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FAIBLESSE DE LA VUE AVEC DES REMARQUES SUR L'USAGE DES LUNETTES

Faiblesse de la vue. Ce nom est improprement donné à toutes les affections de la vue. Il est plus exact de l'appliquer à cet état des yeux qui résulte de la moindre fatigue, dans lequel les organes ou se refusent à leurs fonctions, ou souffrent sans qu'on puisse y reconnaître de cause. La vue courte n'est pas une faiblesse, car elle existe avec les yeux les mieux organisés, comme cela se voit chez les jeunes personnes dont les occupations exigent que les objets soient portés très-près du foyer visuel ; c'est une impuissance qui ne permet pas de distinguer clairement les objets éloignés ; plus ils sont loin plus ils nous paraissent confus, et ce n'est qu'en les fixant longtemps qu'ils nous paraissent tels qu'ils sont; à proximité, tout est beaucoup plus clair et les moindres détails paraissent. La vue longue n'est pas non plus une faiblesse ; elle se rencontre avec les yeux les mieux organisés, principalement chez les vieillards, et surtout chez les individus qui, par état, sont obligés de porter leur vue à de longues distances. Plus un objet est près, moins ils le distinguent.

Lorsque les yeux sont réellement faibles, c'est une mauvaise habitude que de se servir de lunettes. Il n'y a que les vues courtes et les longues qui peuvent en user utilement. Comme l'abus des lunettes a déjà fait beaucoup de mal, il n'est pas inutile que les personnes qui tiennent à leur vue soient averties des erreurs grossières où elles pourraient tomber.

Que l'on ne se laisse jamais persuader qu'il est bon de se servir constamment de lunettes, ou seulement quelquefois, lorsqu'on n'a pas la vue courte ou longue. Si l'on a réellement l'une ou l'autre de ces imperfections organiques, et que l'on ait eu oulrc les yeux faibles, il ne faut recourir aux lunettes que fort rarement; car les yeux ne peuvent que perdre de leur faculté par l'usage que l'on en

ferait de quelque espèce qu'elles soient, si même on ne s'expose pas à perdre complètement la vue.

Les lunettes vertes, presque sans exception, sont extrêmement nuisibles, et c'est une faute impardonnable de la part des médecins que d'en recommander indistinctement l'usage. Chacun peut se convaincre par soi-même de leurs fâcheux effets : si, après avoir regardé quelque temps, à travers un morceau de verre vert, un carré de papier blanc exposé au soleil, on le soustrait subitement, on verra alors une tache rouge sur le papier. Cela prouve que l'œil est forcé de produire une image rouge en opposition du vert; il en résulte évidemment une excitation anormale de l'œil qui lui enlève de sapuissancevisuelle.il existe mille exemples des mauvais effets de l'usage des lunettes vertes. Elles sont pour les yeux ce que l'eau-de-vie est pour les nerfs.

Pour protéger les yeux contre l'éclat d'une vive lumière soit quand on voyage dans les contrées couvertes de neige, ou que l'on marche en plein midi et en plein soleil, soit quand on travaille auprès du feu, on peut se servir de lunettes à large ouverture montée en fil métallique trèsléger qui seront garnis d'une gaze noire très-claire et trèsfine au lieu de verre. La seule couleur des verres à lunettes convenable est le bleu tendre coloré par le cobalt, et la nuance sera telle qu'en tombant sur le verre, elle paraisse d'un blanc de neige et n'offense pas les yeux. Elles ne conviennent que clans un très-petit nombre de circonstances, et seulement lorsqu'il est utile de provoquer une légère excitation de la vue, ou bien dans le cas de cécité on il est nécessaire de garantir les yeux du trop grand éclat de la lumière du soleil; et même dans ces deux cas, elles ne sont pas sans quelques inconvénients, si l'usage en est fait sans discernement.

Les personnes dont la vue est courte (les myopes) se serviront de lunettes à verres concaves, qui font que les objets paraissent plus éloignés, plus petits et plus distincts.

— Celles qui ont la vue longue (les presbytes) doivent se servir de verres convexes, qui font que les objets semblent plus près, plus grands et plus clairs. Comme chaque paire de verres est calculée pour voir à une distance déterminée, on ne peut s'en servir que pour cette distance ; conséquemment, il ne faut donc pas employer indistinctement toutes sortes de verres. On choisira donc les lunettes appropriées à la distance dans laquelle la vue s'exerce habituellement. — Les myopes prendront des lunettes dont les verres amoindriront les objets dans une certaine mesure, et le moins ne sera que le mieux; car, s'ils amoindrissent trop, ils peuvent nuire. — Les presbytes choisiront des lunettes appropriées à leur vue et dans les conditions de la distance voulue pour lire, mais toujours avec le soin de ne pas prendre des verres d'un trop fort grossissement ; car moins ils grossiront, meilleurs ils seront, et ceux qui augmentent trop le grossissement sont également nuisibles. Il arrive quelquefois que l'on a besoin d'un verre différent pour chaque œil ; celui qui est bon pour l'œil gauche peut nuire à l'œil droit : généralement, l'œil droit est plus fort ; aussi, pour le choix des verres, qu'on les essaye alternativement avec chaque œil. — On ne doit pas faire son choix de suite après avoir dîné, c'est-à-dire, sur la digestion, et encore moins après avoir bu; on ne doit pas non plus essayer beaucoup de verres au même moment, car la vue varie, et l'on peut se tromper facilement: mais qu'on essaye chaque jour un nouveau numéro, jusqu'à ce qu'on ait rencontré les verres les plus convenables.

Les verres ne doivent jamais fatiguer les yeux; si cela était, ce serait un signe qu'ils sont trop forts, et qu'ils sont mauvais; ou, dans quelques cas, que les yeux ont trop de faiblesse, pour supporter les lunettes. Il est rare que celles qui sont trop faibles nuisent aux yeux. On doit en chercher ou en changer les verres jusqu'à ce qu'on ait trouvé le numéro convenable, ou, si on ne le trouve pas, renoncer

tout à fait aux lunettes. On devra les abandonner lorsque , l'usage qu'on en fait cause un malaise, une pression sur les yeux et dans la tête ; lorsqu'il en résulte une propension au sommeil, de la rougeur et de la chaleur aux yeux, lorsqu'on sent le besoin de reposer ses yeux, ou lorsque, après avoir quitté les lunettes, on éprouve pendant quelques minutes une sorte d'éblouissement. Dans le cas où les objets viendraient à paraître ou plus gros ou plus petits qu'ils n'étaient avant de se servir des lunettes, il est temps de changer de verre, si l'on ne veut pas nuire aux yeux. C'est ainsi que, par un changement étudié et convenable de numéros, on peut souvent améliorer sa vue.

La monture des lunettes doit être aussi légère que possible, et cependant faite de manière à ce qu'elle occupe invariablement la racine du nez. Plus les verres seront grands, meilleurs ils seront. —Ils seront tenus avec une extrême propreté; ils seront clairs et limpides, sans la moindre nuance de rouge ou de vert, sans défaut, sans raie, sans fente, sans nœuds; enfin parfaitement unis et polis. Les verres divisés en deux sections sont très-nuisibles, on se gardera donc d'en faire usage, et l'on est à se demander comment on a pu avoir la pensée de ce genre de verres. — Les opticiens prendront un soin tout minutieux pour conserver les verres propres et clairs. Jamais on ne les essuiera qu'avec une peau fine, et jamais avec autre chose; on n'oubliera pas de les poser sur le travers de la monture, lorsque l'on quitte les lunettes.

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