CROUP
Cette maladie si redoutable peut , dans la plupart des cas, être facilement et prornptement guérie par les remèdes bomœopathiques; c'est à ce point que l'on perd à peine un cinquième
des enfants qui meurent traités par l'ancienne méthode. Toutefois ce n'est possible qu'à la condition que les parents sachent tenir compte des moindres symptômes pour en faire part au médecin, qui doit se conduire selon des circonstances précises.
D'ordinaire, quelques jours avant l'invasion du croup, les enfants toussent un peu; ils ont la voix rauque et la toux devient insensiblement creuse et sourde. Si dans cette période on sait choisir un remède approprié, on peut prévenir le mal. Lorsque la toux est creuse et sifflante, le meilleur remède est toujours hepar; c'est par celui-là qu'il faut toujours commencer. Après celui-là, on administre sambucus niger, hyoscyamus, cina, quelquefois nux vomica, veratrum album, chamomilla, china, drosera, ou tels autres que l'on peut consulter plus haut à l'article toux.
Si les enfants se réveillent brusquement la nuit, et sont pris par une toux suffocante, soit parce qu'ils manquent de respiration, ou parce qu'ils ont des glaires accumulées dans la gorge, prenez un grain de tartarus emeticus, troisième trituration; mettez-le dans un verre d'eau, délayez avec soin, et donnez-en à l'enfant une cuillerée à thé, et, selon la gravité des cas, toutes les dix, vingt ou trente minutes, jusqu'à ce qu'il y ait amélioration. Ce remède sera donné avec la plus grande prudence; pris sans mesure, il peut avoir ses inconvénients.
Si la toux n'est pas guérie d'emblée, le croup commence; il éclate quelquefois sans symptômes précurseurs. — Le croup proprement dit attaque d'une manière subite la nuit; les enfants s'éveillent à minuit avec la toux croupale, qui se caractérise par un son criard et aigu, semblable à celui d'un âne ou d'un jeune coq qui ne sait pas encore chanter. Elle est enrouée, elle a quelque chose d'aigu et de sifflant, ou elle est tout à fait rauque, profonde et creuse, comme l'aboiement d'un chien enroué. En même temps le malade respire avec difficulté et lenteur, et renvoie son
souffle par secousses. Il est très-agité, et tâche de se donner du soulagement en allongeant le cou.
Si la maladie est arrivée à ce degré, tout grave que soit le cas, le danger n'est pas encore aussi grand qu'on le pense ; seulement il ne faut rien négliger. Le meilleur moyen pour calmer l'anxiété, pour enrayer la gravité du mal, est un bain de éras très-chaud. On y fera plonger les bras au plus tôt, et l'eau sera à une température aussi él vée qu'elle pourra être supportée. Le bain durera jusqu'à ce que la toux ait cédé ; en même temps on donnera aconitwn , plusieurs globules délayés, qu'on répétera toutes les dix, vingt ou trente minutes, ou toutes les heures, selon la circonstance. — On fera en même temps l'application sur la gorge d'une compresse mouillée, pliée en trois ou quatre plis, que l'on recouvrira d'une double flanelle ou d'une cravate usée ; l'usage en est bon dans cette période du mal, et il sera continué la nuit, quand même les symptômes principaux auraient été amendés par l'action du remède.
Dans la plupart des cas, cette première crise passe vite; mais les enfants restent inquiets et gardent une voix enrouée. Si aconitum a été donné pendant la nuit, administrez hepar sur le matin. Tenez l'enfant chaudement le jour d'après, et qu'il ait un régime fort doux; ne lui donnez aucune espèce de fruit , tant qu'une rechute est à craindre; la flanelle sera maintenue sur le cou.
Si la maladie ne guérit pas de cette manière , et qu'au contraire elle se développe vite et devienne plus grave la nuit suivante, alors les enfants se plaignent d'un brûlement dans la gorge, et font voir du doigt le larynx, qui est d'une grande sensibilité, surtout au toucher; il paraît ou enflé ou est au moins très-chaud. Le paroxysme devient plus violent et faitcraindre une suffocation; il se déclare en même temps une fièvre très-intense, avec grande soif. Le malade tombe de sommeil, dort, mais c'est pour s'éveiller bientôt après
dans une crise plus forte. La respiration est, pendant le sommeil, haletante, anxieuse, et force le malade à porter la tête en arrière, de sorte que la gorge se trouve exposée et se montre sensible au moindre attouchement. Si déjà on n'a pas donné aconitum, c'est le moment de le faire ; et, s'il le faut, répétez-le, en l'alternant avec spongia, troisième trituration, et cela toutes les trente ou soixante minutes. — Les bains chauds des bras sont encore trèsutiles dans cette période ; qu'on laisse la tête libre et dégagée, mais qu'on tienne les pieds chauds. Administrez également des lavements d'eau chaude, jusqu'à ce que l'enfant n'en veuille plus recevoir. Une éponge trempée dans l'eau chaude sera , vers le môme temps , placée sur le cou de l'enfant, et y sera tenue aussi chaude qu'il pourra la supporter. Cette pratique est souvent très-bonne à cette période du mal.
S'il obtient du soulagement à la suite de l'administration à.' aconitum, si les crises deviennent plus rares et moins fortes , si la transpiration s'établit , attendez cinq ou six heures, après cela, répétez aconitum; mais s'il n'y a pas d'amendement, et que la maladie augmente, donnez spongia, troisième trituration, par cuillerées à thé après chaque accès ou toutes les heures. Si aucune amélioration ne se déclare après l'administration de ces moyens, donnez hepar sulphur., troisième trituration. Dans le cas où il n'y aurait pas de changement favorable et décisif à la suite de spongia et d'hepar sulphur., donnez arsenicum.
Durant tout ce temps, on devra tenir les enfants dans la plus grande tranquillité et ne leur donner que rarement à boire des boissons chaudes et mucilagineuses, et encore faudrait-il qu'ils en eussent envie.
Pendant que la maladie s'aggrave, les mains et les pieds deviennent froids , le pouls très-petit , et l'enfant laisse tomber la tête en arrière. A chaque respiration , le ventre s'élève considérablement et s'affaisse aussitôt; mais la poi-
trine reste immobile. Il est peu utile de soulever la tête du petit malade, ou si on le fait, que ce soit avec précaution; avec trop de vivacité, on pourrait le faire étouffer. En même temps, si l'on écoute la respiration, on entend comme un bruit de râle, qui serait placé dans la trachée-artère. Pendant la toux, il se produit des efforts de vomissements dans lesquels il se fait une expectoration d'une fausse membrane. Alors les enfants ne sont plus aussi rouges; ils sont même pâles, et, dès que la toux croupale récidive, le visage redevient bleuâtre , les yeux sortent de leur orbite avec une grande expression d'anxiété, et les mains cherchent à s'accrocher à tout d'une manière convulsive.
Si, après avoir administré les remèdes précédents, la maladie poursuit sa marche fatale , on peut encore , sans espoir trop fondé de sauver le malade, essayer lachesis et phosphorus, qui réussiront quelquefois là où tout autre médicament reste sans effet ; on les alternera toutes les demi-heures, tant qu'il n'y aura pas d'amendement. Dans cette circonstance extrême, on s'est bien trouvé de verser de l'eau froide sur la tête, la nuque et le cou ; mais on n'y aura recours que tout autant que le malade devient froid et qu'il se débat contre la suffocation. Arsenicum album a sauvé des enfants sur le point de mourir. On peut aussi tenter sambucus niger.
Si ces graves symptômes durent, malgré l'emploi du traitement homœopathique, on peut encore essayer, avec une ombre d'espoir de réussir, la vapeur du sulfure de potasse, et cela encore sans le moindre inconvénient. Si l'on adopte ce remède, les autres doivent être mis de côté ; car on ne doit pas passer indifféremment de l'un à l'autre. — On ne doit jamais oublier que le croup est une des maladies dangereuses propres à l'enfance, et que même le traitement homœopathique ne suffit pas à guérir tous les cas, surtout s'il n'est pas entrepris dès le début du mal.
Donnez hepar sulphur. pour ce qui peut rester d'enroue-
ment; si l'on en a fait usage, belladonna ; et si cela ne réussit pas, carbo vegetabilis; et si cela ne suffit pas encore, arnica. — Contre les souffrances consécutives, choisissez un remède approprié. — Tenez les enfants en garde contre les refroidissements; et si la toux creuse se reproduit, répétez hepar sulphur. tous les quinze jours, ou plus tard encore, ou lycopodium.