf l'on ne peut en venir à bout, il faut appeler un médecin pour qu'il fasse le nécessaire. Mais qu'on se garde toujours d'administrer des purgatifs, ce qui serait très dangereux. Si l'anus se ferme avec spasmes, donnez ign.

Quand des sangsues s'introduisent dans l'estomac, il se déclare des symptômes alarmants, tels que douleurs brûlantes, hoquets avec suffocation , vomissements môles de sang , et fièvre lente qui mine le corps : qu'on se hâte alors de donner de l'eau salée en grande quantité, et, dans l'intervalle, du beurre fondu ; chez les enfants, quelquefois un peu de sucre, et jusqu'à ce que les souffrances aient un peu cessé. On donnera ensuite arn., et quelques jours après, contre les souffrances consécutives, ars. alb.

Si d'autres petits animaux, comme des insectes, pénètrent dansl'eslouiac, il suffira de donner du beurre fondu salé ou de l'huile; si la douleur ne cesse pas tout de suite, qu'on donne une pilule de camphre de la grosseur d'un pois, écrasée dans l'huile. S'il s'agit de vers, de petits reptiles, de grenouilles, qu'on donne à boire de l'eau sucrée, et du sucre à manger, jusqu'à effet évacuant. Si cela ne suffit pas, qu'on donne des pilules de mie de pain mêlées avec un peu de tabac. Contre les souffrances qui en résultent, faites flairer du camphre, et répétez quelquefois ipec. ou nux vom.

Dans le larynx et la trachée-artère. Lorsque l'on parle

ou que l'on rit pendant la déglutition, ou lorsqu'on fait une forte inspiration en tenant quelque chose dans la bouche, ou quand un enfant en jouant saisit un objet quelconque avec la

bouche, il arrive souvent que le corps étranger s'engage dans le larynx ou la trachée-artère. Dans ce cas, on a recours à la pratique vulgaire qui consiste soit à frapper entre les épaules pendant que le patient porte la tête inclinée en avant, soit à provoquer l'éternument ou le vomissement en chatouillant le gosier, moyens utiles seulement dans les accidents les plus simples, mais qui peuvent aggraver aussi la position du malade; ainsi, qu'on n'en abuse pas. On peut pareillement, en jetant avec force la tête en arrière, faciliter une toux violente qui dégage le corps et l'oblige à sortir. Cependant, qu'on ne compte pas sur ces divers petits moyens, si le corps est engagé trop avant dans le larynx. — On s'assurera de sa présence, en saisissant doucement avec les doigts le larynx à l'extérieur, et en lui faisant subir un petit mouvement de haut et de bas ; il devient alors assez facile de le sentir et de le faire claqueter contre les parois, s'il n'est pas trop adhérent. Quelquefois on parvient à rassurer le malade à l'aide de quelques médicaments, et s'il s'endort la tête peu élevée, il arrive que Je corps sort de lui-même. Si le danger augmente malgré les remèdes, il faut procéder à l'opération. Qu'on se hâte alors d'appeler un médecin capable d'entreprendre cette opération, qui reste l'unique moyen de salut, même lorsque le malade paraît ê^-e dans un état désespéré. La trachéotomie, si elle est bien pratiquée, n'est nullement dangereuse comme elle paraît l'être à beaucoup de gens ; elle n'est même pas très difficile. La plaie qui en résulte guérit assez promptenient d'elle-même, comme tout le monde le sait; on voit, en eiïet, souvent des gens qui se sont coupés accidentellement ou autrement la gorge, se rétablir en peu de jours. Ce serait donc un tort que de reculer devant celle opération, quand il S2 trouve un chirurgien assez expérimenté pour la pratiquer.

Comme les accidents sont ici à peu près semblables à ceux que nous avons fait connaître au sujet des corps engagés dans l'arrière-bouche, les mêmes moyens s'y appliqueront après un examen préalable et selon les mômes précautions. Nous renvoyons donc à cet article. On reconnaîtra qu'un corps étranger est engagé dans la trachée-artère aux signes suivants : La douleur se fait sentir plus en avant, le malade l'indique avec le doigt ; si c'est dans la gorge, la douleur est plus en arrière. Les symptômes que nous connaissons se déclarent ici comme dans le cas relatif à la gorge, seulement la respiration est courte et surtout plus gênée ; la figure est également plus bouffie, plus bleuâtre; les yeux plus saillants, la voix plus changée, rauque, et quelquefois elle s'éteint. Ces souffrances sont d'abord presque insignifiantes, mais elles ne tardent pas à s'aggraver peu à peu; d'autres fois elles cessent tout à coup, mais elles reprennent subitement et ont plus d'intensité.

Si le corps étranger n'est pas assez gros pour empêcher complètement la respiration, et qu'il ne soit pas engagé dans l'épiglotte, mais plus bas, alors il arrive que le malade paraît être assez bien pendant quelque temps ; car il ne tousse pas et ne souffre d'aucune incommodité, et cet état peut même durée plusieurs semaines. Il n'est pas guéri pour cela ; on voit plus tard se déclarer une toux suffocante qu'on peut prendre pour une espèce d'esquinancie. Dans ce cas, si tart. émet, ne soulage pas promptemenl, ou silic, le malade est sans ressource. L'incision elle-même ne pourrait rien , si la respiration, entre les accès de toux, est difficile et pénible. La langue alors se gonfle et le malade meurt asphyxié, qu'on fasse ou qu'on ne fasse pas l'opération.

Dès qu'on a reconnu que Je corps étranger est dans la trachée-artère , qu'on donne aussitôt ipec. S'il apporte du

soulagement, il faut Je répéter après chaque aggravation, et l'on ne donnera au malade rien autre chose que de l'eau sucrée ou du sucre. En attendant que le médecin soit arrivé, si ipec. n'a pas suffi, on donnera bell. étendu dans l'eau , ce qui doit produire souvent un grand résultat. Le malade s'endorfrjl, qu'on le laisse tranquille; et si les accidents se représentent, qu'on ne se hâte pas de lui donner trop vite une nouvelle dose, mais seulement dans le cas où il aurait une aggravation réelle. Souvent le corps étranger sort de lui-même durant le sommeil. Si bell. ne suffit pas, ou si les souffrances persistent après que le danger est dissipé, on peut faire l'essai de hep. sulph. délayé. Si, malgré tous ces moyens, il survenait une suffocation, qu'on donne tart. émet.; ou si la face du malade devient bleuâtre, administrez d'abord op., un globule, et même trois qui seront délayés dans une cuillerée d'eau, et qu'on donnera goutte à goutte sur la langue.

Bell, sera le remède approprié dans le cas où il serait entré dans la bouche, et par suite dans la trachée-artère, de la poussière, des cheveux ou de la barbe de plume, qui agissent en provoquant la toux ; plus tard, hep. sulph. qu'on donnera peu à peu. 11 est bon de tenir de temps en temps du sucre dans la bouche.

Lorsqu'un objet s'est engagé dans le haut du larynx d'un enfant, ou à côté, il se déclare des accès d'une toux suffocante, qu'on soulage avec tart. émet. 3 dilué. Si les accès se renouvellent fréquemment, et qu'en toussant il se dégage une mauvaise odeur de la bouche, donnez silic. quelques globules le soir et le lendemain. 11 en résulte presque toujours un bon effet. Le corps étranger est chassé au dehors par la toux, ou il est avalé. Dans les cas plus opiniâtres, donnez hep. sulph 3 alterné avec silic.

Dans la peau. Quand des corps étrangers s'introduisent sous la peau, on peut employer les moyens indiqués plus haut à la page 159 , qui est relative aux blessures. Cependant il est bon de noter ici ce qu'il convient de faire lorsque ce sont de petits corps aigus, tels qu'épines, barbes de chardon, etc., qui pénètrent dans la peau. S'il s'agit des piquants de diverses plantes, qu'on frotle alors la partie avec de l'huile, et qu'on l'approche du feu aussi près que cela se pourra; puis, qu'on prenne un couteau ordinaire pour racler doucement la peau, de manière a faire sortir ces sortes de corps. Lorsque les épines sont entrées obliquement, faites courir votre couteau dans le sens opposé, de façon que la pression porte d'abord sur l'extrémité engagée. Celte opération sera répétée aussi souvent que ce sera nécessaire, ainsi que les onctions d'huile et l'exposition au feu. %

Le même procédé sera employé dans le cas où de petits éclats de verre auraient pénétré sous la peau ; mais ici la douleur est forte, et il devient- préférable de les abandonner au travail de la suppuration, qu'on traitera comme une blessure ordinaire. Si cela ne suffît pas pour en favoriser la sortie, donnez hep. sulph. ; et si c'est encore insuffisant, silic. Dans les cas où la suppuration s'est établie profondément, et où silic. et hep. sulph. n'ont pas suffi, donnez de temps en temps lach., et plus tard merc. viv.

S III. - DES BRULURES.

Quand on s'est brûlé, le meilleur moyen est d'exposer la partie au feu; et le pire de tous est l'immersion dans l'eau froide ou l'application de substances froides, telles que pommes de terre, betteraves, etc. Tout le monde sait qu'à la suite d'une brûlure, il se forme des vessies ou phlyelènes et des plaies. La chaleur ôte en peu de temps l'inflammation et se§

effets consécutifs. Il n'est peut-être pas inutile qu'on sache que, lorsqu'on se» brûle le bout des doigts, il est bon de les appliquer au lobule d'oreille. L'emploi de la chaleur sèche est souvent inapplicable dans les vastes brûlures, parce qu'il est impossible que son rayonnement porte uniformément. Ce' procédé, douloureux pour les enfants, doit être employé avec ménagement ou pas du tout. Il est également contre-indiqué dans les cas où la peau est détruite, lorsque la lésion a porté sur le visage. C'est pour cela qu'on a pensé à d'autres moyens qui sont d'une application plus facile, et dont les effets se rapprochent d'une chaleur modérée.

Dans les brûlures partielles, on emploiera quelquefois avec avantage Y huile de térébenthine; mais elle s'accompagne souvent de souffrances, et si elle est appliquée à trop forte dose, elle peut devenir nuisible.

Le meilleur moyen est V esprit -de-vin, ou Yeau-de-vie forte, ou le rhum, etc., surtout quand on les applique chauds. A cet effet, on mouille la partie brûlée jusqu'à ce que la douleur s'affaiblisse, sans s'inquiéter de son exacerbation momentanée. Ce procédé s'emploie également dans les brûlures étendues, à l'aide de compresses trempées dans ce liquide. Cependant, si la brûlure occupait une trop grande surface, comme la moitié du corps, et que les parties fussent trop profondément atteintes, on s'en abstiendra ; il en sera de même si la brûlure a atteint un organe délicat, comme l'œil, ou tout autre également susceptible. Il restera sans effet, si, dans les premiers moments d'angoisses et de trouble, on a eu recours h des applications d'eau froide.

Dans ce cas, on peut utiliser le marc provenant de la distillation des eaux-de-vie de grains, dans les localités où cette industrie s'exerce. On l'emploiera en bain d'une température un peu élevée. On le renouvelle quand les doujrurs recom-

mencent. Du reste, ce moyen n'est pas sans inconvénient et sans difficulté.

Un moyen qu'on recommande depuis quelques années dans les brûlures assez étendues, est le coton cardé. On l'applique par couches superposées sur la partie souffrante. On commencera par percer les phlyetènes, qu'on lave avec de l'eau chaude. Si la plaie vient à suppuration, on changera les couches supérieures en laissant en place la première. On procédera à ce pansement avec soin. Plus celte application est promptement faite, mieux on s'en trouve. Si déjà on a employé des applications froides, ce dernier moyen (le coton cardé) devient presque inutile.

Dans beaucoup de cas, il est un autre bon moyen à employer : c'est le savon. II conviendra surtout dans les brûlures graves et profondes, et dans les cas où l'on aura eu recours à des moyens sans efficacité, et dont on a compromis la guérison. On râpe du savon ordinaire dans de l'eau tiède ; on lui donne la consistance d'un liniment, et on l'étend sur des compresses qui seront appliquées directement sur les parties brûlées, compresses qui seront assez grandes pour les couvrir complètement, parce que là où elles ne porteraient pas, la guérison ne s'opérerait pas. Si les phlyetènes se sont déjà formées, qu'on les crève et qu'on enlève l'épiderme détaché de la peau. C'est alors qu'il faut faire le pansement, qu'on laissera en place pendant dix-huit ou vingt-quatre heures; au bout de ce temps, on lèvera l'appareil avec une précaution extrême, sans essuyer ou laver, et on le remplacera par un autre. Ce pansement provoque d'abord une sensation de brûlure, qui ne dure pas. Si les douleurs qui se sont apaisées recommencent encore une fois, il faut panser de nouveau. — D'après cela, on conçoit qu'il convient de faire une provision de ce liniment, qui alors sera plus homogène que

celui qu'on aura fait à la hâte. — On procédera ainsi jusqu'à ce que les plaies soient cicatrisées, ce qui aura lieu beaucoup plus vite dans les cas simples que dans les cas compliqués, et dans ceux-ci beaucoup plus vite que si on les avait traités avec l'eau froide, l'eau de Goulard, etc., etc. Dans les brûlures simples, la guérison a lieu au bout de deux jours ; dans les brûlures compliquées, il faut on général huit jours. — Ce procédé est également bon lorsque la brûlure a détruit la peau jusqu'à l'os. D'ordinaire, la guérison s'opère sans suppuration, et il n'en reste pas la moindre trace, si le pansement a été fait avec tout le soin nécessaire.

Veau de chaux, qu'on peut fabriquer soi-même en faisant éteindre de la chaux vive dans de l'eau de pluie, ou qu'on pourra prendre dans une pharmacie, afin qu'elle soit plus claire et limpide, cette eau, mêlée avec de l'huile, forme un Uniment très bon et très convenable, qui s'étend facilement sur la toile et adhère parfaitement à la peau. En employant ce moyen, on aura soin de garantir la plaie de l'impression de l'air : aussi ne faites pas ce pansement trop souvent, ne laissez pas la plaie à découvert plus longtemps qu'il ne faut ; couvrez exactement avec précaution toutes les parties lésées; veillez à ce que des plis ne se forment pas sous la compresse, et qu'en l'enlevant aucun débris de la plaie ne la suive, ni que rien du Uniment n'y reste appliqué. On coupera donc avec soin toutes les phlyetènes qui se forment, on étendra la peau si elle tendait à faire des plis, et le pansement sera fait d'une manière solide, mais cependant sans avoir trop d'épaisseur et sans être fatigant.

Il est un moyen qui agit sur la peau à la manière d'un caustique, et qui, par celle raison, est très bon dans les brûlures. Ce moyen c'est la créosote. Il convient dans le cas où le liniment oléo-calcaire donne une mauvaise odeur que ne dé-

truit pas le renouvellement du pansement ; il ne convient pas quand l'emploi de ce liniment commence à devenir incommode, soit parce que le bandage, ne tenant pas en place, glisse, soit parce que le malade ne peut garder la tranquillité convenable. La créosote est efficace dans les brûlures légères comme dans les cas les plus graves; on peut remployer ou immédiatement après l'accident, ou plus tard, et même après l'emploi de tout autre moyen, à l'exception toutefois du liniment oleo-caleaire. — On trempe dans une solution aqueuse de créosote un pinceau avec lequel on bassine la plaie, et que l'on couvre ensuite de compresses irempéesdans la solution. Le pansement sera simple et hermétique, de manière à empêcher l'action de l'air. Si la plaie devenait plus vive, on répéterait ce pansement jusqu'à trois fois par jour.

Lorsqu'on n'a pas sous la main des moyens plus efficaces pour calmer les douleurs violentes des brûlures, on emploiera avec avantage la poudre à poudrer ou la fleur de farine, dont on couvrira la plaie par couches épaisses; cela constituera un pansement sec, qu'on renouvellera aussi souvent que les douleurs reviendront; on n'enlèvera jamais la dernière couche: il faut que la poudre Gnisse par former une croûte d'un demi-pouce d'épaisseur.

Un autre moyen, qui ne manque pas d'efficacité, est la teinture d'ortie qu'on peut facilement se procurer en exprimant le suc des sommités fraîches de cette plante dans de l'esprit-de-vin par égale quantité; on en prendra une cuillerée à thé qu'on mélangera à une cuillerée d'eau. On trempera dans ce mélange des compresses qui seront appliquées sur la brûlure, et l'on ne-tarde pas à obtenir un prompt soulagement. On peut également en prendre h l'intérieur à la dose de deux ou trois gouttes pures. — Mais, de tous les moyens le plus efficace, et qui donne une amélioration presque instantanée

ei favorise le mieux la guérison , est caust. de 1 à 6 ; a l'ex térieur .on l'emploiera en solution à la dose de deux gouttes de teinture, on*y trempera une compresse dont on couvrira la blessure; à l'intérieur, on en prendra un ou deux globules.

Dans le cas où ce moyen ne soulagerait que momentanément, et si son action se faisait trop attendre, donnez à l'extérieur «rs. 3 en solution , et à l'intérieur 1 globule.

Dans les brûlures produites sur les parties internes,

comme la bouche, la gorge ou l'estomac, ou encore dans le rectum, par suite de lavement trop chaud, il faudra faire dissoudre quelques globules de caust. dans une tasse d'eau : on prendra une gorgée de cette solution si la bouche est le siège de la brûlure; ou bien on en avalera une cuillerée à café de temps en temps, si c'est l'estomac; et on le donnera en lavement, si c'est l'intestin. Si caust. ne suffit pas, qu'on essaie alors ars.

Dans d'autres cas, on a obtenu de bons effets du savon, de rkus et de carb. veg. L'important est de savoir quelles sont les parties qui ont été brûlées, comment et dans quelle étendue; si c'est par le feu, par le charbon, la vapeur, le fer rougi, l'eau bouillante, ou autres liquides en ébullilion. Mais malheureusement on ne sait presque rien sur ces points essentiels ; l'expérience ne s'est pas encore prononcée à ce sujet, sur lequel elle ne saurait trop s'exercer.

Quand la brûlure est le résultat de l'action de Vacidc sulfurique ou de tout autre acide , employez l'eau de chaux ou de la craie dissoute dans l'eau. Si elle dépend de l'action de substances alcalines, employez alors le vinaigre ou des pommes râpées.

Contre les brûlures par le p/iosphore, il n'est pas de moyen préférable à l'huile, surtout l'huile d'olive, dont les onctions

se renouvelleront souvent, et toutes les fois que les douleurs augmenteront.

Si, par suite de brûlures violentes, on vient à éprouver des spasmes et des convulsions, donnez charnom. Il arrive d'autres fois qu'on a de la diarrhée ou de la constipation : on n'a dans cette double circonstance rien à faire. Seulement, dans le dernier cas, si la constipation se prolongeait quatre à cinq jours, on donnera un lavement d'eau tiède. Mais si, par suite de la diarrhée, on ressent des coliques, donnez d'abord pw/s., et plus tard sulph. — Toutefois, comme la diarrhée est un accident favorable au malade, il ne faut pas la combattre. Il serait même heureux qu'elle pût durer quelque temps après une complète guérison : donnez d'abord ipec, et quelques jours après, si c'est nécessaire, ars. Dans les cas les plus ordinaires, cette diarrhée disparaît d'elle-même quand le malade a eu le soin de prendre souvent de l'eau froide et de se promener au grand air : ces deux choses sont indispensables à la guérison des brûlures à grandes surfaces.

Les emplâtres de plomb et les eaux de Goulard sont des moyens dont on n'a jamais eu à se louer. Les suppurations abondantes , les ulcères, les cicatrices difformes qui restent, n'auraient pas amené un état pire si l'on eût abandonné les brûlures à elles-mêmes. Qu'on reste donc bien convaincu que tout individu qui a le malheur de se brûler, et le malheur plus grand d'employer des préparations de plomb, subit un véritable empoisonnement, ainsi que le prouvent les expériences de tous les jours. Cet accident est encore plus prompt, plus funeste chez les enfants, puisqu'ils ne peuvent manquer de succomber, et non pas, comme on dit, par suite de brûlures , mais bien par suite du poison , ce dont il est facile de se convaincre par le relevé des symptômes. — On recomman-

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dera donc d'une manière tout expresse de ne jamais faire usage de ce remède dangereux.

(Plus loin on traitera des effets partiels du froid sur le corps, à l'article engelures; comme aussi, dans les dernières pages , on parlera de ce qui convient dans le cas de congélation générale , dans l'asphyxie par immersion et par strangulation, comme pouvant donner lieu à la mort réelle ou apparente.)

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