S 1- - SOPHISTIGITIONS DES BOISSO^IS ET DES ALIMENTS
La sophistication des aliments et des boissons est plus fré^ quente que Ton ne croit, et surtout dans les grandes villes, où Ton a p«ussé au plus liant degré de perfectionnement cette industrie, qui s'y exerce sous la garantie dés brevets; les petites villes, à cet égard, ne sont pas restées en arriére.
Le vin est, sans contredit, Tarticle le plus sujet aux falsifications, tant en France «[ue dans l'étranger. — Notre intention est de donner ici quelques avis sur la manière de connaître les vins sophistiqués.
Les vins sont mélangés avec des substances ou inno'centes ou nuisibles. Celui qui falsifie les vins avec des substances Minocentcs n*est déjà pas éïoîgné de le faire avec celles qui ne le sont pas ; car, snr la route des iromperies, on franchit facilement les limites, et la pratique de Tune conduit à Tauirc ! C'est pour cela que nous indiquerons comment on devra s'y prendre pour découvrir des mélanges non nuisibles Un dégustateur qui a le palais expérrmemé découvrira facilement le mélange de différents vins; mais, celte sorte de combinaison des vins nous ne la prenons pas pour une falsification, puisqu'on peut réellement améliorer des vins médiocres par le coupage, par l'addition de ceux de bonne qualité .«ans le moindre inconvénient pour la santé.
Le sucre se découvrira en faisant évaporer le vin dans une cuiller sur des charbons ardents ; dans ce cas , il y reste
(1) yoij. Garnicr et llarel , Des fuUificaiinns d. s xubsiances alimeti^ luires ei des moyens chimiques de les rccoiinaUre. Paris, 184 4 , in-t?.
un sirop visqueux , doux , filant et d*un goût de sucre. Du reste, celte addition n*est pas nuisible.
Veau- de-vie se reconnaît, quand , en buvaiil le vin, on éprouve une sensation de clialeur brûlante dans la bouche, et si, frotté dans la paume des mains jusqu'à la siccité, il répand une odeur d'esprit-de-vin.
Les principes colorants se rencontrent souvent dans les vins. Quand on rencontre des principes coloranls dans le vin, c'est un indice certain qu*ii était mauvais et propre par conséquent à la falsification. Peur. s*eu assurer, remplissez une petite fiole de ce vînt bouchez- la du bout du doigt , et plongez-la dans un verre d*eau avec le goulot en bas ; ensuite , retirez doucement le doigt et laissez-y la fiole sans la secouer. — S*il y a une substance colorante» vllo se répandra peu à peu dans Teau , ce que lo vin naturel ne fera pas. En outre, filtrez un peu de vin i travers dû papier blanc de trace ; le vin passera et la couleur restera sur le papier. En ti^isièine lieu, faites tomber quelques gouttes d*ammoniaquc liquide dans un verre plein de vin : il deviendra bleu , s*il y a une fausse couleur. Le vitriol vert (sui/ale de fer), en solution dansi*eau, ajouté au vin , fuit déposer, s*il est adultéré avec des écorces, un priH^ipiié noir aboodanL
Toutes ces sophisticaiions ne sont pas très nuisibles , mais elles font voir que la source en est suspecte. Les mélanges que nous allons passer en revue constituent de véritables poisons, et peuvent occasionner de longues maladies, souvent réfraciaircs ù tout traitement.
La craie , ou carbonate de chaux , est souvent employée pour ôter au vin piqué son acidité , ou pour donner au vin encore nouveau le goût d*un vin fait. Dans ces deux cas, elle est préjudiciable pour ceux qui en boivent. — Prenez quelques grains de sel d*oseil!e ( acide oxalique ) ou un peu de
vinaigre (acidç acétique) et dissolvez dans quelques cuillerées d'eau distillée; versez ce mélange (qui est une mauvaise chose par lui-même) dans un verre de vin. Si un nuage blanc trouble le liquide , et si le lendemain il y a un sédiment blanchâtre, cela prouve qu'il contenait de la chaux. Ce vin ainsi frelaté, pris pendfnt longtemps, produit la pierre de la vessie , l'engorgement des glandes , des tumeurs , des ulcérations, l'ophthalmie , des maux de tête chroniques, diarrhée, etc.
Le vin contient souvent une petite quantité de soufre, et il y a des personnes qui prétendent qu'il ne peut en être différemment, à raison de l'emploi qu'on en fait pour sa conservation. Mais un excès de soufre ne peut agir que comme poison , surtout sur les individus d'une poitrine délicate, ou qui ont le fpie et les organes du bas-ventre dans un état de souffrance; il nuit même à ceux qui jouissent d'une bonne santé , après un certain usage. — On constate la présence du soufre dans le vin de la manière suivante : Mettez un œuf frais , dont la coque soit propre , dans un verre con-> tenant du vin , et laissez-le tremper toute la nuit : si le vin contient du soufre , l'oeuf sera recouvert le lendemain d'une couche noirâtre. On peut encore obtenir le même résultat en mettant dans le verre une cuiller d'argent bien polie. Un troisième moyen consiste à laissiT tomber quelques gouttes de solution d'azotate d'argent ( pierre infernale) qui ne tarde pas à produire un sédiment brunâtre.
Valun se trouve quelquefois mélangé au vin pour fixer la couleur artilicielle qu'on veut lui donner, et pour exciter en même temps la soif; ce vin est très nuisible si l'on en boit souvent: un demi-verre suffît quelquefois pour indisposer. — On peut s'assurer de la présence de l'alun en ajoutant dans un peu de vin une solution de potasse; s'il vient à déposer
alors une poudre grisâtre , il est probable qu*il contient de l'alun. Si Ton veut s'en convaincre complètement , que Ton soumette cette poudre à l'examen d'un chimiste; ou bien mettez-la dans de l'acide sulfurique étendu , et après y avoir ajouté du sulfate de soude (sel pojychreste), laissez évaporer jusqu'à cristallisation ; goûtez ces cristaux et vous y trouverez le goût acerbe de l'alun. ,
Le plomb et d'autres substances métalliques se trouvent dans les vins doux et même dans ceux d*uuc espèce différente. Ces mélanges sont beaucoup plus nuisibles que les autres ingrédients qui servent à la sophistication , et constitueot un poison d'une action lente. Celui qui a un goût délicat découvrira sans peine ce poison métallique ; il a quelque chose d'agaçant dans sa douceur. — Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux, mettez-en quelques gouttes dans un verre de vin : s'il devient brun ou noir, il est certain qu'il contient un poison métallique. Ou bien suspendez une lame de zinc poli dans le vin : le plomb qui s'y trouve va se déposer à la surface. — En troisième lieu , faites dissoudre jusqu'à saturation dans l'eau chaude du sel de Glauber (sulfate de soude) ; laissez refroidir cette solution , et ce qui en restera de clair, mélangé avec le vin, donnera lieu, après une nuit de repos, à un sédiment blanc de plomb. Ënfm , si, après avoir ajouté dans un verre de vin quelques gouttes d'acide sulfurique étendu, il devient trouble, et s'il s'y forme un précipité blanc, c'est un signe qu'il contient de ce poison. Si l'on verse quelques gouttes d'ammoniaque liquide dans un peu d'eau, et si ce mélange est versé dans un verre de vin et produit un léger précipité , dites qu'il y a du sublimé corrosif dans le vin. Soumettez alors ce vin à l'épreuve suivante : Accouplez une lame de zinc avec une pièce d'or, assujettissez-les dans une fente faite à un morceau de bois, et
plongez-les clans un vase contenant du vin : si sur la surface polie de Tor il se dépose une poussière çirise , vous pouvez être convaincu qu'il y a dq sublimé corrosif.
Si après avoir dissous jusqu'à saturation dans Teau un morceau de chaux , et que le lendemain on déverse ce qu'il y a de clair à la surface dans un verre transparent et que Ton ajoute à cette eau de chaux un peu de vin , il vient à s'y former des nuages blancs, soupçon nez- y la présence de Varsenic.
Si l'on veut mieux s'en assurer, dissolvez alors du sel de Saturne dans de Teau-forte (acide nitrique), versez-en la valeur d'une verrée dans une bouteille |du vin suspect auquel on a ajouté préalablement du sel de corne de cerf; secouez ce mélange, laissez-le reposer, et le lendemain décantez avec soin ce qui est clair, et puis agitez le reste que vous ferez filtrer à travers du papier Joseph. Ce qui restera sur ce papier doit être séché et mis sur des charbons ardents : s'il se répand une odeur d'ail, elle est due à l'arsenic. Cette substance ne se trouve pas d'une manière inteniionnelledans le vin ; mais ceux qui soignent les vins ne savent pas que le soufre le plus pur dont ils se servent contient un peu d'arsenic.
Le winmigre qui se vend au débit est souvent falsifié (1). C'est pour cela qu'il vaut mieux le préparer soi-même lorsqu'on le peut. Le vinaigre peut être adultéré par les substances toxiques que nous venons de signaler dans le vin d'où il provient ; on y ajoute souvent Vacide sulfurique, que l'on reconniiît facilement avec la solution de sel de Saturne qui lui fait déposer un sédiment blanc. On y mêle fréquemment des végétaux acres pour ajouter à sa force. Le vinaigre , ainsi falsifié , laisse sur les lèvt es une sensation d'ustion , ce qui
(1) Voy. E-isait sur le vinaigre, ses falsificuiion.x , les moyens de les recottnaUre , d'apprécier .sa valeur^ par MM. Chevallier et Gobley {Annales d^hygiine publique; Taris, 1843, t. XXIX, p. 55).
n'arrive pas s*il est naturel. Le palais y trouve quelque chose d'ardent et de corrosif, qui n'est pas le propre du vinaigre ordinaire, auquel on reconnaît des qualités moins pénétrantes. On constate plus exactement celte falsification, en y ajoutant une solution de potasse jusqu'à une complète saturation, ou mieux, jusqu'à ce que le papier de tournesol ne soit plus rougi. Alors le vinaigre pur perd toute sa force et contracte un goût salin et un peu alcalin ; tandis que le vinaigre altéré avec les substances acres végétales conserve son goût acre et ardent.
Les falsifications de la bière sont assez fréquentes , mais difficiles à découvrir, si ce n'est par leurs effets nuisibles. Le porter anglais contient souvent du fruit de la coque du Levant ou dé la noix vomique. On reconnaît la présence de ces substances par un prompt enivrement , ou au mal de tête qui se déclare le lendemain, ou bien encore lorsqii'en parfaite santé on se trouve subitement indisposé , après eu avoir avalé un veiTeàjeun.
Tout brasseur qui met dans sa bière autre chose que de la drèche et du houblon , celui-là brasse le poison. Tout au plus si l'on peut y ajouter du sel ou du sucre. Telle autre substance y sera reconnue par tout buveur un peu connaisseur. C'est toujours une tromperie dommageable que de mettre des racines ou des plantes amères au lieu d'une quantité déterminée de drèche et de houblon. La coque du Levant est presque aussi nuisible que l'arsenic. On ajoute quelquefois aussi de l'alun et du vitriol. On reconnaîtra leur présence par le procédé que nous indiquons à l'article pain.
Eau'de-Yie. QueI(]uefois OU découvre du poison dans l'eaude-vie, et il s'y trouve avec ou sans intention ; ce qui a lieu, selon que l'on active ou que l'on prolonge la fermentation. Le meilleur moyen de s'assurer de la présence de l'agent toxique
consiste à faire évaporer une bouteille d*eau-de-vie an bainmarie jusqu'à complète évaporation de l'alcool. C'est dans le résidu que se trouvera la substance étrangère ; on la reconnaîtra au goût cDrrosif ou nauséeux qu'il laisse au palais, et que l'on peut soumettre aux essais indiqués à l'article vin. Le plus ordinairement c'est le plomb.
HuUe. L'buile est souvent falsifiée avec le plomb ou le cuivre. Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux , et mélangez par égale quantité avec l'buiie ; secouez le mélange : si elle devient brune ou noire, elle est vénéneuse.
liait. Il est souvent adultéré avec la potasse et la chaux : si Ton y ajoute un peu d'eau -forte (acide nitrique), il fait effervescence. S'il est falsifié avec l'amidon, il- épaissit par l'ébullition, ou, passé à travers*un linge fin, il s'y dépose en petite quantité.
Beurre. Le beurre contient souvent de la craie, du sable ou un principe colorant. Faites le fondre dans l'eau chaude : alors les substances étrangères se précipitent ou se mêlent à l'eau.
Le pain est souvent falsifié. Une légère addition de potasse n'est nuisible qu'aux personnes faibles et irritables ; mais si elle s'y trouve en excès, elle produit même chez les individus les plus forts les suites les plus graves : elle occasionne la phihisie et des affections gastriques. — Versez de l'eau chaude sur un morceau de pain et assez pour le couvrir; laissez refroidir. Alors plongez-y une bandelette de papier bleu de tournesol, préalablement rougie par le contact d'un vinaigre affaibli. Si ce papier reprend sa couleur bleue , le pain contient de la potasse , et en quantité d'autant plus grande, que cette revivification de couleur est plus prompte.
Le carboYuxte de magnésia s'y trouve quelquefois mélangé, pour donner un meilleur aspect au pain confectionné avec
une farioe de inauvaUc qualité. — Ce pain-là est surtout nuisible aux eofanis et aux personnes d*un estomac délicat. Il y a des individus qui y reconnaissant la magnésie à un goût légèrement amer. Brûlez une livre de ce pain jui^qu'à ce qu'il soit réduit en cendres, et vous y trouverez la magnésie.
On emploie aussi Valun au grand détriment des personnes qui le mangent. Les boulangers d'Angleterre s'en servent souvent ; on leur vend même des mélanges de farine et d'alun, ou bien un mélange de sel et d'alun qu'ils emploient pour faire, avec une farine gâtée et vile , du pain blanc : de cette manière ceux qui en mangent sont doublement trompés, puisque , outre la farine gâtée , par elle-même nuisible , ils consomment une certaine quantité d'alun. Il y a aussi des boulangers qui fabriquent ce pain sans soupçonner le mal qu'ils font à la santé des personnes qui se servent chez eux et qu'ils empoisonnent lentement. — Pétrissez un morceau de pain dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit réduit en bouillie , laissez-le reposer pendant une nuit; le lendemain, filtrez pour séparer l'eau, et mettez-la en ébullition pour ensuite la laisser reposer : alors il se forme des cristaux d'alun que l'on reconnaît à son goût caractéristique.
Le cuivre est de tous les poisons le plus dangereux. On peut le soupçonner dans le pain lorsqu'il présente un joli aspect; il est blanc, mais pesant. Si l'on brûle de ce pain , ou voit que la flamme est par-ci par-là verdâtre. Si l'on veut acquérir plus de certitude , submergez plusieurs livres de pain dans de l'eau ; laissez fermenter, et cela jusqu'à ce que l'eau se clarifie : si Ton trempe dans ce liquide unç tige de fer poli suspendue à un fil , et que le fer devienne un peu rouge , alors il est certain que le pain contient du cuivre, et que les personnes qui en usent peuvent contracter des maladies incurables.
Nons allons traiter, en peu de mots, des poisons qu'il suffit de connaître pour s*en préserver.
£t d'abord parlons de Tair. — Avec Tair on peut respirer des substances nuisibles.
II ne faut jamais s'approcher sans précaution des citernes , des grottes , des caveaux et surtout des anciens lieux d'aisances, qu'on ne les ait préalablement enfumés avec la paille enflammée ou avec la poudre à canon. Il est imprudent de dormir dans une chambre fermée où Ton a laissé des charbons allumés ou du bois dégageant de la fumée , ce qui peut occasionner la mort. On évitera également d'habiter des lieux où la moisissure végète et détruit les bois ou s'attache aux murs : elle produit des maladies dangereuses , comme c'était connu du temps de Moïse. H est donc utrlc de reconstruire les habitations, ou de détruire ces productions malsaines par des moyens que nous indiquerons plus bas. Les vêtements et le linge moisis sont nuisibles au corps , malgré le lavage et le nettoyage qu'on leur fait subir. Dans les maisons récemment construites et qui viennent d'être blanchies à la chaux, ou peintes à l'huile avec des couleurs vertes ou rouges , ou passées au vernis, dans ces maisons l'air s'y vicie et devient dangereux. Il faut se garder de dormir dans les lieux où l'on fait sécher le linge ou qui renferment des substances d'une odeur forte, telles que plantes, fleurs, foin frais, matières en fermentation, remèdes, mercure, etc. L'air qu'on y respire est nuisible , mais surtout aux enfants et aux femmes en couches; cela, parce que, pendant le so:iHneil,on est exposé à subir plus facilement les effets des corps environnants ; et ce qui, dans l'état de veille, est presque sans action , peut devenir nuisible et morne morlel dans l'état opposé. Voilà pourquoi le sommeil, pris sur une terre humide, dans un courant d'air, aux rayons du soleil ou de la lune, auprès d'un
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poêle allumé, ou dans un réduit obscur où l'air no se renouvelle pas et se pénètre des émanations ambiantes, amène une altération sensible dans la santé. Il y a plus, c'est que cet air ainsi vicié dispose plus particulièrement au sommeil. Et Ton a vu dans des chapelles peu spacieuses , que Ton n'avait pas eu l'attention d'aérer pendant la semaine , tout le peuple dévot s'assoupir malgré tout le talent oratoire du prédicateur. Les convalescents eux-mêmes, quelle que soit la ferveur qui les anime, retombent malades sous rinOoencç de l'air qu'ils y respirent.
L'eau n'est pas bonne dans tous les endroits, et l'usage qu'on en fait donne lieu à de fréquentes indispositions. Il arrive souvent qu'on boit de l'eau de source ou de puits qui dépose un sédiment rougeâtre ou foncé, et cette eau-là dont l'homme se sert, les animaux, cédant à l'instinct, l'évitent autant qu'ils peuvent. Quand on songe à tout le temps que des individus ou toute une famille perdent dans des souffrances longues et supportables, qui les rendent paresseux et indifférents au travail, on s'étonne qu'ils n'eu emploient pas une partie à se donner de l'eau potable. — On doit s'abstenir de boire de l'eau provenant de petites rivières servant en amont à des usines qui laissent échapper des matières nuisibles.
Les eaux de puits et de source sqnt quelquefois crues et contiennent souvent de la chaux et du fer, dans une proportion telle que le savon s'y dissout difficilement. Des eaux semblables doivent être cuites, afm de les dépouiller des corps étrangers qu'elles contiennent. On ne boira ni souvent ni beaucoup de ces espèces d'eaux, et l'on donnera la préférence aux eaux pluviales, qui sont reçues dans des citernes ou dans des vases médiocrement couverts. — On ne doit boire les eaux sulfureuses ou salines que dans une grande extrémité.
9h CAUSES LES PLUS FRÉQUENTES DES MALADIES.
Il n'est aucun moyen de les rendre potables, même par ia coction. Quaul aux eaux putrides ou stagnantes , telles que celles des étangs, des fossés, etc., on n'en fera usage qu'après les avoir passées à l'action du charbon grossièrement pulvérisé et filtrées à travers un linge en double. On sait que les eaux qui contiennent des principes putrides imperceptibles, ainsi que le frai des animaux qui s'y procréent, engendrent des fièvres et des maladies interminables. Il est inutile de chercher à les corriger par l'addition du vinaigre , des sirops, de l'eau, etc. ; l'action seule du charbon les purifiera assez pour les rendre potables. Tout puits doit être nettoyé, et s'il est mal situé , il conviendra de le proti^ger contre les feuilles et les débris végétaux qui peuvent y tomber, et qui , en pourrissant, en rendent l'eau malsaine. Les pompes ou conduits en plomb, en zinc ou cuivre communiquent à l'eau des effets nuisibles; voilà pourquoi il convient toujours de laisser fuir préalablement l'eau qui s'y trouve en réserve. Dans tous les cas, il faut leur préférer les aqueducs en verre.
Le lait nuit souvent et peut devenir poison s'il provient d'une vache malade. Il vaut sans doute mieux savoir supporter une légère perte , que d'exposer les consommateurs à des maladies réelles. Il arrive aussi, que la vache est bien portante et que son lait est mauvais : cela tient à ce que la nourriture qu'on lui donne peut, sans lui nuire, faire contracter au lait une qualité nuisible à l'homme. Cela a lieu plus particulièrement lorsque les vaches sont nourries avec les résidus de la distilialiou des eaux-de-vie que l'on obtient des grains. On a fait à cet égard des recherches minutieuses, et il est hors de doute que ce lait produit des maladies qui , si elles ne se déclarent point subitement, ne sont pas pour cela moins graves et moins dangereuî^es. — Ce genre de maladies ne disparaîtra que lorsque la source de l'ivrognerie
sera détruite. — Ceci est ppur les pays où la bière est la boisson ordinaire.
Rien n'est nuisible comme la viande des animaux atteints de maladie et que Ton abat avant qu'ils en meurent , surtout la viande provenant de'^Ceux qui ont des atlections de la peau ou des viscères. Si les suites fâcheuses qui accompagnent l'usage qu'on en fait ne'se déclarent pas soudain ou en quelques jours, elles n'en sont pas moins inévitables. — Il y a plus : c'est que ces suites sont autrement fâcheuses, si la viande provient d'animaux malades, nourris avec des résidus d'eau-de-vie de grains. — Et de toutes , la viande de' porc est la pire, si elle se trouve dans ces conditions.
Il est des viandes mal préparées qui recèlent une action toxique si violente , qu'elles tuent quelquefois promptement ou produisent des maladies longues et difficiles h guérir ; telles sont les viandes mal fumées, qui n'ont pas été tenues constamment à l'action de la fumée, et qui n'étaient pas pré^ servéesde celle du froid ; les saucisses et les boudins qui ont été trop attendus pour être passés à la fumée , ou s'ils sont trop vieux et trop gras; les jambons qui n'ont pas été suffisamment salés et immergés dans la saumure , et qui ont été fumés d'une manière interrompue, comme au printemps, où ils peu vent être exposés aux variationsdu temps, tantôt chaud, tantôt froid , ou ont été entassés encore humides dans des caisses fermées, où ils coniractent un goût rance et une odeur désagréable qui sont dus à l'acide sébacique. Cet acide se développe plus aisément lorsqu'au lieu de la fumée on emploie l'acide pyroligneux. Il faut bien se garder de toucher à ces viandes. — Le poison qui s'engendre dans la graisse , le vieux fromage et le jambon , se reconnaît facilement lorsqu'on en imbibé le papier bleu de Prusse ou le papier de tournesol. Si le papier devient ronge ou roiigeâlre, qu'on ne
touche pas à la graisse, ni aux saucissons : ils sont \énéueur.
Le lard, le beurre 9 la grtiimme et l'huUe ranees COn* tiennent souvent le tnême poison, mais en moindre quantité. Il est prudent de n*en pas faire usage, et, dans une grande nécessité , il faut au moins les laver, ce que Ton fait d*abord à Teau froide , puis on change Tean pour la faire bouillir pcn* dantdix minutes; enfin on relave if Teau froide. Et, avant de »*en servir, soumettez-Ies à Téprcuvc du papier bleu de tournesol, ainsi qu'il est dit plus haut.
Vmmà «e ««I eac iA«é, soit viandes» sang, œufs, fromages» tnôme les fruits, et surloui les cerises, est très nuisible , et dans quelques cas vénéneux. Tous les correctifs n*y peuvent rien. La viande que l'on conserve Tété dan? la glace , si elle perd Todour qui lui est naturelle et acquiert une certaine rougeur, ne peut faire qu'un plat mabaiii. Le poisson gâté , vieux et mollasse, constitue une nourriture nuisible, même préparée avec le plus gran^ art.
La Utile» de quelque animal qu'elle provienne, constitue un venin.
Les vleax frMBAges et ceux qui Sont trop mous et non sufiSsammcnt salés contiennent aussi un principe toxique.
Depuis que Ton a pu reconnaître qu'une substance vénéneuse se trouvait dans les fromages, la graisse et les saucissons, on a constaté qu'un grand nombre de personnes en sont devenues dangereusement malades, et que plusieurs ont succombé ti une mort douloureuse et lamentable. Et combien de gens périssent sans que 4'on puisse remonter à la cause réelle de leur mort! Et pourtant qu'il est facile de prévenir ce résultat ! Que Ton évite donc de manger ce qui est vieux et qui sent mauvais.
La propreté et la sobriété sont surtout les moyens les plus efficaces contre les eflets des aliments malsains. On a vu des
familles entières tomber subitement malades , et réclamer à la hâte les soins cVun médecin, qui, en présence des vomissements et des dévoiements réitérés, aurait pu croire à Texistence ou du choléra ou d'un empoisonnement. Ces accidents étaient le résulta^ de quelques parcelles de couleur dont était peinte la table sur laquelle on avait haché imprudemment des viandes et des légumes; ce qui n*cst pas étonnant, puisque la plupart des peintures ï Thuiie contiennent des poisons métalliques.
Ainsi, parmi plusiçurs excmpks h citer- d'fsMipoiMNBMie' wukewum par le venin «tes «nimanx^ nous rapporterons les suivants : Deux hommes, après avoir bu dans un cabaret , tombèrent morts presque immédiatement. L'h(kdier, pour se disculper, crut ne pouvoir mieux faire que de boire du même vin , et il mourut aussi. Après toutes recherches faites , on trouva dans la bariqnc uue vipère qui y avait pénéir<é avant qu*on Teût remplie. On parle aussi de divers eni(K)isonncmcnts de gens par la présence d'insectes et de crapauds qui avaient communiqué leur venin à des substances alimentaires.
Une cuisinière rôtissait une oie; la famille, avant de se mettre à table, mangea du pain détrempé dans la lèchefrite; tous en moururent. La cuisinière, interrogée par le médecin et la justice , déclara qu'on n'avait touché qu'à la graisse. Pour s'assurer de la vérité de cette allégation, on en donna à un chien, qui en mourut promptement. AJorson ouvrit l'oie, et l'on trouva un crapaud dans son ventre. — On appliqua un vésicaloirc derrière les oreilles à un enfant pour une surdité. Pour le premier pansement , la mère prit une feuille de choux couverte de chenilles; elle se contenta de la secouer, et l'appliqua sans la nettoyer. L'enfant éprouva bientôt après une douleur ardente ; mais la mère, l'aluibuant h l'effet du pansement ou à un caprice d'enfant, r.cs'y arrêta pas, et son
fiis mourut le trofsième jour dans les souffrances affreuses d'une gangrène qui s'était étendue sur tout le dos. — Nous avons expérimenté le venin des serpents (i), des crapauds, des chenilles et des araignées , et nous nous sommes assuré qu*appliqués à l'extérieur ou à Finlérieur, ces venins produisent les suites les plus dangereuses.
Voilà pourquoi nous ne saurions trop recommander la propreté et la prudence , pour qu'on ne soit pas exposé à ces dangers.
Les insectes déposent souvent leur venin sur les légumes, et surtout sur les choux. La nielle des blés, qui rend la farine noire, est aussi vénéneuse. Pareillement l'ergot, qui s'engendre sur le blé, est dangereux pour les hommes et les animaux. Il en est de même de la semence de l'ivraie et d'autres plantes qui se récoltent avec le blé. Dans les légumes secs se rencon* trent des insectes et des vers qu'il faut prendre garde de manger«
Tout homme raisonnable doit éviter de se nourrir de légumes et de racines qu'il ne connaît pas exactement; et l'on doit habituer les enfants à ne manger que ce qui leur est bien connu.
Les raisins, les flânes et les prunes font un dessert bon et sain , s'ils ne sont pas gâtés. Néanmoins on sait que quelques personnes leur attribuent un effet laxatif. Au lieu de discuter à ce sujet, il vaut mieux examiner la chose de plus près ; et tel qui ne croit voir à la surface de ces fruits que le sucre dont ils se couvrent souvent, .y rencontre quelquefois, par un examen attentif, de petites houppes de corail remplies d'animalcules aiguillonnés. Aussi, voilà pourquoi il est prudent, avant de les servir sur la table, de les laver soigneusement, d'abord à l'eau froide, et puis à l'eau chaude. Il n'est
(\) Le venin da serpents dans ses effets paifiogéniqnes et curatifs , ûnns Journal de la médecine Uomœopathiqne, Paris , 1847, 1848, 1849.
donc plus £1* étonnant que les enfants aient la diarrhée, s'ils viennent à sentir Taiguillon de ces hôtes incommodes.
Les noix peuvent conserver leur douceur » et avoir néanmoins un principe acre. Voilà pourquoi les meilleures deviennent nuisibles en vieillissant et en devenant rances, et provo* quent ainsi , chez les enfants surtout, des toux opiniâtres et des diarrhées qu'on est disposé à attribuer aux effets d'un refroidissement.
La moitié des champignons sont vénéneux. Il n'est pas exact que Toignon noircisse au contact d'un champignon vénéneux ; sans exception aucune, on ne devra pas manger d'un champignon qui laisse échapper un suc laiteux, s'il eat vieux, trop mou et vermoulu. — D'après cela, attachez-vous h étudier et à distinguer le champignon comestible de celui qui ne l'est pas. — On doit les goûter crus : s'ils laissent au goût quelque chose d'acre , de nauséeux , et en même temps s'ils ont une odeur repoussante, il faut les rejeter. — S'ils vous paraissent bons, lavez-les bien à l'eau froide, pelezles, et enlevez tout ce qui a été entamé, et après les avoir échaudés à l'eau bouillante , remettez-les dans l'eau froide pour leur préparation définitive.
Les fruits qui sont mûrs d'un côté et gâtés de l'autre ne doivent être mangés qu'après en avoir ôié le gâté. La moitié des enfants n'auraient pas la diarrhée, et plus tard, en avançant en âge, ils n'auraient pas l'estomac affaibli, s'ils prenaient ou si on leur faisait prendre cette précaution.
Puisque la bonté du sel est d'une si grande importance pour la santé, chaque père de famille doit veillera ce qu'il soit pur et sain. Si le sel se liquéfie facilement à l'air, il est mauvais; si 20 centigrammes de sel pulvérisé ne se dissolvent pas complètement dans 16 grammes d'eau de pluie froide, il contient du plâtre, il est par conséquent nuisible.
On devra aussi avoir égard aux ustensiles de <
Les pots de lerre soat souvent vernis avec des poisons fort violents. On peut s*en assurer en y laissant toute la nuit du vinaigre et en y ajoutant le lendemain une solution de foie de soufre (sulfure de chaux). Si le vinaigre noircit, c'est une preuve que le vernis contient du poison : alors tenez-vous en garde, et n'y faites rien préparer ni conserver qui soit acide^ Il ne faut pas non plus trop se fier à la vaisselle en fer recouverte d'un émail de porcelaine. L'ustensile de cuivre ne doit, en aucun cas, servir à la préparation des substances acides ; il faut qu'il soii tenu constamment propre et luisant; et jamais l'on ne laissera le» mets s'y refroidir, car c'est alors qu'ils se chargent le plus facilement du principe toxique. On aura la même précaution pour Ja vaisselle élamée. Il ne faut plus s'étonner si l'on rencontre tant de maladies lentes et rebelles, quand on songe à la facilité avec laquelle se détache rétamage, par suite du frottement qui se fait an fond de cette vaisselle avec une cuiller ou tout autre instrument de cuisine, et qui est nécessaire à la préparation des mets. — Celui qui esl assez ignorant pour préparer les cornichons et les haricots crus dans des vases de cuivre , et qui les mange ensuite parce qu'ils ont une belle apparence, ou bien encore, s'il tire de son baril le vinaigre par un robinet de cuivre, ce qui arrive tous les jours en Angleterre, qu'il ne vienne pas se plaindre de maux d'estomac , de coliques , de crampes, et d'autres maladif nerveuses, et qu'il n'exige pas alors d'un médecin qu'il if débarrasse du cuivre qu'il a bu, et aussi facilement qu'il l'a absorbé. — Le cuivre est moins dangereux à l'état de métal que lorsqu'il est bu dans du vinaigre : il devient alors un vrai poison. C'est ce qui explique pourquoi les fondeurs de cuivre ne sont pas tous malades, et que celui qui avale une pièce de cuivre la rend sans en être incommodé.
De même une batte de plomb peut séjourner des années entières dans les chairs, et la même, dissoute dans un acide, tue en peu d'heures.
Ainsi donc les pefntnres ne sont si nuîsibks que parce qu'elles sont faîtes avec des substances métaBiques. La céruse, le blanc de plomb laminé , le blanc de crèrtic ne sont auire chose que des préparations saturnines; les blancs d'éiain et de bismuth sont aussi dangereux. Le minium n>st que du plomb, et le cinabre que du mercure. Le massicot, le jaune de Naples, le jaune de chroifie, le jaune de Cassel sont aussi des combinaisons de plomb ; le réalgar, Torpimeut sont de i*arsenic. Les peintures bleues renferment souvent du cuivre, comme l'ocre bleu ; ou bien elles contiennent les poisons les plus subtils, lels que l'acide prussique qui entre^dans le bleu de Prusse, le bleu de Paris et le bleu minéral, dans le carmin bleu; tels que le cobalt, qui, s'il n'est pas aussi malfaisant que l'arsenic, l'est néanmoins assez pour engendrer des effets aussi nuisibles que le bleu d'émail, le bleu de roi , l'amidon bleu. Les peintures h couleur verte proviennent presffiie toutes du cuivre, comme le vert-de^rls, lé vert de montagne, le vert minéral et les verts de Brunswick, devienne, etc. Lo vert de chrome est moins nuisfible ; k vert de Scheele est de tous le plus nuisible , puisqu'il contient de l'arsenic et du cuivre ; il l'est d'autant plus qu'il nuit par son évaporaiion. On reconnaîtra facilement que la peinture contient de l'arse* nie en la mettant sur des charbons ardent%^ si elle répand une odeur d'ail , il y en a.
Le faux or ou le faux argent dont on se sert pour couvrir les bijoux contiennent du cuivre, du mercure , du zinc, de. l'étain et du bismuth.
D'après cela, on concevra qu'on ne saurait être trop prudent dans l'usago que l'on peut faire de ces couleurs. Cachez*
les soigneusement, et faites en sorte que leurs atomes pulvérulents ne se répandent pas dans l'air, et n'employez jamais dans votre maison des peintures préparées à Tarsenic» et que votre vaisselle n'en soit à Tabri. — Ne donnez pas aux enfants des boîtes de couleur; c'est comme si vous mettiez le poison à leur disposition. Il en sera de même des jouets coloriés et des jouets en plomb , ainsi que des pains à cacheter coloriés. Les papiers frais à lettre dont on se sert aujourd'hui , ceux qui surtout sont d'un blanc de lait ou verts, contiennent des substances nuisibles, voire même de l'arsenic, que l'on découvre en les brûlant par l'odeur d'ail qui se répand. Quoique les couleurs minérales soient les plus malfaisantes , celles d'une autre nature ne laissent pas de l'être aussi. La gammegutte, qu'on emploie pour le jaune, est une substance éminemment purgative ; l'indigo provoque des crampes violentes et des ballonnements; la cochenille produit des maux de dents et des difficultés d'uriner. Nous pourrions en citer plusieurs autres. Cependant, si les couleurs sont nécessaires, que l'on emploie la craie, le curcuma, l'indigo, l'ocre, et autres couleurs martiales, le pastel des teinturiers, la garance, la cochenille, le carmin et le roucou.
Nous pourrions nous dispenser de parler du fard; car il n'est personne qui ne sache que tous les cosmétiques de cette espèce, sans exception, contiennent des substances nuisibles. Le fard, qui n'est pas composé avec des matières métalliques, ne résiste pas longtemps à la réaction de la peau; mais celui, au contraire, qui les comprend dans sa composition, y adhère fortement. Il n'y a qu'un véritable fard, et il ne doit pas y en avoir d'autres : c'est un air frais, de l'eau fraîche et un régime convenable. Le moyen infaillible de déshabituer les femmes et les jeunes filles de se farder, c'est de leur recommander, après s'en être servies, de se laver la figure avec
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de Teau sulfureuse. Ce moyen ue peut nuire et sera certaiment utile; car alors la femme apprendra à préférer ses couleurs naturelles à un teint noir, qui résulté de la décomposition qui s*opère dans le fard par son contact avec le principe sulfureux.
Certaines matières métaïUiiiies doivent être soigneusement soustraites à la curiosité des enfants et des ignorants. On n'en exceptera aucune substance, qu'elle soit sèche, saline ou liquide, et surtout si elle est acide. L*huile de vitriol ( acide sulfurique) , Teau-forte (acide nitrique) , Tacide muriatique, Teau régale (acide niiro-muriatique) , Tacide oxalique , que l'on emploie pour le nettoyage , soit des agents d'une action violente et dangereuse. L'acide sulfurique très étendu n'a pas une action toxique; l'acide nitrique, mélangé avec l'alcool pur, n'est pas très dangereux ; 'mais les autres acides, fussent-ils même très délayés, agissent infailliblement comme poisons. Le sel anglais odorant (acide acétique concentré), la potasse, la pierre cauMique, l'acide tartarique, la soude , l'ammoniaque liquide, le sel de corne de cerf, la chaux éteinte et même celle qui ne l'est pas, constituent des agents très nuisibles. — II n'est pas sans exemple que l'ammoniaque liquide et l'esprit de corne de cerf n'aient occasionné la mort, lorsque par ignorance on les a fait flairer par fortes aspiraUons souvent répétées dans des casde défaillanco : on ne fera aspirer ces substances que fort légèrement et étendues dans beaucoup d'eau. L'alun, le vitriol, le sel de nitre, le sel d'ammoniaque et le foie de soufre sont très nuisibles, si on les emploie en qnaniito exagérée.
Les préparations où entrent l'arsenic, le plomb, le mercure et le cuivre ne sont pas les seules nuisibles; il en est d'autres qui ne le sont pas moins : ce sont celles qui contiennent de l'antimoine, comme tartre slibié, beijrre d'antimoine,
soufre doré d'aulimoine, poudre d'Âlgaroih, kermès minéral et plusieurs autres; celles qui renferment du zinc , du bismuth et de rélain, la pierre infernale , en un mot tout ce qui sort des pharmacies, soit substances minérales ou chimiqueS) sont plus ou moins dangereuses , même les plus innocentes, si elles sont employées mal à propos.
Les poisons [que fournissent le règne végétal et le règne minéral sont innombrables; aussi arrive -t-il souvent qu'on joue sans s'en douter avec la santé de ses semblables. Je connais un mauvais plaisant qui, pour faire pièce à une jeune fille, lui fit prendre de la digitale pilée ; elle en souffrit les angoisses les plus affreuses; peu s'en fallut qu'elle n'en mourût, et que le facétieux né payât de la prison sa sotte imprudence.
On devra éviter de donner aux enfants des médifsamentfli vermifuges, Comme chose sans importance. Celui qui, sans connaissance, donne à ses enfants de ces sortes de remèdes aura, s'il m'en croit, la précaution d'en prendre avant une cuillerée tous les malins, afin de juger de leurs effets.
Il en est de même des moyens qu'on emploie contre les poux et toute espèce de vermine : ils contiennent tous des poisons. Voilà pourquoi il ne faut faire usage que de ceux qui ne nuisent pas à l'homme. Le meilleur contre les poux, c'est la propreté et le peigne ; si cela ne suffit pas , frottez la tête avec de l'huile, et, au besoin, avec du tabac en poudre mouillé. Contre les puces , la propreté est encore un bon moyen ; ayez recours toutefois au jus de citron ou au fort vinaigre, avec lequel on asperge le plancher et le bois du lit. On peut également se servir d'un vase rempli de poils de chien , que l'on met sous le lit. Le lendemain on Téchaude ; on le sèche ensuite pour le replacer fous le lit. La laine de brebis peut rendre le mCme service. — On emploiera contre
les punaises le procédé suivant : il consiste à laver avec une forte lessive la chambre à coucher et les jointures du lit, que Ton oindra ensuite avec un corps gras ou du savon noir. On peut aussi en empêcher la reproduction en remplissant toutes les fentes du mur avec du plâtre; comme aussi on peut les détruire en leur donnant un abri dans une claie que l'on place sous les couches. Le lendemain on secoue violemment la claie, et Ton écrase les insectes incommodes. De temps en temps on échaudera les claies. De cette façon , on se dispense d'employer des moyens toxiques contre les puûaises, qui contiennent généralement du sublimé corrosif, ou quelque chose de pareil , dangereux déjà*par leur facile évaporation. C'est ainsi que, par une soigneuse propreté, on parvient peu à peu à détruire cette vermine.
On emploie souvent, contre les mites qui s'attachent aux vêtements de laine ou à la pelleterie, le camphre et même le musc. Ces odeurs sont nuisibles dans une chambre à coucher. — Le camphre nuit aux couleurs , et le musc produit un genre d'altération après lequel l'odeur persiste , même après l'évaporaiion du musc. Il vaut mieux se servir du serpolet sauvage et de la lavande. Les feuilles de tabac étalées entre les vêtements empêchent la production de ces mites.
Quant au blé, on le préservera mieux des insectes en l'entourant de plantes aromatiques et en le remuant souvent , qu'avec des matières dangereuses. La molène vulgaire, cueillie pendant la floraison, étendue sur le blé, sujffira pour cela. — Il n'y a pas de meilleure garantie contre l'invasion des rats que de garnir les trous avec de la suie, ou de les boucher avec de la paille enduite de goudron, que l'on recouvre ensuite avec du plâtre ou d'un mortier composé de chaux et de verre pilé. Un autre moyen consistera à leur servir un gâteau composé de farine, de lard et de verre pilé ; ils ne supporte-
roDt pas longtemps ce régime. On peat également lear donner un mélange de farine, de plâtre et de sirop. Dans les maisons ou les caves où ces animaux sont nombreux , le moyen de les détruire est de placer un baquet peu profond qu'on remplira d*un mélange de cidre , de bière douce , de chaux et d*eau-de-vie. S'ils y goûtent, ils s*enivrent, et c'est le moment de les livrer aux chiens et aux chats. L'époque la plus opportune pour celle chasse f c'est le mois de juin , de juillet et d'août, époque où ils sont encore jeunes. Ces divers moyens sont beaucoup plus raisonnables que de leur jeter du poison ; car il n'est pas sans exemple qu'avec la meilleure volonté et malgré tontes les précautions, on n'ait empoisonné des bonmies au lieu de rats. En outre, c'est que là où l'empoisonnement a réussi à souhait , il vous reste à souffrir d'une mauvaise odeur de rat mort.
De toutes les substances vénéneuses , il n'en est pas de pires que les remèdes secrets qui se débitent sous les noms les plus attrayants. Aucun médecin ne peut nier qu'on n'en obtienne des guérisons, mais il sait aussi que ces guérisons sont rares. Tout médicament est bon à sa place ; mais , employé mal à propos , il doit encore nuire , quoique préparé selon les formules adoptées. Les annonces et les réclames dont on se sert pour les mettre en vogue prouvent suffisamment , pour tout le monde, qu'il s'agit bien plutôt de la vente d'une marchandise que de l'intérêt de l'humanité.
Le nombre considérable des remèdes secrets qui sont vantés comme spécifiques dans une maladie donnée sont, sans doute, une grande honte pour les citoyens d'une nation civilisée ; ils dénotent l'ignorance et la crédulité de l'acheteur.
Celui qui achète et se sert de ces moyens peut être com-
paré àî cette dupe qui met à la loterie où le vendear est toa* jours le gaguant. Les guérisons sont aussi rares que les lots gagnaats; ceux que le hasard favorise en font grand bruit, mais on n'entend plus parler de ceux qui ont perdu leur dr* gent. Il n'est pas un homme raisonnable et réfléchi qui puisse mettre à la loterie ; il faudrait pour cela qu'il eût trop d'argent, et que celui qu'il expose gratuitement lui fût à charge. Mais le malade qui met à la loterie des retnèdes secrets ne perd pas seulement son argent , il perd encore sa santé , il aggrave sun état , et rend sa maladie incurable s'il tombe sur un mauvais numéro. — S'il reçoit le médicament de la main d'un médecin , il sait au moins quel est ce médicament ; et s'il nuit, il est facile d'en neutraliser les effets par un antidote ; si les doses prises n'étaient pas trop fortes, et qu'il n'y eût pas beaucoup de temps de cela , il serait encore possible de réparer le mal. Mais on n'a pas cette ressource avec les médicaments secrets , puisqu'on ne sait pas ce à quoi on a affaire ; et celui qui croit aux promesses qu'ils ne contiennent rien de nuisible n'est pas un homme sensé. Nous avons déjà mentionné plus haut que le règne végétal contient des poisons plus subtiles que ceux du règne animal.
La plupart de ces remèdes sont composés de poisons métalliques. Les gouttes antifébriles renferment de l'arsenic; les pilules impériales sont composées de mercure ; ainsi de suite. Le plus grand nombre est vendu à un prix très élevé, tandis que les mêmes, préparée dans une pharmacie, ne coûteraient pas le dixième. Par exemple , l'huile de Harlem , qui n'est autre chose qu'une combinaison de soufre et d'huile, ne revient à ceux qui la préparent qu'à quelques décimes. Il en est de même pour tous les remèdes secrets.
Il n'est pas une seule de ces drogues qui ne puisse être promptement reconnue et dénoncée à l'opinion publique par
un médecin d*unc expérience éprouvée; et s'il voulait, il pourrait encore eu faire un emploi convenable. Quant au charlatan, il lui su|fit de vendre ses drogues, il se soucie peu du résultat.
S n. - CONDCITE ES CAS B*EUP0IS0!VNE1|IE9ITS.
La principale indication à remplir est d'éliminer le poison, d'empêcher son absorption et de neutraliser, par les moyens convenables , ce qu'on n'a pu évacuer. Le succès , dans cette circonstance , dépend presque toujours de la promptitude avec laquelle on porte secours. La promptitude a ses dangers, surtout pour les ignorants, car dans un cas pressé on procède trop souvent sans réflexion.
La preràière règle est de conserver le calme et la présence d'esprit. Celui qui sait se posséder doit seul se charger du traitement, et coordonner dans sa pensée les dispositions qu'il doit prendre à l'égard des choses dont il a besoin et des personnes qui peuvent s^vir à son entour.
Si l'empoisonnement s'est fait par la voie de l'estomac , l'indication à remplir immédiatement est de provoquer le vomissement , lorsqu'il y a prédisposition , et de l'entretenir s'il y a lieu. Le meilleur moyen de le provoquer est de faire boire de l'eau tiède et de titiller le gosier avec la barbe d'une plume. Si l'on avait sous la main une plume de paon, on s'en servirait préféra blem en t , parce que, outre sa souplesse, sji longueur permet d'atteindre jusqu'à l'estomac. On peut l'enduire d'huile ou de graisse ; mais , si le temps presse , qu'on se dispense de celte précaution , il suffira de la nettoyer. On fera tenir la bouche ouverte, et , en pinçant le nez, on glisse la plume par-dessus la langue, jusqu'à l'arrière-gorge, et on la pousse dans l'œsophage. Si l'on se bulle dans le fond du pharynx, on soulève légèrenienl la main, et, faisant pivoter
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]a plume dans les doigts , on la pousse sans discontinuer ju^ <pi*àt:e que les vomissements se déclarent. Par ce moyen, (| fait rarement do mal ; voilà pourquoi il convient toujours (| commencer par Teau tiède. Pendant ce temps , on se procui ce dont on peut avoir besoin : de Teau tiëde^ des blancs d*œui battus, une solution légère de savon blanc , du sucre , du \ |' naigre, du lait, du beurre ; en même temps, on fait prépara du café fort et des boissons mucilagincuscs de gruau , de liu d*avoine ou de toute autre farine.
Il en est de même des autres moyens que nous allons fair connaître et qui doivent se trouver sous la main dans chaqc ménage.
Pendant que Ton provoque le vomissement et qo*on di.< pose tout ce qui est nécessaire, il faut s^'nformcr de la natmi et de l'espèce du poison ingéré. Quelquefois, dans les maladie qui éclatent subitement, on suppose trop facilement rcxistcnt i d'un empoisonnement. Il est bien de délibérer sur ce que \\ \ croit le plus vraisemblable; mais s'il y a incertitude, qu'on ri se presse pas trop d'agir. Employez d'abord les moyens qui n( peuvent nuire en rien , et continuez-les jusqu'à ce que vou{ soyez certain que vous avez affaire h un empoisonnement.
On peut le présumer avec quelque probabilité, lorsque le accidents que nous décrirons plus bas se déclarent sobitemenr et avec danger, et surtout immédiatement ou peiJ après avoi, bu ou mangé. On sera d'autant plus fondé dans son idée qu) ce qui a été ingéré e:>t plus étrange et hors des habitudes dt^ patient.
Voilà pourquoi on recherchera avec soin, par des question.i adressées au malade et aux assistants , les circonstances rela-i tives aux personnes et aux endroits qu'il a fréquentés, etc. On recueillera avec attention tout ce qu'il a vomi , ainsi que ct| qui reste de la nourriture et des boissons prises ; ces sub*
sunces, fussent- elles même dans un état de putréfaction , il faut les ramasser. Dans cet état , on y découvre encore le poison par des recherches minutieuses , et plus tard cela n*est pas sans utilité pour le malade et pour ceux qui l'entourent ; mais pour les conserver au besoin , mettez le tout ensemble dans un vase avec de Teau de-vie ou de Talcool, pour le soumettre , selon les circonstances , à Texamen analytique d'un bomme de Tart.
Quant au traitement, il n'y a pas un ^enl moment à perdre* On doit se hâter à l'instant de porter secours pendant que d'autres seront à la recherche de la cause véritable de ce grave accident.
Il ne faut pas perdre de vue que l'on peut causer la mort, si l'on emploie coup sur coup divers moyens, et si l'on procède brusquement. Qu'on les applique l'un après l'autre et avec tout le calme nécessaire pour ne pas nuire au malade.
Quand on est arrivé h connaître avec certitude le genre de poison , ou que toutes les vraisemblances sont en faveur de cette certitude, employez les moyens qui sont formellement indiqués,. et gardez- vous bien de faire usage de ceux qui seraient nuisibles.
Si l'on n'a pas encore acquis cette certitude, il ne faudra employer que les moyens généraux dont il va être question ; mais on procédera de manière à commencer par les plus faibles , et pour arriver progressivement aux plus forts , au cas que les premiers ne suffisent pas. — Dans un danger imminent, il faut employer le moyen le plus à portée.
Provoquez le vomissement quand il y a des nausées ou que 1 accident a lieu après le repas. Mais donner un vomitif est souvent très dangereux ; le mieux est d'employer l'eau tiède, mais sans huile, ni graisse, ni beurre. Laissez-en boire autant que le malade pourra en supporter; il eu prendra un demi-»
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verre toutes les nifnules et môme davantnge. On engagera les enfants à s'y soumettre , d'abord par la bonté, les promesses et des cadeaux , et si cela ne suffit pas, par des menaces et enfin par la Violence. — On écartera forcément la mâchoire en portant le doigt jusque dans l'articulation maxillaire, et Ton saisira ce moment pour verser Teau tiède dans la bouche; ou bien encore , on obligera le petit malade à ouvrir la bouche en lui pressant le nez après Tinspiration ; on évitera de faire ainsi après Texpiration ou pendant que l'inspiration se fait.
En même temps, introduisez dans l'arrière-gorge le doigt ou une plume que vous ferez pénétrer en la tournoyant jusqu'à ce que le vomissement s'ensuive. Inclinez le malade eti avant , appliquez la main sur le ventre, qu'on soutienne la tête, et tapotez-le avec l'autre main entre les épaules. Aussitôt après le vomissement , faites-lui rincer la bouche , qu'il se gargarise et accordez-lui ensuite quelques minutes de repos. Mais du moment que la douleur ou d'autres accidents reparaissent, tels que nouveaux efforts pour vomir, renvois , agitations, faites -le boire derechef jusqu'à ce que tout soit rejeté.
Si le vomissement n'a pas lieu , on si le malade ne peut avaler de l'eau tiède, ou s'il n'en avale pas assez, ou s'il fait des efforts inutiles pour vomir, et qu'il rejette en moindre quantité que ce qu'il a bu , ou s'il s'obstine à ne pas boire , ou si ce qu'il avale revient par régurgitation, alors prenez un morceau de mie de pain, et après l'avoir humecté, pétrissez-le en y ajoutant une demi-cuillerée de tabac à priser, et mettez cette boulette sur la langue du malade jusqu'à ce qu'il vo^ misse , et puis faites-le boire. Ce procédé agissant rarement sur les personnes habituées au tabac , donnez-leur, dans ce cas , une cuillerée à café de farine de moutarde avec autant de sel de cuisine , mêlés dans un verre d'eau qui sera bu en
c seule fois. Plus lard , on reviendra à l'eau tiède. Ces jyens sont toujours suffisants; et Ton doit bien se garder :n employer d'autres. Quant aux patients auxquels on ne >ut rien faire avaler, ou à ceux qui sont dans un état cornet d'engourdissement, et dont tes mâchoires sont fortement rrées, insufflez de la fumée de tabac dans le rectum. Pour .ià, on charge une pipe de tabac, on l'allume, et puis on en troduit la queue enduite de graisse ou d'huile dans le fonrment avec précaution et ménagement, jusqu'à la profon- ;ur d'un pouce; ensuite abouchez à la première pipe une Iconde vide, et soufflez dans le tuyau de celle-ci pour chas- |r la fumée de l'autre dans Tintestin. Après avoir poussé ois ou quatre insufflations, arrêtez-vous pour recommencer tsuite.
Si ce moyen ne suffit pas, il en est un second très imporjnt, c'est l'eau battue avec plusieurs blancs d'ccufs. Celte • u albumineuse ne pourra jamais nuire; on l'emploie avec tccès dans l'empoisonnement métallique, surtout lorsqu'il y des douleurs violentes de l'estomac et du ventre, suivies de rands efforts pour les selles avec diarrhée , principalement ans l'empoisonnement par le sublimé corrosif , le verl-deris, les préparations d'étain, de plomb, d'alun et de vitriol. >ans ces circonstances, donnez l'eau albumineuse en grande lUantité et répétée souvent , surtout si les matières vomies mt d'une couleur rouge ou verte, et quand le malade 'prouve h la bouche un goût salé et métallique. Si , après 'emploi répété du blanc d'oeuf, le malade ressent du soula- Jement, sachez vous en tenir à ce moyen. Si la diarrhée a ieu avec des douleurs à l'anus, donnez des lavements avec la ' )ême substance.
Dans le cas où l'eau albumineuse ne produirait aucun Soulagement, il est un autre moyen très important dans le
plus grand nombre d*cmpoisonnem«nls, c*est Tcau de savon. Pour cela il faudra faire exclusivement usage du meilleur sav^n blanc, et, dans Textrême nécessité, on pourra prendre du savon poisseux ordinaire. Les autres savons , tels que le noir, et surtout le rouge , nuiraient, plutôt que de servir, puisqu'ils contiennent souvent un principe toxique. — On en fait une solution dans quatre parties d*eau cbaude, dont on fait boire une bonne tasse toutes les trois à quatre minutes.
Le savon n*est nuisible que dans le cas où le poison est alcalin, c'est-à-dire s'il contient de l'eau de lessive, de la pierre caustique, de la potasse, de la soude, de ramnM)niaquo liquide, du sel d'ammoniaque, du sel de corne de cerf, de la chaux éteinte , de la chaux vive » de k baryte (qui se vend souvent pour une poudre contre les rats avec l'assurance qu'elle ne peut nuire à l'homme, puisqu'elle ne contient pas de l'arsenic), du sel de tartre (qui peut quelquefois être confondu avec le tartre tartarisé). Si les matières vomies ne sont pas acides, mais bien plutôt alcalines et non efferves* centes ; quand le papier de tournesol que l'on rougit préalablement avec le vinaigre revient au bleu ; quand elles font effervescence par l'addition des acides sulfurique, nitrique ou muriatique ; dans ces divers cas, il ne faut pas employer l'eau savonneuse, mais bien le vinaigre.
L'eau de savon est le moyen principal dans les empoisonnements par l'arsenic, le plomb, l'huile de vitriol, reau-foric et tous les acides concentrés , ainsi que contre les solutions métalliques. On doit supposer l'existence de l'empoisonnement par les acides, lorsque la bouche est comme brûlée, et que les matières vomies rougissent promptemenl le papier de tournesol. L'eau de savon est pareillement utile lorsqu'on aura avalé de l'alun ; il en est de mOme pour les substances
végétales acres qui ont une saveur brûlantes qui contiennent un suc laiteux , caustique. Dans les accidents produits par rhuile de ricin, on emploie également avec avantage l'eau de savon. . *
Le vteaigre, ainsi que nous Tavons dit, est ua excellent moyen contre les poisons alcalins. Aussitôt qu'on en a acquis la cl^rtitude par Texaspération des phénomènes qui leur sont propres , il faut administrer immédiatement cet antidote en grande quantité par la bouche et en lavements ; dans Vin^ tervalle, on donnera des boissons ntucita^ineuses et Ton provoquera le vomissement* Il ne s'appliquera pas aux empois sonnements dus aux substances végétale» acres , à certains ^Is, aux acides minéraux et à Tarseaic , surtout si l'estomac est douloureux au toucher. Par contre , il sera d'un grand avantage dans l'empoisonnement par l&datura stramonium « par l'aconit, ropium, les chami^gnons vénéneux, les vapeurs de charbon , ainsi que par le foie de soufre. Dans ces difers cas , alternez le vinaigre et les boissons mucikgineuses , ei provoquez en même temps les vomissements ; et quand lo malade a assez vomi , revenez au vinaigre pour apaiser les envies de rejeter. Il aura la même utilité contre les effets de coquillages et les poissons malsains , et surtout contre la graisse dégéujérée et gâtée. Hâtez-vous de l'employer ,.iorsque». après l'usage du jambon et des saucissons vieux et gâtés , il se manifeste une sécheresse incommode au gosier et des envies de vomir, tout en ne perdant pas de vue les autres moyens qt|e nous ayons recommandés.
L'hntte est employée généralement dans les empoisonnements , mais c'est à tort qu'on la regarde comme moyen principal. Il en est de même de la graisse , du beurre et du babeuiTe. Si Ton vient à en faire usage, il faut bien s'assurer de sa qualité. L'huile rance , l'huile de poisson et l'huile dite
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pyrifiée » doivent être rejetées. Il est alors préiérable de se servir d'une eau mucilagincuse qui enveloppe mieux le poison , du sucre qui calme plus vite l^estomac , ou de tel autre moyen qui rende le poison moins vif. Quand on est certain que rempoisonnement est alcalin et que le vinaigre a produit ua bon résultat , ou peut donner aussi dans les iutervalles quelques prises d'huile ou de crème de lait, surtout lorsque le malade éprouve du brûlement lians la bouche, le gosier et Testomac. On emploie avec un égal avantage l'huile lorsque des acides concentrés, tels queracidc nitrique, sulfurique, etc. » ont atteint l'œil, la bouche, Farrièr^-gorge ou l'esiomac. Elle sera utile dans les empoisonnements par les champignons vé« néneux. Elle sera contraire lorsqu'il faudra agir contre lea effets de l'arsenic , et inutile dans la majorité des cas des intoxicalions métalliques ; très uuisibic lorsque l'œil ou l'esio-i mac ont été mis en contact avec les cantharides. alors il est vrai de dire que l'on verse l'huile sur le feu. Il en est. de même à l'égard des insectes morts , ainsi qu'à l'égard des scarabées venimeux, des punaises, etc. Elle est au contraire très b<mnc pour agir contre tous les animaux qui viennent «i s'introduire dans les oreilles.
Le laU a moins d'utilité que les boissons mucilagineuses ; mais, comme on l'a presque toujours sous la main , il vaut mieux l'employer que d'attendre que les autres moyens soient à votre disposition. La crème est boime le où l'huile convient ; elle est nuisible le où elle ne convient pas. Le lait aigri est bon là où le vinaigre est bon, et nuisible où il est nuisible. Si la bonne huile vous manque , remplacez-la par ta crème môme aigrie et dans le cas où le malade pe peut supporter l'huile. Le lait aigri est préférable au mauvais vinaigre et employé même après l'usage du vinaigre. Le lait est surtout utile plus t rd , quand l'orage est passé et qu'il en reste quelques souffrances,
Mais pour cela il faut quo le malade en boive volontiers et 7'^'il en éprouve du soulagement. — Si Ton n*est pas arrivé à Ja connaissance de la nature du poison pour y remédier par Faniidole le plus convenable, et que dans le premier moment on ait fait boire du lait, qui a produit une améHoraiion, restezen là» pourvu toutefois que le malade ait eu assez de vomis» semenls pour vous faire croire ù Télimination du poison.
Le (Niere et l'eau sucrée sont Tun et l'autre d'excellents moyens dans le plus grand nombre de cas. Cependant, dans les cas d'empoisonnements par les acides minéraux ou par les alcalis concentrés , on leur préférera les antidotes dont il a été question. Mais si l'on en usait sans nécessité, il né pourrait nuire dans aucune circonstance. -*- Si le malade en a un grand désir, donnez-lui-en autant qu'il en voudra. Dans les empoisonnements métalliques, provenant des couleurs minérales, du vert-de-gris , du cuivre , de l'étain , du vitriol , de l'alun, etc. , le s.ucre aura îci la préférence, et tenez- vous-y si le patient s'en trouve bien; dans le cas contraire, alternez avec le blanc d'œuf ou l'eau de savon. Il est employé comme principal moyen contre l'arsenic, ainsi que contre les empoisonnements par les substances végétales acres et caustiques, qui provoquent des brûlemcpts ou du gonflement dans la bouche et l'arrière -gorge. — On peut l'administrer à l'état sec ou aqueux.
Le café est un antidote indispensable dans plusieurs empoisonnements. Il faut préférer le café légèrement torréGé à celui qui l'est trop , lequel agit mal indépendamment de ce qu'il a mauvais goût. On commencera par une forte infusion et progressivement on descendra à une plus faible. Durant ,son emploi, il ne faudra pas perdre de vue l'avantage du vomissement, s'il y a urgence ; plus tard on le laissera agir seul. Quand le poison n'est pas connu, le café sera toujours le
oieilleur moyen dans le cas eu Je malade est dans un état de torpeur, de somnolence, ou qu'il est privé de connaissance • ou s'il chancelle comme dans une espèce d'ivresse, ayant la figure rouge, bouffie ou pâle, froide et affaissée; ou s'il est dans un état de fureur et d'emportement ; s'il se débat, veut s*enfuir, ou s'il fait des plaisanteries. Dans ces diverses circonstances, donnez beaucoup de café pur, excitez les vomissements , administrez même le café en lavement, jus<|u*à ce qu'il se déclare une amélioration. Quand l'estomac s'est débarrassé de ce qu'il contenait, continuez toujours le café pur sucré.
Dans tout empoisonnement, donnez le café, si le malade en témoigne Te désir.
Quand le poison est connu, et que ce poison contient de Taclde prussique, ce qu'on reconnaît par une odeur d'amandes amèrcs, ou de noyaux d'abricot, donnez tout de suite, après les premiers vomissements, de l'eau tiède, titillez la luette et administrez en grande abondance l'infusion de café. Agissez de la même manière contre l'opium, la pomme épineuse, les champignons vénéneux, qui jettent les forces dans la torpeur, ainsi que contre les effets toxiques des semences vénéneuses et autres; contre ceux de la belladone, de la coloquinte, de la valériane, de la ciguë et de la camomille. Le café est d'une importance égale dans les empoisonnements par les préparations d'antimoine, de phosphore et de l'acide phosphorique. Mais son action aniidotaire la plus éminenle éclate dans l'empoisonnement par la noix vomique.
£e camphre est le principal agent contre la plupart des empoisonnements par les plaintes vénéneuses qui, à raison même de leurs propriétés caustiques et corrosives, donnent lieu à un état inflammatoire. Dans les cas où le malade éprouve des vomissements et du dévoiement immédiatement
après avoir mangé, qu'il est pâle et d'un froîd glacial, et qu'il perd presque connaissance, ne craignez pas d'employer le camphre dans cette circonstance, si la nature du poison ne vous est pas connue. Il suffira de le faire flairer ou d'en frotter la peau; ces frieiions se font avec un Uniment d'huile camphrée, ou avec un peu de camphre dissous dans de Teaude-vie chaude.
On trouve au^si dans celte substance un moyen capital contre les accidents occasionnés par les insectes» et notamment contre l'effet toxique des cantfaarides, soit qu'on en ait introduit dans l'estomac, dans les yeux ou sur la peau sous forme de vésicatoirej soit encore conire les accidents provenant de divers insectes ingérés, ainsi que contre les gonflements et empoisonnements que produisent les chenilles velues, le miel vénéneux, les aliments contenant accidentellement des vers et d'autres insectes venimeux, et aussi contre les piqûres de ces petits aninaux.
Si, indépendamment de ces symptômes, il se déclare des souffrances du côté des voies urinaires, telles que strangurie, suppression complète des urines, ou hématurie, on peut avec certitude attribuer ces symptômes aux cantharides et à d'autres insectes On se servira dans ce cas du camphre avec confiance; c'est là un excellent moyen.
Le camphre convient également pour corriger les suites fâcheuses de certains médicaments; il conviendra, par exemple, aux enfants que l'oir tourmente par des doses répétées de vermifuges ; aux personnes qui ont fait des abus du tabac, ou qui ont mangé par habitude et avec excès des amandes amères, d'autres noyaux analogues, et même des noix.
Il sera employé avantageusement contre les suites de Tempoisonncment par le phosphore, par les métaux ou les acides,
et surtout s'ils sont occasionnés pai les divers sels. Ce u*est qu'après que l'estontacse sera complètement débarrassé par les eQets du vomissement que Ton donnera le camphre ; on le fera sentir de temps en temps. On se conduira de la même, naanière à Tégard des accidents produits par les champignons vénéneux et par la vapeur du charbon.
Il est encore d'autres moyens qui peuvent devenir néces* saires dans le$ empoisonnements : ce sont tout d'abord ceqx qui se trouvent sous la main, dans tous les ménages, tels que charbon de bois, lessive, sel de cuiMne, amidon, thé vert et tabac; et ensuite ceux qu'il serait toujours utile d'avoir en réserve, parce qu'ils conviennent non seulement contre les empoisonnements mais dans plusieurs cas de maladies : ce sont la magnésie, l'esprit de nitre et l'ammoniaque liquide. On ne doit en faire usage que lorsque le poison est bien couou ; il en sera question en temps et lieu.
£n résumé , il résulte de ce que nous venons de dire que les indications capitales à remplir dans les souffrances par les empoisonnements sont :
1* De provoquer le vomissement ;
2" D'affaiblir l'action.
On satisfera à ces deux indications alternativement d'abord, et puis on s'en tiendra à ja dernière.
Comme les vomitifs ordinaires sont eux mêmes des poisons, et par conséquent souvent nuisibles, on aura recours : Â, à la boisson d'eau tiède autant que le malade en pourra suppor* ter ; B, à la titillation de la luette, si l'eau tiède ne suffit pas| C, à l'application sur la langue de tabac à priser; D, à l'emploi de la farine de moutarde et du sel délayés dans l'eau , chez les individus habitués au tabac; enfin, quand on n'obtient aucun résultat par la bouche, E, aux lavements de fumée de Ubac.
Les agcols priacipauz pour affaiblir les effets da poisoo , quand on ne connaît pas sa nalare, sont : Tean albumineose, 8*il y a douleur; le café, s*il y a engourdissement et priTation des sens.
Dès qu'on est parvenu & déterminer le genre de poison , qu'il soit acide » métaHtque ou alcalin , donnez : contre les acides et les métaux, Feau de savon ; contre les alcalis, le vinaigre. —Les divers autres antidotes ne seront administrés que lorsqu'on sera fixé sur l'espèce du poison.
S m. - M L4 MANIÈRE l>*AGtt QCAND LE POISON B»! CONNU.
En général, on se conduira selon ce que nous venons d'établir; seulement, et dès que le vomissement aura cessé, il conviendra de s'en tenir aux moyens qu'il nous reste à Caire connaître.
Dans chaque espèce d'empoisonnement, nous avons classé les antidotes d'après le degré de leur importance, de manière que ceux qui ont le plus d'efficacité précéderont toujours ceux qui en ont moins. — Si vous ne les avez pas à votre portée, donnez ceux que vous pourrez vous procurer le plus promptement. Par exemple, si quelqu'un a avalé do l'acide sulfurique, il serait pou raisonnable d'attendre qu'on eût apporté de la pharmacie de ia magnésie ou du savon blanc. S*il n'y en a pas dans la maison , prenez à l'instant même une poignée de cendres, que vous jetez dans l'eau, et faites boire de cette solution, quoiqu'elle soit moins bonne que les autres moyens. Agissez ainsi en toutes circonstances.
A. — l>e Vtùt méphitique»
Il s'élève des fosses d'aisanees murées, des cldaques qui n'ont pas été nettoyés depuis longtemps, des voiries, et des lieux destinés h recevoir toute sorte d'immondices, et où l'air
EMPOISONNBIIENTS. 121
ne se renouvelle pas, ii 8*élève de» ga2 mépbiliqaes d'ane odeur d^œuf couvi qui noircissent les métaux poHs, et surtout l'argent. En respirant cet air, on éprouve des nausées, de Taniiété, de la difficulté à respirer; le pouls devient întermklent, les yeux deviennent ternes, les oreilles froideâ, le ventre se contracte ; et si Ton reete longtemps exposé à mn influence, il s'ensuit des convoitons et l'asphyiie. Si Ton ne porte on prompt secours, la mort apparente (l'asphyxie) se transforme en mort rMIe — Le mdHeor moyen h employer, et qu'on trouve dans toute pharmacie » .est le chlorure de chaux ou autres préparations chlorurées. Il est d^me grande prudence de se munir de ces substances, lorsque, par état ou autrement, on se trouve exposé à ces dangers, l! suffira d'un hiélange aqnetix de ehlorurc de cfiaux et d'acide sulfuriqne pour neutraliser promptcment cet air empoisonné, et rendre par là non dangereux des travaux exécutés dans un milieu infect. Les émanations qui s'en dégagent se corrigent aussi, mais lentement, par l'action de la chaux récemment calcinée* que Ton y jciie par pellé^s quelques jours avant d'en entreprendre le curage. Celui qui a à sa disposition des cendres de charbon de terre fera bien dé les verser dans les fosses d'aisances ; car, tout en détmisrfrtt les mauvaises odeurs, eBes produisent un engrais excellent. H est un charbon de terre sulfureux qui, jeté dans les lalrines à l'état de brisure , fait un engrais remarquable, tout en corrigeant la fétidité des gaz qui s'en dégagent et écartant en même temps tout danger pour les travailleurs.
En cas d'asphyxie, portez l'asphyxié à l'air libre et pur; déshabillez-Ic, placez-le sur le dos, avec la poitrine relevée ; aspergez avec de Tean froide la figure et la poitrine. Si vous avez de l'eau chlorurée, tenez sous son nez, et par intervalles, une éponge imbibée A4 cette solution, qui sera pourtant assez
faîblie pour ne pas fatiguer ceux qui entoureni le malade, et provoquer chez eux uue toux importuDe. Pour que cette soUuioD soit, telle qu*il le fout pour Tusage intérieur» mêlez uAe cuillerée à bouche de chlorure de sodium liquide à une serrée d*eau, et lâchez d*eu faire avaler par demi-cuillerée à café toutes les cinq ou dix minutes, et éloignez les doses à mesure que l'état du malade s'améliore.
On se procure plus facilement du vinaigre : délayez-le avec (ine égale quantité d'eau que vous jetterez sur la figure. Dans le même temps, tenez sous le nez et sous la bouche une éponge trempée dans le vinaigre.
Pendant ce temps,, on fera des frictions avec une laine chaude. Si la figure a été aspergée avec de Teau froide ou avec du vii>aigre , essuyez*la après une pause ; frictionnez et aspergez de nouveau^ Les frictions seront portées principalement sur les bras, les jau^bes, la poitrine et le ventre. On pourra, au besoin, se servir d'une brosse un peu forte pour la plante des pieds et le dos.
On procédera sans violence et sans précipitation, mais avec douceur et persévérance ; car la vie ne revient quelquefois qu'au bouUde trois ou quatre heures.
Si l'asphyxié ne respire pas, l'éponge placée sur la bouche n*esl d'aucune utilité. Alors on doit s'assurer de temps en temps si la respiration renaît, en tenant sous le nez quelques brins de duvet. Insufflez de moment en moment de l'air dans la bouche. Si par suite de l'insufflation on remarque que la poitrine se soulève, laissez que l'acte d'expiration se fasse de lui-même. Si l'air ne sort pas naturellement des poumons, alors entourez la poilrme d'une nappe, et serrez-la doucement et progressivement, de manière à chasser l'air insufflé. Par ce procédé, qui entretient une sorte de respiration arti* (icielle, et que l'on rendra plus'cflicace eu mélangeant à l'air
iiisuiSé quelques émanations de vinaigre, ou arrive souvent à Rappeler à la vie des individus près de mourir. Aussitôt qu'un acte vital de respiration ou d'expiration s'est fait, cessez de porter Pair dans les poumons>. C'est le moment d'agir par la ventilation , en ramenant avec ménagement l'air frais sur le patient; et c'est alors, quand la respiration devient plus libre, qu'il faut tenir l'éponge vinaigrée ou chlorurée sur la bouche. Il convient toujours de procéder progressivement, et avec la plus grande circonspection , pour ne pas éteindre une vie rallumée à grand'peine. Quand le malade a reprisses sens, donnez-lui quelques gouttes d'eau chlorurée affaiblie ou du vinaigre. S'il se plaint de froid, de besoin d'aller à la selle, de oausées, et si cet état de choses ne se dissipe pas par le vinaigre ou qu'il lui soit contraire , donnez un peu de café pur. Se plaint-il de chaleur, de prostration, faites-loi prendre un peu de bon vin pur et vieux. L'olfaction du camphre est quelquefois utile. A cet égard, conformez* vous au désir du patient. Ce qui est le plus à son goût, et qui le soulage promptement, devra lui être donné.
Il existe d'autres espèces d'aira méphitiques, tels que ceax qui se dégagent des puits d'une grande profondeur, des caves et des fours à chaut ; leur action n'est pas moins dangereuse» Co n'est pas l'odeur de celui des fosses d'aisances : l'action est ici plutôt étourdissante ; elle provoque la somnolence, l'ivresse, et enfin la défaillance.
On rappelle promptement à la vie les asphyxiés de cette espèce, et cela en les exposant à l'instant même à l'air libre, en les aspergeant avec de l'eau fraîche ou avec du vinaigre,' et surtout en leur faisant avaler du café pur. — Il ne faut pas donner ses soins avec trop de précipitation; une lenteur réfléchie est plus convenable. — Si la respiration ne revient pas, il sera nécessaire de recourir à l'insufflation de l'air.
La vapeur du charbon constitue un gaz très dangereux, surtout pour les personnes endormies. On se gardera donc de coucher dans les appartements où Tair extérieur n'a pas d'accès, et dans lesquels le charbon de terre ou de bois est allumé. — Il est arrivé que de vieilles poutres sont restées en ignition sans flamme et sans fumée, et que les habitants, en s'apercevant de l'odeur du brûlé, ont failli être aspliyxiés avant que la combustion fût découverte. Il est h remarquer que tous ceux qui ont été exposés aux effets de la vapeur de charbon tombent dans une sorte d'inertie qui leur ôte le désir et la possibilité d'aller à Tair libre, d'ouvrir la croisée ou la porte et d'appeler du secours. La même chose a lieu pour les individus qui , pendant tin froid rigoureux, veulent prendre quehjue reposa l'air, et, tout en sachant bien ce qui les attend, ils perdent la volonté de résister à ce penchant.
Les signes qui indiquent l'invasion et la marche graduelle de l'asphyxie par le charbon avant qu'elles s'accomplissent déûnitivenient, sont : pesanteur, embarras de la icie, avec nausées, vomiturltions et vomissements, quelquefois sangui- Holents; il semble qu'un poids énorme comprime la poitrine; le visage devient rouge et violacé avec gonfleihent des veines de la face; puis ont lieu des spasmes convulsifs des muscles involontaires , le délire , la chute du corps avec spasihe et convulsions, et, enfin, perte complète de connaissance, asphyxie.
Dans cet état, il faut porter l'asphyxié à Tair frais, le frotter avec du vinaigre en lui en faisant respirer la vapeur. Si ie visage est très rouge et qu'il y ait de la divagation, da délire, couvrez-lui Ja tête d'eau froide; il est bon de réchauffer les pieds au moment où l'on porte les réfrigérants sur la tête. Aussitôt que le patient peut avaler, donnez-lui du café pur ; s'il a repris ses sens, administrez op.; ei si op. ne donne
qu'une amélioration passagère , vous devez le répéter. Si, quelques heures après, op, n -a produit aucun effet , donnez ielLf et laissez agir un peu plus de temps. — L*asphyiié est-il surexcité, loquace avec vivacité, se plaint-il de douleurs vagues, a-t-il des vertiges étant couché, donnez-lui du café pur, et attendez le moment opportun pour remploi de4^//. ou de nux vom.
. Une action analogue , mais plus lente que la vapeur de charbon, exerce son influence sur les hommes qui habitent des maisons où végète la mérsie (sorte de champignon). Pour remédier à cet inconvénient, le mieux serait, ou de quitter cette habitation, ou de la rebâtir; et là où cela ne peut se faire, essayer de détruire ce cryptogame par le charbon de terre. Dans ce but, jetez-en une grande quantité au-rdessus et par-dessous les endroits où se fait celte végétalion, et versez sur place une forte solution de vitriol bleu (sulfate de cuivre). Et puis, afin de détruire les fâcheux effets de la mérule , prenez par gorgée, et de temps en temps , de Teau acidulée par Tacide sulfurique (quelques gouttes dans environ un litre d'eau).
On agira avec efficacité contre les mauvais effets, de la vapeur du chlore, en fumant du tabac^ ou en tenant dans la bouche un morceau de sucre imbibé d'eau-de-vie ou de rhum.
Le meilleur moyen pour combattre les accidents provenant de la vapeur de ]'«cl4e prnssiqne 4WI de9 «cilles ntliiéraiix, c'est l'esprit de corne de cerf ou l'ammoniaque liquide. Or ce n'est pas en faisant respirer fortement ces substances qu'on parviendra à dissiper ces accidents, inais bien en tenant le flacon ouvert à une certaine dislance des narines^ de manière que l'odorat ne soit que légèrement affecté ; on répéiera ce moyen autant qu'il sera nécessaire. Il suffirait même de porter sous le nez un flacon qui ne contiendrait qu'une seule
goutte de Tan de ces alcalis. — Si les vapeurs malfaisantes; étaient alcalines, il serait inutile d'y avoir recoars ; il faudrait, dans ce cas, leur préférer le flair du vinaigre. On reconnaîtra la nature acide ou alcaline de ces vapenrs par la teinture de tournesol. Les acides la rougissent, les alcalis la rendent à son li^u primitif. Dans les graves souffrances par Tinspiration des vapeurs acides , on peut aussi donner ramnioniaqite à l'intérieur, en en versant une goutte dans un verre d'eau , dont on fait prendre toutes les dix minutes une cuillerée à café; et contre les effets des vapeurs alcalines, une cuillerée à café de vinaigre administrée de temps en temps.
Riln n'est plus nuisible que de dormir dans des chambres pstées longtemps fermées, et dans lesquelles on n*a pas re« nouvelé l'air; dans ces lieux ^ l'air lui-même y contrac4e quelque chose de méphitique qui ressemble à l'eau stagnante des marais. Dans ces chambres, le sommeil est troublé par le cauchemar, par des rêves anxieux, par des visions fantastiques, par des frayeurs épouvantables. Une ventilation bien entendue est Je moyen le plus efiScace pour les assainir ; £lle se fera non seulement en tenant les croisées et les portes ouvertes, mais aussi en battant l'air avec des serviettes en guise d'éventail , et en allumant du feu dans la cheminée. Il conviendra, en même temps, de placer çè et là quelques larges baquets remplis d'eau. Si l*assainissement a été négligé, et que les accidents prévus aient eu lieu, donnez acon, ; dans l'état de grande épouvante, op. ; si l'impression de la peur se prolonge, avec horripila tion, verat, alb. Dans les maux de tête provoqués pendant le sommeil par l'émanation des fleurs odorantes, ou par le foin frais, il sera avantageux de donner à sentir le camphre ou la noix vomiquf>, en même temps qu'on respirera Pair libre, et qu'on se lavera le visage et le front avec de l'eau fraîche.
BUPOISONNBMENTS. i 27
Lorsque des souffrances sont occasionnées par suite d'un sommeil pris dans les chambres récemmeiU blanchies , dans les endroits où le linge est mis à sécher, ou dans ceux où Ton renferme les bardes fraîchement séchées, on bien des herbes vertes, des fruits et des racines qui servent à Tusage jouriialicr; dans ce cas, donnez bry. , ou quelquefois belL^ mais toujours en se conformant aux préceptes indiqués à l'article mai de tète.
Dans les indispositions déterminées |^ar tes couleurs à rhuile, dont on se sert pour peindre les chambres et les meu* blés , et que Tair frais et Teau froide ne dissipent pas , oïl emploiera avec succès acon,^ àry,, sulph,, et quelqjnfois op. — Il est également bon de tenir dans les chambres à cou» cher des baquets d'eau froide, que l'on enlève le matin, et*^ qu'on remplace chaque soir; cette précaution est utile pour absorber les miasmes répandus ddns l'air ambiant. Il est bien entendu que nous ne parlons ici que des habitations de pau-^ vres gens. — £n fmissant, nous devons recommander de ne faire ^«ppUcation des peintures que dans un automne sec et; frais : dans cette saison, les émanations sont moins pénétrantes ou fatigantes, les couleurs se dessèchent plus facilement, adhèrent plus fermement, et risquent moins d'être dégradées par la poussière et les insectes.
B. — X>es acides minéraux et autres.
Acide sulfurique ou h île de vitriol , acide muriatiqne, aci«Ic nitrique oa eaii-rorte « acide nitro-mariaUqnc ou eau régale , aciUe ozaU(|ue , acide pbosplioriqiie , acide acétique , acide pyroligneux , vinaigra ordinaire concentré pris en grande quantité.
On reconnaît ces acides au goût aigrelet et ardent, à l'odeur, à la sensation de chaleur mordante et brûlante qu'ils laissent au gosier et dans l'estomac, par la douleur lancinante dont ils affectent l'estomac et les entrailles; les boissons or-
128 aXJSES LES PLUS FRÉQUENTES DES MALADIES.
dinaircs augmentent ces douleurs ; la rcspiralion devient promptement fétide ; la inaiitre des vomissefnéiits est aigre , écumeuse, et rougit le papier bleu de touraesoL L'intérieur de la bouche est souvent comme brûlé et couvert d'apbthes.
Moyens : l"" Eau de savon tiède en grande quantité, comme il a été dit plus haut; 2"* magnésie, une cuillerée dans une tasse d*eau, répétée après chaque vomissement, tant que dure et augmente la douleur ; V" craie : elle sera broyée et dissoute dans Teau ; &"* cendres de bois , une pleine cuillerée dans un verre d'eau chaude ; 5^ potasse de soude , une prise sur la pointe d'un couteau, dissoute dans un grand verre d'eau chaude.
On peut alterner à plusieurs reprises l'eau de savon avec la magnésie ; les autres substances seront administrées en attendant qu'on se soit procuré les deux premières. Après des vomissements sufiBsants, donnez des boissons fortement mucilagineuses d*orge, d'avoine , de gruau ; d'une décoction de graine de lin ou de riz ; en un mot, ce qui se trouvera sous la main , et restez pendant qnelques jours sans rien faire. Les premiers dangers passés, donnez sur l'acide sulfurique,/?»/^. ; sur l'acide muriatique, bry.; sur l'acide nitrique, hep. sulph, ; sur l'acide phosphorique , coff. ; sur les autres acides, acon. Avant de recourir à ces itloyens, on peut recourir à l'olfaction du camphre.
Si les acides concentrés atteignent les yeux , le meilleur moyen est l'huile d'amandes douces ou du beurre frais non salé; de temps en temps de l'eau rendue laiteuse par un peu de craie broyée; de l'eau pure nuit : ce n'est que plus tard que vous vous en servirez pour lotions. — Si l'on se brûlait la peau par ces acides, employez l'eau de chaux ou un Uniment fait avec de l'huile et de l'eau de chaux, ou bien encore
quelques gouttes de caust. de la sixième dikition, mélangées à un peu d'eau tiède , dont vous useriez en embrocation.