CHAPITRE II
Aut. 1er. — Maladies de la peau.
[La peau peut être le siège de maladies aiguës et de maladies chroniques ; celles-ci beaucoup plus nombreuses que les premières. On a souvent placé dans cette catégorie, mais à tort, les fièvres éruptives qui doivent être rapprochées des autres maladies fébriles, les symptômes de la peau n'étant alors qu'un effet de la maladie et non la maladie tout entière ; et celle-ci ne pouvant être considérée comme complètement guérie, si la fièvre persiste après Ja disparition des symptômes cutanés.]
§ 1. — Maladies aiguës de la peau.
Furoncle, (clou). — Quand ils se développent, il paraît d'abord une tache rouge, saillante au-dessus du niveau de la peau, très-douloureuse, qui s'étend jusqu'à acquérir
(1) V. Hirschel, Guide du médecin. Paris, 1858, p. 124.
la grosseur d'une petite noix; la rougeur et la dureté sont plus marquées au centre de Ja tache que partout ailleurs ; bientôt une petite pointe blanche s'élève, et forme en se développant une petite saillie remplie de pus et de sang; cette pustule s'ouvre , on trouve à son cen tre un bourbillon , c'est-à-dire une masse de tissu cellulaire gangrené. Ce bourbillon sort peu à peu ; dès ce moment la douleur cesse oi le malade peut se considérer comme guéri.
On a recommandé plusieurs préparations destinées à être appliquées à l'extérieur; mais le seul moyen convenable est le cataplasme de mie de pain et de lait ou de farine de graine de lin délayée dans de l'eau de guimauve.
Quant aux médicaments, il faut donner en premier lieu Arnica [12e dilution, 6 globules pour 8 cuillerées d'eau, une cuillerée de 4 en 4 heures, pendant 42 à 36 beures]; puis Silicea, 30e dilution [dans les mêmes proportions, une cuillerée toutes les 6 beures]. Si un autre clou se forme dans les environs du premier, il faut recourir à Belladona [donnée comme Arnica]', dès que le bourbillon tend à se détacber, il faut administrer Sulfur, 30e dilution [comme Silicea]. Les purgatifs, auxquels on recourt, si souvent, sont parfaitement inutiles ; car ils ne font qu'irriter les intestins, sans profit.
Anthrax simple. — C'est un clou de mauvaise nature. Il est bleu, noir môme à son sommet, cause beaucoup de douleur et contient une sérosité sanguinolente plutôt que du pus. [Le médicament essentiel est Arsenic, 12e dilution, une goutte pour 8 cuillerées d'eau, 1 cuillerée de 3 en 3 heures. On peut le continuer pendant 24 à 36 heures. Il faut en même temps appliquer sans cesse des cataplasmes sur la partie malade]; puis, quand le mal s'étend, les parties voisines devenant d'un bleu noir, on fait prendre Lachesis 12e dilution [comme Arsenic, ce médicament facilite la sortie des différents bourbillons]. Du moment où l'ulcération creuse en profondeur, il faut recourir à
Hapàr^ pendant M heures, puis à Silicea [celle-ci convient seulement quand tous les bourbillons sont partis et pour hâter la cicatrisation. Il faut le donner à la 30e dilution, Gglobules pour 8 cuillerées d'eau, 3 cuilleréesparjour. Il est très-important alors de nourrir le malade et de lui faire boire du vin rouge coupé d'eau.] Quand le malade est très-faible, Arsenic est utile [surtout au début de la maladie ; mais plus tard China est préférable, on le donne comme il a été dit pour l'Arsenic]. [L'anthrax étant souvent une maladie grave, l'intervention du médecin devra être réclamée aussitôt que possible. J'ajouterai toutefois que les incisions, qui sont en quelque sorte de précepte en allopathie, ne doivent être pratiquées que très-rarement, d'abord parce que les médicaments homœopathiques facilitent l'élimination d'une manière suffisante , ensuite parce que l'anthrax étant une maladie gangreneuse, il faut, autant que possible, respecter les attaches qui unissent la peau décollée aux parties sous-jacentes, et que le bistouri les coupe souvent, et aussi parce quel'incision ouvrant les vaisseaux, facilite l'absorption du pus et la fièvre de suppuration à laquelle les malades succombent le plus ordinairement. Enunmot, enm'appuyantsur les résultatsde la pratique, je puis affirmer que presque toujoursle traitement homœopathique triomphe de l'anthrax sans le secours de la chirurgie. Il est important seulement de panser convenablement l'ulcère qui se forme; au début on emploie le cataplasme, comme je l'ai dit; puis quand la suppuration est établie, que les lambeaux de tissu cellulaire mortifié commencent à se détacher, il faut craindre de trop ramollir les tissus. On fait alors le pansement avec un linge troué enduit de cérat, comme il a été dit p. 279.]
Abcès de la peau. — Il se forme souvent au niveau des articulations, des furoncles qui n'aboutissent pas, c'est-à-dire, des plaques dures, arrondies, proéminentes au. centre, au niveau desquelles la peau prend une teinte
rouge violacée; ces plaques sont très-douloureuses, surtout pendant le mouvement. Belladona les combat avec avantage quand la rougeur est foncée, et Bryonia si elle l'est moins ; Apis est utile lorsque le moindre attouchement détermine une vive douleur. Plus le malade se tiendra au repos et plus il aura de chances d'éviter la suppuration. Dès que celle-ci a lieu et que Ton peut reconnaître que le pus s'accumule sous la peau, on doit donner Silicea, en la continuant jusqu'à ce que l'abcès soit percé ; ensuite, on remplace Silicea par Sulfur. Celui-ci convient encore pendant le travail de cicatrisation pour calmer la démangeaison qui persiste; Çalcareà doit être donnée après le soufre, si l'abcès suppure et donne naissance à un pus ichoreux, rougeâtre; s'il est épais, Causiicum est indiqué; on peut donner ce médicament à l'intérieur, et faire une solution de 8 à 10 gouttes de la 6e dilution, solution daus laquelle ontrempedes compresses pour l'application externe. Enfin, quand le pus est infect, il faut faire prendre Sepia.
[Mode d'administration. — Belladona , Bryonia et Apis seront administrés à la 12e dilution, 1 ou 2 gouttes pour 8 cuillerées d'eau, une cuillerée de 4 en 4 heures ; les autres, à la30ô dilution, 6 à 8 globules pour 8 cuillerées d'eau, 3 à 4 cuillerées en 24 heures.]
Abcès. — On appelle ainsi les collections purulentes qui se développent à la suite de l'inflammation des tissus. Le médicament essentiel quand le pus se forme est Silicea, mais il ne faut pas négliger ceux dont je parlerai à propos des panaris. Gomme application externe, les cataplasmes suffisent. Si la partie malade est très-douloureuse et que le poids des cataplasmes ne puisse être enduré, on se contente d'appliquer des compresses trempées dans de l'eau de guimauve. En allopathie , on incise dès que le pus peut être constaté, parfois même avant. Je conseille d'éviter l'opération le plus possible. Cependant, quand le gonflement est considérable, que la douleur est
très- aiguë, on peut pratiquer l'incision dès que la présence du pus est constatée. Il faut se hâter davantage lorsque l'abcès existe dans une région où les tissus sont mous, au pourtour de l'anus par exemple, parce qu'il peut, en fusant entre les organes, amener des désordres qu'il importe d'éviter. En tout cas, l'opération ne peut être pratiquée que par un médecin, car avant de Ja décider, il faut avoir reconnu la nature de la tumeur, et de plus, savoir quels organes il serait dangereux d'atteindre avec le bistouri et aussi comment on peut les éviter.
Panaris. — Je comprends sous ce titre toutes les inflammations de mauvaise nature qui peuvent survenir aux doigts.
Ainsi, il peut arriver que cette inflammation se développe autour de l'ongle; dans ce cas, la peau devient rouge au niveau des points enflammés. Il faut toujours chercher, en pareil cas, si la racine de l'ongle n'aurait pas été atteinte tout d'abord. Quand il en est ainsi, l'ongle croit par secousses, et la peau qui y adhère se déchire et forme ce qu'on nomme des envies ; c'est surtout quand on arrache ces dernières que Ja douleur et l'inflammation arrivent. Le mieux est, dans ce cas, de détacher les peaux de l'ongle avec un instrument mousse, ce qui empêche tout autre accident.
Quand il se forme une vésicule sur la partie rouge, il faut employer Causticum à l'intérieur et à l'extérieur, comme il a été dit plus haut (p. 384-), en continuant jusqu'à ce que la guérison ait lieu.
Il peut arriver que l'inflammation et la suppuration pénètrent plus profondément; on enveloppe alors le doigt avec des cataplasmes de mie de pain et de lait que l'on continue jusqu'à la guérison.
Les médicaments internes sont très-utiles. Il faut débuter par Mercurius que Sulphur doit remplacer au bout de 24 heures, quand le soulagement n'est pas notable; si le
petit abcès tarde à s'ouvrir, on donne ensuite Silicea, et plus tard, on alterne ce médicament avec Hepar du moment où la douleur devient tensive et pulsative, surtout quand elle est très-aiguë. Cepa serait indiqué par des souffrances plus vives encore, le gonflement du doigt malade et l'existence de raies rouges qui, partant du foyer du mal, s'étendraient selon la longueur du doigt. [Belladona devrait être dans ce cas souvent préférée à .4/72$.] Apis conviendrait lorsque l'inflammation aurait encore gagné en étendue, la rougeur ayant gagné tout le doigt qui est fléchi et rétracté ; et s'il existe à son extrémité des vésicules qui se rompent en causant une vive douleur d'écorchure, de brûlure et des battements, la partie malade étant, dès le début, très-sensible au toucher. Dans les cas les plus graves, où le doigt prend une teinte foncée et bleuâtre, la douleur étant très-pénible, il faut craindre la gangrène; Lachesis est alors indiqué. Enfin, le panaris étant ouvert et la plaie s'étant transformée en un ulcère noirâtre, causant une vive sensation de brûlure, Arsenic doit être donné ; mais il faut recourir à Carbo vegetab. dès que le pus répand une mauvaise odeur. [Tous ces. médicaments doivent être prescrits à la 30e dilution, de 6 à 8 globules dissous dans 8 cuillerées d'eau. On donne, au début, une cuillerée toutes les 3 ou 4 heures, puis, quand le panaris est ouvert, 4 cuillerées en 24 heures. A la fin, lorsque la cicatrisation marche bien, 2 cuillerées par jour suffisent. Il est souvent trèsimportant d'inciser un panaris en temps utile, ce qui doit être réservé au chirurgien.
On a encore beaucoup recommandé contre les panaris Myristica sebifera, médicament dont le Dr Mure a étudié les effets sur l'homme sain (1). L'effet essentiel de cet agent serait de faire cesser très-rapidement les douleurs atroces qui accompagnent les panaris. On doit donner 2 à 4 gouttes
(1) Mure, Doctrine de V École de Rio-Janeiro et Vatlwjénésie Brésilienne. Paris, 1849.
héiung — Méd. hom. 22
d'une dilution moyenne mêlées à 120 grammes d'eau, solution dont il faut donner une cuillerée toutes les 3 heures.] Ecorchures. — Elles surviennent au sacrum dans les maladies graves et chez les sujets très-amaigris. On prétend les éviter en plaçant sous le lit du malade un vase rempli d'eau fraîche, mais on réussit rarement par ce moyen. Quand la peau commence à s'altérer, il faut mettre sur la partie malade des compresses trempées dans l'eau froide, à laquelle on fera hien d'ajouter de la teinture iï Arnica. On peut aussi placer sur le matelas une peau d'animal dont la partie velue serait tournée du côté du malade. Quand les plaies se gangrènent, on emploie China à l'intérieur et à l'extérieur, et si la mortification s'étend en profondeur, on doit recourir à Sanguinaria [surtout à Lachesis].
§2. — Maladies chroniques de la peau.
Les maladies chroniques de la peau doivent être traitées par un médecin. Je me bornerai donc ici à des indications sommaires.
Les moyens externes doivent être rejetés, car ils sont souvent nuisibles, en ce sens qu'ils déplacent la maladie sans la guérir; le traitement interne, attaquant le mal dans sa cause, en triomphe plus sûrement et d'une manière plus complète.
Il faut surtout veiller sur l'hygiène du malade, car celuici doit souvent ses souffrances, et principalement leur aggravation, à quelque faute dans son régime ou à ses habitudes. Il doit éviter l'usage des aliments trop salés, surtout des épices, celui des liqueurs fortes, etc.
L'usage des bains est très-utile, il faut les répéter souvent, car ils donnent à l'organisme une détente générale et bienfaisante. [Il y a pourtant certaines maladies de peau qui augmentent et deviennent plus pénibles par l'action de l'eau. 1
JPrnrit, Démangeaisons. — C'est un Symptôme et non
une maladie, aussi coexiste-t-il d'ordinaire avec d'autres souffrances dont il faut tenir grand compte pour le choix du médicament. C'est seulement à la, fin de certaines maladies de peau qu'il existe seul, et c'est encore fort rare. On le combat avec un frottement modéré ou par des lotions d'eàu froide; on se trouve bien aussi parfois d'enduire la partie malade d'un corps gras, la glycérine par exemple. Comme médicament, il convient de donner Sulfur, 30e dilution, 5 globules pour 3 cuillerées d'eau, 2 cuillerées par jour.
. "Le prurit est parfois tellement violent qu'on se gratte jusqu'à s'écorcber ; le mieux, dans ce cas, est d'enduire d'huile d'olive les parties malades, puis on les frotte doucement de manière à les sécher peu à peu. L'eau de Cologne a pu calmer parfois le prurit nocturne, on en mouillait le soir les points malades, mais le prurit général diminue mieux quand on saupoudre les parties pruriteuses avec de la farine de riz. [C'est presque toujours le meilleur moyen]; et c'est seulement dans les cas les plus rebelle» qu'on peut faire usage de campbre à l'extérieur, soit en poudre, soit en teinture mêlée avec 10 fois son poids d'eau. On assure s'être bien trouvé, pendant la période de cicatrisation de la petite vérole, de répandre quelques gouttes d'alcool ou d'eau de Cologne sur les parties malades.
Mais le mieux est de poursuivre le prurit avec des médicaments, par exemple avec Àrsenicum ou Nux vomica quand il survient au moment où l'on se déshabille, Ignatia s'il arrive au moment où l'on se met au lit, comme si l'on était piqué par des milliers de puces et que le moindre grattement le fasse passer d'une place sur une autre. Le prurit qui survient plus tard, par la chaleur du lit, cède à Pulsatilla^ou 'àMercurïussol. lorsque Pulsatil la reste sans effet et que la sensation pénible revient toutes les nuits.
3 88 MALADIES LOCALISEES.
S'il persiste, on donne ensuite Sulfur pendant quelques jours, et ou termine par Calcarea carbon. Rkus et Hepar font cesser le prurit brûlant, et quand les parties saignent abondamment après qu'on s'est gratté , il faut donner Mercur. et Sulfur, en les alternant à 8 jours d'intervalle.
Gale. La gale est une éruption composée de petites vésicules, et accompagnée d'un prurit violent, la nuit surtout. Il n'est pas difficile de faire disparaître la gale par des applications externes; mais Habnemann enseigne que ces répercussions sont toujours suivies de maladies consécutives, les unes survenant presque aussitôt après la disparition des vésicules, les autres plus tard, mais se montrant toujours plus tenaces et plus dangereuses à mesure qu'elles sont plus anciennes.