BLESSURES
Il faut d'abord distinguer les blessures qui guérissent d'ellesmêmes de celles qui ont besoin d'un traitement médical; ÙM connaître aussi la manière d'en favoriser laguenson et ce qu ,1
convient de faire dans les cas les plus graves, jusqu'à l'arrivée du médecin.
Toute blessure qui n'est pas mortelle guérit spontanément sans aucune espèce d'onguent, de drogues, de frictions, etc. Les remèdes extérieurs sont presque toujours nuisibles; aussi, depuis quelque temps, sont-ils abandonnés par les gens sensés. On doit se borner à l'application d'un bandage convenable, qui sera mouillé de temps en temps avec l'eau froide; — selon les circonstances, on donnera à l'intérieur un médicament que l'on aidera du régime.
Du pansement. — Le point le plus important du traitement pour la prompte guérison d'une blessure, c'est d'en rapprocher les bords; on soustrait ainsi la plaie à l'air. Les petites blessures superficielles se guérissent par le rapprochement des tissus divisés, que l'on maintient en rapport, soit par un pansement, soit avec des bandelettes agglutinalives ou la toile-Dieu, préparée à la teinture d'arnica; il faut avant tout prévenir la perle de sang. — Celles des doigts sont ennuyeuses, parce qu'elles rendent souvent pour longtemps les fonctions de la main difficiles, mais elles se cicatrisent promptement chez les personnes bien portantes, si l'on a soin de faire tout de suite un point de suture, opération bien simple quand on a un peu d'habitude, et qui, du reste, est peu douloureuse. — Commencez par rapprocher les bords de la plaie avec les doigts pour arrêter l'hémorrhagie, et laissez une partie de la blessure en dehors des doigts, afin délaisser de la place pour le point de suture, lequel sera fait avec une aiguille très-fine, chargée d'un fil de lin ou de soie. Si la blessure n'est pas trop étendue, il suffira, pour tenir en rapport les lèvres de la plaie, d'un seul point de suture. On aura soin de ne pas faire de nœud à l'extrémité du fil. — Si la blessure est triangulaire et profonde, on pointera chaque côté de la plaie avec l'aiguille, et l'on nouera les fils au-dessus; on les coupera, et l'on continuera ainsi le point de suture commencé. Dans ce cas, on se servira préférablemcnt a un fil court; on évitera par ce moyen beaucoup de souffrance et peut-être une déchirure inutile. On aura donc le soin de s armer de plusieurs aiguilles, afin de rendre l'opération plus courte. r 1
Si la blessure est large et pénètre au milieu des chairs, on renoncera aux moyens précités comme insuffisants; on aura
recours alors au sparadrap fortement agglutinatif (toile-Dieu) ; on coupera des bandes de manière à les rendre plus étroites sur leur milieu qu'aux extrémités; et, après les avoir légèrement ramollies par la chaleur, on les appliquera méthodiquement, de manière que la partie étroite de la bande tombe sur la plaie. Dans ce pansement, le rapprochement des lèvres de la plaie sera complet, et sera maintenu tel à l'aide de bandes assez longues pour leur donner un point d'appui plus étendu. Entre chaque bande on laissera un petit jour, et notamment sur la surface de la plaie, pour que, si la suppuration vient à s'établir, le pus puisse s'écouler facilement.
On mettra le membre blessé dans la position la plus favorable au rapprochement naturel des lèvres de la plaie, et l'on engagera le malade à garder cette position.
'Quant aux plaies avec déchirure de la face, du cou, des sourcils, etc., on est quelquefois obligé de faire une suture trèslarge, ce' qui ne peut être fait convenablement que par un homme de l'art.
Dans les plaies pénétrantes produites par les armes aiguës et autres blessures étroites qui ont une grande profondeur, on devra procéder différemment : en faisant le pansement comme il est dit plus haut, on s'exposerait à n'obtenir qu'une cicatrice superficielle, tandis qu'à l'intérieur, au fond de la plaie, il s'établirait un foyer de suppuration; cependant, s'il était possible de faire la compression dans toute l'étendue, dans toute la profondeur de la lésion, tout en la cousant à l'ouverture, qu'on le fasse provisoirement, jusqu'à ce que le médecin vienne, car il faudra toujours le consulter dans ce cas.
Toute blessure, qu'on lui ait appliqué un point de suture ou un emplâtre adhésif, sera pansée dans le but spécial de favoriser la réunion par première intention, comme disent les chirurgiens afin d'éviter que l'air ne la pénètre; on aura soin que le membre ne soit pas serré outre mesure par l'appareil de
pansement.^ fermer k soiulion de continuité (blessure) avec un emplâtre adhésif plus simple, qu'on le préfère; Usera touiours meilleur que le sparadrap dit anglais, lequel est, pour la plupart du temps, fort incommode, attendu que les ingrédients oui entrent dans sa composition provoquent souvent l'inflammation. En conséquence, on préparera soi-même l'emplâtre
comme suit : on brisera de la colle de poisson qu'on fera fondre dans l'eau ; on y ajoutera de l'eau bouillante et un peu d'esprit-de-vin, et l'on fera bouillir le tout jusqu'à ce que la colle soit complètement fondue ; et puis un morceau de toile ou de soie étant fixé sur une table, on y étendra cette colle. Quand la toile ou la soie sera sèche, on en coupera pour l'usage. — On peut aussi faire entrer dans la confection de cet emplâtre, Yarnica, calendula, hypericum, ruta, ou d'autres plantes cicatrisantes. — Il est encore une excellente préparation, c'est le collodium (solution élhérée de coton-poudre.) 11 sera étendu avec légèreté sur la plaie à l'aide d'un pinceau, il en laisse une couche mince et transparente, que l'eau ne peut enlever. On s'en servira avec grand avantage dans beaucoup de cas.
Quand on s'écorche la peau qui recouvre immédiatement les parties osseuses, comme les articulations, les doigts, le genou, etc., il en résulte des plaies qui peuvent devenir trèsmauvaises : cet accident est, surtout chez les enfants, une souffrance qui a son importance. — Dans ce cas, voici ce qu'il y a à faire : on détache avec soin la pellicule qui tapisse la coque d'un œuf frais et on l'applique sur la plaie par le côté qui regarde le blanc d'œuf, et cela dans la plus grande étendue possible.
De l'hémorrhagie consécutive aux blessures. — Quelque soigneux qu'on ait été dans le pansement d'une blessure, il n'est pas dit pour cela qu'il ne se déclare pas une hémorrhagie consécutive ; dans ce cas, il faut s'empresser de couvrir la plaie de compresses à plusieurs doubles, que l'on fixe à l'aide d'un bandage méthodiquement compressif. Tout l'appareil de pansement sera fréquemment arrosé d'eau froide. — Mais cela ne suffit pas toujours.
Si l'hémorrhagie s'échappe d'une blessure faite au cou, à la cuisse ou au bras, et que le petit appareil ne suffise pas pour la prévenir , il faut s'empresser d'exercer une forte pression sur tout le membre ou sur une partie du cou; puis, on se hâtera d'appeler un médecin.
Si le sang qui sort de la plaie est rouge, rutilant, clair, qu'il jaillisse par saccades, l'hémorrhagie présente encore un plus grand danger; qu'on ne perde pas un instant pour s'entourer des soins d'un médecin; en attendant son arrivée, que l'on comprime le membre au-dessus delà plaie, car chaque minute
perdue aggrave le mal. Cette compression sera faite entre la plaie et le cœur, au moyen d'une serviette soigneusement et fortement appliquée et liée. Puis, qu'on recherche l'artère dans la pulsation du pouls au-dessus de cet appareil, jusqu'à ce qu'on l'ait sentie. Dès qu'on l'aura trouvée, qu'on y applique un bouchon en long, et qu'on presse dessus en le couvrant d'une épaisseur de linge qui sera fortement flxée à l'aide de plusieurs tours de bande, de manière à arrêter le cours du sang. Quelquefois, après une compression ainsi faite, le sang sort encore avec plus de force, mais ce n'est que momentané. — Pendant ce temps, qu'on ne néglige pas d'appliquer de l'eau froide ou de la glace sur la blessure.
On accepte souvent avec légèreté, dans l'espoir d'arrêter plus promptement une hémorrhagie, des pratiques tout à fait inutiles et même nuisibles. Dans un moment de préoccupation, on charge la plaie de plusieurs épaisseurs de linge pour s'opposer ainsi à l'effusion du sang, et l'on ne fait que la masquer. En outre, l'eau froide ne peut pénétrer à travers ée tas de linges.— Dans les cas les plus graves, on devra faire l'application d'un appareil de compression au-dessus et quelquefois au-dessous, et l'on réunira ces deux pansements sous une bande commune, de manière à ne former qu'un appareil; on le mouillera ensuite avec de l'eau froide, et l'on suivra les autres prescriptions.
On emploie fréquemment, pour arrêter les hémorrhagies, des moyens empiriques de toutes sortes qui sont tous plus ou moins nuisibles, parce qu'ils rendent la circulation plus difficile en salissant la surface delà plaie et en y déposant des corps étrangers dont le travail suppuratif aura à la débarrasser ; tels sont le vinaigre, toute sorte de baume, toilô d'araignée, eau-devie, amadou, eau de Saturne, colophane, blanc d'ceuf, suif, et autres qu'on trouve dans la pratique des commères, aussi bien que dans les pharmacies.
S'il arrive que la compression, l'eau froide, la glace, le repos ne puissent rien pour arrêter l'hémorrhagie, qu'on appelle le médecin, et qu'en attendant on procède ainsi qu'il suit :
On mettra sur la langue du malade une pincée de sel; si cela ne fait rien, qu'on lui donne du vinaigre étendu d'eau; qu'on ne l'oblige pas à trop boire, et surtout rien de chaud; qu'on place la partie blessée dans une position élevée, mais avec l'attention de ne produire aucune gêne dans une partie quelconque du corps. Si le blessé se trouve mal, on ne le fatiguera pas
par le flair d'essences pénétrantes. Cette défaillance est salutaire, car pendant cet accident le sang devient plus calme et se caille plus facilement dans la plaie par suite de l'application de l'eau froide. Seulement, quand le malade devient tout à coup pâle et bleu, et qu'il est pris de mouvements convulsifs delà face ou des membres, ceci commence à devenir très-sérieux; alors qu'on lui donne china une fois; plus tard, s'il y a aggravation, un peu de vin vieux pur, et ensuite, s'il est nécessaire, répétez china.
On emploiera les mêmes moyens dans les fortes hémorrhagies; mais dès que le sang se sera arrêté, qu'on fasse boire au malade de l'eau fraîche à petites doses, et aussi souvent qu'il le demandera.
Quand le premier pansement et que l'emploi de l'eau froide ne suffisent pas pour arrêter le sang, donnez arnica ; s'il reste sans effet, ipecacuanha. Dans un cas d'urgence, on peut se servir de la matière résineuse empyreumatique qui suinte dans les parois de la cheminée, sous forme de gouttelettes luisantes et résineuses. Prenez-en de la grosseur d'un pois; faites dissoudre dans une cuillerée d'eau-de-vie jusqu'à ce qu'elle brunisse ; ajoutez un demi-verre d'eau, et faites-en couler dans la plaie goutte par goutte, et cela dans le cas où l'on n'aurait pas pu se procurer de la créosote.
Les piqûres de sangsues coulent quelquefois beaucoup trop longtemps, et l'on a vu des enfants mourir dans la nuit par suite d'hémorrhagie. Le mieux est de ne pas s'en servir. — Dans ce cas, on arrêtera le sang, en tenant le doigt sur la plaie ou en la comprimant comme il faut, et en y appliquant un petit tampon de cire grasse; on veillera au pansement toute la nuit. — Les mêmes précautions seront prises à l'égard d'une saignée par la lancette. — Le malade, moyennant ces soins, s'endormira sans préoccupation; mais il se tiendra toujours quelqu'un auprès de lui pour s'assurer que le sang ne coule pas.
Du soin qu'exigent les blessures.^- Pour obtenir promptement la guerison [d'une blessure, il faut avoir le soin de la nettoyer avant luut pansement. Si la plaie se trouvecontenir quelque malpropreté, du sable, de petits éclats de bois, des morceaux de verre, des arêtes de poisson , du petit plomb ou de la bourre, ou des morceaux d'habit ou de linge; si le fer qui a fait la blessure se trouvait rouillé; toutes ces diverses causes aggravent la position et rendent la guérison plus difficile. Qu'on ait donc l'ai-
tention de nettoyer la plaie à grande eau, et qu'on s'attache, à l'aide de petites injections, à en faire sortir les corps étrangers. Si l'on|ne peut parvenir à les enlever à la première fois, qu'on procède à un simple pansement; il suffira, pour le moment, d'empêcher l'action de l'air sur la plaie. Dans tous les cas, ce traitement, toujours compliqué, a besoin de la présence d'un médecin.
S'il s'agit d'un clou ou d'une arête, ou d'un éclat de bois, ou d'un morceau de verre rentré dans la plante du pied, on ne peut pas toujours les faire sortir en entier. Il arrive alors que le chirurgien est obligé de faire une incision cruciale (en croix), et cela souvent sans succès. Dans ce cas, il faut introduire dans la plaie une goutte d'un baume vulnéraire, et le meilleur, ici, est celui du Pérou. On appliquera par-dessus un carre de linge en le fixant au pied. S'il s'agit d'une blessure profonde, on la remplira peu à peu avec des boulettes de baume ; on renouvellera ce genre de pansement tous les jours, jusqu a ce que la plaie soit guérie dans son fond. 11 est essentiel de faire au malade l'obligation de marcher, malgré sessouftrances; on sait qu'en marchant, une plaie du pied se nettoie incessamment. Si l'inflammation devenait trop forte, qu on ait recours, pour l'extérieur aux applications d'eau froide, et, pour l'intérieur, qu'on se serve des moyens ci-dessus indiques.
Quand une blessure du pied est tout à fait cicatrisée, mais qu'en marchant on y éprouve des douleurs violentes, il est a croire qu'il y a encore quelque chose en dedans; dans cette supposition, on fixera au pied, une semelle de hége, de carton ou de bois uni, à laquelle on fera un trou à la partie correspondante à la douleur, puis on prescrira au malade de maicher vivement, et on lui donnera matin et soir un globule silicea; s'il reste sans effet, sept jours après, hepar et encore sept jours après, silicea. - A la suite de ce traitement, on verra sortir de la plaie le corps qu'on supposait y être séquestré. Si la douleur est superficielle, et que la peau soit unie, mince et souple en cet endroit, qu'on y fasse une incision pour donner Passage à la matière qui entretient le mal.
Régime et traitement complémentaire. — Indépendamment des moyens qu'on emploie pour arrêter l'hémorrhagie, et du pansement de la blessure, il est nécessaire, pour en compléter la suérison, d'accompagner ces movens d'un traitement et d un régime convenables. Dans le cas d'une vaste plaie, il faut que
le malade se tienne dans une grande tranquillité d'esprit et de corps, qu'il boive beaucoup d'eau fraîche; qu'il évite tout ce qui est chaud, salé, épicé, fumé, etc.
Si l'on s'aperçoit que le premier pansement est trop serre, et qu'il devient gênant, on lâchera un peu l'appareil, ce qu'on pourra faire à l'instant ou dès le lendemain. Si ce pansement a été convenablement fait, on le laissera tel quel pendant deux ou trois jours, pourvu que la plaie ne soit pas entrée en suppuration; c'est le moment de donner un peu d'aisance.
On enlèvera la toile adhésive avec précaution ; on la détachera par les deux bouts à la fois en les ramenant et les relevant sur le centre. On la remplacera immédiatement par une autre, de telle façon que la plaie ne reste pas entre-bâillée. Si elle est en un bon état, on n'y touchera pas; qu'on laisse la plaie se fermer d'elle-même. — En été, il conviendra de renouveler souvent le pansement, et surtout à l'égard des plaies qui suppurent beaucoup. Quant aux fils des sutures, ils finissent par tomber d'eux-mêmes.
L'eau froide ne sert pas seulement à calmer le mouvement du sang et à nettoyer la plaie, elle contribuera aussi plus lard à la guérison. En conséquence, qu'on arrose comme il faut et fréquemment les compresses , surtout s'il y a de l'engorgement, de la douleur et de la rougeur. On aura soin de remettre ensuite par-dessus une enveloppe de papier huilé ou de toile cirée, ou un tissu de gutta-percha, afin de garantir les autres parties de l'humidité. Au début de la maladie, on renouvellera ces ablutions trois fois par jour; plus tard, deux fois; quand l'inflammation commence à tomber et la plaie à guérir, on les éloignera, et on les cessera tout à fait quand l'inflammation aura disparu en totalité.
Quand une plaie aura suppuré longtemps et beaucoup, il n'en faudra pas moins continuer le traitement, en mettant en usage celui qui convient aux ulcères, comme il sera dit plus tard, et, au lieu d'eau froide, c'est l'eau chaude qu'il faudra employer.
Mais toute plaie déchirée, contuse, et dont on ne peut rapprocher les bords, sera ramassée sur elle-même autant que possible, et sera traitée à l'eau fraîche, sauf, plus tard, à lui appliquer l'eau chaude, si elle dégénère en ulcère ; elle serait alors traitée comme telle.
Toute plaie osseuse qui a son siège, soit sur la tête, ou sur le sternum, comme sur le cou, les articulations, les doigts, les
yeux, sur le tibia, etc., ne sera jamais traitée qu'à Veau froide, à l'exclusion de tout pansement par compression, de tout emplâtre, ou d'applications balsamiques, etc. Seulement au début, s'il s'agit d'arrêter le sang, on appliquera un appareil suffisant de compression, et, bientôt après, une simple bande roulée pour faire obstacle à l'action de l'air. Mais qu'on soit bien convaincu que tonte autre médication, quel que soit son nom, est très-nuisible; qu'on sache qu'il peut en résulter des ulcères qui vont jusqu'à attaquer la substance osseuse. On se contentera d'employer ici à l'extérieur, des remèdes que nous avons indiqués au sujet des fractures, ayant soin de les étendre dans une solution aqueuse.
Des remèdes. — C'est avec eux qu'on doit favoriser la guérison des blessures, et on les mettra en usage dès que le malade sera revenu d'une première émotion, qu'il sera plus tranquille.
S'il y a fièvre, que la peau soit sèche, et si le malade est inquiet, donnez aconitum ; si son inquiétude est accompagnée d'une grande surexcitation, donnez coffea; s'il a perdu beaucoup de sang, china, toutes les six, sept ou huit heures, ou même plus souvent. Si l'amélioration n'a pas lieu, donnez un des médicaments appropriés aux divers cas de blessure comme il suit :
Apium virus, si la blessure causée par une piqûre devient rouge, si elle est enflammée et que l'inflammation s'aggrave par le toucher; particulièrement si la douleur est brûlante, picotante, et si la rougeur prend l'aspect d'un érysipèle. Si la rougeur gagne le dedans des bras ou des jambes par raies séparées, rhus sera préféré, et puis arsenicum.
Arnica convient mieux dans les blessures par écrasement que par incision, ainsi que lorsque la partie lésée est devenue brune ou bleue (ecchymosée), quand on a pu fermer facilement la plaie, qu'elle est simple, superficielle et bornée à la peau.
Calendula convient quand la blessure est faite par dilacération, qu'elle est grande, ouverte et profonde, qu'elle est difficile à fermer; quand, après chaque pansement, le moindre mouvement donne lieu à une douleur vive; quand il y a des fragments de peau détachés, et que la plaie est irrégulière et en zigzag; quand la douleur est de la pire espèce.
Staphysagria convient quand c'est une blessure faite par un instrument tranchant, et qu'elle pénètre profondément
dans les chairs, par suite d'un coup de couteau ou d'un éclat de verre, ou par suite d'une opération chirurgicale.
Quand les os sont intéressés dans la blessure, qu'on n'oublie pas les remèdes recommandés plus haut.
Dans tous ces cas, arnica, calendula et staphysagria seront employés à l'extérieur de cette manière • délayez quelques gouttes de teinture-mère dans une grande quantité d'eau, trempez-y de petites compresses qui seront placées sur la plaie.
Contraction spasmodique de la mâchoire (Trismus). — Chez les personnes d'une santé délicate et dont la peau est mauvaise, ces plaies suppurent beaucoup et sont lentes à guérir : alors on donne chamomilla; si cela ne suffit pas, hepar; quand il se forme des abcès, silicea.
S'il se présente des accidents de manière à donner lieu à des serrements ou contractions spasmodiques de la mâchoire, il ne faut pas hésiter un instant à appeler un médecin; mais, le cas échéant, gardez-vous d'avoir recours à un médecin ordinaire, parce qu'il ne pourrait y remédier; et si dans cette grave circonstance il n'y a pas moyen d'avoir un médecin homœopathe, que l'on tâche d'y suppléer tant bien que mal. Si le blessé se plaint de douleurs d'entrailles, sans autre cause, la contraction de la mâchoire est à craindre. Staphysagria et colocynthis administrés alternativement, la préviendront. S'il se plaint d'une douleur dans la nuque, et d'une roideur extraordinaire qui se fasse sentir dans toute l'épine dorsale; s'il éprouve un resserrement léger de mâchoire; s'il s'étonne pour rien, et devient très-irritable à la moindre occasion; s'il ne peut ouvrir la bouohe et qu'il ait la respiration gênée, que l'on donne dans ce cas ignatia, trois ou six globules toutes les deux heures, jusqu'à ce qu'il se déclare une amélioration. Si celte position s'aggrave, et que les mâchoires deviennent le siège d'un véritable trismus avec roideur et tension des muscles du dos, donnez alors mercurius; si cela ne réussit pas, surtout si le blessé a la figure rouge, donnez belladonna; si le visage est alternativement pâle et rouge, aconitum. Dans les cas où le malade devient froid, on y remédie par bryonia ou veratrum. Si la chaleur donne de l'aggravation, donnez secale. Toutefois on conçoit qu'une personne étrangère à la médecine doive éprouver de l'embarras à saisir ces diverses indications. Si au moindre contact ou impression le patient éprouve une crise, le principal remède est ignatia ; si l'attouchement cause
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une douleur plus vive, et rend alors le malade dans un état pire, donnez china; si la plaie est entourée d'une rougeur qui ressemble à une érysipèle, ruta ; si préalablement on a donné du mercure à lente dose, rhus, hyoscyamus, ou stramonium.— En général, qu'on sache que le choix du médicament approprié dépend souvent de circonstances plus ou moins minutieuses.
Hémorrhagie des gencives. — Les blessures par suite d'arrachement de dents saignent d'ordinaire très-longtemps. Le vinaigre est toujours nuisible; que, l'on tâche d'arrêter le sang avec de l'eau fraîche; si cela ne suffit pas, que l'on porte sur la mâchoire un petit tampon de coton écru ou de linge ou un morceau de bouchon, et qu'on le tienne ferme jusqu'à ce que le sang ait cessé de couler.
S'il se déclare beaucoup d'engorgement et une forte douleur, que l'on donne arnica; avec fièvre, aconitum. Quelquefois il sera utile d'alterner ces deux remèdes. Quand le patient ressent du refroidissement, et que ces moyens sont restés insuffisants, rhus et bryonia pourront servir avantageusement. En présence d'une douleur pulsative et insupportable de l'os avec delà fièvre, que l'on donne hyoscyamus ; si la gencive reste engorgée et suppure longtemps, silicea, tous les sept jours, jusqu'à complète guérison.
Les blessures étendues de la tête, qui se compliquent de fracture des os, comme celles du visage, du cou, de la poitrine, du bas-ventre, ainsi que celles où il y a luxation ou écrasement, doivent être traitées par un médecin. — Toutefois, nous indiquons ici en peu de mots ce qu'il y a à faire dans le cas où l'on n'a pas un chirurgien à portée.
Si un membre a été partiellement écrasé, on peut quelquefois le conserver en faisant des applications de compresses à l'eau froide ou à la glace, et en donnant à l'intérieur arnica, et quelquefois aconitum, alternativement; même dans le cas où il se déclare uu commencement de gangrène, il est encore possible de le sauver en donnant china, et plus tard, quand la peau devient d'un noir bleuâtre, lachesis. Cependant il n'appartient qu'à un médecin de juger de l'opportunité de ce qu'il Y a à faire, et nous ne faisons ici que proposer les moyens qui conviennent lorsque le malade se refuse à l'amputation, et qu il n'y a pas de chirurgien assez expérimenté pour pratiquer cette grave opération, ou que le moment favorable d'amputer est passé.
Quant aux vastes blessures «le l'abdomen, si elles consistent dans une large ouverture par où sortent les intestins,
i qu'on ne laisse pas le blessé sans secours ; et bien que ce grave accident paraisse présenter le plus grand danger, on peut en-
i core avec un peu d'attention y remédier facilement. Que l'on s'attache tout de suite à mettre les intestins en place, mais non sans les avoir nettoyés, dans le cas où ils se seraient salis; que
i Ton fasse ce lavage avec de l'eau tiède, sans frottement, et avec le soin de ne pas laisser s'introduire de l'eau dans le bas-ventre; que l'on ne touche pas le paquet intestinal avec les mains nues, mais à travers un linge de toile; qu'on ne donne rien de fort à flairer ou à prendre par la bouche.
Si le blessé paraît tout à fait indifférent et étourdi, donnez opium; s'il est hors de lui, cojfea; s'il se déclare des crampes, des convulsions, ignatia; s'il devient plus pâle, avec nez effilé, et extrémités froides, china; mais, dès que la première émotion est passée, arnica ou calendula. S'il n'y a pas de médecin,
i que l'on couse la blessure avec un fil ciré, mais avec le soin de laisser dans la partie la plus déclive une petite ouverture, que l'on pansera soigneusement avec Tattention d'empêcher l'air de pénétrer, et qu'on la traite comme il a été dit plus haut, sans faire autre chose. Si plus tard, comme cela arrive quelquefois à la suite de cette opération, il se déclare de la diarrhée, donnez colosynthis, et plus tard encore, s'il y a aggravation, staphysagria. On peut continuer à administrer ces deux médicaments alternativement, jusqu'à ce que l'étal du malade soit rassurant. Dans les cas les plus graves, lachesis et phosphorus ont produit de bons effets ; il faut en essayer.