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CHAPITRE IX

§ I. — DES COMMOTIONS, DES MEURTRISSURES, DES ENTORSES, DES LUXATIONS, DES FRACTURES, ETC.

Les commotions du cerveau peuvent résulter d'un coup reçu sur la tôle, d'une chute, ou quelquefois aussi d'un ébranle-

ment violent par tout le corps. Dans le cas de violence, mais de peu de gravité, il se déclare quelques désordres dans les facultés intellectuelles, avec vertige, obscurcissement de la vue, tremblement des membres, lassitude, etc. — Dans un cas plus grave, les symptômes prennent un autre caractère; l'accident s'accompagne immédiatement d'insensibilité, de relâchement des extrémités, du refroidissement de la peau, de la faiblesse et de l'irrégularité du pouls, de ladifticulé de respirer et delà dilatation des pupilles — La respiration, quoique faible et laborieuse, est ordinairement libre de ronflement.

Bientôt après le malade sort de cet état, et la température du corps passe graduellement à la chaleur normale, la respiration devient plus naturelle, le pouls s'élève, et la sensibilité se rétablit partiellement; il sort de l'état d'un sommeil en quelque sorte léthargique, il peut déjà répondre aux questions qui lui sont faites, relativement à l'accident qui lui est arrivé.

A mesure que la stupeur et les autres symptômes disparaissent peu à peu, l'inflammation du cerveau, d'un caractère aigu, ne tarde pas à se développer, et, si elle n'est pas enrayée de suite par un traitement approprié, elle peut se terminer fatalement par l'épanchementou la suppuration.

Une chute ou un coup violent qui a porté sur la tête peut déterminer la fracture des os du crâne. Pour s'assurer du fait, on s'y prendra de la manière qui suit : attachez un bout de ficelle, soit à une cuiller ou fourchette d'argent, soit à un morceau de fer, non fêlé; que le malade prenne l'autre extrémité du lien entre ses dents; ou entortillez-en votre doigt ou bien un petit morceau de bois, introduit délicatement dans 1 oreille du patient; frappez alors sur la cuiller ou sur le fer, il vibrera clairement et ce son se propagera jusqu'aux os; il se manifestera une vive douleur, et cette douleur portera sur le point tractuie.

Dans une commotion du cerveau ou dans la lésion de toute autre partie, arnica est le principal remède.

Il suffira de quelques cuillerées d'eau fraîche données au malade au moment de l'accident, pour le faire revenir a lui. On fera sur la tête des applications froides, ou de compresses mouillées, avec addition de quelques gouttes de teinture d arnica Faites tenir la tête dans une position élevée pendant le traitement; c'est ainsi qu'on préviendra et qu'on d.ssiperal inflammation.- Si la blessure ou le coup est d'une grande gravi e, le malade devra se tenir tranquille et silencieux, et rester dans

Fisolement pour éviter ainsi les occasions de se surexciter. Le Sg rseraPdes plus simples: point de vin, d eau- e-vie de café rien de stimulant. - La saignée, qui est si usilee pai les médecinsde la vieille école, ne sera jamais pratiquée; elle est tout au moins inutile, si elle n'est pas dangereuse.

Dans l'inflammation active du cerveau, indépendamment des moyens indiqués ci-dessus, on aura recours à acomtum, belladonna et autres remèdes appropriés.

B Les commotions portant sur les autres part.es du corps varient beaucoup dans leur effet. 11 peut arriver que des organes internes soient distendus ou déchirés, et se déclarer une douleur qui s'aggrave le jour suivant; en outre, céphalalgie violente, engourdissement, douleur de poitrine, asthme, toux courte, crachement de sang, douleur dorsale, gagnant la région abdominale, etc. Dans ces divers cas, arnica est encore le principal remède. Le malade se tiendra dans le plus grand repos de corps et d'esprit; il devra boire beaucoup d'eau fraîche, se laver les parties contuses avec l'eau froide soit pure, soit additionnée de quelques gouttes de teinture d'arnica, et se conformer au régime plus haut indiqué.

Si l'accident s'accompagne d'un sentiment de frayeur soudaine,donnez d'abord opium, et quelques heures après, arnica. Si le malade s'évanouit, jetez-lui de l'eau à la figure, à la tête, et lavez les bras avec de l'eau froide, et donnez, si cela se peut, quelques gouttes de vin pur ; mais s'il s'est déjà écoulé un quart d heure depuis l'accident, donnez aconitum ou glonoine, et après, si cela est nécessaire, arnica. Jamais de saignée; aconitum pour la période d'inflammation, etarnica pour accélérer la guérison.

Si à la suite d'une chute, d'un faux pas ou de tout autre accident analogue, une femme enceinte éprouve des douleurs abdominales violen tes, on lui donnera arnica,et elle gardera un repos complet; elle se tiendra étendue pendant quelques heures, et évileradurant plusieurs jours toute espèce d'efforts ou de fatigues: c'estainsi qu'elle évitera de seblesser. Si, après avoir pris arnica, les douleurs conservent encore leur violence, leur gravité, quelques heures après l'accident, qu'on donne chamomilla, ou tel autre remède qui est indiqué dans l'avortement.

Si à la suite d'une commotion il se déclare des maux de tête, et qu'arnica n'ait produit aucun effet, donnez glonoine, belladonna ou phosphoric. acid., suivant les symptômes qui sont indiqués à l'article « mal de tète. »

Contre les contusions violentes de la poitrine, arnica est trèsutile; rarement on a besoin de recourir à aconitum ou rhus. ( Voy ez plus loin, dans la seconde partie, l'article relatif aux « souffrances de la poitrine. » )

Tours de reins. — Si l'on éprouve une violente douleur interne, après avoir soulevé un énorme poids, ou qu'on l'a soulevé trop vite, ou quand on a porté un fardeau trop lourd, donnez rhus. S'il s'ensuit un mal de tête, et que rhus n'ait pas agi favorablement, donnez une fois calcarea. Si les douleurs sont violentes et lancinantes, et qu'à chaque mouvement du corps elles augmentent, surtout dans les reins, donnez bryonia; si après cela il n'y a pas d'amélioration sensible, donnez sulphur.

Quand le corps s'est roidi dans un grand effort; si l'on a excédé ses forces, soit en grimpant par-dessus un mur ou en luttant en plein air, et que quelque temps après on se trouve subitement mal, avec envie de vomir, douleur violente dans une partie limitée du ventre, et avec la sensation comme si tout voulait sortir, sensation qui inspire une vive inquiétude et beaucoup d'anxiété, et jette le malade dans des mouvements involontaires désordonnés; et si sa figure est pleine d'agonie, donnez une ou deux fois veratrum.

Faux pas. — Ils produisent quelquefois des douleurs semblables à celles du tour dereins; dansce cas,adminislrez6n/o?uGr, plus rarement rhus. Si l'on en éprouve des souffrances d'estomac, ce sera bryonia ou pulsatilla. Quand il arrive de faire un faux pas, ou qu'on est sujet à en faire, par suite de débilité ou d'une faiblesse naturelle, on prendra chaque fois phosphorus.

Meurtrissures ou plaies coutuses. — Ces lésions sont généralement causées par un instrument contendant, ou par un corps dur qui est poussé violemment contre une partie de l'organisme. Il en résulte d'ordinaire un gonflement des tissus qui est proportionné à la puissance du coup, la peau est plus ou moins altérée dans sa couleur, selon le nombre de vaisseaux sanguins qui laissent extravaser le sang sous la peau. La douleur n'est pas en général bien forte. Quand la violence a été excessive, il y a broiement et mortification des tissus.

On ne peut guérir plus vite ce genre delésions qu'en donnant arnica à l'intérieur, et en couvrant les parties meurtries avec des compresses froides arniquées. Mais si les douleurs s'aggravent, et que la fièvre survienne, on donnera aconitum, et, six ou buit

heures après, arnica. Il est rare que l'on puisse avoir besoin plus tard d'une nouvelle dose d'arnica. Quand un membre a ete entièrement écrasé dans l'une de ses parties, il faut tâcher de le mettre en situation, ce qu'on fera au moyen d'un appareil contentif en carton, ou un morceau de gutta-percha, légèrement chauffé pour le rendre souple et propre à s'adapter convenablement à la partie qu'il doit couvrir ; et puis on le maintiendra dans sa position naturelle; on le comprimera de temps en temps avec ménagement pour le ramener à son état normal. Toute espèce d'emplâtre ou de friction est absolument inutile; ils sont la plupart du temps nuisibles. En adoptant les moyens ci-dessus, aidés de l'emploi de l'eau froide et d'un régime convenable, on guérit beaucouplplus vite que par tout autre procédé. Chez les individus d'une mauvaise santé, et chez lesquels la suppuration s'établit vite et en abondance, on donnera pendant quelques jours hepar. Si l'on a négligé ce moyen, et que l'inflammation tourne en gangrène, rendue manifeste par l'aggravation de l'engorgement et de la douleur, douleur qui devient lancinante et brûlante; par la perte de la sensibilité, de la chaleur et de la couleur, et par le changement de la plaie qui se couvre de points noirâtres; dans ce cas, donnez china, et si la peau prend une couleur noire et livide, arsenicum et lachesis, qui seront donnés alternativement, à courts intervalles. Comme il s'agit de prévenir la mort et la perte du membre, donc l'amputation sera différée le plus possible. Que de malheureux ont conservé leurs membres pour avoir su résister aux sollicitations du chirurgien!

Si par suite d'une plaie par écrasement, un os a été lésé, le tibia, par exemple, ou que la lésion soit consécutive à un choc, à une chute ou à un coup, alors il faudra se servir de compresses trempées dans de l'eau froide, où l'on aura laissé tomber quelques gouttes de teinture de symphitum.

Ce moyen est surtout efficace quand la lésion est très- violente, et que la douleur semble partir du centre de l'os; si les souffrances se font sentir à l'extérieur, et qu'elles s'aggravent par l'attouchement, ou quand la partie est rouge, et que cette rougeur s'étend et prend les apparences d'un érysipèle, employez rutaou bien sa teinture mère, tant à l'intérieur qu'àl'extéi ieur, comme il vient d'être dit pour symphitum. Ruta convient également dans les chutes légères qui n'entraînent pas d'accidents graves.

Les bosses ou coups à la tête — que se font les enfants ne doivent jamais être comprimés par un corps plat, s'ils sont le résultat d'une chute violente. Appliquez des compresses d'eau froide avec teinture d'arnica et donnez arnica. Si, malgré ces soins, le mal s'aggrave, que l'enfant, au moindre mouvement de tête , éprouve des vertiges ou des douleurs, ou des éblouissements; s'il ne dort pas ou mal; s'il balance la tête sur son traversin, si la fièvre ou des convulsions se déclarent, on doit craindre qu'il ne se forme un épancheraient; donnez belladonna; s'il n'y a pas d'amélioration et qu'il y ait un prurit constant du nez, qui y fait porter le doigt, china. Si l'aggravation s'augmente et que les pupilles se dilatent, soit dans l'obscurité ou en pleine lumière, revenez à belladonna, s'il n'en résulte aucun bon effet à la seconde dose, donnez, après quatre ou cinq jours, hepar sulphur . qu'on laissera agir douze à quinze jours. Si la marche des symptômes ne s'arrête pas et que la tête prenne un grand développement, s'il se forme une grosseur sous la peau, au sommet de la tête, qui se rend manifeste par un battement visible à l'œil, dans ce casdonnez calcarea carbo. En telle circonstance, il vaut encore mieux consulter un médecin homœopathe.

Yeux pochés — par suite d'un coup de poing, de bâton, de pierre , ou de tout autre accident, seront traités ainsi qu'on fait dans les cas précédents ; mais ayez soin de renouveler fréquemment les compresses à mesure qu'elles s'échauffent et qu'elles fatiguent le malade; que l'on bande convenablement les deux yeux pour les soustraire à la lumière. On donnera alternativement aconitum et arnica, et chaque fois que les douleurs deviennent plus vives.

L'entorse consiste dans une violente douleur éprouvée sur les attaches qui lient les membres entre eux; elle a heu nar suite d'une chute ou d'une autre cause mécanique. Quand on ne peut remuer sans douleur le membre contusionne, qu il s'enfle et devient rouge, arnica convient, et, plus tard, on pourra avoir recours à bryonia, rhus ou rula; s'il se fait une exlravasation de sang (une ecchymose,), c'est arnica qu il faut donner. On fera toujours l'application des compresses froides; il sera utile en même temps de faire subir parfois au membre de léaers mouvements et toujours sans le fatiguer. Si le gonflement persiste avec plus ou moins de douleur, fait es une application chaude de vinaigre. Si le gonflement est souple

dans la jointure, et garde l'impression du doigt, donnez sambucus.

lia luxation. — Elle consiste dans la sortie de l'os de son articulation. SMH

Dans ce cas, les douleurs sont excessives, le mouvement est presque impossible, et s'accompagne de grandes souffrances.

En explorant le mal, on peut s'assurer facilement si la tête de l'os est déplacée; soit en palpant avec soin la partie, soit en le comparant avec l'autre membre, car il peut se faire aussi que le membre soit ou plus court, ou plus long, ou qu'il prenne une mauvaise position. Très-souvent cet accident est accompagné d'engorgement, de douleurs violentes, de tension du membre, et de fièvre. Le meilleur remède pour l'instant est arnica, ou si l'inflammation se déclare, aconitum, secondépardes compresses d'eau froide. A défaut de médecin ou de chirurgien, on trouvera difficilement quelqu'un qui veuille se hasarder à rétablir le membre dans sa position naturelle; il ne saura s'il faut tirer dessus ou bien pousser en haut. On comprendra, du reste, combien il serait imprudent de faire des tentatives tout au moins inutiles; en conséquence, qu'on envoie chercher surle-champ un bon chirurgien, et le plus tôt ne sera que le mieux. Ainsi, dans beaucoup de cas, il est préférable de transporter le blessé sur un brancard chez le médecin, malgré la nécessité de le rapporter ensuite chez lui. Les compresses d'eau froide et de teinture d'arnica donnent toujours un grand soulagement; et une fois le membre arrangé, il est inutile de faire autre chose; on s'en tiendra donc là, car tout autre procédé, soit saignées, soit frictions, etc., est nuisible. On se contentera défaire un pansement convenable ; mais dès que l'inflammation commence à disparaître, ce qui arrive après l'emploi de arnica et dans quelques cas après' aconitum, on aura soin de faire mouvoir le membre avec précaution; on évitera ainsi qu'il contracte de la roideur.

Fractures. — Le signe le plus certain de la fracture est la crépitation, bruit qui résulte du frottement des deux bouts de I os fracturé. Lorsqu'en remuant le membre, on entend ce P S?n',c'esl la Preuve caractéristique de la fracture; ajoutez a cela la difformité, la douleur, le gonflement, l'incapacité du membre a se mouvoir et encore moins à agir; quelquefo.s même n est plus court. 1

Dans tous les cas d'une fracture présumable qu'on s'adresse

HEHING. g

à un chirurgien expérimenté ; car ici une fausse manœuvre se répare difficilement. Aussi vaut-il mieux attendre une journée entière pour se donner le temps de le trouver, que de prendre le premier venu dans un moment de presse, car la guérison des os fracturés ne s'opère pas promptement. Cependant, pour les enfants, il ne faut pas trop différer. Dans les cas les plus ordinaires, il n'y a pas grand inconvénient à retarder de deux fois vingt-quatre heures la réduction de la fracture.

En attendant l'arrivée du chirurgien, on ne perdra pas de vue l'engorgement qui se forme et qu'on doit prévenir, si l'on peut. Il faudra laisser le membre en repos autant que possible. Qu'on applique des compresses froides sur les parties lésées; qu'on donne à l'intérieur, si le malade est faible à s'évanouir aconitum, et quelques heures après arnica. S'il survient des douleurs très-violentes, insupportables, accompagnées de mouvements nerveux, donnez chamomilla, et plus tard arnica. Dans les cas les plus rares, où la douleur est intolérable au dernier point et où les accidents les plus graves se déclarent, on peut procurer quelque soulagement en faisant subir au membre une légère extension.Ondevrapourcelal'entourerdedeux serviettes placées

l'une au-dessus et l'autre au-dessous de la fracture. On attachera à ces deux liens des cordons que l'on fixera solidement aux deux extrémités du lit, et, dans cette situation, de légères et fréquentes extensions seront exercées sur le membre. ^

Après avoir mis en rapport les fragments de l'os fracture, on donnera symphitum. En procédant ainsi, il arrive souvent que a guérison s'opère plus vite qu'à l'ordinaire; cependant, si cette guérison se fait trop attendre, et que les extrémités de os ne se prennent pas, comme cela s'observe principalement chez les vieillards, faites tomber quelques gouttes phosph* c. acid. affaibli dans de l'eau de chaux; il se forme un précipite qu'on laissera sécher, et donnez-en à l'intérieur unetres-pelite pincée tous les trois ou quatre jours - Si cette guenson se retarde chez les enfants, donnez-leur de bons bouillons et des gelées de viande; conduisez-vous comme nous 1 indiquons a l'article « mort apparente par inanition. »

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