PNEUMONIE OU INFLAMMATION VRAIE DES POUMONS
Cette affection est beaucoup plus grave. Elle commence aussi par des frissons; la fièvre ne discontinue pas, la peau reste chaude et sèche; le pouls, d'abord mou, donne cinq pulsations par respiration , et ce n'est que plus tard qu'il devient dur; l'air exhalé est brûlant. La respiration n'est pas aussi gênée
par les douleurs lancinantes que dans la pleurésie ; elles sont ici plutôt pressives et occupent le centre de la poitrine; mais la respiration est plus accélérée; la toux n'est pas aussi fréquente, mais elle est plus fatigante et dure plus longtemps à chaque accès; elle donne lieu aussi à des maux de tête. La figure est, dès le début, d'une couleur pourpre bleuâtre, et les joues sont rouges; le malade ne peut guère se tenir sur le côlé, mais bien sur le dos ; il demande le repos et le silence ; il est quelquefois indifférent à ce qui se passe autour de lui. L'un des gros vaisseaux sanguins (la veine jugulaire) situés au cou est presque toujours enflé et plus fort que celui du côté opposé; c'est principalement du côlé gauche. Fréquemment la toux commence par être très-sèche, et plus tard l'expectoration devient un peu sanguinolente.
Aussilôt qu'il vient à se faire une abondante expectoration de crachats épais, que la toux, quoique fréquente, fatigue moins la poitrine, et que la peau reste souple et moite, le danger doit être considéré comme passé ; mais il n'en faut pas moins tenir le malade au régime pendant deux ou trois semaines, et ne lui permettre de manger que peu et souvent.
Aconitum, quand la peau est chaude, brûlante, le pouls dur, petit et fréquent; l'haleine, chaude et la soif ardente, qu'il y ait ou non douleur de poitrine.
Bryonia après aconitum; il sera administré seul ou alterné, conformément aux symptômes que voici : toux avec expectoration de mucosités tenaces d'une couleur rougeâtre ou rouillée; grande gêne dans la respiration et douleur lancinante aiguë dans le côté ou la poitrine ; douleurs comme rhumatismales dans les membres ou les muscles du thorax ; douleur aggravée par le mouvement; langue chargée, jaunâtre ou brunâtre ; et constipation.
Phosphorus convient aux personnes dont la poitrine est d'une conformation délicate, spécialement à celles d'une complexion lymphatique, et qui ont des formes grêles et élégantes, mais qui sont sujettes aux récidives inflammatoires.
Belladonna sera utile après aconitum, si la fièvre revient
et que l'oppression et la douleur thoraciques persévèrent; spécialement si la douleur est établie dans la portion inférieure ou mitoyenne de la poitrine; si l'expectoration est sanguinolente, médiocre et difficile; grande soif; figure bouffie; langue sèche et fendillée ainsi que les lèvres; insomnie; douleur de tête et délire.
Hyoscyamus et opium quelquefois, lorsque la tète est fortement entreprise.
Mercurius, lorsque la fièvre n'est plus aussi vive ; que la douleur et la difficulté de respirer continuent encore, avec sueurs profuses la nuit; pouls faible, mais fréquent. Si la transpiration s'établit chez les vieillards, mercurius fera la guérison.
Tartarus emeticus, lorsqu'il y a oppression de poitrine, avec peu ou sans douleur; expectoration modérée de mucosités visqueuses; avec grande faiblesse, envie de vomir et vomissements de mucosités.
Sulphur, lorsqu'il y a une expectoration abondante de matière purulente, respiration courte et constipation.
Arsenicum dans le cas d'une grande débilité, avec diarrhée, sueurs gluantes, expression anxieuse de la physionomie, etc.
Rhus, congestion avec palpitations de cœur, agitation, insomnie, rougeur de la face, etc.
China, lorsqu'on a eu recours à la saignée, et que les forces du malade ont été extrêmement réduites.
Lackesis, sanguinaria et arsenicum, dans le cas où la matière de l'expectoration est d'une odeur repoussante, ainsi que l'haleine.
La diète d'abord et le régime ensuite seront soigneusement observés pendant la durée de la maladie et une ou deux semaines après la guérison. La nourriture sera des plus simples et donnée avec parcimonie; on ne saurait avoir à cet égard trop de prudence. Quant aux boissons,
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elles consisteront dans l'usage de l'eau fraîche ou cuite, de l'eau de riz ou d'orge, édulcorée avec sucre- Il est uue autre espèce d'inflammation dn poumon
particulièrement dangereuse, surtout si on l'attaque par la saignée. Le malade éprouve tout de suite, après chaque émission sanguine, une amélioration sensible, mais elle ne dure pas longtemps, et chaque saignée amène de proche en proche un soulagement toujours plus court; il arrive un moment où le manque de sang détermine la mort, ou bien l'inflammation passe à l'état de purulence. Dans ce cas, le malade dépérit et meurt comme dans la phthisie; mais seulement cela ne dure pas longtemps : deux ou trois semaines suffisent.
Cette inflammation dont nous parlons , et dans laquelle la saignée est si fatale, se reconnaît aux symptômes suivants : Pouls mou et accéléré; pulsations précipitées et petites; absence de douleurs lancinantes; pression sur les côtes indolore, mais respiration profonde donnant lieu à des points décote; sentiment de tristesse et sensation d'un poids sur les poumons ; la respiration est très-accélérée; la toux ne tarde pas à se déclarer ; elle est très-fréquente et courte, et dès les premiers jours un crachement de sang a lieu et va en augmentant ; la la voix est faible et courte, et devient insensiblement sibillante; la parole provoque immédiatement une violente toux. Malgré cet état, le malade n'est pas aussi inquiet, ni sa tête aussi prise que dans la forme de la précédente maladie ; le matin, il y a un peu de rémission; la fièvre cesse un peu; la peau reste humide, mais c'est sans soulagement.
Lorsqu'il s'établit une expectoration épaisse, la respiration commence à se ralentir, devient normale, la fièvre cesse peu à peu, et le malade ne tarde pas à entrer en convalescence.
Aconitum au début de la maladie, s'il y a une fièvre considérable.
Mercurius s'il y a sueurs nocturnes, ou peau froide ou gluante.
Belladonna après aconitum et mercurius, si la toux est restée sèche et entrecoupée, accompagnée de la constriction de la poitrine, qui empêche la respiration et donne une sensation de suffocation.
Carbo vegetabilis, si le malade est tombé dans une grande prostration; s'il a le pouls à peine sensible, la peau et l'haleine froides, et l'expectoration pouvant être d'une couleur brunâtre tirant sur le rouge.
Phosphorus, s'il y a une sensation d'oppression ou d'un poids très-lourd sur l'un des côtés de la poitrine, et si l'expectoration est d'une couleur de rouille ou jaunâtre.
Chamomilla , si la respiration est toujours difficile , bruyante et sifflante; si cela est nécessaire, on fera suivre ce remède de nux vomica.
Ipecacuanha se donnera après mercurius, si la respiration est très-rapide et difficile, au cas que le dernier remède ait manqué son effet. On le répétera plusieurs fois.
Veratrum, lorsque les extrémités sont froides, et qu'il y a aggravation dans l'état de constriction de la poitrine ; difficulté de respirer, aggravée.
Arsenicum , lorsqu'il y a une grande prostration des forces et de la sensibilité; il rétablit quelquefois des malades dans un état désespéré en apparence.
Après la cessation de la période inflammatoire, et pour remédier à l'abondante expectoration purulente qui lui succède, donnez mercurius, hepar, sulphur, china, dulcamara ; pulsatilla sera même quelquefois utile.
Il est encore une autre espèce d'inflammation «les poumons dont la marche est lente et insidieuse, et dans laquelle toute émission sanguine ne peut être que funeste. — Tant qu'on n'a pas tiré du sang, il reste toujours de l'espoir; après, il n'y en a plus.
Celte inflammation se caractérise par une invasion lente et perfide, tandis que, dans les autres, elle est subite et violente; le malade se sent indisposé pendant quelques jours, mais sans trop savoir définir ce qu'il a; l'appétit est nul, le sommeil mauvais, et la tète douloureuse; après, il lui survient des frissons qui ne tardent pas à être suivis d'un grand poids sur la poitrine et d'une respiration courte. Plus tard, il se déclare une expectoration muqueuse, rarement mêlée de sang; en même temps, il éclate une forte fièvre dont le malade ne se
plaint pas, et qui le laisse généralement asssez tranquille. Cependant la gravité du mal se juge à ses yeux, qui deviennent ternes et ne distinguent plus rien, à la sueur gluante qui lui couvre le front, à sa figure blafarde, à son nez effilé et à sa langue noire et sèche. Il murmure et parle constamment, comme dans un mauvais sommeil; néanmoins il répond directement lorsqu'on lui adresse nettement la parole; ses urines s'échappent involontairement, ou se suppriment tout à coup ; la respiration devient toujours plus courte, plus inégale et râlante; le pouls, petit et précipité, prend de l'irrégularité; la pâleur et la faiblesse augmentent; il y a râle, et la langue est toujours sèche et noire. Le malade ne cesse pas de dire qu'il n'est pas mal, mais il se plaint de choses imaginaires; il lui semble, par exemple, qu'on scie du bois , sensation qu'il prend dans son râlement; ou bien, il lui paraît qu'il est plongé dans l'obscurité, alors qu'il est au grand jour. — Il expire bientôt après.
Dans cet ordre de maladie, il en existe une autre espèce, la plus formidable de toutes; on est pris subitement de frissons, et la peau se glace; on meurt sans qu'il se soit fait la moindre réaction.
Un signe des plus favorables dans ces affections de poitrine consiste dans le rétablissement de la transpiration sur toute la surface, répandant une certaine odeur, ainsi que dans la présence de petits grains brillants au milieu des urines ; lorsque ces deux circonstances s'observent, on doit considérer que tout danger est passé. Si l'on a recours à la saignée, le malade est perdu.
Sivous n'avez pas de médecin à pouvoir consulter, donnez les remèdes suivants :
Opium au commencement. Il peut être répété deux ou trois fois.
Arnica, si le précédent remède n'a donné aucun changement favorable.
Veratrum}s\ l'on n'a rien obtenu de ces deux-là et que le malade soit devenu excessivement faible, avec sueurs visqueuses de la tête ; respiration difficile, inégale et râlante, et froid des extrémités.
Arsenicum sera administré après verntrum, si la faiblesse
et la respiration râlante augmentent , si le pouls devient irrégulier, très-petit et précipité, la figure terreuse, la langue brunâtre, noire et sèche. Ces deux remèdes peuvent être alternés tout les deux, quatre ou six heures, selon l'urgence du cas.
Ipecacuanha quelquefois après ou alterné avec veratrum. Après ipecacuanha, arsenicum est fréquemment utile.
Sulphur, si l'amélioration obtenue par les précédents n'a été que temporaire; et alors donnez de nouveau veratrum, opium, arsenicum, ou tel autre déjà administré qui a produit quelque soulagement.
Belladonna éloignera la cécité, qui survient souvent dans cette maladie.
Natrum muriaticum s'opposera souvent à l'aggravation de la faiblesse et à la prostration des forces, après le défaut à'arsenicum et des autres remèdes ; il peut changer entièrement la face de la maladie.
China et arsenicum peuvent s'administrer alternativement, s'il se fait des entamures ou des excoriations de la peau pendant le séjour au lit.