OPHTHALMIES
Belladona, quand le blanc de l'œil est tout à fait rouge, ou qu'il y a un engorgement considérable des vaisseaux sanguins, avec chaleur, larmes brûlantes et acres ; ou bien lorsque les yeux sont tout à fait secs et supportent difficilement la lumière, lorsque la douleur est spasmodique, profonde, accompagnée de coryza assez intense pour que le nez s'excorie ; que la région du nez et de la bouche se couvre de pustules , avec complication de toux brève , sèche, spasmodique, venant par quintes qui ne finissent plus.
Euphrasia est utile contre une vive douleur pressive, avec sécrétion abondante de mucus et de larmes acres; contraction des paupières, rougeur de tout le globe de l'œil; douleur de tête et coryza, tous ces symptômes s' aggravant le»soir, et aussi quand la douleur est plus intense que l'inflammation, pressive avec crainte excessive de la lumière. j
Il faut donner Cepa s'il y a un larmoiement très-abondant, mais sans âcreté, rougeur, démangeaisons , picotements, sensation de brûlure et de cuisson aux yeux; gonflement, chaleur et démangeaisons autour des orbites, écoulement du nez et mal de tête le soir.
Igriatia convient surtout quand il y a aggravation le matin, le malade étant très-abattu ou de très-mauvaise humeur ; tandis que Pulsatilla est préférable si l'aggravation a lieu dans l'après-midi, Je malade étant disposé à pleurer et les paupières sécrétant un mucus épais. Nux vomica, s'il n'a pas encore été donné, est indiqué lorsque les remèdes précédents n'ont pas complètement guéri, et surtout lorsque les yeux sont restés très-sensibles à la lumière ; Belladona quand la vue s'affaiblit ou que le malade voit des flammes, des éclairs ou des taches noires. Si l'inflammation récidive au bout de peu de temps, Lycopodium est très-utile.
[Mode d'administration des médicaments. — Dans
les inflammations aiguës des yeux, il fautdonner lesmédicaments à doses rapprochées, dissoudre de 6 à 8 globules dans 8 cuillerées d'eau, et faire prendre toutes les 3 heures une cuillerée de cette solution. On éloigne les cuillerées à mesure que l'amélioration arrive. Repos absolu de l'organe de la vision.]
§ 3. — Ophthalmies spécifiques.
Ophtlialmie rhumatismale. — Lessymptômes del'oph-
thalmie rhumatismale sont : une rougeur générale du globe oculaire, photophobie, effusion abondante de larmes acres, picotements, tiraillements, non-seulement à l'intérieur de l'œil, mais tout autour; aggravation par la chaleur. Voici les remèdes indiqués contre «ette affection.
Pukalilla, lorsque l'inflammation a été diminuée par Aconitum^ mais qu'une douleur perçante, lancinante et déchirante persiste, le malade ne pouvant supporter la lumière, aggravation dans l'après-midi et le soir; si la maladie est revenue à plusieurs reprises, portant le malade à pleurer, ce qui augmente la douleur.
Bvyonia lorsque Pulsatilia a diminué la douleur, mais non la rougeur; lorsqu'on ressent dans l'intérieur de l'œil une douleur brûlante, la môme sensation que s'il y était entré du sable, avec aggravation le soir et la nuit; lorsque les paupières sont enflées et lorsqu'on éprouve de la douleur dans la tète en ouvrant les yeux. Ce médicament convient surtout quand la maladie est le résultat d'un refroidissement, en particulier lorsqu'on s'est lavé avec de l'eau froide le visage, au moment où celui-ci était couvert de sueur.
Rlius vient après Bryonia^ lorsque ce médicament a échoué, bien qu'il parût indiqué, s'il existe des douleurs brûlantes, pressives et lancinantes, que de petites vésicules
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paraissent sur le blanc de l'œil qui est le siège d'un cercle rouge nettement accusé, qu'il y a un larmoiement abondant la nuit et qu'un gonflement érésypélateux se forme autour de l'œil malade ; Calcarea convient souvent après Rhus.
Veratrum répond aux douleurs déchirantes, quand elles ne permettent pas de dormir la nuit, avec mal de tête intolérable, sensation de chaleur aux yeux qui paraissent lourds. Dans un cas grave où tout avait échoué, la guérison fut obtenue par Veratrum alterné avec Crocus.
Euphrasia est très-efficace, surtout lorsque des ampoules se forment sur les paupières, que la lumière est plus facilement supportée, mais la douleur plus forte et la rougeur si vive qu'on peut voir distinctement les vaisseaux.
Dans les ophthalmies rhumatismales, Nux vomicay Chamomilla et Ignatia sont des médicaments très-convenables qui répondent aux symptômes que je viens d'indiquer, mais on aura plus souvent à donner Mercurius et Sulphur. [Euphrasia convient souvent quand il se forme des vésicules sur le blanc de l'œil, que la crainte de la lumière diminue, mais que les douleurs restent très-vives ainsi que la rougeur, de sorte que tous les vaisseaux sont injectés.]
Opiithalmie goutteuse {arthritique). — Il faut songer d'abord à Aconit et Apis, en se laissant guider par les symptômes indiqués plus haut ; Cocculus convient aussi, mais plus rarement, et seulement après ces deux premières substances ; enfin Sulphur et Antimonium crudum viendraient en troisième lieu.
Belladona est très-efficace contre les symptômes que nous avons indiqués au chapitre ophthalmie, et surtout contre les suivants : douleur pressive autour des yeux ou bien sur le globe oculaire même, douleur déchirante à une partie de l'orbite, comme si les yeux sortaientde la tête
ou y étaient refoulés ; douleur intermittente ; le malade voit devant ses yeux des étincelles ou des points noirs bordés d'une auréole lumineuse, tous les objets lui semblent couverts de brouillard ou d'un crêpe ; vertiges violents, mal de tête assez fort pour faire perdre connaissance.
Colocynthis est efficace contre l'inflammation des yeux accompagnée de douleurs vives et tranchantes dans la tête et surtout dans le front, ou sur un côté seulement du cerveau, de tiraillements s'étendant au nez et traversant tout le corps, d'agitation et surtout d'une grande anxiété. Dans les autres Ophthalrnies ioniques, il faut tacher d'abord de s'adresser à un médecin, leur diagnostic et leur traitement étant souvent entourés de difficulté. Si ce n'est pas possible, on a recours aux médicaments indiqués plus haut, en les choisissant d'après les symptômes mentionnés ; Sulpku?*, Calcarea c, Silicea et S épia sont incontestablement les plus utiles, ceux auxquels il faut songer tout d'abord. Le mieux est d'en donner 3 ou 4 globules en une seule fois, pour laisser réagir le malade pendant 15 jours ou 3 semaines, en se servant de la trentième dilution. En répétant le médicament plus souvent, on obtient sans doute des modifications plus rapides, mais moins durables. [Ce mode d'administration peut suffire lorsque le malade lui-même doit diriger son traitement ; mais il n'en sera pas de même pour un médecin, lequel le modifiera suivant les mille circonstances dont il est toujours forcé de tenir compte (1)].
Ophthaimie scrofuieuse. — La scrofule est l'origine de beaucoup de maladies des yeux faciles à reconnaître aux symptômes qui correspondent aux médicaments indiqués ci-dessous, on la rencontre souvent chez les en- Ci) Pour l'ophthalmie blennorrhagique et l'ophtlialmie syphilitique, voir Des maladies vénériennes et de leur traitement homœopat laque, par le Dr Léon Simon fils. Paris, 1861.
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fants, même chez les adultes qui ont souffert de cette diathèse dans leur jeune âge. Une fois que les yeux ont été affaiblis par cette affection, ils sont très-sensibles à l'influence du froid ou des autres causes de maladies, et l'affaiblissement de la vue et les ulcérations du globe de l'œil en sont les suites fréquentes. Il faut toujours ici tenir compte du génie de la maladie, combattre la scrofule ellemême, et les manifestations locales s'effaceront. L'intervention du médecin est toujours nécessaire ici; on pourra cependant commencer parles médicaments suivants:
Pulsatilld) au début, lorsque les bords des paupières deviennent rouges, brûlants et que du pus les fait adhérer ; lorsqu'il y a sécrétion abondante de larmes acres qui excorient même les joues, gonflement œdémateux des paupières ; les yeux ne pouvant pas supporter la lumière. Comparer avec ce que nous avons dit de Pulsatilla à l'article ophthalmie. Si ce médicament, continué pendant une semaine, apporte du soulagement mais non une guérison complète, il faut donner Ferrum.
Belladona, s'il y a une sensation de violente pression sur les yeux, surtout lorsqu'on les élève vers le ciel ; si les globes oculaires sont injectés, couverts de pustules et d'ulcérations ; si l'ophthalmie est accompagnée de coryza et d'autres symptômes occasionnés par un refroidissement ou par le contact de l'air humide.
Mercurius s'adresse aux enfants qui n'ont encore jamais pris de Mercure, lorsqu'ils ressentent des douleurs tranchantes, surtout en regardant un objet avec attention, aggravation le soir e't par la chaleur du lit, sensation de brûlure à l'air libre, larmoiement, photophobie, vue trouble et nuage devant les yeux, apparition de pustules et de petites ulcérations chaque fois que l'air est froid. Il est souvent utile de donner ce médicament lorsqu'on a laissé agir Bclladona une semaine ou deux.
Hepar après Belladona ou Mercurius ; il convient sur-
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tout aux enfants qui ont pris beaucoup de Galcmel, dont les paupières et les yeux sont rouges et douloureux, qui éprouvent au contact la même sensation que s'ils étaient écorchés, se ferment convulsivement et sont remués difficilement. En même temps on ne peut supporter la lumière le soir ; les yeux sont tantôt tout à fait ternes, tantôt vifs et brillants, on y éprouve une sensation de pression comme s'ils allaient sortir de leurs orbites; de petites pustules apparaissent sur la cornée et des taches rouges couvrent la peau tout autour des yeux. Il faut donner pendant plusieurs jours de suite, une fois par jour, une dose de la 3e trituration.
Sulphur peut être donné à la place à'Hepar, après Belladona ou Mercurius, mais ne doit jamais suivre Hepar.W doit être donné lorsque les paupières sont contractées le matin, et que le malade ne peut supporter la lumière du jour, ou bien est tout à fait aveugle dans la journée et ne voit un peu qu'à la brune ; lorsqu'il y a un nuage devant les yeux, que la cornée est trouble et semble couverte de poussière, ou bien lorsque les paupières sont particulièrement affectées comme il a été dit plus haut. Ce médicament convient encore lorsque le blanc des yeux est tout à fait rouge, congestionné et couvert de petites vésicules, que la sécrétion des larmes et la photophobie se sont accrues, et que la crainte de la lumière est accompagnée d'une violente douleur pressive, aggravée par la lumière du soleil. On se trouvera très-bien de ce médicament en prenant tous les jours, ou tous les 2 jours, selon les circonstances, une dose de la 30e dilution.
Dulcamara est d'une grande efficacité contre les maux d'yeux provenant de refroidissements, surtout lorsque la lecture occasionne des douleurs et qu'on voit tout comme à travers un voile ; lorsqu'on sent comme si des étincelles jaillissaient des yeux, et, lorsqu'en même temps on éprouve une douleur sus-orbitaire. Si le malade se
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sent mieux lorsqu'il est en repos et plus mal pendant le mouvement, çie sorte qu'il tend toujours à rester tranquille, il faut donner Belladona et non Dulcamara; mais s'il y a aggravation au repos et que le malade aime à marcher, il faut donner Dulcamara, en laissant à ce médicament le temps de déployer toute son action.
Calcarea peut être donnée après Dulcamara [souvent après sulphur] ou bien lorsqu'on voit paraître sur l'œil des ulcérations ou des taies accompagnées de démangeaisons, picotements, douleur de pression ; lorsqu'on ressent une douleur brûlanle et tranchante après avoir lu le soir ; lorsqu'on voit un brouillard devant les yeux après avoir mangé, lu ou cousu ; lorsqu'on éprouve à l'intérieur de l'œil une sensation de froid, que les narines sont gercées, croûteuses, épaissies, et que les enfants ont besoin de manger sans cesse.
China, lorsque la douleur augmente beaucoup le soir, comme s'il y avait du sable dans les yeux ou comme si on y en introduisait avec force; lorsque la cornée a perdu son éclat et lorsqu'en examinant les yeux, on remarque dans l'intérieur une sorte de brouillard. Dans des cas semblables il faut appeler un médecin.
Arsenicum est quelquefois utile lorsque la douleur est brûlante, comme produite par un charbon ardent, et lorsqu'il se forme des taches sur l'œil. Dans des affections semblables, les médicaments recommandés contre l'ophthalmie ordinaire, surtout Ignatia et Nux vomica, sont trèsefficaces. Lorsque l'œil est couvert de tacbes, Euphrasia ou Apis doivent être préférés à tous les autres médicaments.
La répercussion d'une éruption : rougeole, scarlatine, etc. , la suppression d'un ulcère ou de certaines autres maladies occasionnent souvent des maux d'yeux de mauvaise nature. Il faut, en pareil cas,, s'adresser à un médecin. Pour les maux d'yeux consécutifs à la rentrée d'une rougeole, d'une petite vérole, d'une scarlatine, lisez les chapitres
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relatifs à ces maladies. Les ophthalmies des nouveau-nés seront étudiées plus loin. (V. Maladies des enfants)
Taches sur la cornée. — Il ne faut jamais traiter par les caustiques les taies et les taches sur l'œil; cet usage n'est que trop répandu et il a coûté la vue à des milliers d'individus. Il vaut mieux ne pas toucher aux yeux, et, si Ton ne peut consulter un médecin, se servir des remèdes indiqués ci-dessus, en les laissant agir une ou deux semaines : Euphrasia, Apium virus ou Pulsatïlla, Belladona, et plus tard Hepar ou Sulphur ; ensuite Calcarea, Lycopodium ou Silicea seront très-utiles.
Si Ton n'est pas assez patient pour essayer successivement tous ces médicaments, on peut se contenter d'huile de noix pure, obtenue en soumettant à la compression et à une chaleur modérée des noix de l'année, huile dont on instille tous les soirs une goutte dans l'œil. Si les taies sont très-épaisses, il faut, à l'aide d'un petit pinceau, appliquer sur l'œil du sel porphyrisé, ou mieux encore du sucre blanc pulvérisé. Dans le cas d'opacité de la cornée gênant considérablement la vision, il faut consulter un médecin homœopathe, quelquefois même les services d'un chirurgien sont indispensables. Spigelia et Arsenicurn sont également très-utiles en pareil cas (1).
[Mode d'administration des médicaments. — H varie suivant qu'il s'agit d'arrêter une crise ou. d'en prévenir le retour ; dans le premier cas, il faut donner les médicaments comme dans les maladies aiguës; dans le second, il suffît d'administrer une dose le matin et une le soir.]
§ 4. — Faiblesse de la vue.
U»age des lunettes. — On désigne improprement sous
(1)Voir pourplus de détails, Des ophthalmies herpétique, scrofuleuse et rhumatismale, par le docteur Boyer, mémoire couronné par la Société hahncmanien7ie de Madrid. Paris, I866j
le terme de faiblesse des yeux tous les défauts de la vision. Il est plus exact de l'appliquer à un état des yeux tel qu'ils deviennent faibles après le moindre exercice, se refusent à agir et deviennent douloureux sans que l'examen direct révèle aucune cause de cette douleur. La myopie ne tient pas à la faiblesse de la vue, car elle existe dans les yeux les plus forts, cbez les jeunes gens forcés; dans leurs travaux, de regarder les objets très-attentivement; la myopie consiste simplement dans l'incapacité de bien distinguer les objets placés à une certaine distance : plus ceux-ci sont éloignés, plus ils apparaissent au myope sous la forme de masses confuses, il n'en distingue les détails qu'en les observant un certain temps; mais il voit trèsdistinctement les objets rapprochés, si petits qu'ils soient. La presbytie n'est pas non plus un état de faiblesse de la vue, car elle se rencontre dans les yeux les plus forts, surtout chez les personnes âgées qui, par état, ont été obligées de regarder les objets à de grandes distances; les presbytes sont incapables de distinguer nettement les objets rapprochés.
L'usage des lunettes est toujours nuisible aux yeux réellement faibles, les myopes et les presbytes doivent seuls s'en servir. Gomme l'abus des lunettes a déjà fait beaucoup de mal, nous voulons mettre en garde nos lecteurs contre les erreurs les plus répandues sur ce sujet (1).
Que celui qui n'est ni myope ni presbyte ne se serve jamais de lunettes, même temporairement. Si l'on est l'un ou l'autre, et que, de plus, on ait la vue faible, il faut user de lunettes le plus rarement possible. Eu effet, les yeux faibles sont toujours rendus encore plus faibles par les lunettes, de quelque forme qu'elles soient; quelquefois même celles-ci font à la vue un mal irréparable.
(t) Voyez Magne, Hygiène de la vue. Paris, 18GG, 4e édition.
Les lunettes vertes sont très-nuisibles dans tous les cas, sans exception, et les médecins qui en recommandent l'usage sont très-blâmables. On peut se convaincre facilement de leur mauvais effet en regardant quelque temps, à travers un morceau de verre coloré en vert, une feuille de papier blanc exposée au soleil ; quand on retire tout d'un cotfp le morceau de verre, on voit une tache rouge sur le papier. Cela prouve que lesyeux ayant une tendance à produire le rouge, les lunettes vertes excitent l'œil et affaiblissent la vue. On connaît beaucoup d'exemples dus à cette cause. Les verres colorés en vert nuisent plus aux yeux que l'eau-de-vie aux nerfs.
Pour protéger les yeux contre l'éclat de la lumière lorsqu'on traverse des contrées couvertes de neige, lorsqu'on marche en plein soleil ou lorsqu'on travaille devant le feu, il faut se servir de lunettes montées en fil de fer, à larges ouvertures et auxquelles sont fixées des pièces de crêpe noir au lieu de verre (fig. 121). La seule couleur de
Fib'. 121. — Lunettes dites de chemin de fer. (Arthur Chevalier).
verres de lunettes convenables est le bleu tendre fourni par le cobalt ; la nuance doit être telle que les rayons solaires paraissent d'an blanc de neige après avoir traversé le verre et n'éblouissent pas les yeux. [Les lunettes à verres fumés sont préférables à toutes les autres.]
Les myopes doivent se servir de verres biconcaves (fig. 122), à travers lesquels les objets éloignés leur paraissent plus petits et plus nets.
Les presbytes doivent porter des verres biconvexes
(fig. 123), à travers lesquels les objets voisins paraissent plus grands et plus nets.
Comme chaque paire de verre est adaptée à une certaine
Fig. 122. — Verre à lentille bi-concave.
distance, il ne faut s'en servir que pour la distance qui lui correspond ; il ne faut donc pas regarder un objet éloigné
Fig. 123. — Verre à lentille bi-convexe.
avec des lunettes adaptées à une petite distance, ni un objet voisin avec des lunettes adaptées à une grande distance. Le mieux serait d'avoir plusieurs paires de lunettes aûn de choisir celles qui sont convenables, selon la distance à laquelle on se propose de regarder le plus souvent; pour les myopes, celles qui diminuent les objets le moins possible sont toujours les meilleures; celles qui rapetissent trop les objets nuisent à la vue. Les presbytes doivent choisir des verres qui, lorsqu'ils lisent à une distance convenable, agrandissent le moins possible les lettres, car les verres qui augmentent trop le volume des objets nuisent également à la vue.
Il est souvent nécessaire d'avoir un verre différent pour chaque œil ; celui qui convient à l'œil gauche peut ne pas
convenir à l'œil droit; celui-ci étant généralement le plus fort, il faut donc essayer séparément chacun d'eux. Il ne faut pas non plus faire son choix immédiatement après avoir mangé ou bu, ni essayer successivement beaucoup de lunettes de numéros différents, parce qu'elles contractent ou dilatent la pupille et rendent impossible un bon choix. Il vaut mieux essayer une paire chaque jour, jusqu'à ce qu'on ait trouvé la plus convenable.
Il ne faut pas que les lunettes fatiguent les yeux ; si cela était, ce serait un signe qu'elles sont trop fortes, qu'elles sont mauvaises ou que les yeux sont trop faibles pour les supporter. Lorsqu'elles causent dans les yeux ou dans la tête une douleur de pression, qu'elles portent à la somnolence, rendent les yeux rouges et brûlants, obligent à donner aux yeux des temps de repos ; lorsqu'aprês avoir ôté ses lunettes, on reste un moment sans pouvoir rien apercevoir distinctement, ou bien lorsque les objets paraissent à travers les lunettes plus grands ou plus petits qu'auparavant, il est temps de changer les verres, si l'on ne veut pas s'abîmer les yeux. On peut, au contraire, s'améliorer beaucoup la vue en changeant à propos le numéro de ses lunettes.
Lorsqu'un myope voit, à travers ses lunettes, les objets plus petits qu'auparavant, il devra choisir des verres moins concaves ; si les objets lui paraissent plus grands, il devra prendre des verres un peu plus concaves. Si à un presbyte les objets paraissent plus petits et moins nets, il devra prendre des verres plus convexes; s'ils lui apparaissent plus grands, des verres moins convexes.
La monture des lunettes doit être aussi légère que possible et se tenir invariablement sur la racine du nez sans exercer de compression.
[Elle doit varier avec la forme du nez et peut se rapporter en général à trois types principaux, le K (fig. 124),
l'X {fig. 126), le G {fig. 125), parce que, en effet, elle a une grande analogie avec Tune ou l'autre de ces lettres.
Fig. 124.'— Pont en K.