CHAPITRE VI
On entend généralement, sous le nom de mai de gorge,
plusieurs maladies différentes qui ont leur siège dans la gorge, et où la douleur se fait aussi sentir. On devra donc tenir compte des différences à ce sujet. Aussi faudra-t-il toujours examiner avec soin le fond de la gorge , ce qu'on fera , ainsi que cela se pratique ordinairement, en faisant ouvrir la houche et en baissant la langue avec l'extrémité d'une cuiller. A l'égarcLdlk enfants, on aura la précaution de mettre entre les mâcjIgHi un bouchon de liège, avec l'attentionkde ne pas Cûiflp^nt langue avec trop de force , dans la crainte qu'il ri^^résulfldes suites fâcheuses.
-Sors comparez tout ce que vous dit le malade , ou ce que vous offre votre examen, avec les symptômes propres aux remèdes. Si, dans le cas actuel, il y a enrouement, ou d'autres souffrances, consultez le chapitre V, qui y est relatif. Quand uu médicament ne réussit pas complètement , on sera toujours à temps d'en choisir un second qui ne peut manquer de répondre plus convenablement aux souffrances que telle autre médication empruntée aux moyens ordinaires.
Si l'on tient à mettre en pratique l'un de ces moyens do-
mestiques que l'usage a consacrés, on peut, dansyjiielquës cas, faire emploi peut-être avec avantage d'un bas de laine qui est porté par une personne robuste et d'une bonne santé, et d'un sexe différent. Il n'est pas prudent de se tenir habituellement le cou trop et trop longtemps enveloppé, parce qu'on n'en devient pas pour cela moins sujet aux maux de gorge. Que l'on s'habitue, au contraire, a avoir le cou libre, et qu'on ne porte qu'une simple et légère cravate. Il y a des gens qui prétendent qu'une bande de laine noire est plus efficace. Les Russes prennent, dans ce cas, une espèce de carcan filandreux trempé dans le goudron. Mais tout cela est fort peu orthodoxe.
La pratique de se gargariser est une antique et mauvaise méthode, qui a été môme entièrement délaissée par les médecins les plus habiles de la vieille école. S'il en est résulté parfois quelque bien , on en aurait obtenu bien davantage par l'inhalation des vapeurs chaudes, et notamment du lait frais. Quand la gorge est sèche et gonflée , que le mal est violent, faites bouillir des figues dans du lait et respirez-en la vapeur. On peut môme prendre et tenir dans la bouche quelques morceaux de figue ou un peu de lait. Si le mal est chronique et que la déglutition soit difficile , on se trouvera bieii, dSfcgë cas , de faire bouillir de la fleur de farine tout siraplerarent dans de l'eau. Dès l'invasion du mal, ou s'il dure déjà depuis longtemps, on pourra se gargariser avec un peu d'eau-de-vie et d'eau chaude. S'il en résultait de l'aggravation , donnez coff. ou nux. vom.
Acon. s'emploie fréquemment ici ; il doit alors être répété de temps en lemps ; il convient lorsque le malade éprouve de l'embarras et de la douleur en avalant , de même qu'en parlant ; lorsque la gorge est devenue rouge, qu'il y ressent du brûlement , des élancements et une sorte de constrielion ,
accompagnée de fièvre , d'impatience , d'anxiété et d'inquiétude.
Chamom. convient principalement chez les enfants, ou lorsque le mal de gorge est causé par un refroidissement ou qu'on s'est trouvé exposé à un courant d'air étant en état de transpiration ; quand il y a, outre des symptômes qui viennent d'être mentionnés à acon., soif et sécheresse 'de la gorge; lorsqu'on avalant on éprouve la sensation d'un obstacle incommode y de même qu'en baissant le cou ; lorsqu'il semble que quelque chose s'est arrêté dans la gorge et qu'en faisant effort pour l'expulser on n'y réussit pas, ou qu'on sent comme s'il y avait une cheville d'engagée; lorsque les glandes de la mâchoire inférieure sont gonflées, avec endolorissement pulsatif et avec un état fébrile qui se déclare ordinairement vers le soir, tantôt en chaud, tantôt en froid ; quelquefois il peut y avoir catarrhe et chatouillement au gosier avec pro\ocalion à la toux; colume aussi des picotements au sommet de la trachée-artère et raucité de la voix. Après avoir pris cliamom. , il faut s'attendre à un mouvement de transpiration.
Ign. convient dans les mêmes circonstances que cliamom.i mais surtout lorsque, sans avaler, on éprouve une sensation qui fait l'effet d'un bouchon arrêté dans la gorge, et qu'en avalant on ressent une. douleur d'excoriation. Quelquefois aussi ce sont des douleurs lancinantes que l'on éprouve sans avaler; on avale avec plus de difficulté les liquides que la salive. Ce remède répond au gonflement et à l'inflammation des amygdales, qu'elles soient ulcérées ou indurées. Cependant , clans ce dernier cas, il convient d'essayer avant bail, et merc. viv., ainsi que hep. sulph. et sulph. Quand ces glandes sont le siège d'ulcères plats , donnez d'abord ign. % et ensuite lycop.
Nux vorh. s'administre dans les cas semblables à ceux de c/tmnom. et d'///n., lorsqu'on éprou\e la sensation que eau-
serait la présence d'une cheville ou d'un bouchon , principalement en avalant ; lorsqu'il y a une douleur plutôt pressive que piquante» surtout en avalant la salive; que le gosier semble rugueux et excorié , avec sensation de grattement ; si l'air froid impressionne douloureusement le gosier; s'il se trouve que la luette soit rouge et enflée. *
Puis. , comme dans nux vorn. , lorsqu'on ressent les mêmes effets en avalant , ou que le gosier semble trop étroit et obstrué par un gonflement ; qu'il y a même rougeur et même grattement, accompagnés de sécheresse, mais sans soif : on doit éprouver des douleurs lancinantes dans le gosier en avalant, et plus encore sans avaler; en outre, il y a tension dans la gorge ; les glandes du cou sont douloureuses au toucher ; l'intérieur du gosier est d'un rouge bleuâtre plus prononcé ; fièvre sans soif; le soir, frissons, et puis chaleur.
Bry., lorsque le gosier est douloureux au toucher, et principalement en détournant le cou; que la déglutition est difficile et pénible , comme s'il y avait quelque chose de dur dans la gorgé; x'cst encore une douleur d'élancements et d'excoriation, mais suivie de sécheresse ou d'une sensation comme si la gorge était sèche, et s'il y a gêne dans la parole. Ces souffrances ont lieu ordinairement après s'être échauffé, ou après avoir mangé une glace ou bu à la glace; souvent aussi il y a de la fièvre avec ou sans soif, et une grande irritabilité.
Rhus , presque toujours comme dans bry. ; surtout si les douleurs se portent plus profondément , et si l'on est plus enclin aux larmes, ou que bry. n'ait pas suffi.
Caps. , comme dans les symptômes sus-mentionnés; on le donne quand les autres remèdes n'ont pas réussi , lorsque la fièvre continue avec frissons et soif, et puis avec chaleur. Les douleurs sont particulièrement pressives; le gosier se rétrécit
spasmodiquement ; il est , ainsi que la bouche , excorié et ulcéré, avec sensation de brûlement; il y a en même temps toux avec une violente douleur dans la gorge, principalement lorsque le malade veut rester couché et dormir, et qu'il craint l'air et les refroidissements.
Coff. , lorsque le mal de gorge s'accompagne [du coryza avec prédisposition à la toux, et s'aggrave à l'air ; si le malade, étant privé de sommeil , est brûlant , porté aux larmes, cl est d'une grande impressionnabilité. On peut le répéter plusieurs fois. Il convient surtout lorsque la douleur passe du palais dans le gosier , qu'elle est incessante , et devient pire en avalant; lorsque la luette est enflée et qu'elle est plus longue ; que le malade sent dans la bouche s'accumuler des flegmes et fait effort pour en opérer la déglutition ; qu'il y a en même temps chaleur et sécheresse dans la gorge.
Bell, convient presque dans les mêmes cas que coff., mais ici la gorge est enflée à l'extérieur; en buvant, on ressent du spasme; la boisson est rejelée par le nez; il y a une disposition continuelle à avaler, avec douleur lancinante, augmentée par l'altouchemenl ; la déglutition est difficile, provoque des spasmes ou devient tout à fait impossible; on éprouve une sensation comme si la gorge était rétrécie , comme s'il y avait une cheville; il y a sensation de sécheresse, de brûlement , et de disposition au renaclement ; sans avaler, on ressent un déchirement qui s'étend dans la ma-' choire inférieure et dans la tête; il se forme promptement des ulcères dans le fond de la gorge, qui s'étendent au loin ; les amygdales et la luette sont enflées et d'un rouge vif et souvent jaunâtre, ou cette rougeur existe sans engorgement; douleur violente en avalant et en renâclant, [quelquefois même en parlant ; élancements dans les amygdales comme si elles allaient percer ; les glandes à l'extérieur sont engor-
gées , avec fièvre violente , souvent aussi avec grande soif; salive abondante dans la bouche , céphalalgie frontale et la langue chargée. Pendant le règne de la fièvre scarlatine, ou des maladies analogues, bell. convient contre la plupart des maux de gorge , et il faut l'alterner quelquefois avec merc.
Merc. viv. , comme bell. convient dans les maux de gorge avec ulcération ; on le donne là où bell. ne suffit pas; surtout si le gosier reste très rouge , mais principalement s'il y a des ulcères et que ces ulcères soient indolores et se soient formés lentement. Dans ce cas, merc. viv. est parfaitement indiqué; il faut l'alterner quelquefois avec hep. sulph. Au début du mal, ce dernier remède (hep. sulph.) convient mieux que les précédents , lorsque les douleurs lancinantes sont très violentes durant la déglutition , qu'elles s'étendent presque aux oreilles ou aux glandes de la gorge jusque dans la mâchoire inférieure ; si le brûlement permet à peine d'avaler, et qu'il y ait des douleurs lancinantes dans les tonsilles et un goût désagréable de la bouche : les gencives et la langue dans la partie inférieure sont enflées et accompagnées d'une salivation abondante ; le soir , tantôt frissons , tantôt chaleur, et puis transpiration qui ne soulage pas; la nuit, inquiétude ou aggravation de tous les symptômes , qui s'augmentent par l'air froid; il y a en même temps lïiai de tête et tiraillement dans la nuque; Après bell. et merc. viv. , on aura le plus grand soin d'éviter le froid.
Hep. sulph. convient fréquemment après merc. m'y., particulièrement à la suite d'un refroidissement ; après hep. sulph. , on peut donner merc. viv. , s'il n'y a pas d'amélioration.
Lach. se donne lorsque bell. , merc. viv. ou hep. sulph. ne réussissent pas; particulièrement si le palais est gonflé auteur de la luette, si la déglutitiou est douloureuse, s'il y a
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salivation abondante et beaucoup de flegmes dans la gorge; qu'il y ait des ulcères d'un mauvais aspect, ou qu'un état de spasme empêche, de boire. Toutes les souffrances empirent généralement l'après-midi, quelquefois aussi le malin , particulièrement chez les personnes qui ont abusé du mercure.
Verat. alb. convient lorsque la gorge est sèche et brûle , qu'elle est rude avec sensation de grattement et de pression, comme si elle était enflée , avec douleur et spasmes en avalant.
Cocc, lorsque le mal est profondément situé; quand, en avalant les aliments solides , on éprouve de la douleur, ou que la partie inférieure est très sèche, ou quand, en buvant, il se produit un bruit sourd.
C/un., lorsque les parties affectées sont sèches, que les douleurs sont lancinantes en avalant; s'il y a aggravation par le courant d'air; s'il y a alternative dans les douleurs, qu'elles troublent le sommeil , et qu'à chaque refroidissement les souffrances reparaissent.
Sulph. convient ordinairement dans les maux de gorge qui récidivent fréquemment et sont d'une longue durée, surtout si la gorge, les tonsillcs et la luette sont enflées; lorsque la déglutition est empêchée; et qu'en outre de ces douleurs, il "y a des élancements et la sensation d'un bouchon qui s'est arrêté et rétrécit le passage avec sensation d'excoriation et sécheresse. Toutefois ne donnez ce remède qu'àJa deuxième trituration.
Siltc. est surtout utile lorsqu'il y a des douleurs pulsativrs et lancinantes , et qu'un gonflement rouge foncé de la luette indique une suppuration prochaine. Dans ce cas, des cataplasmes chauds de farine de lin, qu'on renouvellera souvent, apportent un grand soulagement , ainsi que des gargarismes faits avec du lait chaud et du gruau d'avoine. Ces moyens
suffisent souvent pour calmer les souffrances et pour favoriser l'ouverture spontanée de l'abcès.