PLEURÉSIE , POINT DE COTÉ ET INFLAMMATION DES POUMONS
Selon l'ancien système, ces affections se guérissent constamment par la saignée. Aussi beaucoup de gens croient-ils qu'on ne peut s'en passer ici ; il en est même qui vont jusqu'à dire que, les malades qui ont été guéris sans saignée n'avaient pas de fluxion de poitrine. Si on les presse de trop près et
qu'on leur présente les malades sur lesquels ils avaient reconnu eux-mêmes l'inflammation, et qui ont été guéris sans être saignés, ils soutiennent à outrance ou qu'il y a eu hémorrhagie des poumons, ou que l'inflammation réelle des poumons n'avait pas existé; ils préfèrent encore convenir qu'ils se sont trompés dans leur diagnostic, que de renoncer à leur vieux préjugé. Mais ils ont beau crier sur les toits que la saignée est indispensable, on ne se laisse plus tant influencer par les prétendues autorités médicales.
Celui qui comprend l'esprit de l'homœopathie peut toujours se dispenser de recourir à la saignée, et guérir néanmoins toute inflammation des poumons , à moins que le mal ne soit déjà trop avancé, que le cœur ou les poumons ne soient altérés profondément. Arrivé à ce point, il n'y a pas de guérison possible.
Dans la plupart des cas, l'inflammation simple et ordinaire se guérit même très-vite et très-facilement.
Nous nous abstiendrons de faire ici une description scientifique ; c'est fort inutile dans un livre fait pour les familles qui n'ont que faire des grands mots. Ce qu'il importe avant tout, c'est de bien s'assurer du caractère de la maladie, d'abord à cause du danger qui la suit, et puis pour ne pas la confondre avec l'asthme , la courte haleine ou d'autres souffrances analogues, comme aussi pour bien distinguer les cas où la saignée est non-seulement inutile, mais encore nuisible.
Les principaux symptômes sont : respiration difficile, haleine brûlante, comme celle qui s'exhale de la poitrine de celui qui s'est livré à un travail pénible pendant une grande chaleur. — Dans l'asthme, la respiration n'est pas plus chaude qu'à l'ordinaire. — Dans l'inflammation des poumons, il y a toujours de la toux, le plus souvent sans expectoration, ou seulement avec quelques crachats, qui sont quelquefois mêlés d'un sang pur, écumeux ou brunâtre. — Les douleurs de poitrine varient dans toutes les maladies de ce genre.
Fausse pleurésie ou pleurodynie. — Qu'on ne prenne pas toujours les élancements violents qui se manifestent en respirant pour le point de côlé. Lorsqu'il n'y a plus de toux , ou qu'elle est insignifiante, et que le mal n'a pas commencé par des frissons, on n'a pas affaire à une pleurésie réelle. — La fausse commence généralement par des douleurs rhumatismales,qui se font sentir au cou, à la nuque et aux épaules. Elle se caractérise
surtout par le déplacement facile et fréquent des douleurs de poitrine, par la grande sensibilité que provoque le moindre attouchement , particulièrement lorsqu'on pose avec force les doigts entre les côtes. — Si le malade éprouve une vive douleur sous l'impression des doigts appliqués sur les côtes, vous pouvez être assuré que l'on a affaire à une fausse pleurésie, et non à une inflammation ; il n'est pas de docteur prudent de la vieille école qui, dans ce cas, ait jamais eu recours à la saignée.
Ces diverses nuances dans la pleurodynie se guérissent presque toujours par une seule dose d'arnica; s'il ne suffit pas, prenez bryonia, nux vomica ou pulsatilla.
Bryonia, si la douleur est aiguë, lancinante, comme si elle était produite par un instrument lancéolé porté sur le côté ; elle est presque intolérable pendant la respiration ou même par le moindre mouvement du corps, et notamment si le malade est d'un tempérament nerveux.
Nux vomica, si la douleur de côtés est perforante et augmente pendant la respiration ; particulièrement chez les hypocondriaques, adonnés aux boissons alcooliques; sensibilité douloureuse à l'extérieur de la poitrine, particulièrement entre les côtes.
Pulsatilla, si la douleur change de place soit d'un côté ou de l'autre, augmente sur le soir et quelquefois plus pendant l'expiration que pendant l'inspiration.
Quelquefois les douleurs se font sentir à la partie la plus inférieure de la poitrine ; le malade, alors, respire difficilement : dans ce cas, il inspire mieux qu'il n'expire; c'est le contraire dans la pleurésie vraie. Pulsatilla ou arnica trouvent ici leur utilité, ou tels autres remèdes contre le rhumatisme.
Lorsqu'un individu est atteint de douleurs rhumatismales, et que la poitrine se prend subitement, comme si un poids pesait dessus, s' accompagnant d'une grande anxiété; si le cœur bat avec violence et vitesse; si la respiration devient de plus en plus difficile, la toux presque impossible, et que les membres, d'où les douleurs ont dis-
paru, deviennent froids, la mort, dans ce cas, est imminente. — Si l'on a recours alors à la saignée, la mort n'en est que plus certaine. — Beaucoup de malades, réduits à cette extrémité, ont été guéris par aconitum. On le répétera aussi souvent qu'il sera utile; et s'il ne suffit plus, donnez alternativement pulsatilla et sulphur.
Vraie pleurésie.— Elle commence par des frissons,la fièvre, et par la toux; la respiration est chaude, le pouls dur, serré et vif, c'est-à-dire qu'il bat avec plus de force que dans l'état normal, et ne se laisse pas facilement déprimer. La respiration est empêchée par une douleur lancinante qui répond le plus souvent à un point fixe placé au-dessous des côtes d'un seul côté, et sur lequel le malade reste couché de préférence. La toux est très-douloureuse et violente, les crachats sont quelquefois striés de sang, la figure est pâle; le malade ne peut parler sans douleur. Vers le matin, il y a de l'amélioration ; la peau devient moite; et, lorsque l'expectoration s'établit, le malade se trouve mieux.
Cette maladie n'est pas très-dangereuse et peut se guérir facilement; la saignée y est complètement inutile.
Donnez d'abord aconitum qui est le principal remède ; dans la plupart des cas, il suffit pour opérer la guérison. Il sera continué tant que dureront la douleur, la chaleur, la soif ou la toux, ou que du moins ces symptômes n'auront pas sensiblement diminué.
Bryonia est indiqué dans les symptômes suivants : douleurs aiguës, lancinantes et perforantes des côtes qui s'accroissent par l'inspiration ou le mouvement du corps; toux sèche, ou toux avec expectoration d'un mucus jaunâtre, et strié de sang; respiration oppressée; langue jaunâtre; palpitations de cœur; constipation ; amertume de la bouche ; nausées et quelquefois vomituritions muqueuses; endolorissement des membres ; peau chaude, soif violente, toux aggravée dans la position couchée sur le côté droit.
Sulphur lorsque bryonia a fait taire la douleur, s'il reste
encore quelque sensibilité, qui se réveille, surtout par le mouvement et à l'air.
Bien que ces trois remèdes suffisent en général dans la majorité des cas, il en est cependant quelques autres qui peuvent devenir nécessaires.
Belladonna, si la fièvre reparaît, et que la difficulté de respirer continue, et si ces symptômes s'accompagnent de mal de tête violent, avec une grande chaleur et un commencement de divagation, de délire
Arnica contre la pleurésie provenant d'une violence extérieure ; ainsi que dans le cas où aconitum a fait cesser la fièvre, sans avoir dissipé la douleur et la difficulté de respirer.
Mercurius, lorsque la fièvre a diminué, mais qu'il reste encore une grande douleur avec sueur et de la difficulté dans la respiration.
Arsenicum, dans le cas qui a déjà une certaine durée marquée par une extrême prostration de force, et où la respiration est douloureusement oppressée.
China dans les cas où a été pratiquée la saignée, et si le malade est très-faible et allangui, On pourra le faire suivre de ferrum.
Lycopodium, arsenicum et phospkorus s'adressent principalement à l'état chronique de la maladie lorsque, à la suite de soins mal compris ou à cause d'une prédisposition organique acquise, on peut craindre avec fondement un état de consomption avec expectoration, toux persistante, gonflement hydropique, etc.