SUPPURATION OU ÉCOULEMENT DES OREILLES
L'écoulement des oreilles est une affection qu'il faut savoir supporter avec la plus grande patience, parce que sa suppression, quelque insignifiante qu'elle soit d'abord, peut avoir les suites les plus graves. Quand il est devenu chronique, il est très-difficile à guérir. Que sous aucun prétexte on ne permette aucune injection ; l'huile même est dangereuse, parce qu'il en reste toujours dans l'oreille, un peu, qui passe au rance. Les choses qui sèchent sont encore plus dangereuses. L'eau tiède seule, et en tant qu'elle sert à entretenir la propreté de l'oreille, ne nuit pas. 11 peut être utile d'y introduire un peu de laine fine, en hiver pour faire obstacle au froid, et en été aux insectes qui se glissent quelquefois dans l'oreille, et y déposent des œufs qui deviennent l'origine de grandes souffrances. Lorsque le malade sent un fourmillement dû à de petits vers, il est nécessaire de faire tomber dans l'oreille de l'huile douce, goutte par goutte, jusqu'à ce qu'elle soit remplie, et puis Ton procédera comme il a été ditau chapitre X, ire partie.
Cependant il est important de tenir quelque chose dans les oreilles, surtout lorsque la matière de l'écoulement sent mauvais ; c'est en été surtout et pendant le sommeil, qu'il faut prendre des précautions plus grandes; on emploiera un tampon d'une grosseur convenable, car s'il est trop gros, l'organe en souffre; s'il est trop petil, il peut s'enfoncer, et alors il est très-difficile de l'extraire. En conséquence, il sera prudent d'entourer le tampon d'un morceau de linge fin,qui empêchera d'une part qu'il ne pénètre trop avant, et d'autre part pour rendre facile son extraction. — Dans tout cela, il sera préférable de choisir un morceau d'éponge très-fine, qu'on taillera convenablement; sa nature se prête facilement au but qu'on se propose, car elle remplit hermétiquement l'oreille sans la blesser. On peut changer fréquemment ce tampon ou le faire servir toujours, pourvu qu'on le lave avec soin, d'abord à l'eau tiède, ensuite à l'eau froide.
Lorsque l'écoulement des oreilles est la suite d'une inflammation, ou s'accompagne d'une douleur avec le caractère d'une pression qui chasse en dehors; ou quand l'oreille est chaude et rouge, ou se couvre de croûtes pruri-
teuses, ou lorsque cet écoulement provient des suites de la rougeole, donnez pidsatilla; si Ton en a déjà fait usage sans succès, sulphur; s'il vient après la fièvre scarlatine, belladonna, et quelques jours après, mercurius, si c'est nécessaire, et puis encore belladonna. Si ces moyens ne suffisent pas, hepar. Si l'écoulement arrive consécutivement à la petite vérole, et s'il se complique de douleurs lancinantes et d'hémorrhagie auriculaire, s'il survient des ulcérations à l'extérieur, et que la matière de l'écoulement sente mauvais, donnez mercurius. Mais si le malade se trouve avoir abusé du calomel, sulphur aura la préférence ; — s'il a abusé de soufre, pulsatilla, et plus tard mercurius. Si cependant l'affection passait à l'état chronique, prenez une pincée dépotasse que vous ferez dissoudre dans une bouteille d'eau de pluie, et versez dans l'oreille, tous les jours, une cuillerée à thé de cette solution, jusqu'à ce qu'il y ait un commencement d'amélioration.
Si l'écoulement est purulent et chronique, donnez mercurius, et huit jours après sulphur, et répétez ce dernier trois fois à la distance d'une semaine. Si, malgré cela, il ne se déclare pas d'amélioration, donnez calcarea. Si en même temps, il y a un grand mal de tête, et que mercurius ou sulphur ne réussissent pas, donnez belladonna, et plus tard lachesis. Si cela ne suffit pas encore, donnez deux matins de suite silicea, et, s'il le faut, répétez silicea tous les huit ou quinze jours. — Causticum est quelquefois très-utile dans les écoulements chroniques, surtout lorsque le malade a souffert longtemps de rhumatisme. Si ces divers moyens ne suffisent pas, essayez du borax en solution, comme il a été dit plus haut au sujet de la potasse.
Si l'écoulement s'est supprime brusquement, n'importe qu'il ait eu une longue ou une courte durée, cela constitue un état grave. — Qu'on examine avec soin l'oreille avec un spéculum ons ou avec une épingle à cheveux, afin de s'assurer que ce ne
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sont pas des croûtes ou toute autrechose qui ont bouché l'oreille ; qu'on introduise dans le conduit auditif de la vapeur tiède, d'une température convenable et propre à ramollir le corps qui pourrait s'y trouver; mais si l'oreille n'est pas obstruée et que son intérieur soit tout à fait sec, alors appliquez directement sur le pavillon un morceau de pain sortant du four, mais pas trop chaud, pour qu'il puisse être supporté. — Répétez de temps en temps ce procédé, qu'on renouvelle au fur et à mesure que la mie se refroidit et jusqu'à ce qu'il y ait amélioration.
Si, par suite de la suppression de l'écoulement, les glandes du cou s'engorgent et durcissent, donnezpulsatilla, plus tard mercurius et belladonna.
S'il survient un grand mal de tête avec fièvre, donnez belladonna; si elle ne suffit pas, donnez bryonia. Si cette suppression est la suite d'un refroidissement ou de la mouillure des pieds, avec amélioration par le repos, belladonna; par le mouvement, donnez dulcamara; s'il y a aggravation par la chaleur du lit, mercurius. Si, à la suite de la suppression de l'écoulement, il survient un engorgement des oreillons, donnez les remèdes appropriés à cette circonstance. Mais si les parties génitales s'engorgent, donnez le soir nux vomica, et s'il n'y a pas d'amélioration, le matin, pulsatilla.
Quelquefois il se déclare un violent mal de tête qui devient lourd plus tard, avec sensation de tension, comme si le crâne était trop étroit; les yeux deviennent rouges et sont douloureux en les mouvant; cet état s'accompagne de fièvre; quelquefois il y a des mouvements spasmodiques de la face, avec enflure de la tête, perte de mémoire, etc. ; et à la suite de ces divers symptômes il se déclare des bourdonnements et des bruissements d'oreilles; puis surdité et écoulementsubit de matière purulente sortant comme
d'un abcès. On se gardera de rien tenter contre cet écoulement; on se bornera aux seuls moyens de propreté, et l'on fera coucher le malade sur l'oreille malade, en garnissant le coussin avec plusieurs épaisseurs de compresses. — Si
l'on reconnaît le mal avant que l'écoulement ait lieu, donnez hepar, et attendez- en les résultats. S'il n'y a pas d'amélioration au bout de quelques jours, donnez mercurius une fois, et attendez encore vingt heures son effet. S'il ne produit pas un résultat marqué, administrez lachesis, et un ou deux jours après hepar.
On reprendra le même traitement si l'écoulement se supprime. Si la suppuration se déclare, le malade est sauvé, et il faut s'abslenir alors de tout autre remède. Si elle n'a pas lieu, le malade meurt, et le médecin le plus habile n'y peut rien.